Mes lectures

Claudie GALLAY, Les déferlantes

          Une jeune ornithologue s’installe à La Hague suite à la perte de l’homme qu’elle aime. Elle y rencontre Lambert, un homme mystérieux. Quel secret cache-t-il ? Les habitants du villages en sauraient-ils plus qu’ils ne le disent sur l’histoire de cet homme ?

          Un livre sur la mer et ses secrets. Je me méfiais de ce livre au succès trop imposant. Eh bien, je n’avais pas tort. Le style est loin d’être transcendant. On a beau aimer la simplicité, là, ça mériterait quand même d’être un peu plus écrit. Ecrit à la truelle, rien à espérer de ce côté-là. L’histoire pourrait être sympathique. Les secrets, ça plaît toujours. Là aussi, petite déception. Si ça marche plutôt bien, j’ai vu venir chaque rebondissement 100 pages à l’avance. Aucune surprise, un déroulement très convenu. Au final, un livre assez agréable à lire tout de même, mais sans grand intérêt non plus. Pas mal pour ceux qui aiment les lectures légères à la plage.

Morgane a piqué les dents de sa fourchette dans un morceau de pomme de terre. Elle a levé la tête. Elle a montré la maison de Lambert. Certains volets étaient ouverts.

– Je l’ai vu, il est allé au phare en passant par le sémaphore. il a arraché les ronces de son jardin.

– Tu l’espionnes ? j’ai demandé.

Mes lectures

Hervé GUIBERT, La mort propagande

          La mort propagande est le premier texte publié d’Hervé Guibert, alors âgé de 21 ans. Douze courts chapitres dans lequel le corps s’expose sans pudeur, entre amour et mort.

          Un texte très cru, extrêmement dérangeant. Un livre violent et incroyablement provocateur dans lequel on trouve déjà ce qui hantera toute l’oeuvre guibertienne : l’obsession de la maladie et de la mort.

          Je vous passe les passages les plus glauques et vous présente ici ce qu’il y a de plus édulcoré dans le livre…

Ma mère m’avait dit, tant qu’à faire, ne chie pas dans ton école, c’est plus sale qu’ici, te déculotte sous aucun prétexte, faut mieux que tu chies dans les chiottes familiales.

Mes lectures

Mathieu LINDON, Ce qu’aimer veut dire

          Mathieu Lindon a grandi à l’ombre d’un père qui a côtoyé les plus grand écrivains. Il est en effet le fils de Jérôme Lindon, le créateur des célèbres Editions de Minuit qui ont publié Duras, Deleuze, Robbe-Grillet, Beckett (ami si cher de Jérôme) et bien d’autres ! Adolescent renfermé, passionné de littérature, il aura du mal à s’émanciper de ce nom parfois lourd à porter. C’était sans compter sur sa rencontre avec Michel Foucault. Une amitié qui durera 6 ans, jusqu’à ce le philosophe soit emporté par le sida. Une relation hors normes, arrosée de whisky et de LSD, dans laquelle Mathieu Lindon s’est épanoui et à partir de laquelle il bâtira le reste de sa vie.

          Un livre magnifique sur le rapport au père mais aussi et surtout sur l’amitié. Celle avec Michel Foucault, si forte et unique, mais aussi celles qui se sont construites autour, notamment avec Hervé Guibert. Un livre sur la vie et l’amour, sous toutes ses formes. Sur le drame qu’a été l’arrivée du sida dans cette jeunesse insouciante, la confrontant trop tôt à une mort inéluctable. On est ému dès le début, avec la lettre que Jérôme Lindon a laissée à son fils en mourant. Dès les premières lignes, on est happés par l’incroyable beauté de ce texte, par sa force et sa vitalité. Un très bel hommage au père, et surtout aux amis disparus. sans pathos. Les passages sur l’oeuvre de Guibert me seront d’une aide précieuse pour mon mémoire, ce qui n’a fait qu’accroître mon engouement pour ce livre. Je rejoins l’avis de Carmadou : on est sans doute dès janvier face au grand livre de l’année 2011. Si vous ne deviez lire qu’un livre cette année, il faudrait que ce soit celui-là.

Mon père ayant survécu à une grave opération, ma mère m’avait dit : « Je lui suis reconnaissante de ne pas être mort », et j’avais raconté ce trait à Michel qui l’avait trouvé joli. Est-ce que je lui en veut d’être mort ? Ca demeure le seul défaut que je lui trouve mais il est de taille.

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Désormais il faut espérer moins de l’existence. Je croyais avoir accédé à quelque chose d’éternel et cet éternel s’est dérobé. Je croyais que c’était la vie et c’était la jeunesse.

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Lorsque j’étais jeune, je trouvais que j’étais intelligent. Puis je me suis rendu compte que j’étais bête, aussi, mais cette constatation m’a parue un signe d’intelligence. puis je n’ai pu faire autrement que de découvrir  que quand j’étais bête, j’étais bête, le savoir n’y changeait rien.

Pour en savoir plus, la critique (approximative) du Monde, celle (très juste) de Télérama, celle (assez complète) de Bibliobs ou celle scandaleuse de L’Express (ont-ils seulement lu le livre ???).

Mes lectures

Andreï MAKINE, Le livre des brèves amours éternelles

          Des histoires d’amour entrevues. Des regards échangés, quelques paroles parfois, des instants magiques qui ont bouleversé les personnages de ce roman et ont changé le cours de leur vie. Un roman sur la force de l’amour.

          Bon, avouons-le, ça commence mal. Un roman qui parle d’histoires d’amour platoniques que le narrateur ressasse toute sa vie durant, ça n’a rien pour m’enchanter… Mais je pardonne toujours tout à Makine, même d’écrire des histoires pleines d’amour, alors j’ai fait un effort. Eh bien, il s’en sort pas mal ! Les histoires sont belles et l’écriture toujours aussi fine. L’univers de Makine est unique et c’est chaque fois un plaisir grandissant de s’y replonger. Je reprocherais au livre d’être un peu décousu. Les histoires se passent à des époques différentes, sans autre lien que leur importance dans la vie du narrateur. J’ai trouvé qu’il manquait peut-être d’un fil conducteur un peu plus fort. Cela mis à part, l’écriture est belle, pleine de poésie, on s’y installe avec bonheur et ne la quitte qu’à regrets. On retrouve quelques uns des thèmes de prédilections de l’auteur qui construit une oeuvre d’une incroyable unité (sans pour autant en devenir désespérément répétitif). Pas le meilleur Makine à mes yeux (quoique sans doute un des plus « grand public ») mais un assez bon cru tout de même.

Notre erreur fatale est de chercher des paradis pérennes. Des plaisirs qui ne s’usent pas, des attachements persistants, des caresses à la vitalité des lianes : l’arbre meurt mais leurs entrelacs continuent à verdoyer. Cette obsession de la durée nous fait manquer tant de paradis fugaces, les seuls que nous puissions approcher au cours de notre trajet de mortels. Leurs éblouissements surgissent dans des lieux souvent si humbles et éphémères que nous refusons de nous y attarder. Nous préférons bâtir nos rêves avec les blocs granitiques des décennies. Nous nous croyons destinés à une longévité de statues.

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Oui, la vraie joie est de pouvoir papillonner au-dessus d’une multitude de possibilités, un peu anarchiques, un peu dérisoires.

          Pour ceux qui voudraient découvrir cet auteur, allez plutôt voir du côté de La musique d’une vie, texte court d’une grande force et très facile d’accès ou La vie d’un homme inconnu, à mes yeux son meilleur texte malgré une (longue) première partie particulièrement décourageante (mais quelle suite !).

          Si vous souhaitez savoir ce qu’en a pensé L’Express, c’est par là, l’avis de Pivot pour le JDD est ici et pour Bibliobs c’est.

Club lecture·Mes lectures

Club lecture, 2°, janvier : Tatiana de Rosnay, La mémoire des murs

          Notre club lecture s’est réuni le mardi 18 janvier au Café Livre. Il a connu un succès inattendu aux vues des résultats du mois dernier ! 9 participants, et un malheureux contre-temps qui nous a privés de la 10°. Personnellement, j’ai trouvé que c’était pas mal comme nombreux : suffisant pour avoir des avis très différents sur nos lectures et permettre le débat, mais assez réduit aussi pour que tout le monde puisse s’exprimer et être entendu de tous. J’ai trouvé cette soirée fort agréable et suis très heureuse d’avoir rencontré tous ces sympathiques lecteurs !

          Nous nous retrouvions autour de Tatiana de Rosnay, La mémoire des murs. Pascaline vient de divorcer, l’emménagement dans un petit appartement marque pour elle le début d’une vie nouvelle. Mais un crime a été commis dans ces lieux, cette idée va la hanter, faire ressurgir son passé et la transformer peu à peu.

          Les avis ont été mitigés sur ce livre. Personne n’a détesté ni adoré. Nous avons tous été d’accord sur le fait que ce livre soit écrit avec fluidité et facile à lire, ce qui le rend plutôt agréable. Certains ont été gênés par cet univers très sombre. D’autres ont trouvé ce livre inaboutti, comme s’il n’était qu’une étude préparatoire au livre qui a suivi, Elle s’appelait Sarah. Le personnage de Pascaline nous a divisés : sa solitude et son désespoir ont ému, son côté paranoïaque et obsessionnel a agacé. Parmi les points positifs, la construction du livre : l’évolution du personnage est intéressante ainsi que le lien fait entre son passé et son obsession pour les meurtres de jeunes femmes. La fin est particulièrement intéressante, même si certains ont regretté qu’elle reste ouverte. En conclusion, nous avons plutôt apprécié ce livre, certains liront peut-être d’autres ouvrages de cet auteur même si aucun de nous n’a aimé au point de se précipiter chez son libraire pour prolonger sa lecture. The Girl Next Door a fait un très bon résumé de notre rencontre que vous pouvez trouver ici.

          Pour ma part, j’ai moyennement aimé ce livre. Le sujet même m’a gênée. L’obsession du personnage pour ce qui pourrait ou aurait pu arriver m’a agacée. Je ne me suis absolument pas identifiée à cette femme dépressive qui manque cruellement de caractère. Mon absence de coeur m’a empêchée d’éprouver le moindre sentiment d’empathie. Il y a toutefois des choses intéressantes dans ce livre. Sur la perte de l’enfant notamment. La longue descente aux enfers du personnage nous plonge dans un univers très sombre. La fin vient clore cette progression de manière assez attendue mais intelligente. Un avis mitigé donc, une lecture agréable mais qui ne m’a pas passionnée, rattrapée par une fin bien construite.

Ni Frédéric, ni Elizabeth ne comprenaient ce qui m’arrivait. Je me suis sentie seule, triste, vieille. Recroquevillée sur le canapé, je me demandais comment j’allais bien pouvoir dormir, comment je pourrais continuer à vivre ici. Ce petit appartement que j’aimais tant. Fallait-il que je parte, alors que je venais à peine de m’y installer ? Quel gâchis tout de même, quel dommage.

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Marie était sortie par cette porte, insouciante, pressée de retrouver son amie, et l’homme l’avait poussée dans le studio. Comme d’habitude, personne n’avait rien vu, personne n’avait rien entendu.

La prochaine réunion se tiendra le jeudi 17 février à 18h30 au Café Livre. Nous échangerons autour de Michel Houellebecq, Les particules élémentaires. Une discussion animée en perspective !

Et vous, avez-vous lu ces livres et qu’en avez-vous pensé ?