Mes lectures

Une vie à coucher dehors, Sylvain TESSON

         L’arrivée d’une route dans un village reculé, des femmes qui prennent leur indépendance, des marins à la recherche de trésors… Autant d’histoires qui nous entraînent à ses trousses à travers les grands espaces et nous font vivre à ses côtés maintes aventures palpitantes. 

          J’ai été très agréablement surprise par ce recueil. Les histoires esquissées sont diverses et ont pourtant en commun la même incroyable force, qui n’est pas sans rappeler la brutalité des textes de London. J’avoue porter un amour tout particulier aux nouvelles à chute, et j’ai été servie. Si les univers dépeints sont divers, de l’Afghanistan à la Grèce, chacune de ces tranches de vie connaît une fin surprenante. J’ai également aimé que ces histoires s’inscrivent dans l’Histoire avec un grand H, s’intégrant ainsi à un univers plus vaste. On dépasse l’anecdote pour découvrir des morceaux de cultures, proches ou lointaines. Des nouvelles très réussies par lesquelles Sylvain Tesson confirme si besoin était son talent d’écrivain. Un Goncourt de la nouvelle amplement mérité.

Les pistes de poussière sont à sens unique : les enfants les dévalent et ne reviennent pas. Pour les humains, les transhumances sont sans retour.

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Piotr avait un chien pour n’être pas seul, un fusil pour n’avoir pas faim, une hache pour n’avoir pas froid. Ce jour-là, il caressa le premier, graissa le second, aiguisa la troisième. La vie n’est pas compliquée quand on a tiré le rideau de la forêt sur toute ambition.

Mes lectures

L’homme qui ne savait pas dire non, Serge JONCOUR

          Beaujour a un problème, il y a un tout petit mot qu’il ne peut plus prononcer, un problème en apparence sans gravité : il ne sait pas dire non. Et pourtant, ces trois lettres qu’il ne peut plus dire lui seraient bien utile, d’autant plus qu’il travaille dans un institut de sondage où il côtoie le fameux vocable chaque jour. Mais la situation va devenir vraiment critique quand on va lui proposer une promotion qu’il n’a aucune envie d’accepter. Arrive-t-il à trouver l’origine du problème pour le résoudre ?

         Dès les premières pages, on retrouve tout l’univers de Serge Joncour : ses personnages décalés, son cynisme, sa tendresse aussi. Cette situation cocasse est pour l’auteur l’occasion d’aborder des sujets bien plus profond qu’il n’y paraît, sous le vernis de légèreté, notamment le milieu du travail, la famille, les relations humaines… Il nous propose une fois de plus une peinture très fine de notre société. Et bien sûr, son humour me ravit toujours. Des romans que j’ai lus de cet auteur (et tous aimés), celui-ci est sans doute le plus aboutit, le plus subtil. J’ai apprécié la finesse de son humour, la poésie des situations qu’il imagine pour notre plus grand plaisir. Un Joncour grand cru, on en redemande !

Le passé est à chacun ce que le brouillard est à l’accident ; responsable de rien mais cause de tout cependant.

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C’est à chacun d’apprécier selon ses propres critères si c’est grave ou pas, de parler seul. En même temps on trouve toujours un peu curieux de surprendre un autre en train de le faire, alors que soi-même, on ne s’en étonne pas.

Mes lectures

A la santé d’Henri Miller

          Balthazar Saint-Cene est un antiquaire reconnu sur la place de Paris. Alors qu’il est invité à un mariage qui ne l’enchante guère, il fait la rencontre d’Alma, une femme énigmatique qui se présente comme son ange gardien. Celle-ci va le conduire sur le chemin d’une nouvelle vie, la vita nova : il quitte famille, femme, enfant, activité professionnelle, à la recherche du mystère qui le relie à elle. Ce sera l’occasion de découvrir un milieu inconnu, ainsi que le courage et le don de soi.

          J’ai beaucoup aimé le début de ce roman. Le style est très agréable et on se laisse porter par la fluidité de l’écriture. Le narrateur raconte une rencontre qui a changé sa vie au cours d’un mariage auquel il s’est rendu à contre-coeur. Il fat preuve d’un certain humour et même si parfois il en fait un peu trop (il y a par moment une sorte de course au bon mot ou à la belle tournure qui manque quelque peu de naturel), on se retrouve finalement tous un peu dans ce texte. J’ai moins apprécié les longues explications sur pourquoi Henry Miller ? Des passages poussifs et qui ne font pas réellement avancer l’histoire. On aurait aimé plus de subtilité. Erreur de débutant, l’auteur veut trop en dire et dans son désir d’être compris, enlève un peu du mystère qui fait toute la magie d’un texte.

          Je ne suis pas très portée sur ce type de texte, où l’introspection tient une grande place. Si on peut noter la présence de quelques clichés, dans l’ensemble ce texte se tient bien. Bien construit, servi par une écriture agréable, ce roman est assez réussi et évite malgré quelques maladresses la plupart des écueils du genre. Dommage que l’auteur manque parfois un de confiance en lui et prenne sans cesse ses distances avec son propre texte. Si cela peut être appréciable à petite dose, cette distanciation nuit un peu au texte. On le déplore d’autant plus qu’un véritable style se dégage de ce roman. Un auteur prometteur.

A la santé d’Henry Miller, d’Olivier Bernabé

Persée, 320 pages, 21 €

Mes lectures

Cher Monsieur Queneau

          Cet ouvrage rassemble des lettres reçues par Raymond Queneau, éditeur chez Gallimard, en accompagnement de manuscrits. Certaines sont droles, d’autres touchantes. Tous les genres s’y cotoient dans une galerie d’auteurs méconnus qui n’ont pas eu la chance de voir leurs écrits publiés.

          J’ai trouvé l’idée de ce livre très bonne et en ai fait mon livre de chevet dès qu’il a rejoint ma bibliothèque. Petite frustration toutefois car si nous avons les lettres de ceux qui espèrent devenir de célèbres auteurs, nous n’avons ni les réponses qui leurs sont adressées, ni les textes qui les accompagnaient. Ainsi sorties de leur contexte, si certaines restent amusantes, on regrette de ne pouvoir en savoir plus. Un livre intéressant donc mais auquel il manque toutefois un petit quelque chose pour nous tenir vraiment en halène. En revanche, l’objet en lui-même est très réussi, avec une belle couverture et des reproductions de lettres qui viennent agréablement ponctuer la lecture.

Cher Monsieur,

Il y a belle lurette que je meurs d’envie de vous écrire, seulement deux raisons m’en ont toujours empêché ! Une raison mineure : ma timidité, une raison majeure : je n’arrivais pas à trouver votre adresse…

Mes lectures

Pourquoi moi ?

          En cambriolant une petite bijouterie, Dortmunter empoche par hasard le Brasier de Byzance, le plus gros rubis du monde, que les États-Unis devaient remettre à la Turquie. Aussitôt police, FBI, services secrets, truands et mafias de tous les pays se lancent à sa recherche. Il n’a plus alors qu’une seule obsession : rendre la bague et retrouver la tranquillité en faisant oublier le plus gros casse de sa vie. La tache s’annonce difficile.

          L’histoire repose sur un énorme malentendu, dont le personnage (qu’on a déjà pu croiser dans d’autres romans de cet auteur) est un habitué. Ce voleur raté a un don pour se mettre dans des situations improbables qui amusent le lecteur à tous les coups. On retrouve l’humour grinçant de Donald Westlake qui manie avec une grande habileté les situations les plus cocasses. Le style est alerte, enlevé, on ne s’ennuie pas une seconde, allant de péripétie en péripétie, se délectant des malheurs de notre héros. La galerie de personnages est savoureuse et on se demande jusqu’à la fin comment ce sac de noeuds va bien pouvoir finir par se démêler. Un roman noir des plus réussis, on en redemande.

Malcholm Zachary, ça lui plaisait d’être un agent du FBI. Cela conférait à tous ses actes un élément de tension tout à fait fascinant. Quand il descendait de voiture et qu’il claquait la porte, il ne le faisait pas comme n’importe qui, il le faisait comme un agent du FBI : un pas, un quart de tour, une poussée sur la portière, et bing, tous les gestes enchaînés, les muscles souples, solide et déterminé, gracieux tout en restant viril. Malcolm Zachary buvait son café comme un agent du FBI, il écoutait en silence comme un agent du FBI.

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Une fois une gonzesse a été raconter des trucs sur moi, dit Tiny. Je l’ai pendue à une corniche d’immeuble avec son collant. (Il secoua la tête.) Elle n’aurait pas dû acheter des collants de mauvaise qualité.

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Quand la vie devient dure, les durs reprennent vie.