Mes lectures

Olivia ROSENTHAL, Que font les rennes après Noël ?

          En voilà une bonne question ! C’est celle que se pose l’héroïne de cet ouvrage. C’est l’histoire d’une petite fille qui aime les animaux mais dont les parents ne les aiment pas, se pose alors la question de l’obéissance ou de la révolte : doit-on écouter ses désirs ou se plier aux règles ? La petite fille va grandir et s’oublier peu à peu, se fondant dans le moule, arrivera-t-elle à se retrouver ?

          On retrouve dans ce roman le style inimitable d’Olivia Rosenthal. C’est haché et perturbant, sec, durassien. Il y a d’abord un personnage récurent, tout au long du livre et puis d’autres voix, qu’on suit moins longtemps, dont on ne sait d’où elles viennent et dont on ne connaît qu’une partie de l’histoire. Les voix s’alternent à chaque paragraphe et se répondent, de manière parfois évidente, souvent obscure.

          Si ce livre perturbe, il pose des questions intéressantes. Comment devient-on soi-même ? Comment se détache-t-on de l’emprise sociale et familiale ? Peut-on seulement y arriver sans remplacer une dépendance par une autre ? Le rapport à la mère, à la famille, à la société sont ici disséqués à travers une histoire particulière. Un ouvrage surprenant, qui sort largement du lot (aucun jugement de valeur à voir ici). Comme tous les autres romans de l’auteur, je ne saurais dire si je l’ai réellement apprécié. Des choses très intéressantes, un style qu’on reconnaît dès les premières lignes, un travail littéraire qui se construit et s’étoffe peu à peu. Beaucoup de bonnes choses donc mais une écriture déroutante et un peu difficile. Cependant, Olivia Rosenthal signe ici un de ses romans les plus abordables. A lire ne serait-ce que par curiosité, pour voir quelles formes peuvent prendre les nouvelles formes de la création littéraire.

Vous écrivez donc régulièrement au vieux monsieur à barbe blanche, à qui vous réclamez un animal domestique, une petite boule de poils que vous pourriez caresser, nourrir, cajoler, embrasser, avec qui vous pourriez jouer sans relâche et dont vous vous occuperiez. Mais comme le père Noël n’a pas l’air de vous écouter, vous décidez, sitôt la fête consommée, de partir avec ses rennes pour vous venger.

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Vous vous habituez à laisser votre chambre ouverte, vous n’éprouvez même plus le besoin de vous enfermer. Vous reconnaissez la mère en votre mère, en votre père le rival et l’ennemi, vous reproduisez les schémas, vous intégrez les fonctions, vous vous imprégnez.

Mes lectures

Alessandro BARICCO, Soie

          Voilà un petit roman qui dormait depuis bien longtemps dans ma bibliothèque (8 ans pour être exacte, je pense que c’était celui qui m’attendait depuis le plus de temps). Il ne me tentait que moyennement. On a beaucoup vu ce livre, on en a beaucoup entendu parler (trop, je trouvais ça louche) et moi qui ai toujours préféré les gros pavés, je le trouvais désespérément mince. Et puis ce titre… pfff… ça ne me parlait pas. J’avais bien failli l’ouvrir quelques fois mais n’avais jamais sauté le pas. C’était un tort. Heureusement que ma surcharge de travail m’a obligée à choisir dans ma bibliothèque un titre pas trop volumineux pour mes trajets en métro entre deux ouvrages sur Guibert, sinon ce pauvre Baricco y dormirait encore.

          C’est l’histoire d’un jeune homme du sud de la France qui achète des oeufs de vers à soie afin de fournir les « éleveurs » et tisserands de son village. La maladie qui touche l’espèce dans une grande partie du monde l’obligera à aller en chercher au seul endroit où ils sont encore sains : le Japon. Il fera là-bas une rencontre qui bouleversera sa vie.

          L’histoire commence doucement. L’écriture est simple, sans fioritures. Au début, j’ai trouvé que tout allait un peu vite, qu’on restait trop en surface et que lieux et personnages auraient mérité qu’on s’y arrête un peu plus. Et puis finalement, au fil des pages, les caractères se dessinent, l’Histoire (avec un grand H) apparaît en filigrane ; les émotions font surface. Des ambiances naissent de rien. Un livre vite lu et léger mais empreint de poésie qui est une vraie réussite.

La demeure d’Hara Kei semblait noyée dans un lac de silence. Hervé Joncour s’approcha et s’arrêta à quelques mètres de l’entrée. Il n’y avait pas de portes, et sur les murs de papier apparaissaient et disparaissaient des ombres qui derrière elles ne semaient aucun bruit. Ca ne ressemblait pas à la vie : s’il y avait un nom pour tout ceci, c’était : théâtre.

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Hervé Joncourt resta immobile, regardant l’énorme brasier éteint. Il avait derrière lui une route longue de huit mille kilomètres. Et devant lui, rien. Brusquement, il vit ce qu’il croyait invisible.

La fin du monde.

A lire aussi : Novencento pianiste, un texte très émouvant.

Culture en vrac

Prix littéraires 2010

          Le dernier résultat des grands prix de cette rentrée littéraire vient de tomber, l’occasion de faire un petit point. Il y a un nombre incroyable de prix littéraires, la plupart méconnus, mal dotés et sans grand intérêt. Je me contenterai donc de vous donner les résultats des principaux, en essayant de ne pas en oublier. Je vous les donne par ordre chronologique d’attribution.

– Le Grand Prix du Roman de l’Académie française (notez l’emploi abusif des majuscules…)

Depuis 1915, distingue un roman en langue française publié au cours de l’année. Les lauréats sont souvent des auteurs à l’écriture classique mais de qualité, parfois un brin tristounette (l’académie n’est en effet pas reconnue pour sa fantaisie). Le prix est doté de 7500€. L’ont obtenu François Mauriac (1926), Antoine de Saint-Exupéry (1939), Michel Tournier (1967, pour son très beau Vendredi ou Les Limbes du Pacifique), Jean d’Ormesson (1971) ou Pascal Quignard (2000) ; cette année rejoint par Eric Faye pour Nagasaki, paru chez Stock.

 

– Le Prix Femina

Il a été créé en 1904 par la comtesse de Noailles. Le jury est composé uniquement de femmes, en réaction à la mysoginie du Goncourt, mais distingue hommes ou femmes indifféremment. Il n’est pas doté financièrement mais assure des ventes importantes, environ 155 000 exemplaires en moyenne d’après GFK (institut de marketing qui sert de référence pour les chiffres de vente en édition). Depuis quelques années, un Femina étranger et un Femina Essai sont aussi décernés. Parmi les lauréats célèbres, Saint-Exupéry (1931), Marguerite Yourcenar (1968), Sylvie Germain (1989) ou Marie Ndiaye (2001). Il a été remis cette année à Patrick Lapeyre pour La vie est brève et le désir sans fin, chez P.O.L.

– Le Prix Medicis

Créé en 1958, le Medicis se veut un prix « pas comme les autres ». Il récompense (ou est sensé récompenser) un jeune auteur qui semble pouvoir apporter un renouveau à la littérature. Comme pour le Femina, des catégories « Littérature étrangère » et « essais » ont aussi été créées. Ce prix est généralement de très bonne qualité. Philippe Sollers (1961), Georges Perec (1978), Jean Echenoz (1983) ou Hubert Mingarelli (en 2003 pour son très beau Quatre Soldats, que je vous recomande) ont été distingués, cette année suivis par Maylis de Karengal pour Naissance d’un pont chez Verticales. Le Medicis étranger a été décerné à David Vann pour Sukkwan Island par les merveilleuses éditions Gallmeister. Bravo à Olivier Gallmeister et sa très belle maison pour leur travail et cette récompense largement méritée !

– Le Prix Goncourt

Il est le plus célèbre des prix littéraires. Celui qui fait le plus vendre aussi, avec 400 000 volumes en moyenne, toujours selon GFK. Il a été créé en 1896 par Edmond de Goncourt par voie testamentaire (dont l’exécuteur n’était autre qu’Alphonse Daudet !) en hommage à son frère, Jules. Il a été proclamé pour la 1° fois en 1903. Il récompense « le meilleur ouvrage d’imagination en prose paru dans l’année ». Sa dotation avait été fixée à 5 000 F soit aujourd’hui un peu moins de 10€… Mais il assure la renommée de son lauréat. Il ne peut être attribué 2 fois au même auteur, seul Gary a fait exception, l’obtenant sous son vrai nom et sous le pseudonyme d’Emile Ajar. Gallimard et Grasset se partagent plus de 60% des Goncourt décernés. Un Goncourt des lycéens existe depuis 1988 (environ 125 000 ventes). Parmis les plus célèbres des lauréats, Marcel Proust (1919), André Malraux (1933), Julien Gracq (1951), Simone de Beauvoir (1954), Michel Tournier (1970). Cette année, c’est Michel Houellebecq et Flammarion qui l’ont obtenu pour La carte et le territoire. Le Goncourt des lycéens a quant à lui été décerné à Mathias Enard pour Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, un roman Actes Sud.

– Le Prix Renaudot

Il a été créé en 1925 par des journalistes et critiques littéraires attendant les résultats de Goncourt. Les 2 prix sont remis au même endroit, le même jour, à quelques minutes d’intervalle. Au cas où le lauréat obtiendrait le Goncourt juste avant, un « lauréat de remplacement » est toujours choisi. Le même auteur ne peut donc pas obtenir les 2 récompenses, celles-ci se voulant complémentaires. Il ne peut non plus être décerné à un auteur ayant été récompensé par l’un des 5 autres grands prix au cours des dernières années. Sans dotation, il assure les meilleures ventes après le Goncourt, autours de 220 000. Un prix Essai est également décerné. Louis-Ferdinand Céline (1932), Louis Aragon (1936), Jean-Marie Gustave Le Clézio (1963), ou Daniel Pennac (2007) ont été récompensés. En 2010, la lauréate est Virginie Despentes pour Apocalypse bébé chez Grasset.

– Le Prix Interallié

Le prix a été en 1930 par des journalistes attendant l’annonce des résultats du prix Femina (décidemment…). Il a d’abord été conçu comme un jeu, sorte de pastiche des grands prix, visant à mettre en valeur les écrits d’un de leurs confrères (le 1° fut Malraux). Depuis, il récompense chaque année un roman de journaliste. La majorité des jurés publiant chez Grassets et ayant tendance à choisir des romans de la maison, le prix est parfois appelé « InterGrasset »… Le prix n’est pas doté financièrement et les ventes tournent autour de 95 000 exemplaires. Il a récompensé Yvonne Baby (1967, pour qui Guibert travailla au Monde), Sébastien Japrisot (1991), Patrick Poivre d’Arvor (2000), Frédéric Beigbeder (2003). En 2010, il est attribué à Jean-Michel Olivier pour L’amour nègre, chez Grasset.

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          Les informations nécessaires à la rédaction de cet article provienne essentiellement de http://www.prix-litteraires.net/ -où vous trouverez les résultats d’autres prix littéraires moins prestigieux – et de La République des Lettres (blog que je vous conseille fortement par ailleurs) – où sont présentés tous les prix littéraires les plus connus (je me suis contentée de parler des 6 plus célèbres, mais j’aurais pu étendre ma sélection) ainsi que les lauréats depuis leur création.

Club lecture

Club lecture parisien

Bonsoir tout le monde !

La nuit des forains et moi-même avons décidé de créer un club lecture sur Paris. Ca fait un moment que nous en parlons, ça y est, c’est lancé ! Nous nous retrouverons entre lectrices une fois par mois autour d’une lecture commune que nous choisirons chacune notre tour. Les seules conditions : que l’ouvrage soit de taille modeste (nous sommes malheureusement peu nombreuses à avoir le temps d’avaler A la recherche du temps perdu en un mois, ayant des obligations diverses et variées qui nous éloignent sans cesse de nos bibliothèques, un peu mesure dans le choix est donc demandée) et qu’il soit paru en poche (le budget livre n’étant pas toujours extensible). En revanche, si j’ai un penchant pour les romans, tous les genres sont autorisés, on est là pour découvrir !

Je vous tiendrai informés très vite pour le choix du premier livre, les modalités de fonctionnement plus précises, la date de la première rencontre, etc…

Vous pourrez bien sûr suivre cette aventure via mon blog.

Si vous souhaitez participer au club lecture (dans la limite des places disponibles), merci de me laisser un commentaire.

A bientôt donc, pour partager nos lectures.

Mes lectures

François BUOT, Hervé Guibert : Le jeune homme et la mort

          Paru en 1998, ce livre est la première biographie d’Hervé Guibert. On y retrouve tous les grands moments de sa vie dans des chapitres courts présentés de manière chronologique : ses livres, ses amours, ses amis, sa carrière…

          L’ouvrage est clair et plutôt bien écrit. Rien ne manque et les informations semblent venir de sources sures, l’auteur ayant rencontré beaucoup de gens que fréquentait Guibert. Je lui reprocherais toutefois un certain manque de profondeur. Il n’y a pas de réflexion sur l’oeuvre, ce que je trouve un peu dommage. Pour ceux que la vie de Guibert intéresserait, c’est un ouvrage très accessible et vite lu.

Guibert peut-il être, à défaut d’une consolation, un dénominateur commun pour tous les autres malades, ceux qui ne connaissent pas, eux, le charme et la puissance des mots pour en faire leur tombeau ?

 Pierre Combescot