Mes lectures

Du côté des indiens, Isabelle Carré

Ziad, 10 ans, ses parents, Anne et Bertrand, la voisine, Muriel, grandissent, chutent, traversent des tempêtes, s’éloignent pour mieux se retrouver. Comme les Indiens, ils se sont laissé surprendre ; comme eux, ils n’ont pas les bonnes armes. Leur imagination saura-t-elle changer le cours des choses ? La ronde vertigineuse d’êtres qui cherchent désespérément la lumière.

J’aime beaucoup Isabelle Carré comme actrice au jeu sensible. Je l’ai découverte comme autrice il y a un an ou deux. J’avais quelques doutes en entamant ma lecture, les romans d’acteurs ou chanteurs étant assez rarement de grandes réussites. Mais j’avais été mauvaise langue : je suis tombée instantanément sous le charme. J’ai retrouvé dans ce texte tout ce que j’aime chez l’actrice, et chez la personne en général, la douceur, la discrétion, une pointe d’autodérision aussi. C’avait été un grand coup de cœur que ce premier roman intime et sensible. Mon avis complet est à découvrir ici. J’attendais donc avec impatience son second roman, sorti cette rentrée.

Couverture du roman Du côté des indiens d'Isabelle Carré
Couverture

Malheureusement, cette fois le charme n’a pas aussi bien opéré. Sa plume est toujours agréable, même si je n’y ai pas retrouvé cette petite touche d’humour, ce côté léger que j’avais tellement apprécié et m’a manqué ici. Ca reste toutefois bien écrit, pas de réelle fausse note de ce côté-là. En revanche je n’ai pas trop accroché avec l’histoire. Ca commence par un petit garçon qui découvre que son père couche avec la voisine. Non seulement je ne suis pas parvenue à m’y intéresser mais je ne voyais pas non plus où elle voulait en venir avec cette histoire ni comment elle allait tenir tout un roman là-dessus.

D’ailleurs ce n’est pas le cas puisqu’on s’intéresse ensuite au passé de ladite voisine. Mais j’ai trouvé l’introduction particulièrement longue et pour tout dire inutile. Ca aurait pu devenir intéressant, assez vite le problème des agressions sexuelles dans le milieu du cinéma est abordé. Et on est là dans un sujet qui m’intéresse au plus haut point, mon intérêt était enfin éveillé. Il est question d’un réalisateur bien plus âgé que son actrice et qui lui fait des avances. Elle ne dit pas non alors qu’elle aurait voulu. Il est question de pourquoi on ne réagit pas, de comment cela nous ronge. Le texte donne l’impression qu’il y a beaucoup du propre vécu de l’autrice là-dedans.

La manière dont c’est traité m’a laissée assez froide et m’a parfois gênée par la forme de naïveté qui s’en dégage. Je ne saurais expliquer pourquoi certains passages m’ont un peu mise mal à l’aise. Le sujet est très sensible et il est difficile de trouver les mots justes, le bon ton, j’ai par moments eu le sentiment d’un décalage entre l’histoire et le récit, comme si ça ne disait pas tout, n’allait pas au fond des choses. J’ai aussi eu l’impression que l’autrice essayait de noyer le poisson, faisait des digressions pour diluer un récit sans doute douloureux. Je ne suis pas venue à bout de ce texte qui est loin d’être mauvais mais n’a jamais totalement réussi à me convaincre, pour des raisons que je m’explique mal. Sur le même sujet, j’ai repensé à autre texte qui lui m’avait touchée en plein cœur : La petite fille sur la banquise d’Adélaïde Bon. Je n’ai pu m’empêcher de rapprocher les deux, qui dans des styles différents, m’ont semblé se faire écho.

Portrait d'Isabelle Carré

Le visage de Ziad s’éclaira d’un grand sourire en demi-lune, aussi large et élastique que celui d’un personnage de manga, même s’il avait encore du mal à y croire. En grandissant, il avait appris à se méfier des promesses des adultes. Leur sempiternel « on ira », qui n’arrivait jamais.

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Est-ce qu’elle continuait de sourire bêtement, ou était-elle devenue blème, si vulnérable tout à coup qu’il préférait ne pas s’attarder, n’y accorder aucune importance ?

Mes lectures

Les rêveurs

          Quand l’enfance a pour décor les années 70, tout semble possible. Mais pour cette famille de rêveurs un peu déglinguée, formidablement touchante, le chemin de la liberté est périlleux. Isabelle Carré dit les couleurs acidulées de l’époque, la découverte du monde compliqué des adultes, leurs douloureuses métamorphoses, la force et la fragilité d’une jeune fille que le théâtre va révéler à elle-même. Une rare grâce d’écriture.

          Je n’attendais pas grand chose de ce roman d’Isabelle Carré. Je l’apprécie beaucoup comme actrice mais souvent quand il s’agit de prendre la plume, on se heurte à une déception. Pourtant j’ai été agréablement surprise. C’est bien écrit et très sensible. Le sujet n’est pas facile et l’actrice se livre dans ces pages avec beaucoup de délicatesse et de sensibilité. Elle nous embarque dans l’univers à part de cette famille foutraque, une plongée haute en couleur dans une enfance chaotique dans les années 70.

Couverture du livre Les rêveurs d'Isabelle Carré

          Ce roman largement autobiographique est très agréable à lire. J’ai beaucoup aimé le style, c’est très bien écrit, il y a beaucoup de douceur dans ces lignes et une pointe de dérision qui allège le tout. C’est vif, léger et sensible à la fois. Isabelle Carré a décidément une très jolie plume. Du côté de l’écriture, ç’a été pour moi un coup de cœur. Quant à l’histoire je ne soupçonnais pas une enfance aussi mouvementée ! Une famille pas très conventionnelle et beaucoup d’accidents de parcours qu’elle raconte avec beaucoup de tendresse.

          L’auteur se livre sans fard dans ce texte qui se présente comme un roman mais est bien plus au fond une autobiographie. Beaucoup des événement qu’elle raconte s’avèrent assez difficile mais ce n’est jamais larmoyant et elle raconte ça à la fois avec beaucoup de délicatesse et une certaine distance. Elle parvient à trouver le ton juste et donne un côté universel aux questionnements qui l’ont aidée à se construire. Il y a une certaine poésie dans ces lignes. On retrouve dans ces lignes le naturel de cette femme discrète et lumineuse tout à la fois. J’ai trouvé ce texte extrêmement touchant, une écriture limpide et gracieuse pour ce récit tout en délicatesse, une très belle découverte.

Portrait d'Isabelle Carré

Pourquoi n’ai-je jamais su quitter les lieux que j’aimais ? Pourquoi est-ce si difficile de les laisser, d’accepter qu’on ne pourra pas les revoir car ils ne nous appartiennent plus, la porte s’est claquée pour toujours, le temps ne fera que nous en éloigner, à moins d’être un bon rêveur, celui qui se souvient toujours de ses rêves, de rêves si clairs et précis qu’ils permettent de s’y attarder encore, d’entrer à nouveau dans ces pièces de l’enfance, sans autre clé que le désir constant d’y revenir.

Théâtre

Pensées secrètes, au Théâtre Montparnasse

          Pensées secrètes, c’est d’abord et avant tout un roman génial de David Lodge, drôle et enlevé, grinçant juste ce qu’il faut, une perle d’humour anglais. C’est l’histoire d’un professeur de faculté qui entame une relation extra-conjugale avec une collègue fraîchement débarquée. Il va faire preuve de trésors d’ingéniosité pour la séduire et nous dévoilera à travers l’étude qu’il mène sur l’inconscient ses pensées les plus secrètes et inavouables.

          Adapté par Gérald Sibleyras, on peut découvrir ce texte au Théâtre Montparnasse dans une mise en scène de Christophe Lidon avec Samuel Labarthe et Isabelle Carré. Les décors sont extrêmement réussis, avec une mise en scène très inventive. Il y a notamment des jeux de lumière intéressants. Les deux acteurs restent en permanence sur scène, même lorsque leurs personnages ne sont pas sensée se croiser, les acteurs sont côte à côte. Ca marche très bien, on ne s’y perd pas (le récit marche essentiellement par monologues, ce qui fait gagner en clarté) et ça donne l’impression que les personnages continuent leur vie en dehors de l’histoire.

          La pièce est un peu longue à démarrer, nous faisant craindre le pire pendant quelques interminables minutes. Et puis ça se met en place peu à peu. Une fois le décor posé, l’histoire prend forme et on retrouve l’humour irrésistible de David Lodge. Les comédiens sont très convaincants, particulièrement Samuel Labarthe à qui le rôle va parfaitement. Finalement on rit et on prend plaisir à voir les personnages se démener dans cette histoire d’adultère. S’il manque peut-être un petit quelque chose pour en faire un grand moment ce théâtre, cette pièce est toutefois réussie et retranscrit bien l’univers d’un roman pourtant difficile à adapter. Décors et mise en scène à eux seuls valent le détour. On aimerait que toutes les pièces soient de ce niveau. A voir.

Pensée secrètes

A l’affiche jusqu’au 31 mars 2012 (ou plus)

Du mardi au samedi 20h30, et samedi 17h30

Théâtre Montparnasse

31, rue de La Gaîté

75014 Paris

 http://www.theatremontparnasse.com/