Cinéma·Mes lectures

Le liseur, film VS livre

          C’est l’histoire d’un adolescent, dans l’Allemagne d’après guerre. Il rencontre par hasard une femme qui a le double de son âge et en tombe amoureux. Il entretiendra avec elle une liaison pendant de longs mois. Froide et distante, elle aime qu’il lui fasse la lecture. Des années plus tard, il découvrira son lourd secret. 

          L’année dernière (au moment de la sortie du film justement), j’avais lu Le liseur (The Reader) de Bernhard Schlink. Beaucoup considèrent ce livre comme un chef-d’oeuvre et j’avais été déçue. J’avais trouvé l’histoire extrêmement forte et l’écriture bien faiblarde en comparaison. J’avais beaucoup aimé le sujet du livre, ses rebondissements. La froideur du style, son côté impersonnel, m’avaient gênée. Je m’étais pourtant demandé si une trop grande distance n’était pas préférable à un excès de pathos. Si je n’avais pas été franchement emballée, il m’avait semblé que c’était peut-être ce que je n’avais pas aimé dans ce livre qui en faisait la force, le démarquant de la masse des drames amoureux. Un avis mitigé donc.

          Les critiques étaient partagées pour le film. Je n’étais donc pas allée le voir sur grand écran. Mais Canal + à une fois de plus rempli son office de rattrapage de séance. Il s’agit d’un drame américano-allemand de Stephen DALDRY avec Kate Winslet, Ralph Fiennes, David Kross. Je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus larmoyant que le livre. C’est en effet le cas, mais sans excès. L’histoire est bien traitée et le style respecté, notamment pour le personnage principal, aussi glacial que dans le livre. L’aspect impossible de la relation est plus ou moins occulté sans que l’on y perde beaucoup. Le film est extrêmement émouvant, contrairement au livre dont il est tiré. Une assez bonne surprise dans l’ensemble.

          Finalement, j’ai trouvé que livre et film se complétaient bien. Le premier tire sa force de son incroyable froideur, là où le second s’engage dans les chemins plus familiers du sentimental. Les images permettent de mettre en avant des facettes différentes des relations entre les personnages. Pourtant, même si le film m’a plus convaincue que le livre, je pense qu’il me marquera moins durablement, sortant moins de l’ordinaire.

Cinéma

Shame, de Steve McQUEEN (II)

Drame britannique avec Michael Fassbender, Carey Mulligan, James Badge Dale.

          Brandon, un trentenaire new-yorkais, a un sérieux problème d’addiction sexuelle qu’il va avoir de plus en plus de mal à dissimuler quand sa soeur, Sissy va venir s’installer chez lui pour quelques jours. 

          Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en allant voir ce film, mais certainement pas à ça. C’est extrêmement sombre. L’addiction sexuelle est montrée assez crûment mais pas de manière excessive ni trop dérangeante (on a vu pire). En revanche l’ambiance est d’un glauque ! Le personnage n’est ni particulièrement attachant, ni vraiment antipathique. Le sujet sors de l’ordinaire mais il n’y a pas d’histoire forte, ça reste relativement classique.

          C’est par la manière dont il est réalisé que ce film se démarque. Il est très esthétisant. Beaucoup de plans très longs qui ne sont pas sans rappeler le cinéma asiatique (ça m’a vaguement évoqué Drive, même si ici la lenteur tient à la durée des plans et non pas à l’usage de ralentis). J’ai trouvé ça vraiment très très lent et par moment j’ai senti l’ennui poindre sérieusement…

          Ce film m’a laissée perplexe. C’est beau, bien qu’obscur. J’ai beaucoup aimé l’acteur principal, très trouble. La mise en scène est impeccable et l’image soignée. Côté musique, un peu trop de violons par moments mais dans l’ensemble ça fonctionne bien aussi. En revanche, je n’ai pas bien compris où le réalisateur pouvait bien vouloir en venir. J’ai parfois eu l’impression que ça tâtonnait un peu, faute de trame assez marquée. Je ne saurais dire si j’ai aimé ou pas. J’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de choses intéressantes, sans pour autant être totalement emballée. En tout cas, un film qui sort de l’ordinaire et déstabilise.

Cinéma

Les Révoltés de l’île du Diable, de Marius HOLST

          Drame polonais, suédois, français, norvégien, de Marius Holst avec Stellan Skarsgard, Kristoffer Joner, Benjamin Helstad.

          Norvège, au début du XX° siècle. Sur l’île du Diable se dresse le camp de redressement de Bastoy. Un lieu sans espoir, dont on ne sort que brisé par l’autorité des surveillants. Un nouvel arrivant va changer la donne. Un insoumis qui va soulever peu à peu un vent de révolte.

           Ce film n’est pas unique en son genre, il ressemble à s’y méprendre à l’excellent Magdalene Sisters, sorti il y a quelques années. On retrouve ici les mêmes grandes lignes : des adolescents maltraités en camp de redressement et une volonté d’échapper à sa condition coûte que coûte. Malgré une trame très proche et donc un effet de surprise moindre, ce film est tout aussi réussi. On ne peut que regretter qu’il soit aussi mal distribué (à peine une dizaine de copies en France).

          Les images, très sombres, sont de toute beauté. On est plongé dans le froid et l’austérité qui règnent sur l’île. On suit avec une angoisse croissante le quotidien de ces adolescents. La tension va en augmentant sans cesse. Le réalisateur parvient à créer une atmosphère incroyablement lourde. Plus on sent la révolte poindre, plus l’attente paraît insoutenable. Une violence psychologique à laquelle le spectateur ne semble pas pouvoir échapper tant c’est brillamment mené.

          Il n’y a que deux acteurs professionnels dans ce film. Il est pourtant criant de réalisme, sans doute parce que certains des acteurs sont des jeunes ayant réellement séjourné en prison. Un film très réussi. Avec une tension extrême née d’une mise en scène impeccable. Le tout est d’une grande beauté. Il y avait fort longtemps que je n’avais pas pareillement vibré au cinéma, une émotion incontrôlable, qui prend aux tripes et ne vous lâche pas. Un véritable bijou.

Cinéma

Time Out, d’Andrew MURPHY

          Science-fiction/thriller américain de Andrew Niccol avec Justin Timberlake, Amanda Seyfried, Cillian Murphy.

          L’histoire se déroule dans un futur où l’argent n’existe plus, il est remplacé par du temps. Comme l’argent, le temps se gagne et se dépense, il peut même s’échanger. Quand il n’y a plus de temps, c’est la mort. Le jour de ses 25 ans, chacun se voit attribuer une année. Certains ont rapidement des siècles devant eux quand d’autres vivent au jour le jour « pour une poignée d’immortels, beaucoup doivent mourir ».

          Vous l’aurez compris nous sommes dans un film d’anticipation. Le scénario est somme toute assez classique, cependant, l’idée de départ, quoiqu’un peu dure à mettre en oeuvre dans un film, n’était pas mauvaise. Le personnage principal est une espèce de Robin-des-bois moderne (il vole les riches pour donner aux pauvres) escorté par sa  Marianne (une riche qui le suit par amour).Malheureusement, le résultat est un peu léger. Certes, je ne m’attendais pas à voir un chef-d’oeuvre, mais j’espérais au moins avoir affaire à un bon film d’action (avec Justin Timberlake, j’avoue, c’était optimiste).

          Je me suis ennuyée devant ce film. C’est plat et un peu mollasson. On voit venir chaque rebondissement avec 1/4 d’heure d’avance. C’est très très convenu. Si au moins c’était parodique, mais même pas ! C’est très américain : tout le monde est beau (ça m’a outrée, ce n’est pas parce qu’on arrête de vieillir à 25 ans qu’on a nécessairement un physique de mannequin…), il y a moults sauvetages (et une mort) à la dernière seconde, des gentils très gentils et des méchants très méchants. Schéma classique quoi.

          Alors, qu’est-ce qui m’a dérangée ? J »aurais aimé un peu plus de fantaisie dans la réalisation. Ce genre de film nécessite un minimum de recul pour être réussi, un peu d’auto-dérision, un brin d’humour, il faut qu’on s’amuse. Là ça se prend très au sérieux et il n’y a vraiment pas de quoi, du coup, ça vire limite au ridicule par moments. Ensuite, côté action, on ne vibre pas tellement. Ca bouge pas mal, c’est vrai, ça gigote, ça s’agite mais ça manque surtout de suspens. Enfin, pour être bon, un film d’anticipation doit être politique. Ici la critique de la société est noyée sous une épaisse couche de bons sentiments, le tout manque cruellement de profondeur (la seule question que je me suis posée pendant tout le film est « Mais comment diable peuvent-elles courir des kilomètrse comme des dératées avec leurs talons aiguilles ?! »). C’est dommage, il y avait pourtant de quoi faire. Un film sans grand intérêt, un médiocre divertissement.

Cinéma

Noces éphémères, de Reza SERKANIAN

          Drame franco-iranien de Reza Serkanian avec Mahnaz Mohammadi, Hossein Farzi Zadeh, Javad Taheri.

          En Iran, une tradition surprenante a cours : le mariage éphémère. Pour « patienter » avant le mariage officiel et définitif, les jeunes hommes peuvent se marier pour une durée déterminée, pour une année ou un simple quart d’heure.

          L’idée de ce film m’a franchement séduite. Je ne connaissais pas l’existence de cette tradition et j’étais curieuse d’en savoir plus. Les relations sexuelles hors mariage étant interdites, une solution simple existe : le mariage en CDD (voire en intérim). On se marie uniquement pour le temps nécessaire, il suffit que les deux partenaires soient d’accord et que l’imam approuve. Et pouf, plus de relations hors mariage. C’est magique. Ca arrange bien les hommes, les mariages sont longs à organiser et la patience n’est pas leur fort. Du côté des femmes, ça concerne essentiellement les veuves (les jeunes filles devant être vierges le jour du mariage « définitif », elles ne peuvent être concernées sans compromettre fortement leur avenir). En effet, c’est un péché pour une femme, à plus forte raison avec des enfants, de rester célibataire, les veuves ont ainsi tout intérêt à se trouver rapidement un protecteur. Une solution qui avantage évidement les hommes mais que j’ai trouvé fort astucieuse.

          Le film aurait pu avec un sujet pareil verser dans la comédie aussi bien que dans le pamphlet politique. Il n’en est rien. La première scène est splendide. J’ai été happée par le raffinement des plans et la beauté des images dès les premières secondes. La lumière est très bien captée et le film commence et finit sur un clin d’oeil à la peinture aussi intéressant que réussi. Le réalisateur nous immerge dans une famille traditionnelle provinciale. Hommes et femmes vivent des vies séparées et ne font que se croiser. Cependant, la bonne humeur règne et si chacun vit dans des sphères différentes, c’est dans le respect de l’autre. Les traditions ont cours, mais avec sans doute moins de virulence que dans la capitale ou les grandes métropoles.

          Kazem est sur le point de se marier. Maryam, la veuve de son frère, vient de la ville pour assister à l’évènement. Tout ne va pas se passer comme prévu et va naître entre eux une complicité nouvelle. Contrairement à ce qu’on pourrait craindre, on ne tombe jamais dans la romance. La trame est d’une grande finesse et habilement mise en scène. J’ai vu un certain nombre de films iraniens et celui-là sort vraiment du lot : ni métaphorique, ni engagé. Le réalisateur filme les traditions iraniennes sans porter de jugement arrêté, il montre simplement un état de fait, et si une légère critique transparaît parfois, c’est toujours avec beaucoup de subtilité et de tendresses. C’est d’ailleurs sans doute ce qui lui a permis de pouvoir tourner librement en Iran tout en recevant les éloges de la critique occidentale. Un pari osé et amplement réussi. On découvre un visage de l’Iran qu’on ne voit que trop rarement : certes, la condition de la femme n’y est pas glorieuse, surtout en ville, mais tout n’est peut-être pas si noir, comme partout, la joie de vivre et l’espoir existent aussi.

          Un premier film dont j’ai beaucoup apprécié la retenue. La tendresse qui transparaît à travers chacune de ses images. Les sentiments sont toujours évoqués avec pudeur : amour naissant, fuite de l’extrémisme, réflexion sur la condition de la femme, amitiés profondes et amour des siens et de sa patrie. Un mélange tout en retenue qui rend compte d’une réalité bouleversante. J’ai été très surprise de voir que c’était un homme qui était à la réalisation (a priori stupide, je le sais, mais j’étais persuadée que seule une femme pouvait filmer de la sorte). Ce film est un petit miracle : bien filmé, bien construit, bien joué (les acteurs, pourtant peu ou pas expérimentés pour la plupart, sont impressionnants) : beau et intelligent à la fois. On en redemande !

          Pour en savoir plus, le site du réalisateur.