Actualité

Le Goncourt, 1° sélection

          Comme vous le savez sans doute, de suite après la rentrée littéraire de septembre (qui est en toute logique plutôt en août à présent…), vient la saison des prix littéraires tant convoités. Parmi eux, le plus prestigieux, le fameux prix Goncourt. L’Académie du même nom dévoilait aujourd’hui sa 1° sélection pour le cru 2012. La voici :

– Vassilis Alexakis, L’enfant grec (Stock)
– Gwenaëlle Aubry, Partages (Mercure de France)
– Thierry Beinstingel, Ils désertent (Fayard)
– Serge Bramly, Orchidée fixe (JC Lattes)
– Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil), prix du roman Fnac
– Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Québert (Fallois)
– Mathias Enard, Rue des voleurs (Actes Sud)
– Jérôme  Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)
– Gaspard–Marie Janvier, Quel trésor ! (Fayard)
– Linda Lê, Lame de fond (Bourgois)
– Tierno Monenembo, Le terroriste noir (Seuil)
– Joy Sorman, Comme une bête (Gallimard)

          Les 2° et 3° sélections seront établies les 2 et 30 octobre pour un verdict le 7 novembre. Vous retrouverez bien sûr la suite des évènements sur ce blog. Bonne rentrée !

Mes lectures

Un repas en hiver

          C’est la guerre, pour éviter d’avoir à fusiller le convoi de prisonniers qui arrivent, trois hommes partent à la chasse dans le froid. A la chasse au juif. Ils en trouvent un peu par hasard et vont tout faire pour repousser le moment du retour. Dans une maison abandonnée, ils vont tenter de faire un feu pour préparer le repas. Dans des circonstances si difficiles, les choses les plus simples vont prendre une toute autre tournure. 

          J’aime beaucoup la finesse et la sensibilité des romans d’Hubert Mingarelli. La guerre est un thème qu’il a déjà abordé dans d’autres ouvrages et la solitude est au coeur de son oeuvre. On retrouve donc ici des thèmes qui lui sont chers. Comme à son habitude, l’auteur s’attache à l’importances des petites choses de la vie dans des circonstances particulières. Un travail dans lequel il excelle. Le point de vue adopté est ici surprenant. En effet, si les romans sur la seconde guerre mondiale sont nombreux (bien qu’elle ne soit jamais nommée ici), rare sont ceux qui adoptent le point de vue du soldat allemand. Ceux-ci ne sont pas des héros, juste des hommes ordinaires qui obéissent aux ordres, qui font ce qu’ils ont à faire, et essaient d’échapper de leur mieux aux conditions de vie difficile. Cette moralité est particulièrement intéressante. On est face à trois êtres humains, ni meilleurs ni pires que les autres, simplement pris dans des rouages qui leur échappent. L’écriture un peu hachée semble reproduire le fil décousu de leurs pensées. Un roman qui surprend, qui déroute. Un univers âpre et poétique à la fois où on perd sais repères et ne sais pas toujours à quoi se raccrocher. L’identification à « l’ennemi » met mal à l’aise et pourtant, c’est bien là que réside toute la force de ce livre. Si le style est moins fluide que d’habitude et le sujet dérangeant, Mingarelli nous livre toutefois en cette rentrée un roman fort et poignant, encore et toujours tout en délicatesse. 

Tout à l’heure nous avions traversé un village polonais, triste comme une assiette en fer qu’on n’a jamais lavée.

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Parce que si vous voulez savoir ce qui moi me faisait du mal, et qui m’en fait jusqu’au jour de maintenant, c’était de voir ce genre de choses sur les habits des Juifs que nous allions tuer : une broderie, des boutons en couleur, ou dans les cheveux un ruban. Ces tendres attentions maternelles me transperçaient. Ensuite, je les oubliais, mais sur le moment elles me transperçaient et je souffrais pour les mères qui s’étaient donné ce mal, un jour. Et ensuite à cause de cette souffrance qu’elles me donnaient, je les haïssais aussi. Et vraiment je les haïssais autant que je souffrais pour elles.

Mes lectures

L’urgence et la patience

          Dans ce court essai, Jean-Philippe Toussaint, dissèque les mécanismes de l’écriture. On apprend ainsi à connaître cet auteur : ce qui l’a poussé à se lancer dans l’écriture, la manière dont il rédige ses textes, les auteurs qui l’ont inspiré. Selon lui, le processus de l’écriture peut se résumer en deux mots : l’urgence et la patience. Deux états antagonistes qui président l’écriture et dont le dosage détermine le style de chacun.

          J’ai beaucoup aimé cet essai. Tout d’abord, cette idée d’équilibre entre l’urgence (l’envie de voir naître un texte) et la patience (la construction, la recherche, le travail d’écriture) est absolument passionnante et, je trouve, très juste. Ensuite, cet ouvrage permet de découvrir un autre aspect de Jean-Philippe Toussaint, « l’envers du décor » si l’on peut dire. Ca donne d’autant plus envie de s’immerger dans son oeuvre. Enfin, le style est brillant sans jamais se prendre au sérieux. Un subtil mélange d’érudition et d’humour et un très bon livre sur l’écriture et un portrait d’écrivain passionnant.

Dès lors, je n’ai plus travaillé que porté par un élan, pendant des sessions d’écriture limitées dans le temps, de quinze jours à trois mois maximum, entrecoupées de longues périodes où je faisais autre chose, où je n’écrivais pas, où je vivais – ce qui peut également être utile.

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Un livre doit apparaître comme une évidence au lecteur, et non comme quelque chose de prémédité ou de construit. Mais cette évidence, l’écrivain, lui, doit la construire.

Mes lectures

Les rêves de mon père – Barack OBAMA

          L’histoire d’un héritage en noir et blanc. Le sous-titre annonce la couleur. Barack Obama livre dans ce récit la difficulté de se construire entre deux cultures, dans une Amérique où le racisme règne toujours, aussi bien chez les blancs que chez les noirs. Une enfance avec un père absent mais une mère et des grands-parents aimants, des études faites sans grande conviction, un travail auprès des communautés noires, la découverte de sa famille kényane… Barack Obama revient sur son parcours. Voyage à la découverte d’un homme plein de doutes et d’espoirs.

            Barack Obama a écrit ce livre sur la demande d’un éditeur à sa sortie de Havard où il a été le premier noir à diriger la revue de l’université. Nous avons donc affaire à un document rare : un président qui écrit ses « mémoires » lui-même avant d’avoir quoi que ce soit à cacher. Le style n’est franchement pas terrible et je dois admettre avoir trouvé cette lecture franchement fastidieuse. De plus, l’histoire n’a pas grand chose pour impressionner. C’est celle d’un enfant métisse des classes moyennes élevé par sa mère et qui peine à trouver sa place dans une société où le communautarisme est très fort. Mais c’est justement ce destin en apparence ordinaire (à quelques détails près) qui fait tout l’intérêt de ce livre. On peine à voir sous le jeune homme naïf celui qui deviendra 20 ans plus tard le premier président noir des Etats-Unis. Ce portrait sincère et sans concessions est extrêmement touchant et pousse à se poser des questions sur les choix de vie de chacun. Il donne un éclairage nouveau sur cet homme d’exception qui n’était absolument pas voué à de grandes chose mais c’est forgé un destin hors du commun, non pas ambition personnelle mais pour défendre ses conviction. Un livre pour le moins instructif qui redonne un peu de foi en l’animal politique.

L’astuce c’est de ne pas faire attention quand ça fait mal.

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C’est là-dessus qu’est bâtie la civilisation, la culpabilité. C’est une émotion sous-estimée.

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– Je n’aime pas trop la politique.

– Pourquoi ?

– Je ne sais pas. Les gens finissent toujours par être déçus.

Mes lectures

Balades indiennes

          Balades indiennes, ce sont quatre portraits de femmes. Jeunes ou plus âgées, vivant en Inde ou aux Etats-Unis. Quatre femmes qui se posent les mêmes questions sur leur place dans la société et affrontent les mêmes doutes. Mais peut-on vraiment échapper au poids de la tradition ?

          Ces histoires, pourtant différentes par leur contexte et les personnalités de leurs personnages, parlent toutes d’une même histoire : la place de la femme dans la société indienne, y compris pour celles qui sont expatriées. En effet, la société indienne est très codifiée. Si cette culture bien ancrée permet de se forger une identité forte, elle est aussi un carcan dont il est difficile de se détacher. Chacune de ces femmes va a un moment de sa vie se rendre compte du poids des conventions pesant sur sa vie et va devoir choisir entre tradition et modernité. Si j’ai aimé certaines nouvelles plus que d’autres, j’ai trouvé ce thème très intéressant. Concilier le respect des traditions et une envie d’indépendance et de modernité n’est pas facile. Le regard des autres pèse et on ne sait parfois pas soi-même quelle voie on souhaite prendre. Ces tâtonnements sont très bien rendus et la question de l’identité est abordée avec délicatesse. Un très beau recueil.

J’avais été trop bien entraînée, toute ma vie, à garder pour moi la colère et les peines de coeur.

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Elle avait découvert depuis longtemps qu’on réservait aux femmes qui avaient des opinions le même sort qu’aux mauvaises odeurs. On les fuyait.