Mes lectures

Pablo, T2 : Apollinaire – Clément OUBRERIE et Julie BIRMANT

          Dans le 2° tome de cette BD retraçant la vie de Pablo Picasso, le peintre croise la route du poète Guillaume Apollinaire. Avec toujours Max Jacob à ses côté, il continue sa découverte de la vie parisienne auprès de Fernande et fait la rencontre des premiers collectionneurs à s’intéresser à ses toiles.

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          J’ai reçu cette BD dans le cadre de « La BD fait son Festival », partenariat organisé par Price Minister. Le principe est simple, une BD issue de la sélection 2013 du festival d’Angoulême en échange d’une critique. Je me suis bien sûr empressée de postuler et ai jeté mon dévolu sur cette BD qui me semblait passionnante ; avec toutefois le vague regret que ce ne soit là que le tome 2… J’aurais voulu lire le tome 1 avant mais malheureusement, ma librairie ne l’a pas reçu aussi vite que je l’aurais souhaité et je ne voulais pas trop différer cette lecture (d’autant que j’en ai pas mal qui m’attendent…). Une fois n’est pas coutume, vous aurez donc la chronique du tome 2 avant celle du tome 1 !

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          J’avais un a priori très positif sur cette BD. Je ne suis pas une inconditionnelle de Pablo Picasso (loin s’en faut !) mais sa vie fut palpitante et ses rencontres aussi variées qu’enrichissantes. Sans compter que l’époque fait tout de même rêver d’un point de vue artistique ! Si j’ai regretté de ne pouvoir la commencer par le début, cette histoire peut toutefois se prendre en route, chaque tome étant construit autour d’une rencontre particulière. Toutefois, je vous recommande de ne pas suivre mon exemple et de commencer par le commencement ; les titres suivent un ordre chronologique et il est donc beaucoup plus simple de les lire dans l’ordre pour s’y retrouver ! Ce deuxième opus a donc pour sous titre « Apollinaire » mais si le poète fait bien des apparitions fréquentes dans ces pages, le choix du titre m’a paru quelque peu racoleur, en effet, c’est plutôt Fernande qui est au centre de l’histoire. Un titre un peu traître donc mais assez malin : en effet, quoi de plus vendeur que de mettre côté à côte deux noms si prestigieux ?

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          Passons à présent aux choses concrètes. Le type de dessin me touche moyennement, un rien trop « brouillon » à mon goût, j’ai tendance à préférer les traits plus francs (mon amour du classicisme, toujours). Toutefois il s’en dégage une énergie certaine et il traduit bien l’esprit bohème qui règne dans le milieu artistique de l’époque. Sans compter que l’aspect moderne du trait colle bien avec l’univers de Picasso, qui est alors en pleine recherche de son style. Un choix judicieux donc, qui retranscrit bien l’ambiance qui pouvait régner dans l’atelier du peintre. En revanche, le choix des la police texte m’a laissée perplexe. Elle reprend un style manuscrit en mode pattes de mouches qui est parfois à la limite du lisible. Ca a certes son charme, le côté spontané, tout çaaaaa, mais ça a  quand même légèrement gâché mon plaisir. Si les éditeurs pouvaient calmer cette mode du « écrit main » pour quelque de plus sobre, ce serait pas mal. Un texte clair c’est bien aussi !

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          Si cet aspect pas tout à fait assez carré m’a un peu gênée pendant les premières pages, je m’y suis peu à peu habituée (bien obligée si je voulais continuer ma lecture) et surtout, je me suis vite laisser prendre par l’histoire, oubliant un peu les légers désagréments dus à la mise en forme. En effet, l’histoire reste forcément intéressante ! On découvre l’univers de Picasso dans ses jeunes années, alors qu’il était encore inconnu et fraîchement débarqué à Paris. On peut y déceler les prémices de sa personnalité qui se fera de plus en plus excentrique. Un univers vraiment prenant dans lequel on prend plaisir à déambuler. Le troisième et dernier tome sortira le 26 avril. L’histoire reste donc concentrée sur jeunes années du peintre, ce qui permet de se concentrer sur les contradictions de l’homme plus que sur sa vision artistique. C’est ce qui fait d’ailleurs tout le charme de cette série ! Une BD très intéressante qui prend le temps pour poser ses personnages pour nous dévoiler un Picasso méconnu, loin des idées reçues. J’ai hâte de lire la suite !

Un grand merci à Price Minister pour cet envoi. Et puisqu’il fallait noter cette lecture, je lui attribuerait la note de 16/20.

Mes lectures

Une femme aimée – Andreï Makine

          Oleg est un jeune cinéaste fasciné par la vie de la Grande Catherine ; cette souveraine présentée comme une séductrice invétérée, tsarine cruelle et parfois despotique se définissant pourtant comme républicaine. Une femme complexe à la tête d’un empire. Il souhaite effacer ces clichés et trouver derrière ce destin exceptionnel ce qu’il y a pu avoir de simplement humain chez cette femme hors du commun. Une quête qui va le poursuivre et trouvera un échos dans sa propre vie, dans une Russie en pleine mutation.

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          Ceux qui me suivent depuis un moment le savent déjà, je suis une inconditionnelle de l’écriture sensible d’Andreï Makine. Je ne pouvais donc que me réjouir de la sortie de ce nouvel ouvrage pourtant un peu particulier puisqu’il s’attache à la biographie de Catherine II de Russie. Comme souvent chez cet auteur, bien qu’on rentre directement au coeur du sujet, il faut un certain pour se plonger dans le style et l’histoire, d’autant que mes connaissances en culture russe sont quand même très limitées. Le sujet devient réellement intéressant quand l’histoire d’Oleg vient se confondre avec celle de la souveraine dont il décortique la vie. Il cherche à se retrouver dans une destinée qui n’a en apparence strictement aucun rapport avec la sienne, à part peut-être dans les manques et les insatisfactions qui les traversent : l’envie d’être aimée ou l’impression de ne pas être à sa place dans son temps.

          On retrouve dans ce roman beaucoup des qualités que j’aime chez cet auteur. Le style est fluide et la construction travaillée. Comme souvent chez Makine, il est question à la fois d’amour et du rapport à la société. Ses personnages sont en décalage avec leur temps et leur histoire permet d’aborder avec légèreté des sujets universels. J’ai aimé découvrir Catherine II, avec ses contradictions et ses excentricités. Le fait de lire sa biographie à travers les yeux d’un jeune russe passionné permet de mettre l’accent sur certains aspects de sa vie et d’y chercher une logique qui défie les préjugés. Andreï Makine sait comme personne mettre en lumière l’humanité des personnages qu’il construit et leurs fêlures. Un roman intelligent et sensible qui mêle plusieurs visions d’une Russie en perpétuelle évolution. 

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Cette chambre dans un appartement communautaire, quinze habitants répartis dans les sept pièces, une cuisine commune, l’unique salle de bain. Un enfer quotidien, et pourtant on peut y être heureux (ses parents, de leur vivant, le disaient : en Enfer, profitons du feu…)

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Rien de plus lointain qu’une femme qui s’installe dans un nouvel amour. Une extraterrestre, un doux monstre distrait dont le visage, proche et déjà méconnaissable, provoque une attirance exacerbée, torturante et vaine.

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Ciseaux – Stéphane Michaka

          Raymond Carver est alcoolique et écrivain. Du moins il essaie de devenir, mais s’il écrit de nombreuses nouvelles, il peine à se faire publier. Du moins jusqu’à sa rencontre avec Gordon Lish, le célèbre éditeur. On le surnomme « Ciseaux », tant il coupe dans les textes pour n’en garder que le squelette. Pour accepter à la postérité, Raymond devra donc trahir l’âme de son oeuvre, qui est pourtant toute sa vie, et un hommage à l’amour de sa vie, sa femme, Maryann. Un choix que s’avérera difficile et va changer sa vie. 

          Je n’avais jamais lu la moindre ligne de Raymond Carver avant d’ouvrir ce livre, ni ne connaissais Gordon Lish. J’avais donc peur que ce livre ne me parle guère, faute d’en connaître les protagonistes. Craintes dissipées dès les premières lignes. J’ai absolument a-do-ré le style de ce livre. Déjà je dois admettre avoir un faible pour les écrivains alcooliques américains, je n’ai donc pas été déçue par celui-ci ! J’ai également trouvé très touchante l’histoire d’amour complètement bancale qu’il vit avec sa femme. On retrouve cette histoire déclinée à l’infini dans ces nouvelles, largement reprises dans le roman. Mise en abîme absolument passionnante. On suit le parcours de cet écrivain par différents regards : le sien, celui de sa femme, de son éditeur, de ses personnages… Un procédé narratif que je trouve toujours intéressant car il permet une écriture très dynamique et lui donne de la profondeur grâce à la variation de points de vue.

         Ce livre possède un sacré paquet de qualités : une excellente histoire (qui s’avère être une biographie qui plus est, on se cultive donc au passage !), une écriture alerte, une construction habile. On se régale du début à la faim. J’ai dévoré ce roman et me suis délecté de chaque ligne. Le changement de point de vue est parfois déroutant, surtout quand se sont les personnages des nouvelles qui ont la parole. Personnages qui sont les doubles de l’auteur et sa famille. Un peu perturbant au début, mais on s’habitue et finalement, cette légère confusion au début de certains chapitres, le temps qu’on comprennent à qui on a affaire, et cela donne même un certain charme à ce texte qui n’en manquait déjà pas. On pourrait énumérer longtemps les raisons de lire ce texte plein d’humour qui relate une histoire littéraire passionnante. Un roman qui se lit avec plaisir et avidité. Sans doute un des meilleurs textes de cette rentrée littéraire de qualité. 

La fiction : le réel avec un pas de côté. Il est où, votre pas de côté ? je dis à mes étudiants. La sincérité, fuyez-la comme la peste.

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Qu’est-ce que le minimalisme ?

Le crépitement d’une phrase, le coup de fouet d’une formule étonnamment concise, une histoire qui, à peine née, meurt entre vos mains. Pas dans un vacarme mais dans un murmure. 

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Attention : les écrivains n’aiment pas les étiquettes. La seule qu’ils tolèrent, c’est le code-barres au dos de leur livre. parce que personne ne peut le déchiffrer.

Sur ce livre, vous pouvez également lire la critique de Carmadou, ici.

Mes lectures

Peste et choléra – Patrick Deville

          Alexandre Yersin était un petit génie de la médecine. Il a travaillé avec Pasteur et participé aux campagnes de vaccination contre la rage, étudié la diphtérie et découvert le bacille de la peste, qui porte d’ailleurs son nom. Mais bien vite la recherche l’ennuie, il veut voir du pays : il devient médecin dans la Marine sur la ligne Saigon-Manille. Mais il se lasse vite de la mer et décide de partir à la découverte des terres, il deviendra explorateur. Il s’intéressera aussi à l’astronomie et l’agriculture. Ce livre nous conte son histoire fabuleuse et atypique.

          J’avais déjà tenté ma chance avec le dernier Patrick Deville, Kampuchea, et je m’étais ennuyée à périr. Le style y était beau mais indigeste et décousu (les deux ensemble, ça tient de l’exploit). Les mots dansaient sous mes yeux sans que j’arrive à leur donner le moindre sens. Une expérience littéraire déroutante dont je me serais fort bien passée. J’avais refermé ce livre en me sentant à la fois inculte et stupide, ce qui est très très mauvais pour l’ego et, par la même occasion, le moral. A la rentrée j’étais donc bien décidé à boycotter son nouveau roman. Cependant devant les critiques unanimes, tant dans la presse que dans mon entourage, dans la vie matérielle comme sur la blogosphère, voyant ce titre sur toutes les listes de prix littéraires et sous l’insistance très marquée de mon nouveau libraire (ils étaient même deux !), j’ai fini par craquer. Il n’y a que les imbéciles qi ne changent pas d’avis, j’ai donc décidé de repartir à zéro avec Patrick Deville. L’histoire m’inspire bien, le titre est alléchant, tout le monde en dit du bien : je fonce ! C’est donc avec un oeil neuf et bienveillant que j’ai ouvert ce livre. Cela aura-t-il suffit à me réconcilier avec son auteur ? Suspens…

          A vrai dire les premières lignes m’ont rappelé de mauvais souvenirs. Certes, le style est plus sobre que dans le précédant roman de l’auteur mais n’en demeure pas moins reconnaissable. Si c’est devenu lisible, je n’y trouve toujours aucun plaisir : non, décidément, ça ne passe pas. Pourquoi ? me direz vous. Eh bien c’est assez simple, l’écriture est à la fois laconique et foisonnante, j’ai l’impression de lire une encyclopédie. Est-ce intéressant ? sans aucun doute ! Est-ce que j’y prends pour autant du plaisir ? absolument pas ! Une lecture que je trouve laborieuse par forces détails dont je n’ai que faire (le nom des villages aperçus du bateau par exemple) d’autant qu’ils ne sont jamais qu’évoqués et que faute de développement, mon pauvre esprit ne parvient à créer la moindre image. J’ai eu l’impression d’un immense étalage de connaissances associé à une écriture complexe. Alors oui, c’est érudit, la langue est belle, le contenu est là mais je avouer préférer une littérature plus sensible.

          Je me suis quand même acharnée malgré un ennui non dissimulé à cette lecture pas franchement désagréable mais quelque peu fastidieuse. L’histoire de ce personnage hors normes me fascinait et je ne voulais pas laisser passer l’occasion d’en savoir plus… La manière dont sa vie est traitée est assez soporifique. Il a un parcours digne d’un Jack London de laboratoire et on a l’impression de lire un article de revue scientifique. On aurait aimé quelques détails un peu croustillants pour nous faire rêver mais ce personnage terre à terre était avare en récit d’aventure, préférant de fastidieux relevés scientifiques. On doit reconnaître ça à l’auteur, son style colle à l’homme qu’il décrit : des faits, rien que des faits, on ne verse pas dans le sentiment. Mais une telle vie ne peut qu’intéresser, la lecture continue donc. Finalement, passé la moitié du livre, j’ai soudainement fini par m’habituer à l’écriture et la lecture a fini par couler toute seule, ouf  ! L’acharnement à parfois du bon. Au final, une lecture plutôt agréable malgré des débuts quelques peu laborieux. L’histoire est passionnante et on ne peut qu’admirer l’érudition de l’auteur et sa maîtrise stylistique. Un livre intéressant donc, et dont on ne peut que reconnaître les indéniables qualités. Pourtant, s’il est sans doute le plus impeccable lu en cette rentrée, le seul peut-être qui fera l’unanimité, je n’ai ressenti aucune émotion à cette lecture qui est un pur plaisir intellectuel. Un très bon livre mais auquel je préfère sans doute une littérature qui questionne.

Pour Yersin, adepte d’une manière de maïeutique, rien de ce qui peut s’enseigner ne mérite d’être appris, même si toute ignorance est coupable.

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Comme nous tous Yersin chercher à faire de sa vie une belle et harmonieuse exposition.

Sauf que lui, il y parvient.

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Yersin ne voyagera plus. Il a fait le tour du monde et de la question. Il sait que la planète rétrécit, et devient en tout lieu la même, et qu’il faut redouter bientôt « la même magie bourgeoise à tous les points où la malle nous déposera. »

Mes lectures

Artemisia – Alexandra LAPIERRE

          Artemisia Genteleshi est la fille d’un peintre romain de la Renaissance. Elle sera son élève puis suivra l’enseignement d’Agostino Tassi. Alors âgée de 17 ans, il la violera avant de lui promettre le mariage. Elle lui fera un procès afin de tenter de sauver son honneur. Elle se mariera ensuite et partira pour Florence. Elle connaîtra là-bas le succès et sera la première femme à entrer à l’Académie de peinture et à pouvoir vivre en toute indépendance. Un destin exceptionnel qui méritait bien qu’on s’y attarde.

         Je vous avais déjà parlé d’Artemisia dans deux articles : un sur le film qui est consacré à son histoire de viol, l’autre concernant l’exposition qui lui était consacrée au Musée Maillol. Le film m’a donné envie de connaître l’artiste qui m’a donné envie d’en savoir plus sur la femme. Un véritable coup de coeur doublé d’un arrière-goût de mystère des plus existants. Ainsi, je me suis lancée dans la lecture de cette longue autobiographie. L’histoire est traitée par le biais du roman historique. Ainsi, si les faits évoqués sont bien réels, l’auteur s’offre la liberté de combler les vides, et surtout d’évoquer les pensées et sentiments de ses personnages.

         J’ai trouvé ce choix un peu dommage. J’aurais pour ma part préféré une autobiographie pure s et simple. L’histoire en elle-même est déjà tellement incroyable, nul besoin d’en rajouter. Les faits se suffisaient, tout cet étalage de sentiments (supposés qui plus est) est tout à fait superflu. Ceci dit, le style est agréable (mis à part ces détours par la fiction donc), très fluide. L’ouvrage se lit très bien et est assez précis sans être obscur pour le néophyte, d’où sans doute sa longueur : expliquer prend forcément un peu de temps. J’y ai personnellement appris plein de chose, et ça m’a donné envie de me pencher de plus près sur les toiles des maîtres de la Renaissance italienne. Un livre très intéressant et fort agréable, et quitte à me répéter, un destin de femme tout simplement incroyable. A dévorer sans retenue.