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Désert solitaire

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          À la fin des années 1950, Edward Abbey travaille deux saisons comme ranger dans le parc national des Arches, en plein cœur du désert de l’Utah. Lorsqu’il y retourne, une dizaine d’années plus tard, il constate avec effroi que le progrès est aussi passé par là. Cette aventure forme la base d’un récit envoûtant, véritable chant d’amour à la sauvagerie du monde, mais aussi formidable coup de colère du légendaire auteur du Gang de la Clef à Molette.

          Mon amour pour Edward Abbey a commencé il y a bien longtemps déjà, lors de mes premières années de fac, avec son fameux Gang de la clef à molette. Depuis j’ai lu quelques autres ouvrages de cet écologiste convaincu et grand amoureux de sa terre natale, jamais il ne m’a déçue. Et chaque fois, j’ai refermé ses romans avec l’envie d’aller découvrir les paysages arides qu’il décrit avec tant d’amour. Quand j’ai ce texte à la librairie, j’ai donc sauté dessus. Toujours édité chez Gallmeister, évidemment, ce qui ne gâche rien au plaisir (si vous ne les connaissez pas et que vous aimez les grands espaces, piochez n’importe quel livre dans leur collection, vous avez bien peu de chances d’être déçus).

Couverture de Désert solitaire d'Edward Abbey

          Présenté comme l’ouvrage qui a fait découvrir l’auteur et qui serait depuis devenu un classique du genre, je n’en avais jamais entendu parler. En même temps, je suis loin d’être une spécialiste. Toujours est-il que j’étais curieuse. Ca pouvait vraiment être plus percutant que le Gang de la clef à molette ? Je ne demandais qu’à être convaincue. Bon, je vous le dis de suite, ça n’a en réalité que peu de rapport surtout. Le premier est un roman à l’humour grinçant, le texte ici présent est plutôt un journal mélancolique et assez peu optimiste quant à l’avenir (ah Edward Abbey, ce fameux boute en train !).

          J’ai trouvé certains passages splendides, d’autres un peu arides (sans mauvais jeu de mots). C’est un peu inégal. Il faut dire que le texte a été écrit à différents moments et constitue grosso modo un assemblage de journaux tenus par l’auteur lorsqu’il était ranger dans le parc des Arches, avec quelques réflexions ajoutées a posteriori, au moment de l’édition (soit 10 ans après l’écriture de la plupart des passages). Le tout est un genre d’essai écologiste assez visionnaire et plutôt pessimiste. J’ai beaucoup aimé le début de ce texte. Même si l’écriture est moins travaillée que pour les romans de l’auteur j’ai retrouvé avec grand plaisir sa manière si minutieuse et pleine d’émerveillement de décrire le paysage qui l’entoure. On peut difficilement imaginer plus belle déclaration d’amour au désert.

          De suite, peut-être plus encore que dans ses autres textes, ce livre m’a donné envie de partir illico découvrir les paysages décrits. Sauf que bien rapidement la prise de conscience tombe : l’univers que nous décrit Edward Abbey n’existe plus vraiment. Ce qu’il nous raconte avec fort peu d’optimisme quant à l’avenir, c’est un monde sur le déclin, que le tourisme de masse (alors en devenir aux Arches) est amené à détruire. A moins que ce ne soit l’industrie minière ou les barrages hydro-électriques qui s’en chargent. Toujours est-il qu’il y a 50 ans déjà, cet écosystème très fragile et encore préservé était mis à mal. L’auteur nous raconte avec tout la mélancolie dont il est capable – une forte dose donc – un monde sur le point de disparaître.

Portrait d'Edward Abbey

          Page après page, ce texte m’a plongée dans un état assez douloureux. Il m’a filé un sacré bourdon. On ne peut pas dire qu’il transmettre la joie de vivre, ça donne plutôt l’envie d’aller se terrer dans un coin aussi éloigné que possible de l’humanité. L’auteur n’est pas exactement un optimiste né mais j’ai bien peur qu’il ait tapé assez juste concernant ses prévisions (il faut dire que pas mal d’aménagements étaient déjà en cours à l’époque et ça ne se présentait pas exactement bien). Ca pose pas mal de questions sur le développement touristique et/ou économique des régions les plus préservées dont on ne peut pas dire que l’auteur en soit un fervent défenseur. Il est plutôt très conservateur en matière d’environnement. Si je partage bon nombre de ses idées, je trouve le sujet assez complexe et son point de vue est intéressant à défaut d’être complet. L’arrivée massive de touristes signe forcément la fin d’un monde, au moins en partie.

          Je me suis demandée ce que ça me ferait si un jour mon petit coin de montagne devenait plus accessible. Le cerf ne viendrait certainement plus brouter dans le jardin, ce serait plus bruyant, lumineux et peuplé. Ce ne serait plus rien qu’à moi ou presque. Ca me rendrait profondément triste. Mais j’ai également conscience d’être privilégiée et je comprends que d’autres veuillent avoir accès à la nature, tout comme je comprends – mais n’approuve pas franchement – les enjeux économiques qui peuvent pousser à un développement touristique qui laisse bien souvent de côté l’aspect environnemental. Peut-être qu’un jour j’aurai la chance d’aller admirer les Arches, mais je ne les verrai jamais sauvages et quasi vierges de toute présence humaine. Ce texte m’a rendue profondément nostalgique d’un monde que je ne connaîtrai jamais autrement que par les mots. Ca m’a fendu le cœur. Beau et déchirant.

Parc des Arches, Utah

Nous avons besoin de la nature, que nous y mettions le pied ou non. Il nous faut un refuge même si nous n’aurons peut-être jamais besoin d’y aller. Je n’irai peut-être jamais en Alaska, par exemple, mais je suis heureux que l’Alaska soit là.

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Lorsqu’un homme ne peut que craindre de boire l’eau des rivières et des torrents de son pays, alors ce pays ne vaut plus la peine qu’on y vive.

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Le Congrès répond toujours présent lorsqu’il s’agit de dégager des fonds pour toujours plus de routes plus grandes partout, surtout si elles forment des circuits.
L’industrie pétrolière adore les circuits, qui ramènent l’automobiliste exactement à la station-service d’où il était parti.

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La spéculation: là était le vrai filon. Et l’argent se déversait à flots de tout le pays; l’argent de ceux, toujours nombreux dans notre société, qui brûlent de vivre du travail des autres, qui brûlent de récolter ce qu’ils n’ont pas semé.

La maison des Turner d’Angela Fournoy

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          Cela fait plus de cinquante ans que la famille Turner habite Yarrow Street, rue paisible d’un quartier pauvre de Detroit. La maison a vu la naissance des treize enfants et d’une foule de petits-enfants, mais aussi la déchéance de la ville et la mort du père.
Quand Viola, la matriarche, tombe malade, les enfants Turner reviennent pour décider du sort de la maison qui n’a désormais plus aucune valeur, la crise des subprimes étant passée par là.

          Rentrée littéraire encore et toujours. J’avais entendu dire le plus grand bien de La maison des Turner. Émouvant, tout ça tout ça. Le nom me tentait bien (même si ça n’a absolument aucun rapport avec le peintre, impossible de ne pas y penser). J’étais confiante. Vous remarquerez que malgré mes airs bourrus je suis souvent confiante. Et je suis souvent déçue. La vie est cruelle. Admettons-le, je n’ai pas du tout accroché avec le début de ce roman. Les histoire de famille nombreuse de fantôme, franchement, pfff, voilà quoi. Surtout les fantômes. Désolée, je ne suis pas toujours très ouverte, je l’admets, mais là, ça ne passait pas. Impossible de m’y intéresser.

Angela Fournoy roman

          J’ai quand même continué. J’en avais entendu dire du bien, je voulais quand même savoir pourquoi (serais-je finalement sensible à la pression sociale ?!). Et franchement, je me suis ennuyée ferme. Toujours impossible de m’intéresser au fantôme, la famille ne m’a pas passionnée plus que ça, non, vraiment, l’ennui. Le vrai. J’ai hésité à abandonner. Ce n’était même pas mal écrit, même pas mauvais, juste terriblement chiant. Je m’étais fixée d’arriver à la moitié, comme une sorte de défit lancé à moi-même. Et puis, vers la moitié justement, ça a commencé à m’intéresser. Vaguement plus du moins. Suffisamment pour avoir envie de continuer. Il était temps !

          Bon, certes, il faut beaucoup, beaucoup, beeaaaauuuucoup de temps pour rentrer dans cette histoire. Beaucoup trop même. Mais au final, on s’y fait, on rentre dans le rythme, on se familiarise avec ses nombreux personnages, on apprend à les connaître, à les apprivoiser. Et au final, ce n’est pas si mal. C’est même plutôt bien. Mais quelle lenteur ! Franchement je me demande encore par quel miracle j’ai bien pu avoir la patience d’en venir à bout. Pourtant les liens entre les personnages se tissent peu à peu, on finit par reconstituer leur histoire et c’est assez intéressant. Dommage que ça prenne autant de temps mais ce n’est finalement pas illogique avec autant de personnages.

          Au final, j’ai bien aimé ce roman familial mais ce n’aura pas été facile ! Ca met du temps à démarrer et surtout au début (enfin durant la première moitié même) j’ai eu du mal à saisir les différences de caractère entre les personnages, pas assez marquées pour qu’on s’attache à l’un ou l’autre, en dehors de celui qui voit le fantôme mais m’était assez antipathique. Cette histoire est inspirée de celle de la famille de l’auteur et ça se sent au fil des pages dans la tendresse qu’elle éprouve envers ses personnages et qu’on finit par ressentir. J’ai particulièrement apprécié les passages sur l’histoire des parents, qui sont pour moi les plus touchants. Malgré une incroyable lenteur et une histoire pas tellement palpitante, on finit par s’attacher à cette famille hors normes et à prendre un certain plaisir à la lecture de ce roman.

La maison des Turner

Les maisons sont plus hantées par des humains que par des fantômes. Les hommes et les femmes accordent de la valeur à la brique et au mortier, associent leur identité aux remboursements effectués à temps.

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Une ville a sa propre temporalité et sa propre cruauté. Il y avait de la cruauté à la campagne aussi, mais elle était franche. Pas voilée derrière des promesses de progrès, ni subtile dans ses manifestations.

Personne ne gagne, Jack Black

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          De San-Francisco au Canada, de trains de marchandises en fumeries d’opium, d’arnaques en perçages de coffres, du désespoir à l’euphorie, Jack Black est un bandit: parfois derrière les barreaux, toujours en fuite. Avec ironie, sagesse et compassion, il nous entraîne sur la route au tournant du XXe siècle. Personne ne gagne est un hymne à une existence affranchie des conventions.

Personne ne gagne, Black Jack, couverture

          Disons-le tout net, la première chose qui donne envie de lire ce livre c’est sa couverture. Pour un format semi-poche à moins de 12€, il est tout simplement magnifique avec sa couv’ noire et argent. Gros coup de foudre pour son design. Ce livre est de toute beauté. Bon, dommage que le papier ne soit pas d’aussi bonne qualité mais il a l’avantage d’être fin et donc peu encombrant au vu du nombre de pages. Mon sac à main apprécie. Bon les considérations esthétiques étant passées, il est comment ce livre ? Je dois avouer qu’il m’est tombé dans les mains par hasard et que je ne savais pas trop de quoi ça parlait. J’ai beaucoup aimé le début. Un style un peu désuet mais vif et pas dénué d’humour et surtout une histoire qui sent bon l’aventure et le vagabondage qui n’est pas sans rappeler Jack London.

          L’histoire est assez riche en péripéties et j’ai beaucoup aimé l’aspect très aventureux. Je n’avais pas lu la quatrième de couverture et arrivée environ à la moitié du roman, j’ai été obligée de vérifiée quand ç’avait été écrit et par qui. Le roman a été publié pour la première fois en 1926, ça explique donc certaines expressions passées de mode et un style parfois un rien pompeux : tout s’explique. Quant à l’auteur, c’est plus ou moins sa vie qu’il nous raconte, lui-même ayant été voleur et vagabond et ayant passé pas mal de temps en prison. Pas étonnant que ça me rappelle les romans de London sur les bas fonds ! C’est bien écrit et l’auteur a un sacré talent de conteur, ils nous amène à ses côtés à l’aventure, qu’il nous narre avec un certain recul et parsème de réflexions sur sa vie.

Si j’ai adoré le premier tiers, j’ai par la suite trouvé qu’il y avait quelques longueurs. Mais ça n’en est pas moins palpitant. Vols, prison, vagabondage… ça s’enchaîne à un rythme effréné. On a ensuite bien sûr ses préférences en terme de récit, l’aspect aventure ayant tendance à avoir ma préférence. Même si je dois avouer qu’à un moment j’ai presque ressenti un trop plein de péripéties : ça part tellement dans tous les sens que parfois j’aurais aimé plus de « sentiment » (oui oui, je vous jure). La fin quand à elle m’a un peu déçue. Je chipote, cependant, ce roman reste une excellente surprise. C’est bien écrit, c’est rythmé, un plaisir malgré quelques longueurs. Encore une bonne pioche chez Monsieur Toussaint Louverture. Une vraie belle découverte que ce roman surprenant et intemporel.

Portrait de Jack Black

Quarante ans que je suis sur terre, et regarde où j’en suis. J’ai pas un sou à moi. S’il pleuvait de la soupe, j’aurais même pas de quoi m’acheter une cuillère, la liste de mes dettes est plus longue que la corde à linge d’une veuve.

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Je ne trouvais pas ça très correct de sa part, mais qu’est-ce que je pouvais faire ? Je n’étais qu’un pauvre voleur, un honnête voleur à la merci d’un avocat de grand chemin.

Valet de pique

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          Quel auteur n’envierait-il pas le sort de Andrew J. Rush ? Écrivain à succès de romans policiers, père de famille heureux, il vit dans une petite ville du New Jersey. Mais Andrew a un secret que même ses plus proches ignorent : sous le pseudonyme de Valet de pique, il écrit des romans noirs, violents, pervers, qui scandalisent autant qu’ils intriguent le monde littéraire.

Couverture de Valet de pique de Joyce Carol Oates

          J’ai découvert les romans de Joyce Carol Oates il n’y a pas si longtemps et j’ai de suite adoré sa prose. Un univers très sombre et une sacrée plume ! Je me suis donc jetée sur son dernier livre (à retardement toutefois, trop de lectures m’attendaient). J’avais super hâte de le lire ! Bon, je dois admettre qu’au premier abord ce n’est pas exactement mon Oates préféré. Le sujet m’a moins accrochée que d’habitude. Pourtant, ça parlait d’un écrivain, ça aurait dû me plaire mais bon, en comparaison avec les précédents, c’était bien gentillet. Ca ne m’a pas emballée plus que ça.

          Le personnage principal m’a vite été assez antipathique. Un écrivain riche à qui tout réussit et qui se regarde le nombril, pas franchement mon truc. Maaaiiis, même si le personnage m’a agacée et que l’univers était trop lisse à mon goût, j’ai pourtant dévoré ce roman. Etrange non ? Je l’ai lu en à peine 24h. Certes, il n’est pas très long, mais tout de même. Donc je n’ai pas aimé plus que ça mais j’ai été suffisamment prise par l’histoire pour ne plus pouvoir lâcher ce roman. Très étrange. Comme quoi, même quand Oates s’attaque à des histoires moins tordues (quoi que…), elle continue à nous fasciner.

Portrait de Joyce Carol Oates

Être un « personnage public » revient à porter une cible dans le dos. C’est le revers de la célébrité, on attire l’attention des déséquilibrés.

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Celui qui va vers elle ne revient pas

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          Marié dès l’âge de dix-huit ans à une femme que sa communauté lui a choisie, Shulem Deen a longtemps mené une vie austère encadrée par les règles strictes des skver. Considérés comme trop extrêmes même par les plus fanatiques – les satmar, les belz, les loubavitch –, les skver font revivre les coutumes et les pratiques des premiers Juifs hassidiques et se tiennent à l’écart du monde extérieur. Seulement, un jour, Shulem s’est mis à douter.

Couverture de Celui qui va vers elle ne revient pas de Shulem Deen

          J’avais lu la quatrième de couverture de ce livre avant de le commencer pourtant, allez savoir pourquoi, je ne m’attendais pas du tout à ça. J’avais dû lire en diagonale, ou mal, en oublier la moitié ou comprendre de travers, en tout cas j’avais visiblement raté quelque chose. Je ne sais pas pourquoi je l’associais à l’histoire d’un homme qui fuit la guerre et s’installe aux Etats-Unis. Au-cun rap-port. Le livre fait dans les 400 pages et quand j’ai vu comme c’était écrit petit, j’ai eu un léger moment de découragement. Et puis bon, ça avait l’air intéressant mais les juifs ultra-orthodoxes ça ne me vendait pas trop du rêve non plus. Bref, je traînais un peu des pieds et je regrettais presque mon choix.

          Pourtant, dès les premières pages, j’ai eu un gros coup de cœur pour le style. C’est extrêmement bien écrit. J’ai trouvé qu’il y avait un petit côté journalistique dans la plume (ce qui s’est avéré juste). Sans doute parce que l’auteur prend un certain recul avec sa propre histoire. Il décrit sa vie passée en essayant d’être juste, sans acrimonie, voire même avec une certaine tendresse. Et surtout avec une bonne dose d’auto-dérision. Cet homme a un talent fou. Dès le début, on sait qu’il va se faire exclure de sa communauté pour hérésie, il revient ensuite sur ce qui là mené là. Comment il a grandi dans la religion et s’est investi dans une frange ultra-orthodoxe et hyper rigoriste pour perdre ensuite peu à peu ses convictions.

Portrait de Shulem Deen

          L’histoire est passionnante. En quelques pages à peine, j’étais plongée jusqu’au cou dans cet univers et j’avais le plus grand mal à lâcher ce roman. Je dois avouer que je n’y connais rien en juifs ultra-orthodoxes et ceux-là sont particulièrement sectaires. J’ai le plus grand mal à croire qu’il y a de nos jours des gens qui vivent encore selon l’observance aussi stricte des traditions ancestrales à deux pas de New-York (enfin, ça me fait la même chose avec les mormons). J’avoue que cette découverte m’a fascinée. Et si l’auteur est sorti de ce milieu très fermé, il en parle toutefois avec un certain respect. Il met en avant les aberrations tout en expliquant comment il y a adhéré. J’ai aimé qu’il nous permette de comprendre le fonctionnement de cette communauté.

          Si c’est intéressant de découvrir un mode de vie aussi extrême et ses motivations, j’ai été plus intriguée encore par la suite. Comment fait-on pour s’adapter à une vie « normale ». Ca semble tellement impossible quand on vient d’aussi loin, honnêtement j’étais curieuse de voir comment notre héros allait s’en sortir. Inutile de dire que ce n’est pas rose tous les jours. J’aime beaucoup le recul avec lequel il raconte ça. Il porte un regard sur sa vie assez implacable mais non dénué de tendresse et d’humour. J’aurais aimé savoir ce qu’il advenait de cet homme et de ses relations avec ses anciens proches, mais peut-être lui-même n’a-t-il toujours pas la réponse. Ce témoigne est absolument passionnant. Intéressant, drôle, original et bien écrit : un grand livre.

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