Attention ! Attention ! Lecture absolument essentielle !
Nous sommes en 2006 et depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l’art tel que nous le connaissons disparaît peu à peu pour faire place à l’hyperdramatisme : les toiles qui s’exposent sont des êtres humains. Quand une des oeuvres les plus célèbres du grand artiste Bruno Van Tysch est détruite, une question se pose : le drame tient-il plus à la disparition d’un objet de valeur ou à l’assassinat de l’adolescente qui lui servait de support ? Les êtres humains peuvent-ils être traités comme des objets ? L’art peut-il valoir plus qu’une vie humaine ? Et la jeune Clara Reyes, toile si prometteuse, serait-elle prête à donner sa vie pour créer une oeuvre immortelle ?
Ce livre est extrêmement perturbant. Le lisant dans le cadre d’un cours d’esthétique, je m’attendais à une sorte de traité sur l’art légèrement romancé, en clair, à un truc chiant. Finalement, dès les premières pages, je me suis trouvée face à une réalité parallèle, sorte d’oeuvre de science-fiction, très troublante. La fluidité de l’écriture m’a plu d’emblée mais ce léger décalage avec notre réalité m’a mise mal à l’aise.Pendant de nombreuses, très nombreuses pages, je n’ai pu décider si j’aimais ou non ce livre. Et puis, peu à peu, on bascule dans le roman policier : un premier meurtre, une enquête, un second meurtre, l’étau qui se resserre… On découvre aussi l’héroïne, attachante, dont on se demande quel lien elle peut bien avoir avec tout ça. Le suspense monte, jusqu’à devenir insoutenable, et on ne peut plus lâcher le livre.
![JoseCarlosSomoza3[1]](https://madimado.com/wp-content/uploads/2011/03/josecarlossomoza31.jpg?w=982)
Si les premières pages sont un peu difficiles, la suite mérite largement ce petit effort. J’ai rarement été autant happée par un livre. Un passage m’a tellement surprise que j’ai passé 10 minutes la bouche grande ouverte dans le métro, choquée par ce qui venait d’arriver. Que les détracteurs du roman policier lisent celui-là ! Car oui, il s’agit bien d’une trame policière classique, mais sur laquelle viennent se greffer des considérations esthétiques passionnantes. A la fois roman d’anticipation, roman policier et traité esthétique, ce livre ne ressemble à aucun autre ! Je ne suis pas du tout calée en art ni en philosophie et si je ne suis pas sure d’avoir toujours bien compris le fond du propos, j’ai trouvé les réflexions de l’auteur extrêmement intéressantes. Notons toutefois que si ce livre est absolument exceptionnel, il n’est pas à la portée de tous : à la fois long et très dense, il s’adresse plutôt aux lecteurs aguerris.
Je ne saurais dire à quel point cette lecture a été intense, comment vous donner envie d’ouvrir vous aussi ce livre. Il y a des ouvrages qui marquent le vécu d’un lecteur. Pour moi, il y a eu le Seigneur des anneaux à 11 ans, mon premier « livre de grands », qui m’a fait découvrir qu’on pouvait créer un monde avec des mots. Puis Les démons de Dostoïesvki, qui m’ont ouvert de nouveaux horizons, me faisant découvrir les merveilleuses fresques de la littérature russe. Je pense que Clara à son tour fera partie de ces lectures marquantes, même s’il est bien trop tôt aujourd’hui pour savoir dans quelle mesure. Une lecture qui me semble essentielle. Un sentiment d’angoisse en pensant que j’aurais pu (que j’aurais dû même sans doute) ne jamais ouvrir ce livre. En littérature comme ailleurs, les chefs-d’oeuvres sont rares, ce livre en est un.
![1124741_3065272[1]](https://madimado.com/wp-content/uploads/2011/03/1124741_30652721.jpg?w=174&h=300)
Etait-il possible qu’une oeuvre se retouchât elle-même après le décès de son créateur ? Et si oui, devait-on considérer le résultat comme une oeuvre posthume ou comme une falsification ? Etranges questions.
_______________
Il faut de temps en temps affronter ce que nous n’aimons pas. Ce que nous n’aimons pas est comme un ami honnête : il nous offense en nous disant la vérité.
_______________
Vous et moi ne nous connaissons pas, mais nous nous sommes déjà fait une idée l’un de l’autre. Vous ne vous connaissez pas vous-même, mais vous vous êtes déjà fait une idée de vous.
_______________
Du moins avait-il réussi à se pendre correctement : le noeud de cravate était parfait.