Mes lectures

Notre-Dame du Nil – Scholastique Mukasonga

          Loin des tentations de la ville, les jeunes filles de bonne famille rwandaise étudient cloîtrées dans le lycée Notre-Dame du Nil afin de devenir plus tard de bonnes épouses. Mais même dans ce milieu protégé, les rivalités font rage. Un quota impose 10% d’élèves Tutsis et leur présence n’est guère appréciée parmi la majorité hutu.

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         J’avais entendu parler de ce roman à sa sortie, notamment parce qu’il avait eu le prix Renaudot, et j’avais très envie de le lire. En effet, je trouvais le sujet tout à fait passionnant. Si je connais un peu l’histoire du génocide rwandais, j’avoue ne jamais rien avoir lu sur le sujet. Certes, ce livre ne parle pas du génocide à proprement parler mais il permet tout de même de mieux appréhender le climat qui régnait dans le pays après les faits. L’histoire est vraiment passionnante. Les relations entre ses adolescentes permettent de mieux comprendre les problèmes de racisme et à quel point ils sont durement ancrés dans la société rwandaise. Il y a des passages très durs pourtant l’auteur ne joue jamais sur le pathos, ce qui à mon sens rend ce roman d’autant plus fort et criant de vérité.

          J’ai un peu moins accroché avec le style, que j’ai trouvé assez sec. Résolument moderne mais très construit, il manque un peu de rondeur à mon goût. Cependant, cette relative froideur permet aussi de mettre l’histoire en avant et ne donne que lus de force au propos. J’ai beaucoup aimé ce texte sur le fond : il est passionnant et très intelligemment écrit, dommage que le style ne m’ait pas emballé plus que ça (pas que ce soit mal écrit, bien au contraire, simple histoire de goût), ce qui m’a empêché d’y prendre un plaisir autre que purement intellectuel. Il m’a manqué ce petit plus d’émotion qui fait toute la différence. Un très bon roman qui malgré un style un peu froid à mes yeux a le mérite de présenter un aspect méconnu de l’histoire de manière tout à fait passionnante. Un texte fort à mettre entre toutes les mains.

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Les gorilles ont refusé d’être des hommes, ils étaient presque des hommes, mais ils ont préféré rester des singes dans leur forêt, tout en haut des volcans. Quand ils ont vu que d’autres singes comme eux étaient devenu humains, mais qu’ils étaient aussi devenus méchants, cruels, qu’ils passaient leur temps à s’entre-tuer, ils ont refusé de se faire hommes. C’est peut-être ça le péché originel dont parle tout le temps le père Herménégilde : quand les singes sont devenus des hommes !

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Tu sais bien, Veronica, que, nous autres les Tutsi, nous savons garder nos secrets. On nous appris à nos taire. Il le faut bien, si nous tenons à la vie.

Mes lectures

Mauvais genre – Chloé Cruchaudet

          Paul et Louise s’aiment et décide de se marier mais la Grande Guerre va les séparer. Dans les tranchées, Paul croit devenir fou et il profite de la première occasion pour déserter. Mais une fois à Paris, il est contraint à la clandestinité. Pour en sortir, une seule solution : il va se travestir et deviendra Suzanne. 

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          Dès sa sortie, cette BD me tentait beaucoup et les éloges que je n’ai cessé d’entendre dessus n’ont fait que renforcer mon envie de la lire au plus vite. Et puis, comme l’an passé, Priceminister nous a proposé lors du festival d’Angoulême de nous envoyer une BD de la sélection en échange d’une critique. C’est donc celle-ci que j’ai choisie sans la moindre hésitation. Après avoir entendu tant de louanges à son sujet, j’avais un peu peur d’être déçue, c’est toujours le risque quand on en attend trop. Pourtant, même si certains aspects m’ont quelque peu surprise, ç’a été loin d’être le cas.

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          J’ai beaucoup aimé les dessins de cette BD : un univers très marqué, à la fois sombre et d’une certaine douceur. Tout est quasi en noir et blanc, avec simplement des touches de rouge qui ressortent et viennent illuminer les vignettes. L’histoire, inspiré de faits réels, est absolument passionnante. Je n’avais même pas jeté un œil à la quatrième de couverture avant d’entamer ma lecture et j’ignorais que l’histoire se déroulait pendant la Première Guerre Mondiale. Ce fut une excellente surprise.

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          Le contexte historique est très intéressant et l’histoire aborde des thèmes et univers très différents : la guerre, l’amitié, le couple, le désir… L’évolution de Paul et Louise mais aussi et surtout de leur relation est rendue avec beaucoup de justesse. Des premiers regards aux disputes, on suit pas à pas ce couple que la guerre va amener hors des sentiers battus. Une histoire magnifique appuyée par un dessin très poétique. Entre humour et sérieux, entre noirceur et délicatesse : sublime. 

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Si je devais noter cette BD, je lui accorderais 18/20. Merci Priceminister pour cette très belle découverte.

Cinéma

The Grand Budapest Hotel

Comédie américaine de Wes Anderson avec Ralph FiennesTony RevoloriF. Murray Abraham 

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          Monsieur Gustave était le célèbre concierge du Grand Hotel Budapest et Zero Moustafa fut son lobby boy. Ensemble, ils vont vivre de grandes aventures à travers la république de Zubrowka après que madame D ait légué un tableau à la valeur inestimable à l’homme aux clefs d’or.

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          J’avais beaucoup aimé le précédent film de Wes Anderson, Moonrise Kingdom, et j’avais entendu lire le plus grand bien de celui-ci, me donnant plus envie encore de le voir. J’ai tardé à aller le voir et comme je ne suis pas franchement en avance dans mes chroniques – histoire de changer – j’arrive un peu après la bataille. J’ai du mal à trouver que dire de ce film tant les critiques élogieuses ont été nombreuses ! Je ne peux que me joindre au chœur des louanges. Sans surprise, j’ai beaucoup aimé ce film à l’humour savoureux. Les décors en carton pâte, l’élégance venue d’un autre temps, les courses poursuites truculentes : autant d’ingrédients qui donnent à ce film un charme désuet et absolument irrésistible.

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          Mais sous son apparente légèreté, le film ne manque pourtant pas de consistance, voire même d’un certain sérieux. En effet, sous couvert de comédie, le fond est plutôt grave et l’histoire principale laisse apparaître en toile de fond la montée d’une dictature qui s’apparente grandement au nazisme. De plus, Wes Anderson signe un cinéma bourré de références qui ravira les amateurs. La mise en scène est très soignée et l’univers très coloré est un régal. Le panel d’acteurs est franchement exceptionnel, on se délecte du plaisir qu’ils semblent prendre à jouer cette histoire survoltée. Je ne sais pas si je dirais qu’il s’agit d’un très grand film mais j’ai passé un excellent moment et je le reverrais même avec plaisir : une comédie juste comme je les aime.

Cinéma

Monuments Men

Film américain de guerre, histoire, aventure de et avec George Clooney, avec Matt Damon, Bill Murray, Jean Dujardin

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          Durant la Seconde Guerre Mondiale, les nazis pillent l’Europe et s’approprient les plus grandes œuvres d’art. Sept hommes qui n’auraient jamais dû faire la guerre traversent l’Atlantique pour tenter d’aller sauver ces trésors cachés quelque part en Allemagne et les restituer à leurs propriétaires.

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          L’histoire me tentait bien. J’avoue que c’était un aspect de la guerre dont j’ignorais tout avant de voir ce film et que j’ai trouvé absolument passionnant. Quant au casting, il était également très alléchant avec entre autres George Clooney, Matt Damon et Bill Murray. Il y avait là de quoi faire un bon film. Le parti pris est celui de l’humour et de la légèreté, je ne m’attendais donc pas à un chef-d’œuvre mais à un bon divertissement. Pourtant, le résultat n’est pas franchement à la hauteur. Difficile d’expliquer ce qui ne va pas dans ce film. Je crois qu’il ne parvient tout simplement pas à trouver le bon ton pour convaincre. J’ai eu l’impression d’être à mi-chemin entre la 7° compagnie et un mélo servi par forces violons : autant vous dire que c’était mal parti pour me convaincre !

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          Évidemment, restent les points forts : les acteurs sont excellents et leur bonne entente manifeste fait plaisir à voir. Et puis bien sûr, c’est une joie de découvrir cette histoire méconnue et vraiment passionnante. Malgré la musique assez affreuse, le film reste dans l’ensemble agréable à regarder. Malheureusement, on peine à croire à ces personnages qui manquent de profondeur, à vouloir être trop léger, l’ensemble devient quelque peu inconsistant. C’est vraiment dommage parce qu’il y avait un réel potentiel quelque peu gâché. Un film plaisant mais qui tombe un peu trop dans la facilité et peine à convaincre. Il a tout de même le mérite de donner envie de se pencher d’un peu plus près sur l’histoire de ces Monuments Men.

Mes lectures

L’homme qui avait soif – Hubert Mingarelli

          En 1946, le Japon est sous occupation américaine. Hisao revient de la guerre hanté par ses rêves et par une soif obsédante. Pour l’assouvir, il descend du train qui devait le conduire vers la femme qu’il aime. Sa valise contenant l’œuf de jade destiné à sa fiancée reste à l’intérieur. Va alors commencer pour lui un long chemin pour la retrouver.

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          Depuis que j’ai lu le merveilleux Quatre soldats lors de ma première année de fac, Hubert Mingarelli a rejoint mes auteurs préférés et j’ai lu une bonne partie de ses livres. Lorsque j’ai vu qu’il avait sorti un nouveau roman, je me suis donc jetée dessus sans même regarder de quoi il retournait. J’ai été très agréablement surprise de découvrir qu’il s’agissait d’un roman qui se passe dans le Japon d’après guerre. On retrouve dès les premières lignes le style si particulier d’Hubert Mingarelli : simple et juste, tout en discrétion et en délicatesse. Comme souvent chez cet auteur, l’histoire peut sembler anecdotique. Le rythme est lent, il ne se passe rien ou presque en apparence, et pourtant, ces lignes recèlent tant de choses !

          Hubert Mingarelli peint comme personne les affres de l’âme humaine. La vie intérieure du personnage est décrite tout en nuances. L’écriture de l’auteur me donne l’impression d’un chuchotement. On entre dans ce livre comme sur la pointe des pieds, de peur de déranger. On découvre peu à peu la richesse du personnage, sa complexité. Le fil de l’histoire, qui paraissait si ténu, s’épaissit peu à peu, et on se passionne de plus en plus pour l’étrange quête de cet homme tourmenté. Si ce roman peut paraître fade et lent, si on parvient à en épouser le rythme et que la magie opère, quel bonheur que cette écriture où pas un mot n’est de trop ! Hubert Mingarelli signe ici un livre passionnant, tout en délicatesse, l’un de ses meilleurs.