Mes lectures

BW – Le portrait d’un éditeur voyageur par Lydie Salvayre

          Un jour BW perd la vue. Il est alors contraint de rester alité et sa compagne, Lydie Salvayre, recueille ses confessions. Récits de voyages aux quatre coins du monde mais aussi expérience malheureuse dans le milieu de l’édition qu’il a quitté à contre-cœur. Portrait d’un homme hors du commun.

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          Je dois avouer que bien qu’ayant fait des études d’édition, je ne connaissais rien du parcours de Bernard Wallet, le fondateur des éditions Verticales pour lesquelles j’ai pourtant une affection toute particulière. Je n’avais jamais rien lu non plus de Lydie Salvayre, sa compagne. Je plongeai donc en plein inconnu en parcourant ces pages. Ce fut une excellente surprise. Je retrouvais avec grand plaisir une vision de l’édition assez élitiste et idéaliste, où la qualité du texte devrait primer sur sa valeur marchande et où les mondanités ne seraient pas un mal nécessaire. Inutile de vous dire qu’avec pareilles prétentions, BW ne pouvait qu’être déçu et finir par quitter ce milieu surfait qui le passionnait pourtant. C’est vraiment avec joie que j’ai découvert son parcours professionnel, ses rêves et ses désillusions.

          Mais le plus passionnant dans ce texte, ce sont les nombreux et fascinants voyages de BW. L’homme semble avoir une soif d’inconnu inextinguible. Ses aventures en Afghanistan ou au Liban sont palpitante et la vision du monde qui en découle est pour le moins enrichissante. J’ai trouvé qu’il y avait dans ce texte de très belles réflexions sur la vie. Quant au style, il est assez nerveux, soutenu et non dénué d’humour, ce qui le rend particulièrement agréable, même si certains le trouveront peut-être un peu décousu. J’ai beaucoup apprécié de trouver un vocabulaire choisi avec soin et employé pourtant avec un grand naturel : ça se fait tellement rare ! J’ai dévoré ce livre avec un réel plaisir. Une forme agréable et un contenu intéressant, que demander de plus ?

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Je me trouve pris en tenaille entre la génération de ceux pour qui la réussite financière venait couronner (et quelquefois longtemps après) la qualité d’un texte, et la génération de ceux pour qui la qualité d’un texte est immédiatement jugée à son triomphe financier. […] et lorsque je rappelle aux jeunes écrivains qu’il fut une époque (héroïque) où la finance ne dictait pas le choix des éditeurs, ils me regardent comme une vieille barbe, un inadapté, un ringard.

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os vies sont ainsi faites que les livre, lorsqu’ils les affectent, ne les affectent que peu, happées qu’elles sont (nos vies) par mille choses hypnotiques qui nous prennent à leur piège.
Nos vies sont ainsi faites…

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Je pars.
Toujours il dit Je pars, je me tire.
Il aime le mouvement de partir. Il se fout de l’endroit à atteindre, ce qu’il aime c’est partir, c’est déclarer qu’il part.

Théâtre

Frederick Sigrist, un humoriste qui va faire parler de lui à découvrir d’urgence au Point Virgule

          Les catastrophes naturelles, les procès en cours, le djihad, le compte Tweeter du pape, le mariage gay et bien sûr surtout et avant tout, les travers des politiques, Frederick Sigrist refait l’actu au Point Virgule. Il porte un regard affûté sur la société et n’épargne personne. Présentation d’une plume acérée.

          La semaine dernière, quand Filou m’a gentiment proposé 2 places pour aller voir un humoriste au Point Virgule, j’ai bien évidemment sauté sur l’occasion ! Je vois très peu de one man show? Rares sont les humoristes qui me parviennent à me faire rire. Il faut dire que j’ai un humour assez particulier, assez noir. Je suis plus adepte du cynisme que de la farce et suis souvent en décalage avec la plupart des gens de ce point de vue. D’ailleurs il n’aura pas échappé à ceux qui me suivent qu’au cinéma je vois peu de comédies et suis assez difficile à satisfaire en la matière. Si j’étais contente d’avoir l’occasion de découvrir un artiste dont je n’avais même jamais entendu parler et de me rendre pour la première fois au Point Virgule, célèbre pour avoir vu naître bien des carrières, je dois avouer que j’étais assez circonspecte et n’était pas du tout sure d’apprécier ma soirée.

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          Dès les premières minutes, mes craintes ont été effacées. Je ne l’avais pas trouvé très drôle en vidéo mais sur scène, il a une telle présence, Je ne sais pas bien parler d’humour, n’ayant pas l’habitude d’analyser ce type de spectacle, mais on sent de suite une certaine finesse dans l’écriture. Bien souvent, je trouve les comiques simplement méchants. Par exemple, voir quelqu’un tomber ne m’a jamais fait rire, ça peut m’inquiéter, me faire de la peine, éventuellement me laisser indifférente si je suis mal lunée, mais rire certainement pas. Beaucoup d’humoristes jouent sur notre tendance naturelle à nous moquer des autres, de préférence les plus faibles. Non seulement je ne trouve pas ça drôle mais ça me semble être d’une bêtise sans nom. On est tout à l’opposé de ça ici, ce qui se fait suffisamment rare pour être noté.

          Si Frederick Sigrist rit bien sûr des autres (c’est son fond de commerce hein), ce n’est jamais fait avec cruauté mais avec une certaine tendresse. Il amène un regard critique qui rappelle celui du caricaturiste dans la presse écrite. Il nous livre une analyse assez fine de la société à travers l’actualité. Il n’hésite pas non plus à se moquer de lui-même. Une autodérision fort appréciable. En effet, à mon humble avis, si on veut pouvoir rire des autres, il faut commencer par savoir rire de soi-même. Ses textes sont très écrits et n’épargnent personne. En revanche, ils tombent rarement dans la facilité et sont très justes. Je suis allée voir ce spectacle avec une amie qui a des convictions politiques très éloignées des miennes et pourtant nous avons toutes les deux rit aussi bien des sketchs concernant la droite que la gauche, ce qui n’était pas gagné. S’il y a quelques passages légèrement en dessous du reste, l’ensemble est tout de même assez homogène. Rares sont les moments où j’ai arrêté de rire durant la grosse heure que dure ce spectacle. Un spectacle décapant, je n’ai qu’un conseil à vous donner : courez-y !

Frederick Sigrist refait l’actu

Le Point Virgule

7 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie

75004 Paris

Du mercredi au samedi à 19h

18€

 

Mes lectures

La scierie, un texte anonyme qui ne passe pas inaperçu

          Un jeune homme qui vient de rater son bac s’engage dans une scierie en attendant d’être appelé pour son service militaire. Deux ans durant lesquels il va découvrir un métier dur et éreintant qui va le transformer en profondeur.

          J’avais entendu le plus grand bien de ce petit livre qui a fait l’unanimité auprès de mes libraires (oui oui, je fais partie de ces gens qui ont une librairie attitrée et font une confiance presque aveugle à leur(s) libraire(s)). Et puis un texte découvert par Pierre Gripari, dont les contes m’ont bercée depuis mon enfance – rien que d’y penser j’ai envie de les relire, c’est vous dire – ça suffisait amplement à me donner une folle envie de le lire. Il m’aura tout de même fallu quelques mois pour m’y mettre pour une raison assez obscure à vrai dire. Finalement, j’ai profité d’une frénésie de lecture ces dernières semaines pour m’attaquer à ce roman assez énigmatique. Je dois avouer que j’ai été assez surprise par le contenu. Si je ne savais pas trop à quoi m’attendre, à aucun moment je n’avais envisagé une telle dureté.

          Je crois que je pensais trouver une certaine émotion dans ce texte j’ai donc été assez étonnée par le côté très direct et extrêmement cru du style. Le narrateur, assez effacé au début, s’affirme peu à peu et semble perdre en humanité au fur et à mesure qu’il gagne en force. Il se livre sans détour et ses pensée les plus sombres sont couchées sur le papier. Il s’exprime sans détour, dans un style sec et sans fioritures pour un effet saisissant. Certaines scènes mettent franchement mal à l’aise tant il est rare de trouver un style aussi direct. C’est ce qui fait la grande force de ce texte d’un réalisme incroyable. Une histoire somme toute assez banale mais dans laquelle on se retrouve totalement immergé par une écriture dure et directe qui frappe comme un uppercut. On a rarement l’occasion de lire des textes de cette trempe. A découvrir.

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Tout ça me fait penser à un champ de bataille du douzième siècle. Ca devait faire le même bruit, ça devait être la même activité. Cette ambiance de bagarre est réelle. On a l’impression que l’équipe veut exterminer le bois, le hacher, le bouffer. Ici, on ne pose pas, on jette, on lance.

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Ce qui me coûte surtout, ce n’est pas le coup de collier pendant lequel on donne tout ce qu’on a dans le ventre, c’est le recommencement du travail qui paraît chaque jour plus monotone.

Bars, restaurants

Buzhashi, un bout d’Afghanistan au coeur de Paris

          Quand on m’a parlé d’un restaurant afghan a côté de chez moi, j’avoue que j’étais un peu mitigée. D’un côté, je suis toujours partante pour découvrir de nouvelles choses, en même temps il faut bien admettre que par les temps qui courent l’Afghanistan n’est pas franchement le pays qui nous vend le plus de rêve. Mais comme l’endroit m’était chaudement recommandé par une amie qui tenait elle-même l’adresse d’Atiq Rahimi, le célèbre auteur franco-afghan, je me suis laissée convaincre d’essayer à mon tour.

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          De l’extérieur, les lieux ne paient vraiment pas de mine. Une toute petite devanture qu’on remarque à peine au milieu de l’animation de la rue des Dames et qui fait plus penser à un kebab qu’à un restaurant traditionnel. L’intérieur est un joli mélange de modernité et de tradition afghane avec des murs blancs, un mobilier noir très moderne, des banquettes rouges et une décoration beaucoup plus typique avec des tapis très colorés et des photographies et tableaux aux murs représentant les paysages et traditions du pays. Un endroit clair et agréable dans lequel on se sent de suite bien.

          La lecture de la carte est un voyage à elle seule. Rien de connu au menu même si certains plats comme les brochettes d’agneau sont assez universels. Tout fait envie. C’est rare que j’aie à ce point envie de tout goûter. Beaucoup de viande d’agneau ou de bœuf, des épices, du riz, des poivrons, des tomates… Tout ce que j’aime ! Les modes de cuissons privilégiés semblent être à la vapeur, en grillades ou en sauce (type ragoût) pour une cuisine qui paraît assez saine. Comme on ne connaissait aucun des plats proposés et que tout faisait terriblement envie, on a essayé de goûter des choses assez différentes : en entrée des raviolis à la vapeur et des boulettes de viande, en plat des brochettes d’agneau et un genre de ragoût de bœuf.

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          Dès la première bouchée, j’ai été très surprise par le goût. C’est très relevé sans être trop épicé. Du côté des saveur, je dois avouer que c’est assez inédit. On retrouve des notes orientales mais aussi dans certains plats des touches proche de la cuisine chinoise ou indienne. Un mélange pour le moins surprenant et très goûteux. Ca m’a un peu rappelé la cuisine ouïgour par le mélange d’influences même si le résultat est assez différent. C’est une cuisine assez simple mais qui a beaucoup de goût et que j’ai réellement appréciée par les saveurs inédites qu’elle propose. Les viandes sont accompagnées d’une sorte de pesto de coriandre qui a été une vraie révélation.

          Le service est assuré par le patron, un jeune afghan extrêmement sympathique qui se fera un plaisir de vous renseigner sur la provenance et la composition de chaque plat. N’hésitez pas à lui demander conseil, son enthousiasme est communicatif et il vous apprendra plein de choses aussi bien sur la cuisine afghane que sur la culture et les traditions du pays. Du côté des tarifs, c’est très raisonnable pour la capitale, d’autant plus que les portions sont généreuses. En revanche, le lieu semble rencontrer un certain succès (amplement mérité d’ailleurs), il est donc conseillé d’arriver tôt ou de réserver. Je reviendrai sans hésiter et avec un grand plaisir. Une cuisine pleine de saveurs qui fait voyager et un service très sympathique en font un endroit à découvrir et à faire découvrir.

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Buzhashi

7 rue des Dames

75017 Paris

09 53 41 92 30

Cinéma

Pas son genre, mais tout à fait le mien !

Comédie romantique française de Lucas Belvaux avec Emilie Dequenne, Loïc Corbery, Sandra Nkake

          Quand Clément, jeune professeur de philosophie parisien, est affecté à Arras pour un an, il frôle le désespoir. Là-bas, il trompe l’ennui avec Jennifer, la jolie coiffeuse qui partage sa vie entre son fils et le karaoké avec ses copines. Mais l’amour est-il possible entre ces êtres que tout oppose ?

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          Ceux qui me suivent le savent sans doute, je ne suis pas une inconditionnelle des comédies romantiques. Bien que j’en voie finalement pas mal, je trouve le genre particulièrement casse-gueule, tombant trop souvent dans la facilité ou pire, la mièvrerie (quand ce n’est pas les deux). Je dois avouer que la première fois que j’ai entendu parler de ce film, je n’étais guère tentée, ni le titre ni l’affiche ne m’inspiraient confiance : quelle grave erreur ! Et puis, j’en ai entendu dire tellement de bien de toutes part, dans la presse comme sur les blogs ou dans mon entourage, il fallait que j’aille voir par moi-même. J’aurais eu tort de ne pas me déplacer, j’ai été loin d’être déçue !

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          J’ai trouvé que ce film atteignait un bel équilibre. Les sentiments y sont décrits avec beaucoup de finesse et l’ensemble sonne très juste. Bien que les deux personnages soient extrêmement différents, on se retrouve un peu dans les deux et on comprend les motivations et réactions de chacun. La grande force de ce film, c’est que si les personnages peuvent sembler un peu fades, répondant aux clichés du genre, ils s’échappent rapidement des stéréotypes et gagnent peu à peu en épaisseur et en humanité. Cette évolution les rend plus touchants encore.

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          Les acteurs sont absolument bluffants. Je n’avais jamais vu Loïc Corbery bien qu’il soit sociétaire de la Comédie Française à laquelle je suis pourtant abonnée depuis mon arrivée à Paris. Le hasard a fait que je n’ai jamais vu de pièce dans laquelle il jouait mais ce sera bientôt chose faite puisqu’il sera justement dans le dernier spectacle que j’avais réservé pour cette saison. Quant à Emilie Dequenne, je ne l’ai pas vue très souvent à l’écran mais je n’en gardais pas un souvenir impérissable. Si Loïc Corbery a été pour moi une véritable révélation, c’est bien la jeune femme qui crève l’écran dans ce film et le rend irrésistible. Elle insuffle à la petite coiffeuse qu’elle joue une telle énergie et une telle joie de vivre qu’on ne peut que succomber. Un charme fou et un sourire communicatif qui font franchement du bien.

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          Je n’avais pas tellement apprécié le dernier film de Lucas Belvaux, 38 témoins, que j’avais trouvé terne. Il se rattrape largement ici en signant un film d’une grande justesse sur un sujet pourtant périlleux. Chacun s’y reconnaît un peu, y retrouve un peu de ses propres défauts, de ses propres blessures. Parce que l’amour c’est beau mais compliqué, et que c’est raconté avec une simplicité désarmante. Pour en avoir parlé avec d’autres personnes qui l’ont vu, si tout le monde l’a aimé, on y a tous trouvé des réponses différentes car on ne le regarde pas de la même façon en fonction de notre propre expérience. J’ai eu le sourire du début à la fin de la projection, ce qui est on ne peut plus rare. J’ai été émue aussi. Un film touchant et lumineux sur un sujet universel qu’on a envie de voir et revoir.

          J’ai eu un mal fou à écrire cette chronique tant il est difficile d’analyser des émotions nées avec une telle spontanéité. L’impression que tout a déjà été dit et de ne pouvoir faire que moins bien ne m’a pas aidée. A ce sujet, je vous conseille de lire la très bonne critique que Filou a faite de ce film. Il y dit exactement je ce que j’en pense mais en mieux. Bonne lecture et bon film à ceux qui ne l’ont pas encore vu.