Mes lectures

Luis Alfredo GARCIA-ROZA, Bon anniversaire Gabriel !

Gabriel est un jeune homme discret sans problèmes mais le jour de son anniversaire, un inconnu lui fait une étrange prédiction : il tuera quelqu’un avant son prochain anniversaire. La date fatidique approchant, son angoisse va augmentant et il décide de demander l’aide du commissaire Espinosa. Mais comment enquêter sur un meurtre qui n’a pas encore été commis ?

Une idée de départ originale qui fait tout le charme de ce roman policier brésilien. Les personnages sont attachants et bien construits. L’auteur arrive à créer du suspens et un malaise croissant. La fin (que je ne peux bien sûr pas vous raconter) est assez surprenante. Un livre qui détonne dans la production de polars et arrive à renouveler le genre en lui donnant une dimension différente. Je ne suis pas sure que ce décalage me convainque tout à fait (au final, une histoire plus traditionnelle m’aurait sans doute plus satisfaite) mais cet effort est louable et le résultat est réussi. Un livre bien écrit et bien construit, qui vaut le détour par son originalité.

Mes lectures

Edith WHARTON, Le vice de la lecture

         Ce court texte a été publié dans un magazine au début du siècle dernier. L’auteur y explique en quoi la lecture peut être considérée comme un vice. Et surtout, comment certains lecteurs font du mal à la littérature. Une dénonciation de la démocratisation de la lecture. Un texte polémique.

         L’auteur fait la distinction entre le lecteur inné, qui va vers les livres spontanément, et le lecteur mécanique, qui lit par devoir, pour répondre aux conventions sociales. Le premier serait nécessairement intelligent, comprendrait tout ce qu’il lit et ferait la part des choses entre un texte insipide et un futur classique. Le lecteur mécanique serait un idiot n’étant pas à même de comprendre les enjeux d’un texte. Par la même, il engendrerait l’auteur mécanique, fléau de notre société, nous servant des inepties toujours plus grandes. Une partie de moi approuve cette vision des choses : oui, il y a des gens qui se prennent pour de grands lecteurs parce qu’ils ont lu 3 auteurs à la mode, et en effet, tous les lecteurs n’ont pas la même réflexion face au texte. Et oui, si les lecteurs étaient plus exigeants, sans doute moins de textes d’une idiotie crasse nous parviendraient. Même si à moins avis le processus doit se faire dans l’autre sens, mais c’est là un autre débat.

         Toutefois, même s’il y a une petite part de vérité – et oui, au passage, j’assume la part d’auto-suffisance que cela suppose, on a tous nos domaines de compétences, j’ai tendance à considérer que le mien se situe du côté des livres – cette théorie est pour le moins simpliste. Si certains ont plus de prédispositions à aller vers les livres que d’autres, je ne pense pas que cela soit inaltérable. Beaucoup de gens se découvrent un amour des livres sur le tard quand d’autres les abandonnent après des années de bonne entente. Le prédicat de départ est donc un peu faiblard. D’autant plus que des infinités de nuances existent. Certaines personnes bien que n’aimant pas beaucoup lire montrent une réflexion très juste sur la littérature, quand d’autres, lisant énormément, sont incapables de recul. Il doit y avoir à peu près autant de cas que de lecteurs. Les diviser en 2 catégories antinomiques me semble un peu léger. Ce serait trop beau de pouvoir différencier aussi simplement les « élus » de ceux qui devraient se contenter de leur télé. D’autant plus que la « vérité » en sciences humaines est relative, et qu’on est toujours l’imbécile de quelqu’un. Autant vous dire que le problème est complexe.

         La deuxième chose gênante, c’est que le texte a vieilli : le monde a changé. De nos jours la société ne nous oblige plus franchement à lire, ni ne nous y incite d’ailleurs. La lecture n’est plus à la mode. Lire un livre par-ci par-là, bien sûr, c’est bien, mais lire beaucoup, ça n’est pas du tout dans l’air du temps. C’est simple, quand les gens rentrent chez moi et voient ma bibliothèque, ils frôlent généralement la crise cardiaque. Généralement, ils demandent mi surpris, mi effrayés : « mais tu as lu tout ça ?!!! » avant de lui tourner bien vite le dos. Quand j’explique que les 400 titres qui ornent les murs de mon studio ne représentent que 2 ans et demi de lectures et acquisitions, je perds généralement mon interlocuteur. Non, les lecteurs n’impressionnent plus vraiment, ils font juste peur. Un peu comme si on croisait un dinosaure dans la rue, plus il est gros, plus on est tenté de fuir.

         En plus d’être d’une honnêteté intellectuelle douteuse, ce livre est donc dépassé. Il ne propose de plus aucune solution au problème (réel ou supposé) de la dégradation de la production littéraire. Bien évidemment, comme être « bon » ou « mauvais » lecteur serait inné, inutile de réfléchir à comment tenter d’ouvrir la « grande » littérature à un plus grand public. Ce texte est absolument imbuvable, mais l’auteur est d’une rare pédanterie. Toutefois cette lecture permet de se poser des questions sur ce qu’est être lecteur (allez, je me lance dans une provocation gratuite : permet de réfléchir, si on est un « bon » lecteur, bien sûr !). L’occasion de se demander aussi quelle place a la littérature aujourd’hui dans notre société et ce qu’est pour nous la lecture. Je pense d’ailleurs, revenir cette question prochainement, le temps justement pour moi d’y réfléchir un peu.

Peu de vices sont plus difficiles à éradiquer que ceux qui sont généralement considérés comme des vertus. Le premier d’entre eux est celui de la lecture.

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   Il est évident que le lecteur mécanique, tenant chaque livre isolément pour une entité suspendue dans les limbes, manque tous les chemins parallèles et les raccourcis. Il est comme un touriste qui passe d’un «site» à l’autre sans rien regarder qui ne soit recommandé dans le Baedeker. Des délices du vagabondage intellectuel, de la poursuite improvisée qprès une fugace allusion, suggérée parfois par la tournure d’une phrase ou par la simple essence d’un mot, il n’a pas la moindre conscience. Avec lui, le livre suffit: l’idée d’en user comme la clé d’harmonies non préméditées, comme d’une fuite dans quelque paysage choisi, dépasse son entendement.

Pour en savoir plus, retrouvez la présentation de ce texte sur le site des éditions du sonneur.

Expositions

Ilone et George Kremer, Héritiers de l’âge d’or hollandais, à la Pinacothèque de Paris

Homme lisant une lettre à une femme, Pieter de Hooch, 1670/74

          Une soixantaine de tableau de l’âge d’or hollandais (traduisons pour les non-initiés : du 17° siècle). S’il ne sont pas des plus célèbres (quoi qu’elle compte tout de même quelques Rembrandt), il y a pourtant là quelques merveilles. J’ai toujours beaucoup aimé la peinture hollandaise : la précision du trait, les jeux de lumière, les scènes de la vie quotidienne. Oui, je l’avoue, j’aime les classiques et ceux-là tout particulièrement.

Vieille femme examinant une pièce de monnaie à la lumière d'une lanterne, Gerrit van Horthost, 1623

          L’histoire de cette collection est incroyable. M. Kremer a depuis son enfance fréquenté le Rijksmuseum à Amsterdam. À 10 ans, il tombe amoureux de La fiancée juive de Rembrandt. À 44 ans, en 1995, il achète son premier tableau. Depuis il a constitué de salles des ventes en salons une incroyable collection (ne me demandez pas comment on peut être ou devenir assez riche pour en à peine 15 ans réunir pareils chefs d’oeuvres, je suis à la fois sidérée, admirative et envieuse). Tableaux qu’il a fait restaurer. On reproche à la peinture hollandaise d’être sombre mais avais vu déjà vu un de ces toiles débarrassée de ses couches de vernis bruni par le temps ? Certaines scènes sont si lumineuses qu’elles semblent éclairées de l’intérieur.

Chaumière et Paysans trayant leurs chèvres, Abraham Bloemaert, 1620

          J’ai trouvé la plupart de ces tableaux très beaux. Je suis tombée littéralement amoureuse de trois d’entre eux, dont un que je mettrais bien dans ma cuisine, à la place de ma reproduction de La ruelle de Vermeer (quoi ? c’est beau de rêver…). L’accrochage est assez réussi, bien que la pièce soit extrêmement sombre. Les toiles sont bien mises en valeur. Et surtout, il n’y avait pas foule et le plaisir de pouvoir s’extasier aussi longtemps qu’on le souhaite devant ces petits bijoux. Une très belle exposition : courez-y temps qu’il est encore temps !

Femme comptant des pièces à la lueur d'une chandelle, Mattias Stom, 1635

Pinacothèque de Paris

28, place de la Madeleine

75008 Paris

http://www.pinacotheque.com

Et par ici, une petite vidéo si vous voulez en apprendre plus… (désolée pour l’absence de lecteur, je n’arrive pas à trouver le bon lien…)

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Cinéma

J. Edgar, de Clint EASTWOOD

Drame, biopic américain de Clint Eatswood avec Leonardo Di Caprio, Naomi Watts, Armie Hammer.

          L’histoire de J. Edgar Hoover, fondateur du FBI et directeur de la célèbre institution pendant près d’un demi-siècle. Un homme aussi puissant qu’énigmatique et controversé. Le film retrace plus de soixante ans de la vie de Hoover, du début de sa carrière à la fin des années 20 jusqu’à sa mort en 1972. Un parcours fascinant.

          Ce film avait tout pour plaire : un grand réalisateur, un acteur principal surdoué et un sujet en or massif. Malheureusement, la mayonnaise de prend pas. Leonardo DiCaprio tient le film a lui tout seul. Il est plus ou moins seul à l’écran durant plus de 2h. Face à lui les autres semblent faire de la figuration. Une performance d’acteur remarquable mais la belle gueule de DiCaprio ne saurait suffire à nous tenir en haleine aussi longtemps. Et malgré une très bonne prestation, j’ai eu beaucoup de mal à voir le personnage derrière l’acteur. Aussi étrange que ça puisse paraître, j’ai trouvé cet Hoover là trop charismatique pour être vrai. En même temps, je ne suis pas une spécialiste de la question. Le doute persiste donc.

Ensuite j’ai trouvé que tout était trop axé sur J. Edgar. Certes, il est le sujet du film mais certains faits cruciaux sont survolés à une vitesse surprenante. Pour ne vous citer qu’un exemple : la mort de Kennedy, 2 minutes montre en main. Et encore, je ne sais pas si je ne vois pas large. C’est un peu déroutant de voir les grands évènements du XX° siècles traités comme des détails. Question de point de vue peut-être mais tout de même, l’assassinat du président devait toucher le directeur du FBI d’assez près, ça aurait dû le tourmenter au moins quelques minutes. Gros moins sur l’aspect historique donc, ne comptez pas top vous cultiver avec ce film qui fait plutôt dans le culte de la personnalité.

          Bien sûr, Clint Eastwood n’est quand même pas le premier venu, il y a donc un certain nombre de points positifs. Les jeux de lumière pour commencer sont très réussis. Un univers sombre, un peu passé, qui n’est pas sans rappeler les vieux films de gangsters. D’ailleurs on peut noter pas mal de références à des grands noms du cinéma. Les scènes d’arrestations sont autant de clins d’oeil (d’yeux ?) à des chefs d’oeuvres du 7° art. La mise en scène est propre et efficace, on passe sans cesse de la jeunesse à la vieillesse d’Hoover (va et viens incessant qui m’a parfois fatiguée d’ailleurs) avec une grande fluidité et des procédés variés.

          On pourrait aussi parler des costumes, très soignés. Du maquillage incroyable des acteurs pour leur faire prendre 40 ans. Techniquement tout est parfait. Trop peut-être. Si ce film est très esthétique, il est un peu lisse. On lui a reproché de trop se pencher sur la possible homosexualité du personnage. Cela ne m’a gênée qu’à la fin où on assiste à une scène ridicule avec des orgues et des chants angéliques. On s’en serait passé, fort heureusement, c’est de courte durée. Un film propret qui ne convainc pas vraiment. Bien, mais sans plus. On a connu Clint plus en forme.

Bars, restaurants

C’est mon plaisir…

          C’est mon plaisir… ce sont trois restaurants. Un à Falguières, un à Montparnasse, un rue Didot (oui, tout ça reste dans le même coin) ; c’est ce dernier que nous avons testé. Le restaurant est un peu perdu, à l’angle de la rue Didot et de celle du Chemin vert, un coin calme auquel on ne penserait pas forcément à aller chercher un endroit où manger. De dehors, c’est une belle façade grise, qui donne assez envie d’aller voir ce qu’il se passe dedans. Il se trouve que le dimanche, rare sont les restaurants ouverts dans le coin et notre estomac criait famine, nous ne nous sommes donc pas fait prier pour entrer.

          La déco intérieure est très réussie. Un côté vieux bistrot parisien pour le mobilier, contrebalancé par une déco plus contemporaine (quelques murs rouge vif des plus réussis notamment) : le lieu est accueillant. La carte est bien garnie, le choix vaste. Des menus à des prix relativement raisonnables sont proposés. Les plats sont cuisinés à partir de produits frais. Les portions sont plutôt copieuses et ce qu’on a dans l’assiette est sacrément bon ! Si ça reste assez classique, c’est impeccablement réalisé et avec une pointe d’innovation bien placée. Bref, on se régale. En plus le service est agréable ! Une adresse qui ne se démarque pas par son originalité mais sur laquelle il n’y a rien à redire : c’est beau, c’est bon, on y retournera ! 

C’est mon plaisir… à Didot…

53, rue Didot

75014 Paris

http://www.restaurantcestmonplaisir.com/restaurant/bienvenue-didot.html