Culture en vrac·Divers

Livres en tête

          Du 16 (ce soir donc) au 19 novembre, se tiendra à Paris « Livres en tête ». Cette troisième édition est présidée par Daniel Pennac, sur une programmation signée Pierre Jourde. Chaque soir, une lecture de texte par un auteur est proposée. Venez par exemple écouter Eric Chevillard le 17. L’occasion de découvrir ou redécouvrir des auteurs contemporains. Pour plus d’informations, le blog de l’édition 2001.

Mes lectures

Serge JONCOUR, Que la paix soit avec vous

          Un homme vit seul dans un studio parisien. Sans emploi, il regarde le monde changer et suit à la télé le début de la guerre en Irak. De la lumière dans l’appartement voisin du sien va venir troubler son quotidien.

           Dès les premières pages, la situation est claire : on est face à un Joncour grand cru ! On retrouve ici encore son cynisme si caractéristique dont je ne me lasse pas. Le style m’a semblé plus abouti que ce que j’avais pu lire jusque-là. C’est extrêmement bien écrit et j’ai été happée par l’histoire dès les premières pages. Il faut dire que je me sens certaines affinités avec ce personnage un peu grinçant…

          Je me suis assez vite lassée des passages sur la guerre en Irak. En revanche, j’ai beaucoup aimé ceux relatifs à la deuxième guerre mondiale. La fin m’a un peu laissé sur ma faim, justement, mais n’a pas pour autant gâché mon plaisir. Quelques longueurs peut-être mais c’est un peu le principe même du roman qui veut ça puisqu’il porte sur une (quasi) absence d’action. La vivacité de l’écriture est un régal, on ne le dira jamais assez, Serge Joncour est un auteur à découvrir !

Je suis bien la personne au monde avec laquelle j’aurai passé le plus de temps, il n’y a pas de quoi sourire ou s’apitoyer, on en est tous là, à s’accompagner du mieux qu’on peut, à se suffire, il y en a même que ça éblouit.

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Les morts se taisent, les vivants ne veulent pas entendre et les survivants ne peuvent pas parler.

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C’est encombrant d’en apprendre sur les autres, c’est prendre le risque de s’en rapprocher.

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C’est toujours favorable d’avoir un ami riche, on en escompte une forme de contamination,on s’en imprègne comme d’une émanation. L’ami riche c’est le répit du fauché, rien que de le voir ça rassure sur son compte, ça ferait même dire que c’est possible, que si le monde est mal fait il a ses largesses tout de même.

Mes lectures

Martin WINCKLER, Le Choeur des femmes

        Jean est une jeune et brillante interne qui se destine à la chirurgie. Quand elle apprend qu’elle va devoir passer six mois dans le service du Docteur Karma, dans le service de « Médecine de la femme », où le travail consiste essentiellement à écouter et conseiller, elle voit rouge. N’est-ce pas gâcher son talent et ses compétences que d’écouter des problèmes de bonnes femmes ? Mais peu à peu, malgré son agacement, elle va commencer à changer et à remettre en question sa vocation.

        Je ne sais trop que dire de ce livre. Pour commencer, j’ai lu ses 660 pages en moins d’une semaine, ce qui est plutôt bon signe. Les premières pages m’ont quelque peu déstabilisée. Le style est plus que trivial. C’est écrit avec plus de grossièreté que je n’en emploie dans mes jours les plus sombres, ce qui n’est pas peu dire étant donné ma fâcheuse tendance à employer un langage par trop fleuri. J’ai donc eu beaucoup de mal avec la vulgarité qui s’insinue jusque dans la narration. Je suis vieux jeu, la littérature doit rester un lieu où le langage est sublimé (même si de nos jours on peut déjà s’estimer heureux lorsqu’il n’est pas maltraité), au moins en dehors des dialogues. Un style qui m’a donc refroidie.

          J’ai toutefois poursuivi ma lecture à la fois parce que c’était facile à lire, parce que ce livre était un cadeau et parce que j’avais déjà abandonné lâchement deux romans d’affilée et que je me sentais le devoir de ne pas lâcher celui-ci si facilement. Les personnages sont assez attachants. On se laisse vite prendre à l’histoire. J’ai parfois trouvé le milieu médical trop présent. Je sais, ça se passe dans un hôpital, c’est donc normal, mais le compte rendu de chaque consultation dans le détail n’était peut-être pas indispensable. Mais n’oublions pas que l’auteur est médecin, c’est donc pour lui l’occasion de placer des informations sur la contraception, souvent bienvenues.

         Malheureusement, l’aspect informatif prend souvent trop le pas sur le romanesque de manière pas toujours très subtile. J’ai donc sauté pas mal de passages. C’est en plus dégoulinant de bons sentiments qui, comme chacun le sait, ne sont pas mon point fort. Enfin, la fin est totalement tirée par les cheveux, digne du pire nanar américain. Toutefois, malgré ses nombreux défauts, ce livre reste agréable à lire et j’y ai pris plaisir. J’ai appris deux ou trois choses au passage qui plus est. Un peu maladroit mais touchant.

Les filles qui déballent leurs états d’âme pour attendrir les mecs, très peu pour moi, et puis je suis en fin de cinquième année et je suis l’interne la mieux notée du service et même du CHU alors merde.

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Là, j’ai envie (une fois encore) de l’étrangler. C’est le mot « employeur » qui me fait bouillir. Je ne suis employée par personne. Je ne suis le jouet de personne. Je suis mon propre maître. Et si cet abruti pense que…

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Tantôt il me vole dans les plumes, tantôt il m’écoute. Qu’est-ce qu’il veut à la fin ? Il me fait perdre mes moyens. Et moi, j’oublie ma pilule le soir et je fais n’importe quoi, je décide de l’arrêter sans réfléchir aux conséquences. Si j’ai une migraine pas possible, c’est de sa faute !

Mes lectures

Maylis de KERANGAL, Naissance d’un pont

          J’avais beaucoup entendu parler de ce livre l’année dernière (en bien) et me l’étais fait offrir à Noël après qu’il ait reçu le prix Médicis. Ceux de mon entourage qui l’avaient lu ne tarissaient pas d’éloges à son sujet. Après avoir longuement attendu pour une raison indéterminée, je me suis donc lancée dans cette lecture avec enthousiasme à peine mon mémoire présenté.

          Eh bien je serai brève : je n’ai pas du tout accroché, mais alors, PAS-DU-TOUT !!! Le style m’a horripilée dès les premières pages. J’ai eu beau tenter de me raisonner, rien à faire, c’est une réaction épidermique totalement incontrôlable. Le livre présente plusieurs personnages, pensant que c’était peut-être simplement le premier qui me dérangeait, j’ai feuilleté la suite, lisant de longs passages au hasard : non, non et non, rien à faire, cette écriture me crispe, j’ai dû refermer le livre aussitôt ouvert.

          Je vous passerai donc l’histoire (la construction d’un pont à travers l’histoire de plusieurs personnages), et ne citerai qu’un court extrait étant donné que je n’ai même pas réussi à avancer assez pour me faire une idée. Il y avait longtemps qu’une plume ne m’avait pas tant rebutée. La déception de l’année.

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Téléporté ainsi de biotope en biotope, à bord de vols long-courrier finissant bien souvent en coucou biturne, il ne reste guère plus de dix-huit mois sur un site et ne voyage jamais, dégoûté de l’exotisme, de sa trivialité.

Mes lectures

Lutz BASSMANN, Les aigles puent

          Dans une ville ravagée, Gordon Koum cherche les corps de sa femme et ses enfants dans les décombres. Lui-même irradié, au seuil de la mort, il leur rend un dernier hommage à travers la voix d’un pantin trouvé dans les gravas.

          « Lutz Bassmann appartient à une communauté d’auteurs imaginaires » (paroles de l’éditeur), plus connu sous le pseudonyme d’Antoine Volodine. L’année dernière, il avait réalisé l’exploit de publier trois romans, sous trois noms différents (et chez trois éditeurs) pour la rentrée littéraire. J’en parle ici à l’occasion de la lecture de très très bon Écrivains. L’objectif était de montrer que le texte est indépendant de la biographie (Antoine Volodine est notamment connu pour ses thèses formalistes) et que le même homme pouvait écrire trois textes totalement différents. L’objectif est intéressant et j’avais donc acheté les deux autres livres afin de voir ce qu’il en était.

         J’ai été bien moins convaincue par ce texte que par Écrivains. Le texte est sombre, très sombre, trop sombre. Un texte d’anticipation dans un univers sans espoir, genre avec lequel j’ai beaucoup de mal à accrocher. Ce n’est pas que je tienne beaucoup aux histoires joyeuses, mais tout de même… Toutefois, si je n’ai pas du tout adhéré à l’univers, je suis restée éblouie par ce style magistral. D’un point de vue purement stylistique c’est sans doute encore meilleur que l’ouvrage sus-cité qui m’avait laissée muette d’admiration des jours durant.

          Il m’a semblé voir dans ce texte quelques points communs avec le livre précédent (dans l’ordre de mes lectures, en réalité, ils sont parus en même temps). Sans doute est-ce uniquement parce que j’ai inconsciemment cherché cette ressemblance. Quelques vagues réminiscences mises à part, c’est un ouvrage totalement différent de celui que j’avais lu, tant par l’univers que par l’écriture. Bien que je n’aie pas tellement apprécié ce livre, je ne peux que m’incliner devant un tel talent. Reste à savoir si le troisième roman vient confirmer la réussite de l’incroyable entreprise de l’auteur. La réponse bientôt.

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Renoncer à ce qui suscite la protestation des vivants, à leurs petites indignations qui, la plupart du temps, sont insultantes pour les morts. Accepter le contact épuisé, non poétique, avec les morts.