Mes lectures

Jonathan COE, La pluie avant qu’elle tombe

          Juste avant de mourir, Rosamond décide de raconter son histoire à travers 20 photographies. Elle l’enregistre sur des cassettes. Quand sa nièce l’écoutera, elle y découvrira un parcours riche dont il ignorait tout ou presque. L’histoire de trois générations de femmes au passé douloureux.

          Je ne connaissais pas Jonathan Coe dont j’avais bien sûr entendu dire le plus grand bien. C’est le premier roman que je lis de lui. J’ai trouvé le style clair et agréable et l’histoire assez intéressante. Cependant, le procédé narratif (cette histoire dans l’histoire à travers la description de photos) ne m’a pas paru d’un intérêt majeur. J’ai trouvé que ça alourdissait quelque peu le texte et que ça manquait de finesse. La trame est assez classique, rien de révolutionnaire. Je n’ai pas particulièrement accroché. J’ai trouvé le tout plutôt bien mais un peu lisse. Ca manque de caractère à mon goût. J’ai pris plaisir à cette lecture mais ce texte ne sera pas de ceux qui m’auront marquée. Une lecture agréable, une expérience que je compte renouveler.

Ce soir-là, nous avons attendu que la maison se taise, qu’Ivy et Owen s’installent au salon pour prendre un digestif, que les garçons montent jouer dans leur chambre. Alors on a mis nos manteaux, on a ouvert laborieusement le verrou de la grande porte, et on s’est glissées dehors.

Elle avait onze ans. J’en avais huit. Je l’aurais suivie n’importe où.

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C’était impossible. Ce qu’elle espérait trouver n’était qu’une chimère, un rêve, une chose irréelle : comme la pluie avant qu’elle tombe.

Mes lectures

Laurent MAUVIGNIER, Ce que j’appelle oubli

          Ce court texte de 60 pages, sans points, s’inspire d’un fait divers : à Lyon en 2009, quatre vigiles ont tabassé à mort un homme pour le vol d’une bière.

          Ce texte est très surprenant. Je ne suis pas une inconditionnelle de l’écriture un peu âpre de Laurent Mauvignier, ni d’une manière générale des récits aussi intimistes. Je ne dirais donc pas que ce texte m’a particulièrement touchée. En revanche, on ne peut que remarquer son incroyable force. Ce texte se lit dans un souffle, sans arrêts ni pauses (d’où l’intérêt de l’absence de points), on commence à manquer d’air en même temps que le personnage qui agonise sous les coups.

          Laurent Mauvignier fait partie des grands auteurs d’aujourd’hui, des voix qui comptent. Il a un style très marqué, sans pour autant tomber dans la facilité d’un roman à l’autre. Si je ne suis pas particulièrement friande de ses textes, je trouve cependant qu’ils sont particulièrement intéressants dans leur construction et dans le travail de l’écriture. Un auteur qui ne me touche pas tellement mais que je pense quand même incontournable, un auteur dont j’admire l’indépendance dans le paysage littéraire actuel et que je compte suivre. Si vous ne le connaissez pas (et si vous le connaissez aussi d’ailleurs), je vous recommande la lecture de ce texte.

– peut-être ont-ils demandé si ça allait ? – est-ce que le plus vieux s’est penché vers lui pour le secouer ? et sa peau toute blanche, est-ce qu’elle a rougi un peu avant de demander, tu vas répondre, dis, ça va ? réponds et soudain l’image de la mort s’est collée sur la rétine de ses yeux verts et sur les deux autres, ceux que la lâcheté a fait reculer d’un pas

          Le 24 mars dernier, une journée d’étude consacrée à Laurent Mauvignier a été organisée par l’université de Toulouse le Mirail. Différents intervenants ont parlé de ses textes et c’était fort intéressant. Notamment parce que c’était très accessible au grand public : point jargonneux et dirigé par des gens que l’on sent passionnés. L’ambiance détendue et bonne enfant, trop rare dans les rencontres de recherche universitaires était des plus agréable. En fin de journée, l’auteur est venu lire son texte. Une performance exceptionnelle, qui vallait vraiment le déplacement et mettait en avant toute sa force. un grand moment.

Mes lectures

José Carlos SOMOZA, Clara et la pénombre

Attention ! Attention ! Lecture absolument essentielle !

          Nous sommes en 2006 et depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l’art tel que nous le connaissons disparaît peu à peu pour faire place à l’hyperdramatisme : les toiles qui s’exposent sont des êtres humains. Quand une des oeuvres les plus célèbres du grand artiste Bruno Van Tysch est détruite, une question se pose : le drame tient-il plus à la disparition d’un objet de valeur ou à l’assassinat de l’adolescente qui lui servait de support ? Les êtres humains peuvent-ils être traités comme des objets ? L’art peut-il valoir plus qu’une vie humaine ? Et la jeune Clara Reyes, toile si prometteuse, serait-elle prête à donner sa vie pour créer une oeuvre immortelle ?

         Ce livre est extrêmement perturbant. Le lisant dans le cadre d’un cours d’esthétique, je m’attendais à une sorte de traité sur l’art légèrement romancé, en clair, à un truc chiant. Finalement, dès les premières pages, je me suis trouvée face à une réalité parallèle, sorte d’oeuvre de science-fiction, très troublante. La fluidité de l’écriture m’a plu d’emblée mais ce léger décalage avec notre réalité m’a mise mal à l’aise.Pendant de nombreuses, très nombreuses pages, je n’ai pu décider si j’aimais ou non ce livre. Et puis, peu à peu, on bascule dans le roman policier : un premier meurtre, une enquête, un second meurtre, l’étau qui se resserre… On découvre aussi l’héroïne, attachante, dont on se demande quel lien elle peut bien avoir avec tout ça. Le suspense monte, jusqu’à devenir insoutenable, et on ne peut plus lâcher le livre.

          Si les premières pages sont un peu difficiles, la suite mérite largement ce petit effort. J’ai rarement été autant happée par un livre. Un passage m’a tellement surprise que j’ai passé 10 minutes la bouche grande ouverte dans le métro, choquée par ce qui venait d’arriver. Que les détracteurs du roman policier lisent celui-là ! Car oui, il s’agit bien d’une trame policière classique, mais sur laquelle viennent se greffer des considérations esthétiques passionnantes. A la fois roman d’anticipation, roman policier et traité esthétique, ce livre ne ressemble à aucun autre ! Je ne suis pas du tout calée en art ni en philosophie et si je ne suis pas sure d’avoir toujours bien compris le fond du propos, j’ai trouvé les réflexions de l’auteur extrêmement intéressantes. Notons toutefois que si ce livre est absolument exceptionnel, il n’est pas à la portée de tous : à la fois long et très dense, il s’adresse plutôt aux lecteurs aguerris.

           Je ne saurais dire à quel point cette lecture a été intense, comment vous donner envie d’ouvrir vous aussi ce livre. Il y a des ouvrages qui marquent le vécu d’un lecteur. Pour moi, il y a eu le Seigneur des anneaux à 11 ans, mon premier « livre de grands », qui m’a fait découvrir qu’on pouvait créer un monde avec des mots. Puis Les démons de Dostoïesvki, qui m’ont ouvert de nouveaux horizons, me faisant découvrir les merveilleuses fresques de la littérature russe. Je pense que Clara à son tour fera partie de ces lectures marquantes, même s’il est bien trop tôt aujourd’hui pour savoir dans quelle mesure. Une lecture qui me semble essentielle. Un sentiment d’angoisse en pensant que j’aurais pu (que j’aurais dû même sans doute) ne jamais ouvrir ce livre. En littérature comme ailleurs, les chefs-d’oeuvres sont rares, ce livre en est un.

Etait-il possible qu’une oeuvre se retouchât elle-même après le décès de son créateur ? Et si oui, devait-on considérer le résultat comme une oeuvre posthume ou comme une falsification ? Etranges questions.

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Il faut de temps en temps affronter ce que nous n’aimons pas. Ce que nous n’aimons pas est comme un ami honnête : il nous offense en nous disant la vérité.

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Vous et moi ne nous connaissons pas, mais nous nous sommes déjà fait une idée l’un de l’autre. Vous ne vous connaissez pas vous-même, mais vous vous êtes déjà fait une idée de vous.

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Du moins avait-il réussi à se pendre correctement : le noeud de cravate était parfait.

Mes lectures

Lionel CHOUCHON, Mon papa Razzi

          Un livre que j’ai lu dans le cadre de l’opération Masse Critique proposée par Babelio et les éditions du Rocher.

         Camille est le fils du célèbre photographe Lucas Razzi. Il fait ses débuts (un peu malgré lui) dans une grosse boîte de pub, milieu qu’il abhorre. Quand son père est éclaboussé par un scandale retentissant, il tente de trouver le moyen de le venger.

          Ce livre se veut une critique féroce du monde des médias. L’idée n’était pas nécessairement mauvaise. Malheureusement, le résultat est bien piètre. Cela manque terriblement de finesse (comment ça le titre aurait pu me mettre sur la voie ?). Les premières pages sont plutôt agréables mais l’histoire s’enfonce assez vite et sombre dans le grand n’importe quoi. On est loin des plumes acérées que j’apprécie. Que dire que dire ? trop de légèreté tue la légèreté. 

 

A cette heure-ci il y a de tout : de la chèvre et du chou, de la mini-comédienne et du nabab de studio amerloque, du pisse-copie inconnu et du critique chevronné.

Déçu, je lui dis que dans sa liste, les seuls que j’aurais eu une chance de reconnaître, en dehors des gens de la télé et des « vraies vedettes » étaient les chèvres. Ou les choux. Il me traita d’analpha-plus-bête-que-ses-pieds.

Vexé je fus !


Club lecture·Mes lectures

Club lecture, 3°, février : Michel HOUELLEBECQ, Les particules élémentaires

          Notre club lecture s’est réuni le jeudi 17 février pour la 3° fois au Café Livres, dans le 4° arrondissement. Nous étions cette fois-ci également une petite dizaine, avec quelques regrettés absents mais aussi de nouvelles têtes. Nous avons débattu autour des Particules élémentaires de Michel Houellebecq que nous avions choisi pensant déclancher un vif débat !

          Commençons par situer rapidement l’ouvrage : c’est l’histoire (ou la non-histoire) de deux frères, Michel et Bruno, tous les deux un peu paumés, ayant connu une enfance difficile, associables et quelques peu dérangés mentalement (pas dans le genre drôle hein, le 1° n’a pas de vie sociale et ne s’intéresse à rien, le second est obsédé par le sexe tout en étant loin d’être un tombeur). Nous allons suivre leur triste vie et leurs obsessions.

          Ce qu’on en a pensé : mis à part le participant recruté pour son amour de Michel Houellebecq (que nous remercions d’ailleurs de s’être joint malgré les risques encourus), personne n’a aimé ce livre. Nous sommes plusieurs (la majorité à vrai dire) à l’avoir abandonné à mi-chemin. Commençons par le point de vue de celui qui a aimé : Houellebecq est le témoin d’une époque, il met en avant des problèmes de société. Nous avons pour la plupart trouvé le style plutôt agréable. Ce que nous avons reproché au livre : l’omniprésence de scènes sexuelles sans le moindre intérêt. Le propos tourne en rond, nous n’avons pas vu où voulait en venir l’auteur, ni même s’il voulait en venir quelque part. Des idées intéressantes qui pourraient être résumées en quelques pages et qui sont noyées dans des passages d’une crudité qui se veut choquante mais nous a plutôt assomés. Des personnages sans intérêt, une absence d’histoire navrante. Une lecture qui s’est presque apparentée à de la torture…

          Je ne développe pas plus ce compte rendu. Je devrais sans doute, il y a beaucoup de nuances à apporter à nos avis, mais à vrai dire, je n’en ai pas réellement l’envie… J’ai assez vu Houellebecq pour un moment.

          Honte à moi, j’avais oublié le traditionnel extrait, le voici donc !

J’étais fière de provoquer ses érections, j’avais une photo de son sexe dressé, que je conservais tout le temps dans mon portefeuille ; pour moi c’était comme une image pieuse, lui donner du plaisir était ma plus grande joie.

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Est-ce que ça demande plus de temps et d’investissement personnel qu’une pipe ? Toujours est-il que la prestation apparaissait atypique ; la branlette espagnole n’était en général pas facturée, et donc pas prévue, et donc difficile à obtenir. Pour les filles, c’était plutôt un truc privé, voilà. Plus d’une fois Bruno, en quête en réalité d’une branlette espagnole, avait dû se rabattre sur une branlette simple, voire une pipe. Parfois réussie d’ailleurs ; il n’empêche, l’offre était structurellement insuffisante en terme de branlettes espagnoles.

          Le mois prochain, nous changeons totalement de style. Nous lirons un récit de voyage, Alexandra David-Néel, Voyage d’une parisienne à Lhassa. Nous nous retrouverons toujours au même endroit, à 18h30, le jeudi 17 mars.

          Nous espérons que vous serez encore nombreux à vous joindre à nous.