Mes lectures

Peste et choléra – Patrick Deville

          Alexandre Yersin était un petit génie de la médecine. Il a travaillé avec Pasteur et participé aux campagnes de vaccination contre la rage, étudié la diphtérie et découvert le bacille de la peste, qui porte d’ailleurs son nom. Mais bien vite la recherche l’ennuie, il veut voir du pays : il devient médecin dans la Marine sur la ligne Saigon-Manille. Mais il se lasse vite de la mer et décide de partir à la découverte des terres, il deviendra explorateur. Il s’intéressera aussi à l’astronomie et l’agriculture. Ce livre nous conte son histoire fabuleuse et atypique.

          J’avais déjà tenté ma chance avec le dernier Patrick Deville, Kampuchea, et je m’étais ennuyée à périr. Le style y était beau mais indigeste et décousu (les deux ensemble, ça tient de l’exploit). Les mots dansaient sous mes yeux sans que j’arrive à leur donner le moindre sens. Une expérience littéraire déroutante dont je me serais fort bien passée. J’avais refermé ce livre en me sentant à la fois inculte et stupide, ce qui est très très mauvais pour l’ego et, par la même occasion, le moral. A la rentrée j’étais donc bien décidé à boycotter son nouveau roman. Cependant devant les critiques unanimes, tant dans la presse que dans mon entourage, dans la vie matérielle comme sur la blogosphère, voyant ce titre sur toutes les listes de prix littéraires et sous l’insistance très marquée de mon nouveau libraire (ils étaient même deux !), j’ai fini par craquer. Il n’y a que les imbéciles qi ne changent pas d’avis, j’ai donc décidé de repartir à zéro avec Patrick Deville. L’histoire m’inspire bien, le titre est alléchant, tout le monde en dit du bien : je fonce ! C’est donc avec un oeil neuf et bienveillant que j’ai ouvert ce livre. Cela aura-t-il suffit à me réconcilier avec son auteur ? Suspens…

          A vrai dire les premières lignes m’ont rappelé de mauvais souvenirs. Certes, le style est plus sobre que dans le précédant roman de l’auteur mais n’en demeure pas moins reconnaissable. Si c’est devenu lisible, je n’y trouve toujours aucun plaisir : non, décidément, ça ne passe pas. Pourquoi ? me direz vous. Eh bien c’est assez simple, l’écriture est à la fois laconique et foisonnante, j’ai l’impression de lire une encyclopédie. Est-ce intéressant ? sans aucun doute ! Est-ce que j’y prends pour autant du plaisir ? absolument pas ! Une lecture que je trouve laborieuse par forces détails dont je n’ai que faire (le nom des villages aperçus du bateau par exemple) d’autant qu’ils ne sont jamais qu’évoqués et que faute de développement, mon pauvre esprit ne parvient à créer la moindre image. J’ai eu l’impression d’un immense étalage de connaissances associé à une écriture complexe. Alors oui, c’est érudit, la langue est belle, le contenu est là mais je avouer préférer une littérature plus sensible.

          Je me suis quand même acharnée malgré un ennui non dissimulé à cette lecture pas franchement désagréable mais quelque peu fastidieuse. L’histoire de ce personnage hors normes me fascinait et je ne voulais pas laisser passer l’occasion d’en savoir plus… La manière dont sa vie est traitée est assez soporifique. Il a un parcours digne d’un Jack London de laboratoire et on a l’impression de lire un article de revue scientifique. On aurait aimé quelques détails un peu croustillants pour nous faire rêver mais ce personnage terre à terre était avare en récit d’aventure, préférant de fastidieux relevés scientifiques. On doit reconnaître ça à l’auteur, son style colle à l’homme qu’il décrit : des faits, rien que des faits, on ne verse pas dans le sentiment. Mais une telle vie ne peut qu’intéresser, la lecture continue donc. Finalement, passé la moitié du livre, j’ai soudainement fini par m’habituer à l’écriture et la lecture a fini par couler toute seule, ouf  ! L’acharnement à parfois du bon. Au final, une lecture plutôt agréable malgré des débuts quelques peu laborieux. L’histoire est passionnante et on ne peut qu’admirer l’érudition de l’auteur et sa maîtrise stylistique. Un livre intéressant donc, et dont on ne peut que reconnaître les indéniables qualités. Pourtant, s’il est sans doute le plus impeccable lu en cette rentrée, le seul peut-être qui fera l’unanimité, je n’ai ressenti aucune émotion à cette lecture qui est un pur plaisir intellectuel. Un très bon livre mais auquel je préfère sans doute une littérature qui questionne.

Pour Yersin, adepte d’une manière de maïeutique, rien de ce qui peut s’enseigner ne mérite d’être appris, même si toute ignorance est coupable.

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Comme nous tous Yersin chercher à faire de sa vie une belle et harmonieuse exposition.

Sauf que lui, il y parvient.

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Yersin ne voyagera plus. Il a fait le tour du monde et de la question. Il sait que la planète rétrécit, et devient en tout lieu la même, et qu’il faut redouter bientôt « la même magie bourgeoise à tous les points où la malle nous déposera. »

Actualité

Prix Femina, 1° sélection

          Pas de « top ten » aujourd’hui, le sujet ne m’inspirait guère et recoupait trop des thèmes précédents. J’en profite donc pour vous communiquer la 1° sélection du Prix Femina, annoncée voilà déjà une bonne semaine mais que j’avais totalement oublié de vous faire partager. La voici donc avec un peu de retard :

– Thierry Beinstingel, Ils désertent (Fayard)

– Jeanne Cordelier, Escalier F (Phébus

– Julia Deck, Viviane Elisabeth Fauville (Minuit)

– Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil)

– Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Québert (Fallois)

– Philippe Djian, « Oh… » (Gallimard)

– Nicolas d’Estienne d’Orves, Les fidélités successives (Albin Michel)

– Jérôme Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)

– Claudie Hunzinger, La survivance(Grasset)

– Leslie Kaplan, Millefeuille (P.O.L)

– Catherine Mavrikakis, Les derniers jours de Smokey Nelson(Wespieser)

– Florence Noiville, L’attachement (Stock)

– Gisèle Pineau, Cent vies et des poussières (Mercure de France)

– Nathalie Rheims, Laisser les cendres s’envoler (Scheer)

– Catherine Safonoff, Le mineur et le canari (Zoé)

– Colombe Schneck, La réparation (Grasset)

– Antoine Sénanque, Salut Marie (Grasset)

– Anne Serre, Petite table, sois mise ! (Verdier)

– Joy Sorman, Comme une bête (Gallimard)

          Une fois de plus, je me contente de la sélection française, ne m’étant pas penchée de très près sur la littérature étrangère en cette rentrée (ce que je déplore par ailleurs). Est-il nécessaire de noter que Patrick Deville est encore est toujours là ? Décidément, pas un prix qui ne l’ait retenu ! Jérôme Ferrari confirme également son succès. Mais cette liste propose aussi des titres quelques peu délaissés par les journalistes et jurés de prix littéraires. Je suis loin d’avoir entendu parler de tous ces ouvrages mais c’est sans doute la liste de la rentrée qui me donne le plus envie. Etvous, qu’en pensez-vous ?

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Le Renaudot, 1° sélection

           La saison des prix continue. C’est maintenant la 1° sélection du prix Renaudot que je vous propose (avec un peu de retard tout de même). Encore une fois Patrick Deville est de la partie. Parmi les surprises, on compte en revanche la présence improbable de Florian Zeller. Une sélection qui me laisse un peu perplexe. Résultat en novembre.

Vassilis Alexakis L’enfant grec (Stock)

Christophe Donner A quoi jouent les hommes (Grasset)

Florian Zeller La Jouissance (Gallimard)

Henri Lopes Une enfant de Poto-Poto (Gallimard)

Patrick Deville Peste et choléra (Seuil)

Anne Berest Les Patriarches (Grasset)

Mohamed Boudjedra Le parti des coïncidences (Alma)

Abdellah Taïa Infidèles (Seuil)

Agnès Desarthe Une partie de chasse (L’Olivier)

Lionel Duroy L’hiver des hommes (Julliard)

Jean-Loup Trassard L’homme des haies (Gallimard)

Christian Authier Une certaine fatigue (Stock)

Aurélien Bellanger La Théorie de l’information (Gallimard)

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Le Médicis, 1° sélection

La saison des prix littéraire est lancée, après le Goncourt la semaine dernière, c’est le Médicis qui nous livre aujourd’hui sa première sélection. Voici celle concernant les romans français :

– Emmanuelle Pireyre « Féerie générale » (L’Olivier)
– Patrick Deville « Peste et choléra » (Seuil)
– Alain Blottière « Rêveurs » (Gallimard)
– Aurélien Bellanger « La Théorie de l’information » (Gallimard)
– François Bon « Autobiographie des objets » (Seuil)
– Claude Arnaud « Brève saison au paradis » (Grasset)
– Patrick Roegiers « Le Bonheur des Belges » (Grasset)
– Abdellah Taïa « Infidèles » (Seuil)
– Leslie Kaplan « Millefeuille » (P.O.L.)
– Philippe Djian « Oh… » (Gallimard)
– Claudie Hunzinger « La Survivance » (Grasset)
– Lancelot Hamelin « Le Couvre-feu d’octobre » (L’Arpenteur)
– Matthieu Riboulet « Les Oeuvres de miséricorde » (Verdier)
– Gary Victor « Maudite éducation » (Philippe Rey)

Le Deville semble décidément faire l’unanimité ! Pour les autres, je n’ai pas suivi les parutions d’assez près pour avoir un avis sur leur présence dans cette liste (ça viendra peut-être). Le verdict dans quelques semaine.

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Le Goncourt, 1° sélection

          Comme vous le savez sans doute, de suite après la rentrée littéraire de septembre (qui est en toute logique plutôt en août à présent…), vient la saison des prix littéraires tant convoités. Parmi eux, le plus prestigieux, le fameux prix Goncourt. L’Académie du même nom dévoilait aujourd’hui sa 1° sélection pour le cru 2012. La voici :

– Vassilis Alexakis, L’enfant grec (Stock)
– Gwenaëlle Aubry, Partages (Mercure de France)
– Thierry Beinstingel, Ils désertent (Fayard)
– Serge Bramly, Orchidée fixe (JC Lattes)
– Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil), prix du roman Fnac
– Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Québert (Fallois)
– Mathias Enard, Rue des voleurs (Actes Sud)
– Jérôme  Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)
– Gaspard–Marie Janvier, Quel trésor ! (Fayard)
– Linda Lê, Lame de fond (Bourgois)
– Tierno Monenembo, Le terroriste noir (Seuil)
– Joy Sorman, Comme une bête (Gallimard)

          Les 2° et 3° sélections seront établies les 2 et 30 octobre pour un verdict le 7 novembre. Vous retrouverez bien sûr la suite des évènements sur ce blog. Bonne rentrée !