Mes lectures

Dai SIGIE, Trois vies chinoises

          Trois histoires qui se déroulent en parallèle, dans un même temps et un même lieu, sans jamais se croiser et qui pourtant, ont bien des similitudes. Trois destins tragiques : celui d’un adolescent atteint d’une maladie rare, d’une jeune fille qui pense que son père a assassiné sa mère et d’une ancienne forgeronne dont le fils perd la raison. Le décor ? l’île de la Noblesse où sont recyclés les déchets électriques de tout le pays.

          Ces trois nouvelles sont fortes et marquantes. Des histoires tragiques, à la fois inattendues et touchantes. Il y a quelque chose de Maupassant dans ces textes (si, si, je vous assure) : la même cruauté et la même justesse. Malheureusement, l’écriture n’est pas aussi incisive que chez l’illustre auteur. Si elle est agréable, elle est un peu lisse à mon goût. Ces histoires ont un incroyable potentiel, pour les rendre géniales, il y manque paradoxalement un soupçon de banalité. Ici l’auteur va droit au but, on aimerait qu’il nous ballade un peu plus, qu’il nous endorme avec une histoire triviale avant de nous asséner la chute brutalement. Ca fonctionne plutôt bien sur la deuxième nouvelle, dont on ne voit pas venir le coup final, très réussi. Toutefois, ce n’est qu’un détail, un léger manque de verve qui n’occulte pas le plaisir de la lecture et de la découverte de ce sombre univers.

Au jour de sa retraite définitive, avant de rendre l’âme, le vieux conteneur rougira encore, avec raison, de l’échange qui eut lieu devant sa porte.

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Ce qu’elle aimait dans le patinage, c’était la danse. Elle préférait me voir tourner, tourner, sur un seul pied, et dessiner, d’un seul trait de lame sur la glace, une colombe d’un mètre cinquante.

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Comme jamais dans sa vie, il ressentit à la poitrine une douleur qui secoua ses flancs maigres à les faire éclater. La clé lui échappa, tomba à terre et rebondit.

Cinéma

Même la pluie, d’Iciar BOLLAIN

          Drame historique franco-hispano-mexicain de Iciar Bollain avec Gael Garcia Bernal, Luis Tosar, Carlos Aduviri.

          Sebastian, jeune réalisateur passionné et son équipe arrivent dans le décor somptueux des montagnes boliviennes pour entamer le tournage d’un film. Les budgets de production sont serrés et Costa, le producteur, se félicite de pouvoir employer des comédiens et des figurants locaux à moindre coût. Mais bientôt le tournage est interrompu par la révolte menée par l’un des principaux figurants contre le pouvoir en place qui souhaite privatiser l’accès à l’eau courante. Costa et Sebastian se trouvent malgré eux emportés dans cette lutte pour la survie d’un peuple démuni. Ils devront choisir entre soutenir la cause de la population et la poursuite de leur propre entreprise sur laquelle ils ont tout misé. 

          Un film qui me tentait beaucoup et que j’avais bêtement raté au moment de sa sortie. Fort heureusement, Canal + m’a permis de réparer cette grave erreur ! J’attendais beaucoup de ce film dont on m’avait beaucoup parlé. J’aime généralement assez le cinéma sud-américain, surtout quand il est engagé (ce qui est assez souvent le cas). Je trouvais de plus l’idée de la mise en abîme très intéressante. Et puis il y a Gael Garcia Bernal. Qui dit mieux ?

          Avec pareil point de départ, difficile de ne pas ressortir déçu, et pourtant, c’est un pari réussi. Ce film est impressionnant. Le parallèle entre les indiens du temps de Colomb et le traitement qu’on leur inflige aujourd’hui, s’il demeure subtil, est particulièrement éloquent. On n’est pas dans une bête opposition gentils/méchants, courageux/couards, etc, etc. S’il y a forcément un peu de ça, parce que tout de même il y en a qui sont plus responsables que d’autres dans les atrocités commises, les personnages sont contrastés. Là encore, c’est valable tant pour les personnages que pour ce qu’on entraperçoit  à travers le film des hommes qui ont fait l’Histoire.

           Un film intelligent et bien mené. L’histoire, assez complexe, est efficace. Les acteurs sont très bons. Mais on savait déjà que Gael Garcia Bernal frôlait la perfection, je ne vous apprend donc rien. Je n’ai pas grand chose à redire à ce film. Sur la fin, c’est sans doute un peu tiré par les cheveux. Il y a une scène où on se croirait presque dans un film de zombis où le héros reste seul dans une ville dévastée. Cette fin pourrait être dommageable. Après tant de saloperies dites ou faites pour l’amour de l’art, se découvrir une conscience sur la fin est une concession aux normes hollywoodiennes dont le réalisateur aurait peut-être pu se passer. Cela dit, on lui pardonne parce que 1) il reste assez de protagonistes lâches et sans pitié pour que l’équilibre du monde soit préservé, 2) on a beau dire, au fond, on aime bien quand même les « belles » histoires quand elles sont bien racontées.

          J’ai beaucoup aimé ce film. Assez inhabituel dans la manière dont il est construit, avec une mise en abîme habilement réalisée. Il aborde la question épineuse du massacre des indiens assez intelligemment, tentant de présenter le sujet dans toute sa complexité. Le parallèle fait avec la manière dont sont actuellement traités les indiens est également intéressant. On peut peut-être toutefois regretter qu’il ne soit pas un peu plus appuyé et que le réalisateur ne prenne pas une position plus marquée. Cela dit, malgré mon amour pour les films engagés, cela aurait vite pu sombrer dans la caricature. Arrêtons donc de chipoter et concluons en disant que ce film a tout pour lui. Un grand moment de cinéma.

Mes lectures

Christian PETIT, Bombay Victoria

          A la mort de son père, le petit Raju doit se mettre au service du prêteur pour payer les dettes de sa famille. Pour échapper à cette servitude, il s’enfuit et rejoint Bombay où il veut retrouver son oncle et devenir menuisier. Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu et il devient malgré lui le chef d’une bande d’enfants qui ramassent les ordures dans la gare pour les revendre. Le début d’une grande aventure !

          Ce livre commence bien, avec un petit garçon malicieux à qui il n’arrive que des tuiles. Malheureusement, ça ne dure pas. Ce personnage attachant partage vite le devant de la scène avec d’autres, bien moins intéressants. Nous avons une française qui s’est découvert une passion pour l’Inde lors de vacances dans le Larzac (!), un indien qui a enseigné à la faculté aux Etats-Unis et qui suite à une rencontre fortuite se lance dans l’enseignement pour les enfants défavorisés, une jeune femme riche qui elle aussi se dévoue corps et âme aux enfants des rues, bref, vous l’aurez compris, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. L’Inde c’est joli et puis ça sent bon, c’est un pays merveilleux.

          On sent pourtant que l’auteur ne veut pas nier la réalité du pays, simplement il est tellement enthousiaste qu’il le fait malgré lui. Les doutes des personnages, qui devraient faire tout l’intérêt de ce livre, sont à peine effleurés. Les personnages ne sont pas assez contrastés, en accentuant les aspects positifs pour nous les rendre sympathique, l’auteur leur enlève toute vie. Les bons sentiments s’accumulent jusqu’à l’écoeurement (qui chez moi arrive vite, avouons-le). L’idée de départ était jolie, dommage que les bonnes intentions ne suffisent pas à faire de bons livres.

Cinéma

127 heures, de Danny BOYLE

             Biopic, aventure, drame américano-britannique de Danny Boyle avec James Franco.

         Un jeune ingénieur passionné de randonné par seul à la découverte des canyons. Un se fait piéger par un rocher qui tombe à son passage : son bras se retrouve coincer entre l’énorme masse de pierre et la paroi. Il lui faudra 127 heures pour arriver à se dégager en s’amputant lui-même du bras.

          J’avais voulu voir ce film à sa sortie mais l’avait finalement raté (trop d’autres films à voir, un sujet un peu particulier quand même, pas assez de temps et autres raisons habituelles). Il passe en ce moment sur Canal + mais je tombe toujours en cours et mon envie de voir quelqu’un se couper lui-même le bras avant de dormir est limitée. Je fais déjà assez de cauchemars au naturel. Mais hier matin tout était différent. Je suis tombée dessus pile au début, j’avais le temps et j’étais suffisamment détendue pour supporter (presque) toutes les horreurs. Je me suis donc lancée dans la grande aventure du visionnage de ce film qui a marqué tant d’esprits.

          Ce film est inspiré d’une histoire vraie. Un jeune américain a bien passé plus de 5 jours coincé dans un canyon, sans avoir dit à personne où il allait et sans pouvoir prévenir les secours. Il s’en est sorti en se coupant le bras avec son couteau suisse. Une histoire forte donc et assez impressionnante (notons par ailleurs qu’Aron Ralston continue ses excursions malgré son bras manquant). On pouvait pourtant craindre le pire avec un acteur seul face à la caméra, sans pouvoir bouger, pendant toute la durée du film. Une situation insoutenable qui pourrait rendre le film d’un ennui mortel.

          Je ne sais par quel miracle, il n’en est rien. Ce film est plein de trouvailles. L’acteur est excellent : il tient le film à lui tout seul. Une interprétation magistrale qui est pour beaucoup dans la qualité du film. Mais le jeu d’acteur n’est pas le seul point fort de ce film. Il y a de nombreuses trouvailles cinématographiques. Les plans sont très variés, les angles choisis pour filmer parfois très surprenants. Cette inventivité nous tient en haleine et rend ce film aussi surprenant que réussi. Et bien sûr, on ne peut que s’extasier devant le mélange d’inconscience et de courage dont fait preuve le héros.

          Il y a tout ce qu’il faut dans ce film. On s’inquiète, on frissonne (de dégoût, se couper le bras, beurk !), on espère, on ne peut s’empêche de sourire parfois et on en ressort franchement admiratif. Une réalisation admirable et ingénieuse, un acteur qui crève l’écran, une histoire invraisemblable : une combinaison gagnante. Bien sûr, on ne peut nier que ce film est un peu particulier. Il mérite toutefois le détour. Une très belle surprise.

Cinéma

A dangerous method, de David CRONENBERG

          Drame britannique-allemand-canadien-suisse de David Cronenberg avec Keira Knightley, Michael Fassbender, Viggo Mortensen.

          L’histoire de la rencontre des pères fondateurs de la psychanalyse, Freud et Jung. Le jeune Docteur Jung a entendu parler des travaux de son aîné qui l’intéressent fort. Lorsqu’il rencontre Sabina Spielrein, une jeune patiente russe sujette à l’hystérie, il décide de tester sur elle ce traitement révolutionnaire : guérir par la parole. Il va à cette occasion rencontrer l’illustre professeur Freud avec qui il échangera durant de longues années. Quant à la patiente, elle exerce sur lui une fascination toujours plus forte…

          Le point fort de ce film tient sans aucun doute à son casting irréprochable. Keira Knightley dans le rôle de la patiente est époustouflante. Les deux rôles masculins sont sans surprise très bien campés également. C’est une grande joie de retrouver ici ces deux acteurs talentueux. Le scénario, qui se base sur l’histoire vraie des 2 psychanalystes, tient la route. Le tout est bien filmé et impeccablement réalisé. C’est beau, c’est propre, il n’y a rien à y redire.

          Un très bon film. Il manque peut-être un peu de passion par moments. Il évite toutefois l’écueil de la romance ou au contraire du traité psychanalytique. Ce point de vue extérieur, sans doute un peu froid, est toutefois une manière assez efficace de traiter l’histoire bien qu’on puisse peut-être reprocher au film un certain manque de profondeur. Ceci dit, on aimerait que tous les films soient de cette qualité. A classer parmi les films à voir en cette rentrée.