Archives de Tag: nazisme

3 romans surprenants autour de la Shoa

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La voleuse de livres, de Markus Zusak

 

          Leur heure venue, bien peu sont ceux qui peuvent échapper à la Mort. Et, parmi eux, plus rares encore, ceux qui réussissent à éveiller Sa curiosité. Liesel Meminger y est parvenu. Trois fois cette fillette a croisé la Mort et trois fois la Mort s’est arrêtée. Est-ce son destin d’orpheline dans l’Allemagne nazie qui lui a valu cet intérêt inhabituel ? Ou bien sa force extraordinaire face aux événements ? Au moins que ce ne soit son secret…

Couverture de La voleuse de livresVoilà bien longtemps que j’entendais parler de ce roman et son adaptation cinématographique. Lorsque je l’ai emprunté à une amie, elle a émis de sérieux doutes sur le fait que ça puisse me plaire. Il est donc resté longtemps dans ma bibliothèque avant que je ne m’y attaque. Et dès les premières lignes, je n’ai pu que lui donner raison : je n’ai pas du tout aimé le style auquel j’ai trouvé un côté un peu naïf assez agaçant. Sans compter que cette histoire de la Mort qui nous raconte une histoire, bof bof quoi, racoleur et pas très subtil. Allez savoir pourquoi, j’ai tout de même continué un peu ma lecture et je me suis peu à peu habituée au style (même si certaines tournures ont continué à me faire tiquer par moment). Les personnages sont attachants – même s’ils dégoulinent un peu trop de bons sentiments à mon goût – et l’histoire est sympa. J’ai lu beaucoup de livre sur la période et la voir à travers les yeux d’un enfant change de ce que j’ai pu voir jusque-là. Malheureusement, d’un point de vue historique c’est un peu light, on ne peut pas dire qu’on y apprenne grand chose. Ca aurait mérité des bases un peu plus solides ainsi que des personnages plus fouillés pour donner du corps à l’ensemble. Finalement, malgré un style très moyen et une histoire qui aurait mérité d’être un peu plus dense, ça se laisse lire et s’avère assez prenant.

Bizarre ou pas, Rudy était destiné à devenir le meilleur ami de Liesel. Une boule de neige en pleine figure est certainement la meilleure entrée en matière pour une amitié durable.

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Si l’on prend un risque en aidant un juif, dit papa peu après, j’aimerai mieux que ce soit un juif en vie.

Un goût de cannelle et d’espoir, de Sarah McCoy

 

          Allemagne, 1944. Malgré les restrictions, les pâtisseries fument à la boulangerie Schmidt. Entre ses parents patriotes, sa sœur volontaire au Lebensborn et son prétendant haut placé dans l’armée nazie, la jeune Elsie, 16 ans, vit de cannelle et d’insouciance. Jusqu’à cette nuit de Noël, où vient toquer à sa porte un petit garçon juif, échappé des camps …
Soixante ans plus tard, au Texas, la journaliste Reba Adams passe devant la vitrine d’une pâtisserie allemande, celle d’Elsie … Et le reportage qu’elle prépare n’est rien en comparaison de la leçon de vie qu’elle s’apprête à recevoir.

Couverture d'un goût de cannelle et d'espoirJ’ai commencé ce roman très circonspecte. A priori, pas trop mon genre. Trop de bons sentiments justement. C’a pourtant été une bonne surprise. Certes, certains personnages auraient mérité d’être un peu plus fouillés et il y a parfois des réflexions un peu mièvres mais au final, pas tant que je l’aurais cru et je suis vite rentrée dans ce roman très prenant. Il alterne entre deux époques et deux lieux : la partie qui se passe dans l’Allemagne nazie est beaucoup plus intéressante que celle qui a lieu aujourd’hui je trouve, on se laisse prendre par l’histoire et les personnages sont attachants, tout comme l’univers dans lequel ils évoluent. La partie contemporaine fonctionne moins bien et paraît un peu artificielle mais le tout reste assez bien équilibré pour que ça ne m’ait pas vraiment dérangée. Mais évidemment, le gros coup de cœur de ce roman vient du lieu où se passe l’intrigue : j’ai passé toute ma lecture à imaginer l’odeur du pain chaud et de la cannelle, j’en salive encore ! J’ai beaucoup aimé retrouver les recettes en fin d’ouvrage et j’espère bien en tester quelques unes à l’occasion. Malgré quelques passages qui y vont un peu fort sur le sentiment à mon goût, j’ai beaucoup aimé cette lecture à la fois prenante et émouvante.

Tu ne peux pas obliger quelqu’un à croire à ta vérité, pas plus que tu ne peux forcer le pardon. Nous ne sommes responsables que de nous-mêmes.

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Nous portons tous nos propres secrets. Certains sont plus à leur place enterrés avec nous dans la tombe. Ils ne font aucun bien aux vivants.

Les déracinés, de Catherine Bardon

 

          Autriche, 1931. Lors d’une soirée Wilhelm a un coup de foudre pour Almah. Mais très vite la montée de l’antisémitisme vient assombrir leur histoire d’amour. Malgré un quotidien de plus en plus menaçant, le jeune couple attend 1939 pour se résoudre à l’exil. Un nouvel espoir avant la désillusion. Consignés dans un camp de réfugiés en Suisse, ils n’ont qu’un seul choix : faire partie des Juifs attendus en République dominicaine après l’accord passé par le dictateur local Trujillo. L’opportunité de se réinventer ?

Couverture des déracinésVoici un roman qui m’a beaucoup étonnée. Ca commence par un jeune couple à Vienne au moment de l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Comme beaucoup, ils finissent par être contraints de fuir, malheureusement un peu tard pour pouvoir le faire en toute simplicité. Leur périple s’annonce long et compliqué. Je dois avouer que j’ai appris pas mal de choses en lisant ce roman, parfois surprenantes. Le mot est d’ailleurs faible. Je vous conseille de laisser la votre lecture de mon avis si vous ne souhaitez pas que je vous dévoile la suite de l’histoire (même si je n’en dirai pas plus que la 4° de couv). Nos héros vont se retrouver bien malgré eux en République Dominicaine après avoir été repoussés par la Suisse et les Etats-Unis. Une colonie « test » visant à essayer des principes de vie en communauté pour les appliquer ensuite (ou non) en Israël y a été implantée. Si les personnages sont inventés, l’histoire elle, est bien réelle, et elle est passionnante ! Les personnages sont parfois agaçant mais dans l’ensemble assez sympathique. Ce qui m’a gênée dans ce livre c’est plutôt le passage de la 1° à la 3° personne sans logique apparente… Un roman qui connaît quelques longueurs sur la fin et est parfois un peu maladroit dans l’écriture mais qui offre une très belle histoire, méconnue et passionnante.

Elle s’évertuait à imaginer une foule de petits plaisirs quotidiens à moissonner d’urgence pour emmagasiner des souvenirs heureux, comme un écureuil qui stocke ses noisettes en prévision d’un rude hiver.

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Je ne me sentais pas juif, mais simplement et profondément autrichien. J’étais né dans cette ville, comme mon père et ma mère avant moi. C’était mon univers, dans lequel je me sentais en confiance et en sécurité, et qui devait durer éternellement.

La disparition de Joseph Mengele d’Olivier Guez

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          1949 : ancien médecin SS à Auschwitz, coupable d’expérimentations atroces sur les déportés, Josef Mengele s’enfuit en Argentine. 1979 : après trente ans de traque, il meurt mystérieusement au Brésil. Caché derrière divers pseudonymes, protégé par ses réseaux et par l’argent de sa famille, soutenu à Buenos Aires par une communauté qui rêve du Quatrième Reich, Mengele croit d’abord pouvoir s’inventer une nouvelle vie…

          Voici un titre que je n’avais dans un premier temps pas mis dans ma sélection de la rentrée littéraire que j’aie hésité. Quand il s’est retrouvé dans la première liste du Goncourt, j’ai décidé de m’y atteler (liste qui par ailleurs ne m’inspire pas outre mesure, mais c’est un autre problème). J’aime généralement assez les livres sur cette période, même si ce n’est pas nécessairement j’avais envie en ce début d’année. Étant donné le sujet, j’avais peur de quelque chose de très dur. D’un autre côté, la fuite pouvait aussi revêtir un petit côté aventure. Une fois encore, c’est finalement la curiosité qui l’a emporté.

La disparition de Joseph Mengele

          Je dois avouer être restée un peu sur ma faim avec ce texte dont on m’avait dit le plus grand bien. Je n’ai pourtant pas grand chose à lui reprocher à part peut-être ne pas avoir répondu à mes attentes pourtant assez floues. Le style est assez sec, ça ne fait franchement pas dans le sentiment, il y a un côté très journalistique dans la manière de traiter les évènements, ça reste éminemment factuel – même si l’auteur à dû combler quelques trous dans la narration. J’en comprends bien les raisons, ça rend le personnage principal vaguement plus supportable, sans pour autant provoquer la moindre once d’empathie. Vu comme son cas est épineux, ce choix et la distance mise avec le sujet tout à fait compréhensible.

          Ceci dit, cette distance m’a parfois posé problème. Je suis restée à distance de l’histoire. On ne voit que très peu les horreurs qu’à commises Mengele dans les camps – même si elles sont parfois évoquées – et on n’éprouve pas la moindre empathie pour la bête traquée qu’il est devenue. Il est tour à tour insupportable d’arrogance et pathétique ce qui n’aide pas franchement à s’intéresser à son cas. Au final je n’avais qu’une envie, que sa fuite s’arrête pour être débarrassée de ce personnage imbuvable et même plus fascinant. Malheureusement l’histoire ne l’a pas voulu ainsi. L’homme met mal à l’aise même dans une vie où il ne lui arrive plus rien de bien particulier.  Il apparaît comme mesquin et paranoïaque, absolument insupportable. Je crois que finalement j’aurais préféré voir l’histoire du côté de ceux qui ont mené la traque, au moins j’aurais eu envie de les encourager.

          Pourtant ce roman est intéressant. Je savais que beaucoup de nazis avaient fui en Argentine mais je ne savais pas au juste comment et encore moins quelle avait été leur vie sur place. C’est à désespérer de l’humanité mais très instructif. L’écriture quand à elle est efficace et on sent que l’auteur maîtrise son sujet. Pour ce qui est du plaisir de lecture en revanche… bon, ce n’est pas désagréable, loin de là, mais je ne bondis pas non plus d’enthousiasme, l’écriture est un peu trop proche de l’essai à mon goût, sa manque d’émotion. Je ne parle pas d’un truc tire-larme hein, juste de plus de profondeur dans la psychologie du personnage. Mais bon, ce mec étant un grand psychopathe parano par-dessus le marché, l’auteur ne pouvait sans doute pas faire de miracle. Malgré une écriture un peu trop froide à mon goût, un texte intéressant et extrêmement bien documenté sur un homme traqué.

Olivier Guez

Toutes les deux ou trois générations, lorsque la mémoire s’étiole et que les derniers témoins des massacres précédents disparaissent, la raison s’éclipse et des hommes reviennent propager le mal.

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Tout le monde a profité du système, jusqu’aux destructions des dernières années de guerre. Personne ne protestait quand les juifs agenouillés nettoyaient les trottoirs et personne n’a rien dit quand ils ont disparu du jour au lendemain. Si la planète ne s’était pas liguée contre l’Allemagne, le nazisme serait toujours au pouvoir.

Les orphelins du mal, de Nicolas d’Estienne d’orves

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          1995, en Allemagne. Le même jour, quatre hommes sont découverts, une ampoule de cyanure brisée dans la bouche, nus, la main droite coupée. Une seule certitude: les quatre hommes sont tous nés dans un Lebensborn, l’organisation la plus secrète des nazis, des haras humains où les SS faisaient naître de petits aryens pour réaliser leur rêve dément d’une race pure. Les autorités allemandes étouffent l’affaire.

Les orphelins du Mal

          Le premier roman que j’ai lu de Nicolas d’Estienne d’Orves, c’était il y a quelques années, lors d’une rentrée littéraire, Les fidélités successives. Ce roman chaudement recommandé par mon libraire avait été un véritable coup de cœur. Quand j’ai vu dans la bibliothèque d’une amie ce texte sur la même période, je lui ai donc immédiatement emprunté, même si j’aurai finalement mis bien du temps à me décider à le lire. Et j’avoue avoir été bien moins séduite que je m’y attendais… Je vais essayer de vous expliquer pourquoi. Ce roman m’a laissée très mitigée et trouver les mots justes ne va pas être une mince affaire.

          Au début, même si je n’ai pas trouvé le style aussi bon que dans ses romans suivants, j’ai bien accroché avec l’histoire, qui démarre franchement très fort. On sent vite que ça va être tordu à souhait. Finalement, d’un chapitre à l’autre, on suit plusieurs personnages, à plusieurs époques. Ce n’est pas si compliqué mais il m’a fallu un peu temps pour arriver à suivre sans m’y perdre. Certains personnages sont beaucoup plus réussis que d’autre, c’est de ce côté-là assez inégal. J’ai bien aimé l’enquêteur du sud-ouest, éminemment sympathique (chauvine, moi ?!), en revanche la jeune fille qui mène l’enquête m’a paru insipide et agaçante.

Nicolas d'Estienne d'Orves

          Plus les chapitres défilent, et plus j’ai trouvé le style un peu faiblard. Ca se lit, bien même, mais ça manque d’envergure, de tenue. Mais surtout, plus on avance plus l’histoire devient improbable. Au début, ça va encore, les premiers rebondissements piquent notre intérêt mais plus ça va, plus c’est le grand n’importe quoi. Pour atteindre sur la fin de véritables sommets en la matière (si, si, je vous jure…). Et pourtant, malgré un nombre de défauts incalculables, un style au mieux moyen, une histoire qui part dans tous les sens, on ne peut s’empêcher de tourner les pages de manière frénétique. A tel point que j’ai fini les 750 pages de ce roman en moins de 48h !

          Quelle explication à cela ? Euh… Un plaisir coupable ? Une fascination pour cette fresque délirante ? Aucune idée. Il faut noter toutefois que l’auteur est très bien documenté sur les croyances nazies les plus improbables – notamment une histoire avec les cathares – et les horreurs commises aussi bien que celles envisagées. C’est souvent assez glauque mais le fond historique est solide et n’est pas pour rien dans la fascination qu’exerce ce roman. Fort heureusement, depuis l’auteur a fait des progrès et a un peu canalisé la fougue de ses jeunes années, je suis très curieuse de lire son nouveau roman sur l’après-guerre, sorti ces jours-ci. Un roman assez mal écrit, improbable, dont les grosses ficelles et les rebondissements improbables épuisent le lecteur et qui pourtant garde un pouvoir de fascination tout à fait étonnant.