Théâtre

Un chapeau de paille d’Italie

          Alors que Fadinard s’apprête à se marier, son cheval mange le chapeau de paille d’une femme en plein rendez-vous galant avec son amant. Celui va demander au jeune homme de trouver un couvre-chef semblable pour tromper les soupçons du mari de la dame. Le futur marié va avoir le plus grand mal à trouver l’accessoire de mode, d’autant que la noce le suit partout où il va. Une journée pleine de péripéties et de malentendus. Le mariage se fera-t-il malgré tout ?

          Cette pièce a été un des grands succès d’Eugène Labiche, grand nom du vaudeville. Ponctuée d’intermèdes musicaux, elle a été montée de nombreuses fois à la Comédie Française. Elle est présentée cette année par un metteur en scène italien, Giorgio Barberio Corsetti, qui a souhaité lui donner une nouvelle jeunesse. Il a choisi de placer ses personnages dans les années 60/70 : rock, mini jupes et costumes colorés. Les musiciens pour les parties musicales accompagnent les comédiens sur des airs à la Kusturica, à la guitare, entre rock et musique tsigane. L’idée aurait pu être assez bonne, donnant à l’énergie de la pièce de Labiche un aspect plus moderne. Malheureusement, je n’ai été qu’à moitié convaincue, d’autant que la musique s’avère finalement assez fade, les parties chantées sans grand intérêt et les acteurs de bien piètres chanteurs, ce qui est un peu dommage.

          Il faut dire que le vaudeville n’est pas spécialement ma tasse de thé. L’histoire en elle-même est complètement tirée par les cheveux et comme toujours dans ce genre de pièce, tout repose sur l’énergie des acteurs : s’ils n’en font pas assez, on s’ennuie, s’ils en font trop, ça devient ridicule ; un équilibre particulièrement à trouver et une sauce qui sur moi peine bien souvent à prendre. Là j’ai étrangement trouvé qu’ils en faisaient à la fois trop et pas assez, les acteurs se démènent sur scène sans vraiment nous transmettre leur énergie. La mise en scène est assez originale mais pas particulièrement réussie pour autant, un peu plus de simplicité aurait peut-être allégé l’ensemble. La pièce est trèèèès trèèèès longue et l’histoire un peu lassante, on peine à franchement se passionner pour les aventures du jeune Fadinard. Au final une pièce un peu longuette qui se laisse regarder sans déplaisir mais qui malgré quelques bonnes idées et beaucoup de bonne volonté ne parvient pas réellement à nous enthousiasmer. 

Un chapeau de paille d’Italie, d’Eugène Labiche

Du 31 octobre au 7 janvier

Comédie Française – Théâtre éphémère

Place Colette (Jardins du palais Royal)

27 à 39€

Cinéma

César doit mourir

          Dans une prison de haute sécurité, des détenus montent le Jules César de Shakespeare. Une parenthèse dans leur quotidien de reclus. La violence de la pièce fera par moments remonter les tensions entre prisonniers et mettra à jour de vieilles rancoeur. Mais le théâtre sera aussi pour eux un espace de liberté auquel il sera difficile de renoncer une fois le rideau retombé. 

          Ce film me tentait beaucoup, à la fois par le sujet, les réalisateurs et la superbe bande-annonce. Etrangement j’ai à la fois été déçue et agréablement surprise. Impressions contradictoires et pourtant se côtoient et que je n’arrive toujours pas totalement à démêler. Tout d’abord déçue parce que je m’attendais à voir une évolution des prisonniers, à les voir transformés par l’art, à être confrontée aux difficultés du metteur en scène pour travailler avec des hommes violents, à entendre une réflexion sur le milieu carcéral. Si on retrouve un peu de cela dans la bande-annonce, c’est quasiment absent du film, ou en si petites touches qu’elles en deviennent difficile à percevoir. C’est frustrant, on voudrait être guidés, voir se dessiner une émouvante rédemption par l’art. On reste donc un peu sur sa faim.

          Pourtant, autre chose se dessine, d’autrement plus subtil. Tout passe par le non-dit. Les images, la mise en scène, une petite phrase attrapée au passage l’air de rien. Ce sont avant tout des acteurs qui sont filmés, pas des prisonniers, et quel meilleur hommage leur rendre ? Le texte est au centre de tout, le contexte se devine : une porte qui s’ouvre ou se referme, une cour grillagée, un regard un peu trop intense… Le tout mis en scène avec une grande finesse, par le jeu de la couleur et du noir et blanc notamment. Au spectateur de tirer ses propres conclusions, de se forger un avis. On est frustré et reconnaissant à la fois. Reconnaissant d’avoir rendu à ses hommes leur humanité, de les avoir élevé au rang d’artistes 1h15 durant. Reconnaissant aussi de laisser au spectateur tant de liberté, de responsabilité presque, face aux images. Images qui disent peu mais suggèrent tout avec une subtilité qui déstabilise et enchante à la fois. Un film à la réalisation magistrale, aux acteurs époustouflants, une vraie leçon de vie et d’humilité. Un Ours d’or de qualité.

Théâtre

Britannicus aux Amandiers

          Néron est empereur et en ce début de règne, aimé de tous. Pourtant, il fait enlever Junie, l’amante de son frère adoptif, Britannicus, dans l’espoir de l’épouser. Leur mère, Agrippine, qui l’a fait asseoir sur le trône qui revenait à son frère, tente de lui faire entendre raison. Mais Néron est en train de sombrer dans la folie et s’apprête à devenir le tyran qu’on connaît. 

          J’aime énormément Racine et Britannicus est une pièce que j’apprécie particulièrement. Elle est une de celles qui m’ont fait découvrir le dramaturge et m’ont donné envie de lire toute son oeuvre (ce dont je ne me suis pas privée). Je ne l’avais jamais vue sur scène et quand j’ai vu que Martinelli la montait aux Amandiers, où je comptais me rendre depuis fort longtemps, je me suis précipitée pour avoir une place (et même deux d’ailleurs) ! Avant j’ai jeté un oeil aux critiques, plus que mitigées… Pour résumer, sobre mais fade. Une description assez peu engageante. Ca ne m’a toutefois pas totalement découragée pour aller jusqu’à Nanterre voir ce qu’il en était malgré un gros rhume. Ce qui valait le coup, au moins pour découvrir ce lieu chaleureux et dynamique qui semble favoriser les rencontres. Et au passage, un grand merci à la jeune femme qui a fait un détour pour nous amener jusqu’au théâtre, nous faisant une visite guidée du quartier, une rencontre surprenante qui a égaillé cette froide soirée et l’a fait démarrer sous les meilleurs auspices.

           Le décor est assez dépouillé mais convient fort bien à ce texte dont l’action de déroule dans un périmètre très restreint à l’intérieur du palais. J’ai aimé que les costumes respectent un certain classicisme de bon goût, tout comme la mise en scène. Ici, pas de Néron le cigare au bec ou d’Agripinne tout de cuir vêtu, ouf ! il reste donc des metteurs en scène qui respectent les textes et ne cherchent pas une pseudo-modernité à tout prix. On commençait à en douter… Toutefois, si la mise en scène est très sobre, elle l’est peut-être un peu trop. Rien qui ne vienne aider à soutenir l’attention, le texte rien que le texte. Malheureusement, les acteurs ne sont pas tous à la hauteur de ce défi. Agrippine est exceptionnelle, elle porte cette pièce presque à elle toute seule. Si les autres ne sont pas mauvais (quoi que Britannicus ait un timbre quasi inaudible), leur jeu manque de conviction. On ne s’ennuie pas, on n’a pas grand chose à reprocher à cette pièce mais on aurait aimé y trouver plus du feu des grands drames. Un peu trop fade pour convaincre totalement mais une pièce qui demeure agréable malgré tout. 

          Britannicus, de Jean Racine. Mise en scène de Jean-Louis Martinelli avec Anne Benoît, Éric Caruso, Alain Fromager, Grégoire Œstermann, Agathe Rouiller, Anne Suarez, Jean-Marie Winling. Au théâtre de Nanterre-Amandiers puis en tournée pour la saison 2013/2014.

Excité d’un désir curieux,
Cette nuit je l’ai vue arriver en ces lieux,
Triste, levant au ciel ses yeux mouillés de larmes,
Qui brillaient au travers des flambeaux et des armes,
Belle, sans ornement, dans le simple appareil
D’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil.
Que veux-tu ? Je ne sais si cette négligence,
Les ombres, les flambeaux, les cris et le silence,
Et le farouche aspect de ses fiers ravisseurs,
Relevaient de ses yeux les timides douceurs.
Quoi qu’il en soit, ravi d’une si belle vue,
J’ai voulu lui parler, et ma voix s’est perdue :
Immobile, saisi d’un long étonnement,
Je l’ai laissée passer dans son appartement.
J’ai passé dans le mien. C’est là que solitaire,
De son image en vain j’ai voulu me distraire.
Trop présente à mes yeux, je croyais lui parler,
J’aimais jusqu’à ses pleurs que je faisais couler.
Quelquefois, mais trop tard, je lui demandais grâce ;
J’employais les soupirs, et même la menace.
Voilà comme, occupé de mon nouvel amour,
Mes yeux sans se fermer, ont attendu le jour.

Cinéma

Vous n’avez encore rien vu

          Drame français d’Alain Resnais avec Mathieu Amalric, Pierre Arditi, Sabine Azéma, Lambert Wilson…

          Antoine d’Anthac, l’auteur de la célèbre Eurydice, vient de mourir. Il convoque ceux qui ont joué sa pièce pour juger de la qualité de la mise en scène de celle-ci par une troupe de jeunes comédiens. Durant cette projection, chacun va renouer avec les émotions du texte et du jeu d’acteur. 

          On retrouve une fois de plus toute la troupe d’Alain Resnais, qui sont autant d’acteurs d’exception. On se régale de les voir réunis une fois de plus. Le film rend hommage à l’Eurydice d’Anouilh (dont vous pouvez trouver la critique ici), qui est loin d’être son meilleur texte… La mise en scène est extrêmement originale, mettant en parallèle plusieurs interprétations de la pièce, et nous offre quelques passages surprenants à l’indéniable beauté. Malheureusement, si le procédé est habile et fort original, il n’a pas suffi à me tenir en haleine durant deux heures. Le film est très linéaire, toute la pièce d’Anouilh y passe, et elle n’est pas des plus palpitante (alors en 3 exemplaires, je vous dis pas !). De plus, je n’aime pas le théâtre filmée alors à entendre le texte dans son intégralité, j’aurais autant aimé le voir su les planches !

         Je me suis donc assez vite lassée, et finalement endormie après une lutte acharnée bercée par les douces voix de Pierre Arditi et Lambert Wilson qui ont accompagné mes rêves (je tiens à signalée qu’étant malade et sous traitement, mon endurance est pitoyable, ceci expliquant cela, la qualité du film a  peu à y voir)… L’idée était bonne, la mise en scène est géniale, les acteurs sont tellement convaincants, mais le choix de la pièce est fatal. Avec le texte d’Antigone ou de Médée ç’aurait eu une toute autre allure ! Un film qui est donc intéressant et bourré de qualité mais qui n’a pourtant pas réussi à me convaincre totalement. Frustrant. 

Théâtre

Antigone au théâtre du Vieux Colombier

          L’Antigone d’Anouilh s’invite au Théâtre du Vieux-Colombier, annexe de la Comédie Française. Le célèbre mythe de l’Antiquité grecque, dont Sophocle a écrit la première version théâtrale au 5° s. av. J.-C., a été revisité avec force et délicatesse par Jean Anouilh, dont c’est sans doute le meilleur texte. Pour ceux qui auraient échappé à deux millénaires d’histoire, voilà le topo : les frères d’Antigone, Polynice et Etéocle (enfants d’Oedipe, celui qui tua son père et coucha avec sa mère), se sont entretués pour régner sur Thèbes. Le roi, son oncle Créon, fait d’Etéocle un héros et refuse à Polynice les rites funéraires et interdit à quiconque d’approcher le corps sous peine de mort. La petite Antigone va alors se dresser contre la loi et sacrifiera sa vie pour permettre à son frère de rejoindre le monde des morts.

          J’aime beaucoup le mythe d’Antigone, cette jeune fille qui refuse de se plier aux lois des hommes et place le devoir familial au dessus de tout, quitte à y laisser la vie. Le texte de Jean Anouilh possède en plus une rare poésie et met en avant tous les ressorts de la tragédie, lui donnant plus de force encore. J’ai lu et relu ce texte jusqu’à le connaître quasiment par coeur, j’avais choisi un cours sur cette figure de la rébellion à la faculté mais jamais je n’avais eu l’occasion de voir la pièce sur scène, je me suis donc jetée sur cette occasion tant attendue ! Une mise en scène moderne et épurée qui met le texte en valeur. La critique s’est d’ailleurs enthousiasmée pour cette représentation qui va à l’essentiel ainsi que pour le jeu des acteurs. Histoire de changer, je ne serai pas aussi dithyrambique et me permettrai 2/3 remarques désobligeantes bien que dans l’ensemble j’aie également été assez convaincue.

          Le décor est simple : 3 portes, 5 chaises, conformément d’ailleurs aux croquis de l’auteur. J’aime assez les mises en scènes minimalistes pour des textes aussi forts, qui se suffisent à eux-mêmes. Elles sont toutefois dangereuses, n’offrant aucune échappatoire visuelle au spectateur, la représentation repose donc uniquement sur le jeu d’acteurs, ce qui n’est pas toujours un bon pari. On commence la pièce avec tous les personnages en scène, c’est le choeur qui parle et nous expose la situation. Les premières interrogations font surface : pourquoi Antigone, présentée comme « noiraude » porte-t-elle donc une belle robe rouge vif ? (ça s’explique mais ça me semble tout de même fort peu judicieux), pourquoi est-elle debout alors que le texte stipule qu’elle est assise ? Un détail me direz-vous mais quand on entend « celle qui est assise » et qu’on nous désigne la fille debout, on se demande quand même en quoi cette liberté avec le texte peut bien être pertinente. Passons. La grande question est surtout : mais pourquoi le choeur braille-t-il ?!? Ces hurlements de cochons qu’on égorge n’ont rien à faire dans la scène d’exposition qui, comme son nom l’indique, expose simplement les faits sans s’emballer outre mesure. Le choeur il récite, il s’en fout de savoir qui va mourir, il fait son boulot et puis c’est tout, pas de quoi s’énerver. Il faudra aussi m’expliquer en quoi le fait de se griller une clope sur scène peut bien ajouter quoi que ce soit à cette entrée en matière… Un début qui me laisse donc un peu perplexe.

          Acte 1. Antigone rentre d’une ballade nocturne, la nourrice la surprend et la questionne. La jeune fille lui décrit la beauté de la nature le matin et la fraîcheur de la rosée sous ses pieds. Un texte très poétique et teinté de nostalgique. Mais pourquoi alors hurle-t-elle ? Le spectateur moyen n’ayant pas de problème d’audition, on se serait contenté d’une déclamation fort classique et plus pondérée. Elle est aussi un rien agaçante à monter sur les chaises et se rouler par terre (qu’on ne nous épargnera à aucun moment). Un peu de tenue tout de même ! Je pense que le metteur en scène a voulu montrer par là la passion du personnage. Pour ma part, je pense que la force de la conviction passe justement par la calme assurance, ce choix a donc été à mes yeux à la limite du contre-sens. Ismène et Hémon sont tout à fait insignifiants, nulle raison de s’étendre donc ; en revanche, Créon m’a particulièrement convaincue. L’acteur a été très bien choisi et colle parfaitement au personnage, jusqu’à la voix profonde qui lui permet d’affirmer son autorité sans avoir à crier comme un putois. Voilà enfin du théâtre !

          A partir de là, tout va mieux. Antigone veut mourir, son oncle ne veut pas, elle a le droit de crier pour le convaincre, c’est dans l’ordre des choses (même si par moments on s’en passerait). Créon est tellement bon qu’il pourrait tenir la pièce à lui tout seul. Mi personnage débonnaire-mi tyran, dont on ne sait s’il faut le plaindre ou le craindre. Le garde amène un peu de fraîcheur dans tout ça, singeant parfaitement le parfait crétin. Malgré une première impression assez traumatisante, la suite coule bien mieux, soit qu’on s’habitue, soit que ça finisse par être plus adapté au texte (et probablement un peu des deux). La mise en scène est décidément une belle réussite qui laisse toute la place au texte d’Anouilh et suffit amplement à sa bonne compréhension. Les acteurs sont assez convaincants et incarnent plutôt bien ces personnages pourtant exigeants. La preuve de la réussite, j’ai été aussi émue devant le texte joué qu’à la lecture et nombreuses sont les scènes qui m’émeuvent aux larmes (si si). Un début un peu surprenant donc mais une suite beaucoup plus réussie. Mon plus gros reproche sera pour le public qui a passé le plus clair de son temps à ricaner (« c’est reposant la tragédie » ahaha), gâchant un peu mon plaisir de me laisser porter par ce texte splendide. Si la pièce ne s’est pas avérée une expérience théâtrale transcendante et que j’eus apprécié un peu plus de subtilité, elle est de qualité et on passe un bon moment. A voir.

Antigone de Jean Anouilh

Jusqu’au 25 octobre

Mise en scène de Marc Paquien

 Avec

Théâtre du Vieux-Colombier

21 rue du Vieux Colombier

75006 Paris

C’est vrai, c’était encore la nuit. Et il n’y avait que moi dans toute la campagne à penser que c’était le matin. C’est merveilleux, nourrice. J’ai cru au jour la première aujourd’hui.

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Créon

La vie n’est pas ce que tu crois. C’est une eau que les jeunes gens laissent couler sans le savoir, entre leurs doigts ouverts. Ferme tes mains, ferme tes mains, vite. Retiens-la. Tu verras, cela deviendra une petite chose dure et simple qu’on grignote, assis au soleil. Ils te diront tout le contraire parce qu’ils ont besoin de ta force et de ton élan. Ne les écoute pas. (….) Rien n’est vrai que ce qu’on ne dit pas… Tu l’apprendras, toi aussi, trop tard, la vie c’est un livre qu’on aime, c’est un enfant qui joue à vos pieds, un outil qu’on tient bien dans sa main, un banc pour se reposer le soir devant sa maison. Tu vas me mépriser encore, mais de découvrir cela, tu verras, c’est la consolation dérisoire de vieillir ; la vie, ce n’est peut-être tout de même que le bonheur. (…)

Antigone

Quel sera-t-il, mon bonheur ? Quelle femme heureuse deviendra-t-elle, la petite Antigone ? Quelles pauvretés faudra-t-il qu’elle fasse elle aussi, jour par jour, pour arracher avec ses dents son petit lambeau de bonheur ? Dites, à qui devra-t-elle mentir, à qui sourire, à qui se vendre ? Qui devra-t-elle laisser mourir en détournant le regard ?

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Oui, j’aime Hémon. J’aime un Hémon dur et jeune ; un Hémon exigeant et fidèle, comme moi. Mais si votre vie, votre bonheur doivent passer sur lui avec leur usure, si Hémon ne doit plus pâlir quand je pâlis, s’il ne doit plus me croire morte quand je suis en retard de cinq minutes, s’il ne doit plus se sentir seul au monde et me détester quand je ris sans qu’il sache pourquoi, s’il doit devenir près de moi le monsieur Hémon, s’il doit appendre à dire « oui », lui aussi, alors je n’aime plus Hémon.