Cinéma

Les Révoltés de l’île du Diable, de Marius HOLST

          Drame polonais, suédois, français, norvégien, de Marius Holst avec Stellan Skarsgard, Kristoffer Joner, Benjamin Helstad.

          Norvège, au début du XX° siècle. Sur l’île du Diable se dresse le camp de redressement de Bastoy. Un lieu sans espoir, dont on ne sort que brisé par l’autorité des surveillants. Un nouvel arrivant va changer la donne. Un insoumis qui va soulever peu à peu un vent de révolte.

           Ce film n’est pas unique en son genre, il ressemble à s’y méprendre à l’excellent Magdalene Sisters, sorti il y a quelques années. On retrouve ici les mêmes grandes lignes : des adolescents maltraités en camp de redressement et une volonté d’échapper à sa condition coûte que coûte. Malgré une trame très proche et donc un effet de surprise moindre, ce film est tout aussi réussi. On ne peut que regretter qu’il soit aussi mal distribué (à peine une dizaine de copies en France).

          Les images, très sombres, sont de toute beauté. On est plongé dans le froid et l’austérité qui règnent sur l’île. On suit avec une angoisse croissante le quotidien de ces adolescents. La tension va en augmentant sans cesse. Le réalisateur parvient à créer une atmosphère incroyablement lourde. Plus on sent la révolte poindre, plus l’attente paraît insoutenable. Une violence psychologique à laquelle le spectateur ne semble pas pouvoir échapper tant c’est brillamment mené.

          Il n’y a que deux acteurs professionnels dans ce film. Il est pourtant criant de réalisme, sans doute parce que certains des acteurs sont des jeunes ayant réellement séjourné en prison. Un film très réussi. Avec une tension extrême née d’une mise en scène impeccable. Le tout est d’une grande beauté. Il y avait fort longtemps que je n’avais pas pareillement vibré au cinéma, une émotion incontrôlable, qui prend aux tripes et ne vous lâche pas. Un véritable bijou.

Mes lectures

Florence AUBENAS, Le quai de Ouistreham

          En 2009, Flaurence Aubenas décide de s’immerger dans le quotidien d’une femme sans diplôme et sans expérience à la recherche d’un emploi. Elle s’invente une histoire : après son bac, elle a rencontré un homme qui l’a entretenue des années durant avant de la quitter. Elle se retrouve donc sans ressources et à la recherche d’un travail. Le Pôle Emploi lui propose de faire des ménages. La journaliste décide d’arrêter l’expérience le jour où elle décrocherait un CDI. Une immersion dans le monde de la précarité qui durera de longs mois.

          Ce livre est vraiment très prenant. Il est assez impressionnant de voir Flaurence Aubenas, journaliste célèbre, se fondre dans un milieu précaire. Dès les premiers jours, elle semble oublier totalement le milieu dont elle vient et se livre corps et âmes dans cette grande bataille qu’est la recherche d’emploi. Elle enchaîne les petits boulots, plus ingrats les uns que les autres, acceptant même le pire. Son quotidien devient celui de toute femme de ménage, courant après la moindre heure de travail, ne dormant pas assez, galérant avec les moyens de transport. Bien sûr, on savait déjà comment ça se passait, mais ça fait quand même du bien de voir cette réalité écrite noir sur blanc, et elle est encore pire que ce qu’on croyait.

          Cette histoire se lit comme un roman, on attend avec impatience chaque réponse pour un emploi, on se réjouit de chaque bonne rencontre, on croit presque ressentir la même fatigue. L’histoire est racontée de l’intérieur, ce qui lui donne bien plus de force que n’importe quel reportage qu’on a déjà pu lire sur le sujet. On voit l’auteur se transformer au fur et à mesure de son expérience, oublier qu’elle a eu une autre vie où tout était plus facile. Un livre poignant à faire lire à tous ceux qui pensent encore qu’il y a toujours du travail pour ceux qui en veulent.

Voilà des jours que je n’ai pas vu passer une proposition d’emploi à plein temps, pour un contrat à durée indéterminée ou un salaire au dessus du Smic. Un agent de Pôle Emploi m’a expliqué que c’était normal. « Ce type d’emploi n’existe tout simplement plus dans votre circuit à vous. Bientôt, il n’existera peut-être plus nulle part. »

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Caissière, ça a toujours été bien. La caissière a un trône, elle règne. À mon époque, elle représentait déjà l’aristocratie.

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Il n’y a plus rien, y compris les déménagements qui se font rares, sauf peut-être pendant la période des expulsions locatives, et encore.

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Pourquoi se sont les salariés qui pleurent leur usine ? Ce sont les patrons qui devraient être tristes.

Culture en vrac

La revue littéraire, numéro consacré à Hervé Guibert

          Comme vous le savez, j’ai travaillé cette année sur Hervé Guibert, auteur connu essentiellement pour ses écrits sur le sida, son goût pour la provocation et son travail sur l’autofiction. Nous célébrons en ce mois de décembre le 20° anniversaire de sa mort. À cette occasion, La revue littéraire (revue que je vous conseille par ailleurs pour sa très bonne tenue) consacre un numéro à l’auteur.

          Sous la direction d’Arnaud Genon, la revue revient sur cette oeuvre singulière à travers des textes de  René de Ceccatty, Christophe Donner, Bénédicte Heim, Claire Legendre, Catherine Mavrikakis, Philippe Mezescaze, Mathieu Simonet, Abdellah Taïa… Des photographies inédites d’Hervé Guibert par Bernard Faucon sont également publiées pour l’occasion. La revue est disponible en librairie ou en commande sur internet. Un bon moyen de découvrir ou redécouvrir l’oeuvre d’Hervé Guibert à travers l’oeil de passionnés.

Club lecture·Mes lectures

Club-lecture de novembre : les classiques de l’anticipation

          Notre club-lecture s’est réuni mardi soir autour de trois grands classiques de l’anticipation : 1984, Le meilleur des mondes et Fahrenheit 451. Chacun a lu celui qui l’inspirait le plus, plusieurs s’il le souhaitait. Nous avons ensuite rapidement résumé chaque ouvrage et comparé nos avis. Pour la présentation précise des romans, voir les articles que j’ai publiés sur chacun : 1984, Le meilleur des mondes, Fahrenheit 451.

          Dans l’ensemble on a tous plutôt apprécié nos lectures. On a trouvé les thèmes abordés très modernes et tout à fait d’actualité (même si l’écriture d’Orwell a peut-être un peu moins bien vieilli). Ces romans sont également très sombres, 1984 remportant la palme de l’univers le plus noir : aucune trace d’espoir n’y subsiste. Trois textes très forts chacun dans leur genre. 1984 est sans doute le plus marquant, presque oppressant. Le meilleur des mondes le plus cynique, parsemé de touches d’ironie bien placée. Fahrenheit 451 a quand à lui l’écriture la plus poétique. Trois romans proches par les sujets abordés mais avec chacun une identité forte.

          Les avis ont bien sûr divergé quant à l’aspect politique et social des textes. Sont-ils vraiment prophétiques ou pas ? Se dirige-t-on inexorablement vers un monde totalitaire ? La culture va-t-elle à sa perte ? Je laisse chacun libre de se faire une opinion en fonction de sa propre perception du monde qui nous entoure.

          Une fois de plus, ce fut une très bonne soirée. La prochaine fois nous nous réunirons autour d’une pièce de William Shakespeare et d’un repas de Noël.

Cinéma

Time Out, d’Andrew MURPHY

          Science-fiction/thriller américain de Andrew Niccol avec Justin Timberlake, Amanda Seyfried, Cillian Murphy.

          L’histoire se déroule dans un futur où l’argent n’existe plus, il est remplacé par du temps. Comme l’argent, le temps se gagne et se dépense, il peut même s’échanger. Quand il n’y a plus de temps, c’est la mort. Le jour de ses 25 ans, chacun se voit attribuer une année. Certains ont rapidement des siècles devant eux quand d’autres vivent au jour le jour « pour une poignée d’immortels, beaucoup doivent mourir ».

          Vous l’aurez compris nous sommes dans un film d’anticipation. Le scénario est somme toute assez classique, cependant, l’idée de départ, quoiqu’un peu dure à mettre en oeuvre dans un film, n’était pas mauvaise. Le personnage principal est une espèce de Robin-des-bois moderne (il vole les riches pour donner aux pauvres) escorté par sa  Marianne (une riche qui le suit par amour).Malheureusement, le résultat est un peu léger. Certes, je ne m’attendais pas à voir un chef-d’oeuvre, mais j’espérais au moins avoir affaire à un bon film d’action (avec Justin Timberlake, j’avoue, c’était optimiste).

          Je me suis ennuyée devant ce film. C’est plat et un peu mollasson. On voit venir chaque rebondissement avec 1/4 d’heure d’avance. C’est très très convenu. Si au moins c’était parodique, mais même pas ! C’est très américain : tout le monde est beau (ça m’a outrée, ce n’est pas parce qu’on arrête de vieillir à 25 ans qu’on a nécessairement un physique de mannequin…), il y a moults sauvetages (et une mort) à la dernière seconde, des gentils très gentils et des méchants très méchants. Schéma classique quoi.

          Alors, qu’est-ce qui m’a dérangée ? J »aurais aimé un peu plus de fantaisie dans la réalisation. Ce genre de film nécessite un minimum de recul pour être réussi, un peu d’auto-dérision, un brin d’humour, il faut qu’on s’amuse. Là ça se prend très au sérieux et il n’y a vraiment pas de quoi, du coup, ça vire limite au ridicule par moments. Ensuite, côté action, on ne vibre pas tellement. Ca bouge pas mal, c’est vrai, ça gigote, ça s’agite mais ça manque surtout de suspens. Enfin, pour être bon, un film d’anticipation doit être politique. Ici la critique de la société est noyée sous une épaisse couche de bons sentiments, le tout manque cruellement de profondeur (la seule question que je me suis posée pendant tout le film est « Mais comment diable peuvent-elles courir des kilomètrse comme des dératées avec leurs talons aiguilles ?! »). C’est dommage, il y avait pourtant de quoi faire. Un film sans grand intérêt, un médiocre divertissement.