Archives de Tag: journée contre les violences faites aux femmes

Agressions : et si on arrêtait d’avoir honte ?

Par défaut

          Encore un billet perso aujourd’hui. Un sujet que j’ai longtemps hésité à aborder sans jamais oser le faire. Parce que je ne pensais pas que ça avait sa place sur ce blog, que je n’osais pas forcément en parler, parce que je me sens mal de m’exposer ainsi alors que je voudrais pouvoir rentrer dans un trou de souris, parce que je n’ai pas envie que ma famille et mes amis lisent ce billet, bref, pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Mais aujourd’hui, c’est la journée mondiale contre les violences faites au femmes. Déjà, je trouve ça dingue qu’il faille une journée mondiale pour ça, ça devrait aller de soi qu’on ne se sert pas de sa femme comme punchingball ; pourtant, une femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son compagnon en France. Je ne comptais pas spécialement vous en parler mais aujourd’hui, justement, je me suis fait « agresser » dans le métro. « Agresser », j’hésite à utiliser ce mot, qui me semble si fort et si violent mais je ne devrais pas. Quelqu’un a envahi mon espace vital sans autorisation, ce n’est pas la 1° fois ni sans doute la dernière mais je ne devrais pas trouver que ce n’est « pas si grave », je devrais hurler mon indignation. C’est donc ce que je vais faire, même s’il n’ a pas grand monde pour l’entendre et que je ne suis pas très sure d’assumer.

          Voilà l’histoire tristement banale : je prends le métro pour sortir, la ligne 13 est bondée, comme d’habitude. Je monte, un homme est derrière moi et me colle. Je ne fais pas vraiment attention jusqu’à ce que je remarque qu’il me colle vraiment de trop près pour un encombrement de la rame relativement modeste. Je bouge un peu, il se rapproche et s’appuie carrément sur moi au point que j’ai du mal à me tenir debout. Là, pas de doute, j’ai affaire à un porc. Pas qu’il ait l’air violent ou dangereux simplement, j’aime autant éviter que des inconnus touchent mes fesses, question de principe. J’aurais pu crier, lui balancer un coup de pied dans l’entrejambe bien mérité (j’y ai songé très fortement) mais je n’ai rien fait. Parce que j’avais honte. Parce que si on fait une réflexion, c’est nous qu’on regarde comme si on était les rebuts de l’humanité, parce que jamais personne ne prendra notre défense (et que quand quelqu’un le fait il est poursuivi pour agression) et que si on réagit, il y a de fortes chances pour que les ennuis soient pour nous, de toute façon. Alors on essaie de changer de place en se faisant le plus discrète possible, on sort du métro si on n’arrive pas à esquiver autrement, et on invente une excuse bidon pour expliquer le retard qui s’ensuit.

          Si j’avais frappé cet homme, il aurait surement couiné un « la salope, elle m’a agressé, j’ai rien fait ». Avant probablement de me malmener physiquement. Deux-trois mecs bien bâtis auraient fini par demander ce qui se passe ; s’en serait suivie une bagarre dans le métro et non seulement j’aurais certainement pris des coups et des insultes mais mes chances d’arriver à l’heure à la 1° de Casse-Noisette à l’Opéra Bastille auraient sérieusement été mises à mal. Pourtant j’aurais dû faire quelque chose. J’aurais dû ne pas être lâche. J’aurais dû faire payer à cet abruti sans cervelle de s’être frotté à moi (au sens littéral comme au figuré) et me démerder pour que ça finisse devant les flics, quitte à pourrir ma soirée. Parce qu’il y en a assez de toujours se taire. Pourquoi donc les femmes se sentent-elles si honteuses de se faire agresser ? Qu’est ce que j’avais fait ? Ma robe noire au genou, ras du cou et mes collants opaques étaient scandaleux ? J’étais bien coiffée donc je voulais séduire et le premier venu ferait bien l’affaire ? Pourquoi donc se pose-t-on systématiquement ces foutues questions à chaque fois, comme si on était responsable de la connerie d’autrui. Je suis la première à crier haut et fort qu’on ne devrait pas avoir à s’excuser d’une agression, que je m’habille comme je veux, ça ne regarde que moi ; et pourtant, quand ça m’arrive, je réagis comme les autres : je me tais.

          Je n’ai jamais eu peur à Paris. Je n’ai jamais été volée, frappée et même rarement emmerdée. De temps en temps, des jeunes un peu trop alcoolisés m’accostent si je rentre tard mais jamais ce n’est allé au delà de quelques phrases un peu lourdes. Mais depuis quelques temps, je remarque que dans le métro, les mains aux fesses deviennent légion et que celles qui osent s’insurger n’ont droit qu’à un silence gêné, dans le meilleur des cas. Je me demande pourquoi on ne trouve pas ça « grave ». Parce qu’il n’ a ni coups, ni viol ? que c’est juste notre dignité qui est en jeu ? Ca me rappelle le film « Les femmes du bus 678 ». Sérieusement, on en arrive là. On s’insurge contre les viols en Inde mais on se tait sur ceux qui se multiplient dans le RER en ce moment. On est toujours plus intéressés par ce qui se passe loin que par les problèmes qu’on a sous le nez. Je ne sais pas de quoi j’ai le plus honte : d’avoir été la cible d’un mec qui se croit tout permis ? ne pas avoir osé réagir ? de m’être sentie faible et vulnérable ? d’avoir eu peur du regard des autres ? d’avoir été lâche ? Je crois plus que tout, j’ai honte d’avoir honte. Parce qu’il n’y a pas de raison, parce que c’est lui qui devrait être mort de honte, parce que c’est à lui que les gens devraient lancer la pierre (plusieurs de préférence). Parce que ça ne devrait pas être une situation banale dont on s’accommode en baissant la tête. Et pourtant, je n’arrive à me défaire du sentiment d’être « salie », autant par ses actes à lui que par l’absence des miens. J’ai honte d’être une féministe aux réflexes machistes. Décidément, côté respect de la femme il  a encore un sacré chemin à faire.