Mes lectures

Apeirogon, Colum McCann

Apeirogon
Une figure géométrique au nombre infini de côtés.
En son cœur, deux pères.
Un palestinien, un israélien, tous deux victimes du conflit, qui tentent de survivre après la mort de leurs filles. Abir Aramin, 1997-2007. Smadar Elhanan, 1983-1997. Il y a le choc, le chagrin, les souvenirs, le deuil. Et puis l’envie de sauver des vies. Ensemble, ils créent l’association « Combattants for Peace » et parcourent le globe en racontant leur histoire pour susciter le dialogue.

Couverture d'Apeirogon de Colum McCann

Voici un autre titre de cette rentrée dont j’attendais beaucoup. Je n’avais jamais rien lu de l’auteur mais j’ai entendu dire beaucoup de bien de ses romans et en particulier de celui-ci, le thème me tentait bien, je me suis donc laissée convaincre. J’ai commencé ma lecture pleine d’un enthousiasme débordant et… bah j’ai été d’abord surprise, puis perdue par ce texte assez surprenant. Je ne sais même pas par quel bout le prendre pour vous en parler tellement ça m’a sortie de ma zone de confort. Je ne suis finalement pas allée au bout, pourtant je ne suis pas sure de pouvoir affirmer que je n’ai pas aimé.

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Mes lectures

Sous la terre des maoris, Carl Nixon

Mark Saxton, alias Maaka Pitama, s’est suicidé. Son père biologique, un Maori, et l’homme qui l’a élevé se disputent sa dépouille, chacun voulant qu’il soit enterré sur les terres de sa famille. Leur affrontement reflète les tensions communautaires dans la Nouvelle-Zélande d’aujourd’hui.

Changement d’ambiance avec un peu de littérature néo-zélandaise. J’en ai très peu lu jusque-là. J’ai découvert la littérature néo-zélandaise avec L’âme des guerriers d’Alan Duff, un roman bouleversant mais extrêmement difficile à lire. J’étais donc curieuse d’aller plus loin de de découvrir d’autres styles. Je commence par ce texte-ci, un roman noir autour de la culture maorie. Bon, soyons honnêtes, on n’est toujours pas sur du joyeux… Espérons qu’au moins ce sera un peu plus facile à lire que le précédent.

Sur ce point, j’ai vite été rassurée. C’est âpre comme style mais ça reste relativement classique. J’ai d’ailleurs trouvé que cette écriture sobre et noire seyait particulièrement bien à une histoire que l’est tout autant. Le roman commence par le suicide d’un adolescent a priori sans problèmes. La surprise et le désespoir de la famille bien sûr mais aussi rapidement un conflit pour savoir s’il fallait l’enterrer selon les coutumes pakeha (celles des blancs) ou maories.

Couverture du roman Sous la terre des maoris de Carl Nixon

En effet, si le jeune homme a été élevé loin des traditions maories, son père biologique – qui ne s’est jamais réellement occupé de lui – veut le faire enterrer dans sa tribu. Quant à son père adoptif – qui l’a élevé – il s’y oppose, voulant garder son enfant près de lui et le faire enterrer près de la ferme où lui-même a grandi. Deux hommes et eux cultures qui s’affrontent. La mère au milieu de tout ça semble dépassée par la situation.

Le récit tourne essentiellement autour du père adoptif du gamin. Un homme bourru mais aimant. Son désespoir suinte de la moindre page de ce roman. Ses réactions sont souvent violentes, on ne peut pas dire que la mesure soit sa spécialité, mais son amour pour son fils et l’immensité de son chagrin sont parfaitement rendus dans ce texte. C’est dur, son comportement est souvent problématique, mais il y a aussi quelque chose de touchant chez cet homme au bord du gouffre.

Je ne vous en dirai pas plus sur cet affrontement entre les deux hommes pour ne pas vous révéler l’intrigue. On y apprend des choses sur les traditions maories, notamment autour du deuil et de la famille, et j’ai trouvé cela intéressant. Ce texte est dur, vers la fin j’ai parfois trouvé que ça allait trop loin, mais finalement la conclusion est logique et clôt en beauté le récit. S’il y a quelques maladresses dans le récit, dans l’ensemble le sujet est intéressant. Je n’ai pas été émue par ce roman très sombre mais j’ai toutefois apprécié cette lecture et je serais curieuse de découvrir d’autres œuvres de cet auteur.

Portrait de Carl Nixon

La tempête approchait comme un vieux train à vapeur arrivant pile à l’heure en gare – bruyante, haletante et froide comme du métal.

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H comme haine , pensa-t-il. Haine pour tout ce qu’il nous a fait. H comme héroïsme. H comme horreur. » H comme tu fais chier », s’écria une voix furieuse dans son cerveau. Et son refrain gai et puéril se tut. H comme chut, aussi.

Mes lectures

A son image, Jérôme Ferrari

          Antonia, après un samedi passé à immortaliser un ma­riage sous l’objectif de son appareil photo, croise un groupe de légionnaires parmi lesquels elle reconnaît Dragan, jadis rencontré pendant la guerre en ex-Yougoslavie. Après des heures de conversation, la jeune femme décide de rejoindre le sud de l’île, où elle réside. Une embardée précipite sa voiture dans un ravin : elle est tuée sur le coup. L’office funèbre sera célébré par un prêtre qui n’est autre que son oncle et parrain. Dans la four­naise de la petite église, les images déferlent de toutes les mémoires.

Couverture de A son image de Jérôme Ferrari

          De Jérôme Ferrari, je n’avais lu que Le sermon sur la chute de Rome, que j’avais adoré. Ce roman lui avait d’ailleurs valu le prix Goncourt. Je gardais un très bon souvenir de cette lecture et du style de l’auteur. C’est donc un des rares romans de la rentrée littéraire 2018 que j’avais eu envie de découvrir. Car si j’en ai lu beaucoup, il y en a finalement bien peu que j’attendais. Et bizarrement, ce sont ceux-là que j’ai lus en dernier, attendant quasiment l’été suivant pour m’y atteler. Si certains ont tenu leurs promesses, celui-ci ne m’a en revanche pas particulièrement emballée.

          J’ai pris plaisir à retrouver la plume subtile de Jérôme Ferrari, son érudition qui ne vire jamais à la pédanterie, la douceur de ses tournures et la mélodie de ses mots. Il nous amène encore une fois en Corse, cette terre dont il parle si bien ; c’est un vrai régal de l’y suivre. D’un point de vue stylistique, il faut bien le dire, je n’ai pas été déçue. Concernant l’histoire en revanche, je reste un peu plus sur ma faim… Un livre qui tournait autour de la photo, voilà qui aurait dû me plaire ! Pourtant, j’ai trouvé qu’il y avait dans la manière dont le thème est traité quelque chose d’artificiel.

          On alterne entre passé et présent, autour de la figure d’Antonia. Si certains passages sont très beaux, d’autres m’ont paru quelque peu surfaits. J’ai parfois eu du mal à voir comment les choses s’articulaient entre elles. J’ai peiné à voir dans la succession des chapitres un tout cohérent. Difficile de totalement adhérer quand on a l’impression que le texte ne sait pas trop où il va. Cette impression de morcellement m’a gênée dans la lecture et si j’ai aimé le style et le décor, je n’ai pas trouvé l’histoire totalement aboutie. Elle m’a laissé un sentiment d’inachevé, comme s’il manquait le ciment pour lui donner sa stabilité.

Portrait de Jérome Ferrari, écrivain

Oui, les images sont une porte ouverte sur l’éternité. Mais la photographie ne dit rien de l’éternité, elle se complaît dans l’éphémère, atteste de l’irréversible et renvoie tout au néant.

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Mais vient le moment redoutable où il est impossible de se tenir plus longtemps à l’abri du rituel, il faut prononcer devant l’assemblée et devant le défunt les mots maladroits qu’on a choisis dans la solitude , dont on ne sait jamais s’ils seront trop mélodramatiques ou, au contraire trop désinvoltes.

Cinéma

Une femme fantastique

          Drame chilien de Sebastián Lelio avec Daniela Vega, Francisco Reyes, Luis Gnecco
Marina et Orlando, de vingt ans son aîné, s’aiment loin des regards et se projettent vers l’avenir.
Lorsqu’il meurt soudainement, Marina subit l’hostilité des proches d’Orlando : une « sainte famille » qui rejette tout ce qu’elle représente. Marina va se battre, avec la même énergie que celle dépensée depuis toujours pour devenir la femme qu’elle est : une femme forte, courageuse, digne … une femme fantastique !

Affiche du film Une femme fantastique

          Ceux qui me lisent régulièrement l’auront remarqué, je ne vais quasiment plus au cinéma. C’est un phénomène assez curieux et inédit. J’ai toujours adoré aller au cinéma mais depuis quelques (longs, très longs) mois, c’est la disette. La flemme, pas envie, j’ai vraiment du mal à me bouger. Et donc forcément, je ne suis plus au courant des dernières sorties, ce qui n’aide pas à me motiver. Pourtant, j’avais entendu dire le plus grand bien de ce film et j’ai donc fait un petit effort pour aller le voir, sans savoir grand chose dessus. Franchement, c’était tant mieux parce qu’il est difficile d’en parler sans révéler toute l’intrigue – même si je vais essayer – mais en résumé, c’était vachement bien !

Image du film Une femme fantastique

          Comme je vous le disais, difficile de parler de ce film sans tout en dévoiler. Parce que les raisons qui font qu’il sort du lot, sa finesse dans la manière de traiter le sujet, sa force, tout ça découle d’une révélation qui arrive quasi dès le début. Je dois avouer que j’ai adoré avoir la surprise et ne rien savoir de ce film avant de le découvrir. Je vais donc tenter de ne pas vous dire de quoi il retourne, ma critique en pâtissant surement beaucoup. Il s’agit donc d’une femme, qui aime un homme plus âgé, et qui à son décès va devoir batailler avec une famille jalouse et pour le moins hostile. C’est assez banal me direz-vous. Alors oui. Et non à la fois, parce que leur relation si évidente, n’est pourtant peut-être pas si banale qu’il y paraît.

Image du film Une femme fantastique

          Toute la force de ce film est là. Dans la manière de traiter un sujet délicat. Dans la façon de filmer cette femme avec une certaine pudeur et tellement d’émotion. Dans le décalage aussi entre celle que l’on suit, si touchante, et la haine farouche que lui vouent les autres. Une femme à la vie ordinaire prise pour cible par la famille de celui qu’elle aime. J’ai trouvé ce film à la fois simple et magnifique. Il parvient à éviter les principaux écueils de son sujet. Il m’a redonné l’envie d’aller plus souvent au cinéma pour y dénicher ce genre de pépites. Le choix des acteurs est excellent. L’actrice principale notamment crève l’écran. Il y a également quelques très belles chansons. Un film profondément humain à l’histoire à la fois banale et différente. Touchant.

Cinéma

Ce qui nous lie

          Comédie dramatique française de Cédric Klapisch avec Pio Marmai, Ana Girardot, François Civil
Jean a quitté sa famille et sa Bourgogne natale il y a dix ans pour faire le tour du monde. En apprenant la mort imminente de son père, il revient dans la terre de son enfance. Il retrouve sa sœur, Juliette, et son frère, Jérémie. Leur père meurt juste avant le début des vendanges. En l’espace d’un an, au rythme des saisons qui s’enchaînent, ces 3 jeunes adultes vont retrouver ou réinventer leur fraternité, s’épanouissant et mûrissant en même temps que le vin qu’ils fabriquent.

Ce qui nous lie, affiche

          J’aime généralement bien ce que fais Cédric Klapisch, mais je dois avouer que cette fois le thème ne me tentait pas plus que ça. Je suis tout de même allée voir de quoi il retournait. Je dois avouer que j’ai été agréablement surprise, même si je n’ai pas tout aimé. Honnêtement, au début, je n’ai pas été sure du tout de rentrer dans cette histoire. J’ai souvent un peu de mal avec les voix off, j’ai donc eu une certaine crainte au démarrage. En même temps, ça commence par un plan sur un arbre tellement beau et bien pensé que je me suis dit qu’il y avait quand même un minimum d’idée côté mise en scène. J’étais intriguée.

François Civil dans Ce qui nous lie

          La photo est très soignée dans ce film qui regorge d’images magnifiques. C’est très clairement son gros point fort et ce qui m’a fait tomber sous le charme. Le casting fonctionne également très bien. J’aime bien les trois acteurs principaux (on ne voit décidément pas assez souvent Pio Marmaï à l’écran !) et j’ai trouvé que le trio fonctionnait à merveille. Côté points forts encore, la musique, bien choisie et franchement agréable. Bref, la réalisation n’est pas mal du tout. Pas toujours très originale mais soignée et efficace, sans trop tomber dans le côté carte postale pour autant.

Ana Girardot dans Ce qui nous lie

          L’histoire m’a au début moins séduite. Il m’a fallu du temps pour rentrer dedans. Je n’y connais rien au milieu de la vigne et je dois avouer que par moments j’ai trouvé que c’était trop présent et m’empêchait un peu de profiter du film, je me sentais « exclue » avec tout ce vocabulaire et ces références qui m’échappaient un peu. Bon finalement cette impression s’est assez vite dissipée, c’était juste le temps de se familiariser avec le milieu. Les histoires de famille ensuite, pas trop mon truc non plus, l’intime, tout ça, j’accroche moyen. Là encore, j’ai été longue au démarrage. Et pourtant, ça ne fonctionne pas si mal… Avec un peu de temps, un se laisse porter par l’histoire somme toute banale de cette fratrie.

Ce qui nous lie

          Il faut dire aussi que les relations entre les frères et sœur sonne juste. Les relations humaines tout court d’ailleurs. C’est très sensible, les sentiments sont bien exploités, c’est assez touchant. Je pense que c’est ce qui m’a finalement plu dans ce film : la simplicité dans la manière d’aborder les rapports humains. On s’y retrouve forcément un peu. L’attachement à la terre me parle bien également. Dommage que certains passages soient un peu maladroits, voire franchement convenus. Ca manque également parfois de rythme peut-être. Sans être un chef-d’œuvre, j’ai trouvé à ce film beaucoup de fraîcheur et de sincérité. Beau casting, belle photo et sensibilité à fleur de peau dans ce film un peu inégal mais touchant.