Mes lectures

Le pays du lieutenant Schreiber – Andréï Makine

          Andréï Makine consacre une biographie à son ami le lieutenant Schreiber, ancien militaire et héros de la Résistance au passé passionnant et méconnu. Un livre pour faire connaître son histoire afin qu’on ne l’oublie pas.

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          Certains le savent déjà, je suis une inconditionnelle d’Andréï Makine qui est un de mes auteurs contemporains favoris. Lorsque j’ai vu son nouveau livre en librairie, je n’ai donc même pas regardé de quoi il retournait et me suis littéralement jetée dessus ! Je dois avouer avoir été déçue en constatant qu’il s’agissait d’une biographie. Celle qu’il a consacrée à Catherine II de Russie était certes passionnante mais un rien romancée, ce qui n’était pas pour me déplaire. Ici, c’est à une biographie plus classique que nous avons affaire. Plus austère aussi. J’ai eu un peu de mal à rentrer dans ce texte moins littéraire que ceux auxquels nous a habitué l’auteur.

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          Fort heureusement, l’histoire a de quoi captiver. Le lieutenant Shcreiber est un sacré personnage. Il raconte son passé de résistant avec une modestie surprenante. On a beau avoir beaucoup entendu parler de la guerre, celle qu’il raconte est plus intime, elle semble plus concrète aussi. Il raconte également la tristesse de voir se passé oublier, de constater qu’on ne reconnaît plus sur les photographies les jeunes gens qui ont combattu près de lui, que les noms, comme la mémoire, s’effacent. Si le style d’Andréï Makine ne parvient pas ici à prendre toute son ampleur, une petite histoire dans la grande aussi intéressante que touchante.

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Il faut tout simplement aimer le pays qui nous a donné l’hospitalité et, pour cela, il n’est pas inutile de se débarrasser de quelques oripeaux -confessionnels, coutumiers ou autres – qui rendent plus malaisée cette généreuse hospitalité.

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Personne ne lui avait expliqué que le monde poursuivait son train-train après le départ du soldat.

Mes lectures

C’est pour ça que je m’appelle Giovanni – Claudio Stassi

          Giovanni est un petit garçon sicilien qu’un garçon de sa classe embête mais qu’il n’ose pas dénoncer. Son père soupçonne les faits et lui raconte une histoire, celle de son prénom, née de la lutte contre la mafia.

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          Je lis assez peu de BD et romans graphiques mais celui-ci a vraiment été un coup de cœur ! J’y ai appris énormément de choses sur la mafia sicilienne sans pour autant que le tout ne devienne trop obscur ou trop complexe. Il s’agit en réalité plutôt d’une biographie, celle de Giovanni Falcone, qui a beaucoup lutté contre la mafia en Sicile, puis dans l’Italie entière, avant de mourir assassiné par ceux qu’il combattait.

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          L’histoire se lit comme un polar, même si elle est bien plus dense qu’il n’y paraît. Toutefois, les faits qu’elle raconte sont bien réels, même s’ils sont enchâssés dans une histoire de fiction qui les rend sans doute plus facile à intégrer. J’ai également beaucoup aimé les dessins, assez doux, avec des traits au crayon un peu flous et des couleurs à l’aquarelle. Un roman graphique qu’on a du mal à lâcher une fois qu’on l’a ouvert : passionnant !

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Mes lectures

Limonov – Emmanuel Carrère

          Edouard Limonov, un personnage inclassable de l’opposition au pouvoir en Russie. Avant d’en arriver là, il a été tour à tour petit voyou, poète, clochard, valet de chambre, écrivain à la mode, soldat… De Moscou aux Balkans en passant par Paris et New-York, une vie d’aventure pour un personnage trouble et ambigu.

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          Je ne sais pas pourquoi, je n’ai jamais été particulièrement tenté par les livres d’Emmanuel Carrère, sans doute parce que les gens qui l’appréciaient autour de moi étaient très intellos parisiens. Pourtant, quand il a obtenu le prix Renaudot avec Limonov, pour la première fois, ça a réellement éveillé ma curiosité. Parce que Limonov est un sacré personnage et que je voulais en apprendre plus sur lui, parce que le sujet ne collait pas avec l’image (fausse et étriquée) que j’avais de l’auteur et parce que la critique était unanime. Bref, autant de raison de s’y mettre, même s’il m’aura fallu quelques mois (l’attente de la sortie en poche, tout ça…) avant de me décider.

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          Dès les premières lignes j’ai été très surprise – et conquise – par le style. Il est simple et efficace : on est plus proche du journalisme que du romanesque. L’auteur n’hésite pas à faire entendre sa voix, donner son avis ou faire part de ses doutes, ce qui donne au texte un aspect très intéressant. Quant à la vie de Limonov, elle se suffit à elle-même. Un destin hors-normes pour un personnage qui l’est tout autant. A travers son histoire, c’est également l’évolution de la Russie après la Seconde Guerre Mondiale qu’on découvre. Il donne également envie de se pencher sur d’autres auteurs, qui ont jalonné les parcours des deux écrivains. Tout est passionnant dans ce livre qui se dévore littéralement.

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La vie a été bonne parce qu’on s’est aimés. Ce n’est peut-être pas comme ça que ça finira mais c’est comme ça, s’il ne tenait qu’à moi, que j’aimerais que ça finisse.

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Cette énergie, hélas, au lieu de me stimuler, m’enfonçait un peu plus, page après page, dans la dépression et la haine de moi-même. Plus je le lisais, plus je me sentais taillé dans une étoffe terne et médiocre, voué à tenir dans le monde un rôle de figurant, et de figurant amer, envieux, de figurant qui rêve des premiers rôles en sachant bien qu’il ne les aura jamais parce qu’il manque de charisme, de générosité, de courage, de tout sauf de l’affreuse lucidité des ratés.

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Je suis pris de court mais je répond sincèrement : parce qu’il a – ou parce qu’il a eu, je ne me rappelle plus le temps que j’ai employé – une vie passionnante. Une vie romanesque, dangereuse, une vie qui a pris le risque de se mêler à l’histoire.
Et là, il dit quelque chose qui me scie. Avec son petit rire sec, sans me regarde :
« une vie de merde, oui ».

Mes lectures

Isadora Duncan – Josépha MOUGENOT et Jules STROMBONI

          Isadora Duncan, une femme indépendante qui semble habitée depuis sa plus tendre enfance par une vision intuitive et naturelle de la danse qu’elle n’aura de cesse de développer toute sa vie durant. Une femme hors du commun devenue un véritable mythe.

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          Cette BD sur cette femme exceptionnelle me tentait beaucoup, j’ai toujours admiré le parcours d’Isadora Duncan, si fascinant, et j’étais contente de pouvoir en apprendre un peu plus à travers cette BD qui retrace sa vie.  J’ai beaucoup aimé les dessins, un trait assez léger et plein de poésie qui m’a semblé assez bien retranscrire son univers. Il y a assez peu de texte et l’histoire est retracée à travers les épisodes les plus marquants de la vie de la danseuse. Un découpage en chapitre, comme autant de tranches de vie. J’aurais parfois aimé que ce soit un peu plus développé, en apprendre plus, avoir des détails, pour donner plus d’épaisseur à cette grande dame dont le portrait n’est ici qu’esquissé. Mais pourtant, les grands moments y sont, on la découvre un peu à travers peu de mot et on referme ce livre avec l’envie d’en apprendre un peu plus. Une BD très agréable dont j’ai beaucoup apprécié la lecture et dont l’univers visuel plein de poésie m’a fait voyager.

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Isadora Duncan

De Jules Stromboni et Josepha Mougenot

Editions Naïve

104 pages

23 €

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Et pour découvrir l’univers de l’artiste, c’est par !

Cinéma

Jappeloup

Drame, biopic français de Christian Duguay avec Guillaume Canet, Marina Hands, Daniel Auteuil

          Après avoir passé son adolescence à faire des concours hippiques, Pierre Durand est devenu avocat. Un jour, il décide de lâcher sa carrière pour revenir à la compétition avec un jeune cheval auquel pas grand monde ne croit : Jappeloup.

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20418886.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxPierre Durand et Jappeloup : un couple mythique. Ensemble, ils ont tout gagné et fait une carrière exceptionnelle. Tout cavalier, si piètre soit-il, ne peut que se prendre à rêver devant pareille destinée. Pour ma part, il y a fort longtemps que j’ai arrêté l’équitation après des années de pratique assidue mais la bande-annonce m’a de suite donné envie d’aller le voir au cinéma. Après avoir un peu traîné, voilà qui est chose faite ! Un film sans prétention mais que j’ai vraiment beaucoup aimé ! J’ai passé les deux heures sur un petit nuage, à frisonner de peur d’un refus devant chaque obstacle et à me réjouir du succès grandissant de ce drôle de duo.

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20418781.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx          Je me suis complètement laissée embarquer par ce film. Guillaume Canet y campe un Pierre Durand très convaincant, avec ses doutes et ses faiblesses ; une part d’ombre bien exploitée qui donne au film toute sa profondeur. L’histoire est bien menée, sans en faire trop dans le suspens inutile (ben oui, parce que bon, on sait comment ça finit quand même) et le sentimentalisme outrancier. Certes, il y a quelques scènes un rien larmoyantes, mais ça reste léger léger. En revanche, le tout est extrêmement bien filmé. Sans tomber dans le film esthétisant, il y a quand même un jeu de lumière intéressant et quelques très beaux plans. Et pour le reste, tout tient bien sûr sur cette histoire en or. Qu’on soit cavalier ou pas, on ne peut qu’admirer un tel parcours ! Le film reste un peu sage et n’est sans doute pas un chef-d’oeuvre, mais il s’avère un excellent divertissement qui nous embarque dans son univers pendant deux heures. Un film qui m’a fait vibrer et m’a donné en vie de me remettre en selle !