Cinéma

Sauna on Moon

          Comédie dramatique chinoise de Zou Peng avec Wu Yuchi, Lei Ting, Yang Xiaomin.

          Dans une ville chinoise, Wu, le gérant des thermes (entendez, du bordel) Sauna on Moon souhaite faire de son établissement un royaume du plaisir. Mais il n’est pas très doué pour les affaires et son projet va s’avérer difficile à mettre en oeuvre. Trouver des employées motivées n’est pas toujours une mince affaire et les clients sont difficile à satisfaire. 

          Ce film est extrêmement déroutant. S’il n’est pas dénué d’une certaine grâce, il peut aussi s’avérer par moment parfaitement banal voire de mauvais goût. Un mélange de genres parfois surprenant. La première scène est totalement incongrue avec des prostituées à demi nue en train de dormir et un homme ruisselant de pluie qui entre en courant dans la pièce à la poursuite d’un poulet. Tout le film est à l’avenant. Des plans magnifiques alternent avec des situations improbables, le splendide côtoie la fange, on est en permanence déstabilisé. J’aurais le plus grand mal à faire une critique constructive de ce film tant j’ai peiné à y prendre mes marques.

           On découvre en filigrane une Chine en plein mouvement, où tradition et modernité peinent à cohabiter. La misère et la violence côtoient le luxe et la volupté et les femmes sont encore bien souvent considérées par de simples objets. Un film qui montre un pays loin des clichés qui habituellement nous parviennent. L’histoire est assez décousue et il est parfois difficile de s’y retrouver, la trame manque quelque peu de clarté. On frôle parfois le plus pur mauvais goût auquel succède des scènes belles à pleurer. On arrête d’essayer de comprendre et on se laisse porter par ces images irréelles, fleurs du mal des temps modernes. On ressort de ce film sonné, sans bien savoir ce qui nous est arrivé tant nos repères s’en trouvent bouleversés. Zou Peng nous étonne et nous offre une expérience cinématographique unique ; et quelques images de toute beauté.

Cinéma

Le magasin des suicides

          Film d’animation français, comédie musicale de Patrice Leconte.

          Dans une ville où tout espoir a disparu, les Tuvache tiennent au magasin d’aide au grand saut. Corde, poison ou pistolet, chez eux on trouve tout ce qu’il faut pour trépasser. Leur vie est bien réglée jusqu’à ce qu’arrive dans la famille un bébé souriant, la joie de vivre incarnée, qui va venir déranger cette mécanique bien huilée. La famille tente bien de corriger le petit mais c’est trop tard, le ver est dans le fruit…

          Ce film d’animation me tentait bien, cynisme et humour noir semblant être au rendez-vous. Je m’attendais à une sorte de Famille Adams version dessin animée… Je suis donc allée voir ce qu’il en était. Ce film est assez euh… surprenant ! J’ai plutôt aimé le début. Mais j’avoue que le côté comédie musicale est déroutant et s’il peut être sympathique les 5 premières minutes (10 pour les plus indulgents), il tourne vite au calvaire. L’animation est sympa-sans-plus. Elle m’a vaguement rappelé quelque chose sans que je puisse identifier quoi au juste, ce qui est d’ailleurs assez frustrant. L’univers assez coloré et les chansons franchement mièvres viennent totalement parasiter l’idée de départ et la décalage entre la forme et le fond ne fonctionne absolument pas.

         Je me suis endormie au bout de 20min, petite demi-heure de sieste salvatrice, ce qui ne m’arrive à peu près jamais devant un film, et je n’ai eu aucun mal à reprendre l’histoire sensiblement au point où je l’avais laissée (à savoir, nulle part). C’est vous dire l’épaisseur du scénario et sa tension dramatique. Il faut dire que c’est adapté d’un roman de Jean Teulé, ça aurait dû me mettre la puce à l’oreille… Je me suis malheureusement réveillée à temps pour un final pathétique, désespérément convenu et dégoulinant de bons sentiments. A un moment je me suis demandée si ce n’était pas à prendre au 18° degré et si Patrice Leconte ne se moquait pas de son propre film. Mais je ne pense pas que l’auto-dérision puisse atteindre de tels sommets d’ineptie. Si vous ne vous êtes pas encore déplacés, vite, passez votre chemin.

Cinéma

The we and the I

          Comédie dramatique américaine de Michel Gondry avec Michael Brodie, Teresa Lynn, Lady Chen Carrasco.

          C’est le dernier jour de l’année scolaire. Des lycéens plutôt dissipés montent dans un bus pour un dernier trajet entre l’école et chez eux avant les vacances. Ce trajet banal est l’occasion de montrer la violence ordinaire : insultes, bousculades, railleries. Mais au fur à mesure des arrêts, le bus se vide et la force du groupe s’étiole. Les personnalités de chacun commencent à se détacher et les rapports s’apaisent en même temps que chacun laisse apparaître ses fêlures.

          N’aimant pas trop les huis clos et moins encore les engueulades au cinéma, j’étais quelque peu réticente en allant voir ce film. Cependant, connaissant le talent et la créativité de Michel Gondry, je ne pouvais laisser passer son dernier film, toujours gage de nouveauté. Ainsi, j’allais plus voir ce film en tant qu’expérience cinématographique qu’en m’attendant à être réellement emballée. Eh bien, eh bien, ne faisons pas durer le suspens plus longtemps, mes craintes se sont dissipées dès les premières minutes pour laisser place à un réel enthousiasme.

          J’ai beaucoup aimé ce film. C’est filmé de manière assez sobre, ce qui rend le jeu de ces adolescents très naturel. On ne se sent pourtant pas dans un mauvais documentaire (ni un bon d’ailleurs), grâce à une grande inventivité dans la mise en scène : des flash-back nous aident à comprendre les histoires de ces jeunes, le dessin est utilisé pour évoquer leurs rêves, c’est visuellement assez varié et on sort finalement régulièrement de ce bus pour prendre une petite bouffée d’air. J’ai trouvé ce film extrêmement réaliste et pourtant Michel Gondry parvient à dépasser cette réalité par un oeil extérieur à la fois juste et bienveillant. Il parvient à retranscrire la violence sans créer le malaise, rendant même ces adolescents plutôt sympathiques, il nous fait rire de leurs maladresse sans pour autant se montrer moqueur, il nous émeut même. Entre documentaire et film d’auteur, à la sobre et créatif, il se dégage de ce film une force incroyable. Un petit bijou d’esthétisme, humaniste et intelligent. Ce film n’est peut-être pas renversant, il n’impressionne pas, il n’en met pas plein la vue, mais Michel Gondry arrive pourtant à un équilibre et une justesse qu’on ne voit que trop rarement. Il n’y a qu’une chose à dire, bravo.

Cinéma

Des hommes sans loi

          Drame, action, western américain de John Hillcoat avec Shia LaBeouf, Tom Hardy, Jason Clarke, Jessica Chastain.

          1931, Franklin, Virginie. On est en pleine Prohibition et les frères Bondurant sont bouilleurs de cru. Le plus jeune, Jack, est le plus faible des trois, ce qu’il compense par une grande ambition. Il veut donner à leur trafic une autre envergure. Mais un policier corrompu et brutal va tenter de leur barrer la route par tous les moyens. Entre ces frères que rien n’arrête et l’homme de loi, la guerre est déclarée et tous les coups sont permis.

          Le sujet a été vu revu et re-revu par le cinéma américain mais j’aime beaucoup cette période et ne m’en lasse pas. Les films de gangsters, c’est bien simple, j’aime ça ! Celui-là est traité de manière un peu différente, on n’est pas en ville au milieu des trafiquants, mais à la campagne, du côté des fabriquants ce qui se rapproche par moments plus du western. Malheureusement, l’originalité s’arrête à peu près là… Malgré un point de vue qui paraissait assez inhabituel, on n’échappe pas aux clichés piochés aussi bien dans les films de gangsters que dans les westerns puisqu’on est a mi-chemin entre les deux. J’ai trouvé que le film manquait un peu de rythme. Malgré des bagarres à répétition, la sauce ne prend jamais vraiment et on frôle l’ennui. On eut aimé sortir un peu de ce classicisme outrancier.

          J’ai également été surprise par l’extrême violence de ce film qui m’a franchement dérangée. Rien ne nous est épargné et toutes les formes de bagarres et de blessures assimilées sont filmées de près : à l’arme à feu, à l’arme blanche, à mains nues… Rien ne nous est épargné. L’histoire se tient mais manque cruellement de piquant. Le scénario, très convenu, ne réserve aucune surprise. Certes, la recette est plutôt efficace mais un brin de suspense n’aurait pas fait de mal. Pourtant ce film n’est pas foncièrement mauvais, simplement un peu trop sage pour convaincre. Les acteurs sont bons et donnent chair à ces personnages qui mal incarnés auraient pu être terriblement lisses. Mais le point fort de ce film tient aux images qu’il nous offre. C’est très bien filmé et certaines prises de vue sont magnifique. Les très belles teintes des images donnent à ce film une patine qui lui confère un certain charme. Des qualités techniques indéniables qui ne suffisent pourtant pas à convaincre. Si on ne s’ennuie pas franchement, on reste sur sa faim. 

Cinéma·Jeunesse

Rebelle

          Film d’animation, aventure, humour américain, de Mark Andrews et Brenda Chapman (pour les studios Disney).

          Merida est la fille du roi Fergus et de la reine Elinor, qui règnent sur les Highlands d’Ecosse. Mais il y a un problème : elle refuse d’être une princesse ! Elle préfère chevaucher le long des falaises et tirer à l’arc du soir au matin, au plus grand désespoir de sa mère. Cependant, il va falloir la marier… refusant tous les prétendants, elle s’oppose fermement à sa mère qui veut voir la tradition se perpétuer. Elle va alors lancer une malédiction qui pourrait détruire sa famille, et le royaume.

          J’ai bien aimé l’idée de départ de ce dessin animé. Une fille rebelle qui préfère la vie sauvage aux chichis de la Cour, voilà qui me parle ! En plus elle est rousse, il y a des ours, et de beaux paysages. Un très bon début. D’ailleurs dans l’ensemble j’ai bien aimé ce dessin animé plutôt réussi. J’ai aimé l’histoire, bien qu’elle aurait parfois mérité un peu plus de nuance, les personnages attachants, le dynamisme du tout et la petite touche d’humour assez appréciable. L’animation est soignée, notamment concernant les animaux (joli jeu d’oreilles sur le cheval notamment). J’ai trouvé que certains passages auraient demandé à être plus développés comme la lutte entre les prétendants, et d’autre écourtés, dont certaines bagarres. En me mettant dans le peau d’un enfant de 8ans, j’ai aussi trouvé ça relativement violent, à cet âge là j’aurais été morte de trouille (je n’ai jamais été bien téméraire, il faut l’admettre). L’ensemble est toutefois bien fait, avec quelques passages franchement sympathiques. On ne s’ennuie pas une seconde et si un rien plus de subtilité eut sans doute été possible, l’histoire fonctionne assez bien.  Je m’attendais à un peu plus d’originalité étant donné le synopsis mais mis à part cette petite déception, un dessin animé efficace et assez réussi.