Mes lectures

La théorie de la tartine, une bonne surprise signée Titiou Lecoq

          En 2006, lorsque Marianne découvre sur le net une sextape postée par son ex, elle ne trouve pour l’aider qu’un hacker immature et un journaliste visionnaire qui croit qu’Internet va transformer le monde. Dix ans et les chocs de la jeunesse (enfants, travail, amours) plus tard, que deviennent notre ex-étudiante blogueuse, le jeune pirate et l’homme de presse idéaliste ? Internet a tout bousculé…

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          Quand l’éditeur (ou son attachée de presse plutôt) m’a envoyé ce livre, je dois admettre que je n’étais pas particulièrement emballée. Le titre me laissait un peu perplexe. Comme c’étaient des épreuves, je disposais en plus d’informations très limitées. Je ne savais pas grand chose du contenu et j’avoue que les titres précédents de l’auteur, que je ne connaissais pas, ne me tentaient absolument pas. L’auteur est blogueuse et je me méfie toujours un peu des blogueuses qui écrivent des livres, il y a souvent un ton particulier à ce genre d’ouvrages, assez léger – ou faussement léger, qui ne m’enchante pas vraiment. Comme je reçois très peu de livres en service de presse, j’ai quand même fait l’effort de me lancer dans cette lecture. Grand bien m’en a pris parce que contre toute attente, j’ai de suite accroché ! Les personnages sont assez sympathiques et le sujet m’a pas mal intéressé. L’auteur revient sur les débuts d’internet et les premières désillusions qui s’en sont suivies. C’est assez marrant de se rappeler de ce temps pas si lointain où tout semblait possible sur la toile et de la vitesse à laquelle les choses nous ont échappées.

          L’écriture est agréable et ce livre se lit vraiment tout seul, c’est un plaisir. L’histoire est plutôt bien construite même si elle est parfois improbable. J’ai trouvé la fin un peu faible mais pas non plus au point de gâcher l’ensemble. Il y a une certaine fraîcheur dans ce livre qui ne va pas jusqu’à la niaiserie. Bien sûr, l’auteur n’échappe pas à quelques clichés sur ses personnages mais l’ensemble reste intelligent et agréable. Au fond, ce livre a surtout un gros capital sympathie que je ne saurais pas vraiment expliquer et que ses petites faiblesses n’entament pas vraiment. Objectivement (enfin je crois), j’ai quand même l’impression qu’il s’agit d’un livre générationnel qui plaira surtout aux trentenaires désabusés un peu nostalgiques des débuts d’internet (ou pas). Ce sont en tout cas sans doute eux qui se sentiront le plus concernés par cette histoire. Le ton un peu aigre-doux assez typique du temps. Un roman assez réussi et franchement agréable largement ancré dans son époque. Une heureuse surprise.

© agence Anne et Arnaud
© agence Anne et Arnaud

Nous ne voulons pas d’un monde où la garantie de ne pas mourir de faim s’échange contre le risque de mourir d’ennui.

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La réunion de prérentrée de l’établissement scolaire secondaire ne servait pas à mettre au point des détails pratiques afin que l’école soit en état d’accueillir de nouveaux élèves, elle avait pour fonction essentielle de permettre au personnel de faire le deuil psychologique des vacances.

Mes lectures

Berezina, le dernier pari fou de Sylvain Tesson

          Sylvain Tesson revient avec un nouveau récit de voyage. Cette fois, il a décidé avec quelques copains de partir sur les traces de Napoléon et de refaire le trajet de la retraite de Russie… en side-car. Toute une expédition où la petite histoire rejoint la grande.

          Ce n’est un secret pour personne, j’adore Sylvain Tesson. Les récits de voyages en général, les siens en particulier. J’aime son style un peu âpre et son amour des grands espaces à la Jack London (un de mes auteurs favoris), son cynisme, sa culture et sa sensibilité. Oui oui, tout ça. C’est l’homme idéal, ni plus ni moins (je sais, j’ai une drôle de vision de l’homme idéal mais on s’en fiche, là n’est pas le sujet). Cet été, j’ai eu une peur bleue de perdre un de mes auteurs contemporains préférés lorsqu’il est tombé d’un toit en escaladant un chalet juste après avoir déposé ce manuscrit chez son éditeur. Dix jours de coma et pas mal de séquelles mais si le physique est meurtri, son intelligence reste intacte et c’est bien là l’essentiel. Après une longue rééducation, on retrouvera sans doute l’aventurier acharné dans de nouveaux récits, forts nombreux je l’espère. En attentant, il revient avec ce livre un peu particulier, qui mêle aventure et histoire.

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          J’avoue ne pas être très calée en histoire et je ne sais à peu près rien de la bataille de Russie. Tout ce que j’en sais, je l’ai découvert dans Guerre et Paix. J’avoue qu’heureusement que j’avais quelques vagues souvenirs du roman parce que sinon j’aurais peut-être eu un peu de mal à suivre. Sylvain Tesson a toujours été un personnage atypique mais dans ce récit on atteint des sommets ! Cet homme est complètement barré ! J’apprécie, notez, mais j’ai parfois eu un peu de mal à rentrer dans le délire. Le side-car, j’adhère totalement, par contre le mec qui se prend pour Napoléon en pleine retraite euh… comment dire ? Je sais qu’entre copains on peut aller très loin dans ses divagations mais le grand public pourrait trouver ça un poil mégalo quand même. Ou juste complètement fou. Il vaut mieux donc être adepte de l’originalité (et d’histoire napoléonienne) pour se lancer dans cette lecture au risque d’être un peu paumé.

          Après une rapide présentation du projet et de a préparation, on suit le périple au jour le jour. Je dois avouer que ce n’est pas le récit de l’auteur auquel j’ai le plus accroché. Tesson et ses amis se sont lancé sur les traces de Napoléon 200 ans après lui. L’auteur fait donc un constant parallèle entre leurs expériences pourtant si dissemblables. J’ai beaucoup aimé le côté aventureux et un peu fou de l’expérience. En revanche, j’avoue avoir parfois avoir un peu décroché avec le côté historique, très présent et parfois de manière un peu décousue. J’ai à la fois été ravie d’apprendre plein de choses sur la retraite de Russie, et par moments un peu lassée de ne pas saisir toutes les références. Je pense que la lecture aurait été particulièrement difficile si Guerre et paix ne m’avait pas un peu éduquée en la matière. J’ai donc été un peu mitigée sur ce livre intéressant par certains aspects mais dans lequel je me suis un peu perdue parfois. Sylvain Tesson ne nous livre pas ici son livre le plus abouti, tant dans sa forme – un peu brouillon – que dans son style -assez brut, mais l’idée est originale (trop ?) et le fond historique solide. Une lecture qui m’a un peu égarée parfois mais qui dans l’ensemble s’est avérée agréable. Les amateurs d’histoire seront sans doute enchantés.

Sylvain Tesson et Cédric Gras passent devant le monastère de Borodino.

L’homme n’est jamais content de son sort, il aspire à autre chose, cultive l’esprit de contradiction, se propulse hors de l’instant. L’insatisfaction est le moteur de ses actes.

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Moi qui aime par-dessus tout la contemplation des atlas, je me disais que les stratèges exercent un beau métier. Ils vivent, penchés sur les cartes, à piqueter des épingles et dessiner des flèches, en s’offusquant que le mouvement des troupes ne suit pas les tracés.

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La retraite de Russie repose ainsi sur ce paradoxe, pressenti par Koutouzov, unique dans l’Histoire des Hommes: une armée marcha, de victoire en victoire, vers son anéantissement total !

Le lien vers son passage dans La grande Librairie et la vidéo d’On n’est pas couché (désolée pour les pubs incessantes, un vrai fléau).

Cinéma·Mes lectures

Un livre et un film pour parler de l’exclusion

          Dernièrement, j’ai gagné sur le blog de Filou un livre que je me suis empressée de commencer sur une immigrée qui arrive à Santorin et connaît l’exclusion, la faim et l’insécurité. La mesure de la dérive d’Alexander Maksik est un livre magnifique qui m’a bouleversée. Par le plus grand des hasards, alors que je lisais ce roman, je suis allée un soir au cinéma et les films qui m’intéressaient étant complets, je suis allée voir Au bord du monde, un titre aussi joli qu’énigmatique. Je n’avais pas la moindre idée de ce que c’était. C’est ma méthode « à la Breton », je rentre dans une salle au hasard (enfin, je choisis surtout le film qui passe à l’heure qui m’arrange), une méthode choix surréaliste qui offre parfois de belles surprises. Je dois avouer que pour la peine j’ai été franchement étonnée de tomber sur un documentaire consacré aux SDF parisiens. Moi qui allait au cinéma pour me remonter le moral ce soir-là, ç’a été un ratage complet. Mais je dois admette que j’ai quand même trouvé que la hasard faisait bien les choses puisque je restais totalement dans le thème de ma lecture du moment. Je vais donc en profiter pour vous parler des deux en même temps.

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           A la mesure de la dérive d’Alexander Maksik a été un énorme coup de cœur. On suit l’errance d’une jeune femme seule et sans le sous à Santorin. Elle doit lutter pour manger ou trouver un coin où dormir. On vit son histoire de l’intérieur et on apprend peu à peu à la connaître, par bribes. Ainsi, on découvre comment elle en est arrivée là. Des révélations qui s’avèrent souvent surprenantes. Je ne vais pas vous dévoiler ses origines et de son parcours étant donné que ses souvenirs qui reviennent peu à peu sont un fil conducteur du récit. L’écriture est fluide et très agréable. Ca m’a un peu rappelé une écriture de roman noir, efficace et qui met en place un certain suspens, ici autour du passé de son héroïne. Le récit est très émouvant. Le fait de se mettre à la place de cette jeune femme débarquée dans un pays inconnu sans la moindre ressource est troublant. Je crois qu’on peut dire que c’est la honte qui ressort le plus de ces pages, une volonté farouche de préserver un semblant de fierté malgré tout. La psychologie du personnage est très intéressante et on s’attache réellement à cette jeune femme qu’on regrette de quitter en refermant ce livre qui ne saurait laisser indifférent. Un roman fort et émouvant, manifique.

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          Dans un style très différent le documentaire Au bord du monde de Claus Drexel traite en grande partie du même sujet. Une autre forme d’exclusion mais les mêmes difficultés pour trouver où dormir et comment manger. Ce documentaire suit plusieurs SDF parisiens dans leur quotidien. Des profils très différents, des gens de tous les âges et visiblement de tous les milieux. Certains sont fous, d’autres étonnement cultivés. On ne sait pas comment ils sont arrivés là, quelle a été leur vie. On aimerait les connaître un peu mieux, c’est un peu dommage que cet aspect n’ait pas été évoqué avec eux. Malgré tout ce documentaire a le mérite de mettre en lumière des gens à qui la plupart du temps on jette à peine un regard. Il n’y a pas de jugement dans ce film, il se contente de donner la parole à ceux qui l’ont trop rarement et de montrer leur quotidien tel qu’il est, avec ses difficultés et ses moments de bonheur. On en ressort en regardant d’un peu plus près ceux qui nous entourent. Malgré ses défauts, un documentaire édifiant qui aurait mérité une diffusion bien plus large.

Mes lectures

Dernier voyage à Buenos Aires – un moment de nostalgie

          Quand le narrateur arrive à Paris depuis son Amérique natale, il est jeune et naïf. Il rêve de devenir un grand écrivain. Des années plus tard, on le retrouve désabusé, dans les mêmes rues. Quand un médecin lui apprend qu’il va perdre la vue, le souvenir de Magdalena, son premier amour, resurgit.

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          Je dois avouer que je n’ai pas accroché de suite avec ce roman. J’ai trouvé le début un peu laborieux et sans grand intérêt bien que le style soit agréable. En revanche, dès qu’on retourne dans le passé du personnage et ses jeunes années, même s’il faut un peu de temps pour se plonger dans l’histoire, ça devient autrement plus intéressant. Dommage que le procédé qui l’introduit manque de finesse. On assiste à la fois la première du premier amour du narrateur et sa découverte de Paris. Je dois avouer que j’ai été assez déçue de voir que Buenos Aires n’avait rien à voir là-dedans. Rien de révolutionnaire mais on se laisse prendre au jeu de cette de cette double histoire d’amour naissante pour une femme et pour une ville. On le suit dans ses déambulations, on partage ses états-d’âme. Il est d’une naïveté touchante. Je ne dirais pas que le personnage est particulièrement attachant mais sa jeunesse le rend attendrissant.

          L’histoire d’amour n’en fait pas des masses dans le romantisme, ce qui m’arrange bien et tend à la rendre crédible je trouve. On a malgré nous envie de savoir comment elle va bien pouvoir finir et c’est sans nul doute le fil conducteur de ce récit. Ce qui est intéressant et donne une note mélancolique à ce texte, c’est la confrontation entre le Paris réel et le Paris rêvé. La ville lumière véhicule beaucoup de fantasmes notamment autour de la figure du l’écrivain. Aux yeux du jeune homme, Paris semble se résumer à son arrivée à une chambre de bonne, des soirées à boire du vin et quelques cours à la Sorbonne. Même si la chute n’est pas aussi brutale qu’on pourrait s’y attendre, c’est intéressant de le voir peu à peu changer de regard sur la ville et sur lui-même. Il ne s’agit sans doute pas d’un grand roman mais j’ai aimé l’atmosphère qui s’en dégage et j’ai passé un agréable moment de lecture.

Mes lectures

Gun machine, un polar efficace signé Warren Ellis

          John est un flic désabusé. Lors de la mort de son coéquipier, il découvre par hasard un appartement couverts d’armes du sol au plafond. Quand les analyses lui apprennent qui chacune à servi à commettre un meurtre, il va devoir commencer à plancher sur cette affaire qui semble inextricable.

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          Longtemps, j’ai lu beaucoup de polars avant de passer à d’autres lectures et de délaisser franchement le genre même si je l’apprécie toujours beaucoup. J’ai un peu tardé à lire ce roman que des amis m’avaient offert pourtant je leur fais entièrement confiance pour choisir quelque chose qui me plaît. Je n’ai absolument pas été déçue par leur choix. Dès les premières pages, j’ai beaucoup accroché aussi bien avec le style qu’avec l’histoire. J’ai trouvé que cette dernière ne manquait pas d’originalité. Sur le fond, rien de nouveau : un flic un peu paumé court après un tueur en série à Manhattan. Mais le fait que le dit tueur en série soit un dingue qui connaît toutes les huiles de la ville et semble s’inspirer de la culture amérindienne dans ses crimes donne un certain charme à l’ensemble. J’ai beaucoup aimé le fait qu’on alterne les chapitres du point de vue du policier et de celui du meurtrier, ça crée un effet assez déroutant et accentue l’effet d’une course poursuite où on ne sait plus toujours très bien qui est le chasseur et le chassé.

          Le rythme particulier de ce roman m’a vraiment embarquée et plus l’histoire avançait, plus j’avais hâte d’en connaître la suite. Nombreux sont les romans avec alternance de point de vue où un personnage est plus faible que l’autre. Là les deux m’ont bien plu, même si c’est de manière très différente. Le « héros » est un mec complètement largué, avec deux acolytes un peu barrés et on se demande comment il pourrait bien se sortir de ce guêpier. Quant aux meurtrier, il est franchement siphonné et suivre ses pensées est assez fascinant. Le mélange de modernité avec les barres d’immeubles et le joujoux high-tech et de traditions millénaires avec les délires d’un meurtrier qui se prend pour un indien est franchement réussi et donne à ce roman une teinte particulière. L’auteur parvient à créer un univers très fort et attachant. Un livre original qui se lit d’une traite : un vrai régal !

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Parfois, la pluie tombe si dru qu’on lève la tête pour regarder les gouttes alors qu’on devrait s’intéresser à la forme de la flaque qu’elles produisent.

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Forcené à poil se campa au bord du palier, pointa son fusil et tira. Le coup arracha la partie supérieure gauche du crâne de Jim Rosato. Il y eut un ploc quand un bout de sa cervelle s’écrasa contre le mur.