Mes lectures

Charles BUKOWSKI, Contes de la folie ordinaire

          Tout le monde connaît les frasques de Bukowski, notamment chez Bernard Pivot. Pourtant, je n’avais jamais ouvert un de ces livres. Une erreur que j’ai souhaité réparer en m’attaquant à ces nouvelles au titre évocateur. 

           Ces nouvelles collent dans l’ensemble très bien à l’image quelque peu stéréotypée que j’avais de l’auteur : un génie alcoolique imbu de lui-même. La plupart de ses personnages sont ses doubles littéraires. Dans l’ensemble, des nouvelles très dures et sans espoir. Sexe, violence et misère, décrits sans compromis avec une grande brutalité.

             Une littérature qui refuse la concession et semble nous mettre sans cesse au pied du mur. Quelques très belles nouvelles mais le tout se répète un peu trop pour ne pas lasser à la longue. A ne pas lire d’une traite donc. Un recueil qui m’a moyennement emballée mais sort largement du lot et mérite le détour, loin de la littérature aseptisée qui nous envahit.

– Ouais ! Tu me frappes mais tu frapperais jamais un mec ! T’as rien dans le ventre !

– Je veux, que je frapperai jamais un mec ! Tu me prends pour un cinglé ? Où est le rapport ?

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Le poésie en dit long et c’est vite fait ; la prose ne va pas loin et prend du temps.

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Il n’y a rien que des mauvais ou des très mauvais gouvernements.

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– Et toi, tu es paranoïaque ?

– Evidemment, comme tous les gens normaux.

Mes lectures

Olivia ELKAIM, Les graffitis de Chambord

         Trois histoires croisées : celle de Trevor, banquier, qui en 2006 reçoit une enveloppe qui va changer sa vie ; celle de Simon, son père, un écrivain juif qui après la guerre cherche ses parents ; et celle d’Isaac, le pre de Simon, résistant appartenant au réseau « Chambord ». Trois hommes unis par une histoire qui ne demande qu’à être racontée. 

          Un roman très bien construit qui alterne entre le vécu de trois hommes, trois générations d’une même famille. L’histoire d’un homme qui a résisté, d’un fils qui cherche à comprendre, à lutter contre l’oubli, et un petit fils qui semble sans histoire, loin des drames du passé. Mais peut-on vraiment échapper aux secrets de famille ?

        Un premier roman admirable. C’est bien écrit et l’histoire est finement menée. L’auteur mêle sans cesse les petites et la grande histoire, entre intime et universel. Un récit sensible et touchant. Une belle réussite.

Un fils doit rendre hommage aux traces qu’a laissées son père.

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Il faudra recenser tous les graffitis sur les murs de Chambord, avec l’aide du vieux Juif. Il faudra recenser les vies perdues. Il faudra raconter leurs vies, une par une, dans le détail, pour qu’elles ne se dissolvent pas dans le chiffre, dans l’Histoire et dans l’oubli.

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Sais-tu qui sont les mauvais pères ? Ce sont ceux qui ont oublié les fautes de leur jeunesse.

Cinéma

La guerre est déclarée, de Valérie DONZELLI

        Comédie dramatique française de et avec Valérie Donzelli, avec Jérémie Elkaïm et César Desseix.

     Roméo et Juliette s’aiment, ils nagent dans le bonheur et la naissance de leur fils, Adam, les comble tous les deux. Mais rapidement, Adam semble avoir un comportement inquiétant. Une tumeur au cerveau est diagnostiquée, un long combat s’engage.

         L’histoire est autobiographique, c’est celle des deux acteurs principaux. L’idée de départ est intéressante, il s’agit de ne pas montrer que l’aspect dramatique, mais aussi les moments de joie au milieu de la détresse, parce que même quand tout va mal, la vie continue. Une approche de la vie qui me correspond assez et en tout cas m’attire. Ca et une très belle bande-annonce, ce film avait tout pour me séduire. Le film a été présenté en ouverture du Festival de Cannes.

            J’ai vite déchanté (oui, encore !). Je n’ai pas du tout trouvé ce que j’attendais dans ce film. Pour commencer, je n’ai pas tellement vu le côté drôle, si j’ai bien ressenti une volonté de légèreté, je trouve que le résultat n’est pas là, l’effet tombe un peu à plat. Ensuite, les deux acteurs me sont insupportables. Ils m’ont agacée au plus haut point. Impossible de m’y identifier un tant soit peu. Et chose étrange, bien qu’il s’agisse de leur propre histoire (simplement agrémentée de prénoms ridicules), j’ai trouvé qu’ils jouaient incroyablement faux.

          L’aspect technique laisse également à désirer. Les intentions sont bonnes, il y a une vraie volonté de faire un film original qui mêle les genres, mais là encore, le manque de maîtrise se fait sentir et ce qui aurait pu être un plus devient un désavantage et donne un aspect brouillon. Il y a un passage chanté particulièrement gratiné, avec des paroles de haut vol… (« j’aime ton cul quand tu as bu », je vous laisse admirer la poésie du texte).

          Un résultat décevant. Un film trop décousu qui manque de tenue. Sans doute peut-on voir là tant un manque d’expérience que de recul face à une expérience vécue. Il a sans doute manqué à ce film un regard extérieur et neutre sur l’histoire. Dommage.

Mes lectures

John Maxwell COETZEE, L’âge de fer

          Elizabeth est atteinte d’un cancer. Elle veut laisser une trace à sa fille avant de mourir et lui écrit son quotidien. Un sans -abris s’installe dans son jardin, et elle accueille également le fils de sa domestique noire et un de ses amis pendant que la ville est à feu et à sang. 

          L’auteur sud-africain Prix Nobel depuis quelques années m’intriguait. Après avoir lu plusieurs livres intéressants sur l’Afrique-du-Sud, je me suis donc lancée. La 4° de couverture était alléchante : « elle découvre le corps criblé de balles du fils de sa domestique noire, et assiste à l’exécution par la police d’un autre adolescent… »

          À vrai dire je n’ai pas réussi à aller assez loin pour voir poindre cette histoire. Après 50 pages d’un ennui mortel, j’ai lâchement capitulé… En reprenant ce livre pour vous en parler, voilà qu’un regret me vient. J’aurais peut-être dû insister encore. Je devrais eut-être retenter, quelques pages de plus, en ouvrant le livre à la page 65, j’ai vu qu’il semblait enfin se passer quelque chose…

          Toujours est-il que je me suis ennuyée ferme. Une bonne mère de famille qui héberge un SDF qu’elle ne connaît pas, qu’elle ne peut pas sentir (au figuré, au propre, elle le sent trop au contraire) et dont elle ne semble même pas avoir pitié me semble un peu gros et mériterait un peu plus d’explications. Mais peut-être est-ce là un problème dû à un certain décalage culturel.

          Pour le reste, le style ne m’a pas emballée, c’est bien écrit mais un peu plat, ça manque de relief. L’histoire est longue, très longue à démarrer. Je n’ai pas bien vu où l’auteur voulait en venir. La révolte en toile de fond m’a parue lointaine. Le point de vue interne m’a gênée. L’introspection d’une femme sans histoire m’a laissée assez indifférente et en se plaçant du point de vue d’une femme blanche de la classe moyenne, on a forcément une vision tronquée des choses. Cela peut être intéressant mais est aussi un handicap quand on ne connaît pas suffisamment l’histoire du pays (pour ma part, j’en connais uniquement les grandes lignes, j’ai un peu manqué d’éléments de repère).

          Un livre qui ne m’a pas du tout emballée mais qu’après réflexion je vais peut-être reprendre. Ne serait-ce que pour arriver au coeur de l’histoire. En espérant que l’effort en vaudra la peine.

Il est aussi difficile de recevoir que de donner.

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Pour la paix de l’esprit, pour la paix de l’âme, il nous faut savoir qui vient après nous, quelle présence emplit les pièces où nous avons naguère été chez nous.

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Il ne veut pas faire de promesse. Et même s’il promet, il fera au bout du compte, que ce qui lui plaira. Dernières instructions, jamais contraignantes. Car les morts ne sont pas des personnes. Telle est la loi : tous les contrats peuvent devenir caducs. Les morts ne peuvent être trompés, ne peuvent être trahis, à moins que vous ne les portiez avec vous, dans votre coeur, et que ce ne soit là que vous commettiez ce crime.

Club lecture·Mes lectures

Club-lecture 8°, septembre : Ryû MURAKAMI, Kyoko

         Après quelques mois d’interruptions en saison estivale (parce que tout le monde le sait, les parisiens refusent la moindre activité l’été), nous nous sommes retrouvés il y a quelques jours autour du livre que nous avions lu pour le mois de juillet mais dont nous n’avions toujours pas parlé.

          Kyoko est une jeune japonaise. Elle part à New-York retrouver José, le G.I. qui lui a appris a danser le mambo quand elle était petite. Arrivée là-bas, c’est un homme en phase terminale du sida qu’elle va trouver. Elle décide alors de l’aider à réaliser sa dernière volonté et de traverser le pays avec pour qu’il puisse faire ses adieux à sa mère.

          J’avais lu ce livre il y a quelques années et j’avais A-DO-RÉ. La deuxième lecture m’a beaucoup moins convaincue. Certains diront (à tort ou à raison) que ça devait être du temps où j’avais encore un coeur (pour les non avertis, j’ai un peu de mal avec le sentimentalisme, ce qui laisse penser à certains que je suis dépourvue de la moindre compassion, ce que je démens tout à fait). Cette deuxième lecture a laissé apparaître les faiblesses du style et l’aspect parfois un peu caricatural des personnages. Le livre m’avait essentiellement séduite par son histoire forte, mais forcément, quand on la connaît déjà, ça perd de son intérêt. Une relecture en demi-teinte donc.

          Pour les autres, un peu pareil je crois. Tout le monde a trouvé ce livre facile à lire et plutôt agréable. Par contre, les personnages sont un peu trop stéréotypés et malgré le changement de point de vue, le style diffère peu de l’un à l’autre, ce qui est dommage. Ils mériteraient à être plus marqués. Le personnage principal est trop lisse, trop parfait, il en devient presque irréel. Il semble être essentiellement un symbole, même si le sens nous a quelque peu échappé (à cause de notre méconnaissance de la culture japonaise ?). Kyoko semble représenter l’espoir face à un entourage qui est passé à côté de sa vie, mais cela ne nous est pas apparu de manière très claire.

          Dans l’ensemble, une lecture appréciable. Un style facile, une histoire plutôt accrocheuse mais des personnages auxquels on ne s’identifie pas. C’est sans doute là le roman le plus accessible et le plus optimiste de Ryû Murakami. Une assez bonne lecture qui n’aura peut-être pas marqué tous les esprits. 

Les pressentiments, quand ils sont mauvais ils sont toujours justes.

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Le futur, c’est perdre ce qu’on possède maintenant, et voir naître quelque chose qu’on ne possède pas encore.

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Il n’y a rien de plus lamentable au monde que quelqu’un que tout le monde déteste mais qui ne s’en rend même pas compte.

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Pour vivre, les illusions et les mensonges sont nécessaires, soit, mais pour mourir ?

Personne n’a la solution à cette question. Tous ceux qui connaissent la réponse sont mort.