Mes lectures

Erik ORSENNA, La chanson de Charles Quint

          Une autobiographie qui ne s’affiche pas. Du narrateur, on ne sait que peu de choses. Il ne se nomme pas et se dépeint essentiellement par sa relation aux autres. A son frère tout d’abord, qui a aimé une femme toute sa vie, alors que lui en a connu des dizaines sans jamais s’arrêter avec une seule. Et puis sa relation avec une femme justement. Celle avec qui il pensait passer le reste de sa vie enfin et emportée si vite par un cancer. Un livre comme un hommage à la femme aimée.

          Avec ce livre, Erik Orsenna entre dans la sphère de l’intime. On le connaît drôle et avide d’instruire, avec ses livres sur la grammaire et l’orthographe par exemple, plus sérieux avec un ouvrage sur le coton, ou imposant avec L’exposition coloniale. Mais jamais on ne l’avait vu ne serait-ce qu’approcher des sujets plus personnels. Un changement d’orientation total et réussi.

          Dès les premières phrases, on retrouve le style léger de l’auteur, si aisément identifiable. La narration est pour le moins surprenante : à la 3° personne, avec un point de vue interne. L’auteur parle de lui-même comme s’il était un personnage qu’il observait de l’extérieur, le ressenti en plus. Etrange et déroutant mais ça donne un style incroyable à ce livre. Pas de long récit détaillé ici. L’auteur semble seulement effleurer les souvenirs, passant de l’un à l’autre sans jamais s’y arrêter vraiment. J’ai trouvé agréable cette manière d’avancer dans l’histoire par petites touches. Cela donne l’impression d’une certaine pudeur dans l’évocation des sentiments qui est touchante. Un très joli texte.

Une carrière, l’idée même de faire une carrière lui ayant toujours semblé le comble de l’appauvrissement personnel, et la curiosité étant, à l’évidence, son unique vocation, il s’était employé à varier les univers à varier ses univers de travail.

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Voilà d’ailleurs comment éduquer ses amis : les habituer à ne jamais s’étonner de vos questions. Et voilà comment il faut s’éduquer soi-même : tout faire pour, néanmoins, continuer d’étonner ses amis.

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La maladie est une présence. La plupart des gens guéris sont des orphelins.

Mes lectures

Casanova, Madame F.

         Un petit livre qui regroupe deux extraits des mémoires du célèbre séducteur.

        J’avais de Casanova l’image d’un libertin à la vie trépidante et pensais retrouver dans ses écrits, le style si enlevé que j’aime tant de le XVIII° siècle. Malheureusement, c’est un peu laborieux. J’ai peiné à m’intéresser à la manière dont le jeune homme a séduit Madame F. Ca manque d’entrain et n’est même pas si croustillant. Une terrible désillusion donc.

        Cependant, peut-être la lecture de son autobiographie au complet serait-elle plus judicieuse, les choses y étant replacées dans leur contexte, cela doit permettre de prendre mieux la mesure du personnage. Une lecture qui ne m’a donc pas totalement découragée de découvrir la vie du célèbre auteur.

Mes lectures

Jean-Marie Gustave LE CLEZIO, L’Africain

          Une autobiographie dans laquelle l’auteur raconte son enfance africaine. Son père était médecin au Nigéria et il a vécu là-bas auprès de lui quelques années, une enfance bien différente de ce qu’il avait connu à Nice. Un livre illustré de nombreuses photographies d’époque.

          L’auteur nous livre une vision très personnelle de l’Afrique. Il l’a connue enfant, dans un petit village où lui et sa famille étaient les seuls blancs. Une Afrique loin de la société coloniale. Loin de l’agitation de la ville, l’immensité des plaines et la dureté de la vie dans ces contrées où les conditions sont extrêmes. Malheureusement, si j’ai trouvé positif cette approche particulière, qu’on trouve peu en littérature, je n’ai pas du tout accroché. Le style est plat, sans relief. L’histoire est racontée de manière décousue et est dépourvue de poésie. Pas d’anecdotes marrantes, pas de trace des rêves de l’enfance, bref, on s’ennuie.

Nous n’allions pas à l’école. Nous n’avions pas de club, pas d’activités sportives, pas de règles, pas d’amis au sens que l’on donne à ce mot en France ou en Angleterre. Le souvenir que je garde de ce temps pourrait être celui passé à bord d’un bateau, entre deux mondes.

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Il avait choisi autre chose. Par orgueil sans doute, pour fuir la médiocrité de la société anglaise, par goût de l’aventure aussi. Et cette autre chose n’était pas gratuite. Cela vous plongeait dans un autre monde, vous emportait vers une autre vie. Cela vous exilait au moment de la guerre, vous faisait perdre votre femme et vos enfants, vous rendait, d’une certaine façon, inéluctablement étranger.

Mes lectures

Mathieu LINDON, Ce qu’aimer veut dire

          Mathieu Lindon a grandi à l’ombre d’un père qui a côtoyé les plus grand écrivains. Il est en effet le fils de Jérôme Lindon, le créateur des célèbres Editions de Minuit qui ont publié Duras, Deleuze, Robbe-Grillet, Beckett (ami si cher de Jérôme) et bien d’autres ! Adolescent renfermé, passionné de littérature, il aura du mal à s’émanciper de ce nom parfois lourd à porter. C’était sans compter sur sa rencontre avec Michel Foucault. Une amitié qui durera 6 ans, jusqu’à ce le philosophe soit emporté par le sida. Une relation hors normes, arrosée de whisky et de LSD, dans laquelle Mathieu Lindon s’est épanoui et à partir de laquelle il bâtira le reste de sa vie.

          Un livre magnifique sur le rapport au père mais aussi et surtout sur l’amitié. Celle avec Michel Foucault, si forte et unique, mais aussi celles qui se sont construites autour, notamment avec Hervé Guibert. Un livre sur la vie et l’amour, sous toutes ses formes. Sur le drame qu’a été l’arrivée du sida dans cette jeunesse insouciante, la confrontant trop tôt à une mort inéluctable. On est ému dès le début, avec la lettre que Jérôme Lindon a laissée à son fils en mourant. Dès les premières lignes, on est happés par l’incroyable beauté de ce texte, par sa force et sa vitalité. Un très bel hommage au père, et surtout aux amis disparus. sans pathos. Les passages sur l’oeuvre de Guibert me seront d’une aide précieuse pour mon mémoire, ce qui n’a fait qu’accroître mon engouement pour ce livre. Je rejoins l’avis de Carmadou : on est sans doute dès janvier face au grand livre de l’année 2011. Si vous ne deviez lire qu’un livre cette année, il faudrait que ce soit celui-là.

Mon père ayant survécu à une grave opération, ma mère m’avait dit : « Je lui suis reconnaissante de ne pas être mort », et j’avais raconté ce trait à Michel qui l’avait trouvé joli. Est-ce que je lui en veut d’être mort ? Ca demeure le seul défaut que je lui trouve mais il est de taille.

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Désormais il faut espérer moins de l’existence. Je croyais avoir accédé à quelque chose d’éternel et cet éternel s’est dérobé. Je croyais que c’était la vie et c’était la jeunesse.

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Lorsque j’étais jeune, je trouvais que j’étais intelligent. Puis je me suis rendu compte que j’étais bête, aussi, mais cette constatation m’a parue un signe d’intelligence. puis je n’ai pu faire autrement que de découvrir  que quand j’étais bête, j’étais bête, le savoir n’y changeait rien.

Pour en savoir plus, la critique (approximative) du Monde, celle (très juste) de Télérama, celle (assez complète) de Bibliobs ou celle scandaleuse de L’Express (ont-ils seulement lu le livre ???).