Archives de Tag: littérature américaine

La fabrique des illusions

Par défaut

          Molly Howe est une jeune fille admirée et gâtée par la vie jusqu’au jour où le secret qu’elle dissimulait est exposé au grand jour. Elle s’enfuit alors à Berkeley où elle trouve réconfort dans les bras d’un jeune étudiant en art, John Wheelwright, qui tombe éperdument amoureux d’elle. Jusqu’à ce qu’elle disparaisse de nouveau.

          Lu il y a longtemps, voici un roman dont je n’ai toujours pas pris le temps de vous parler. Rassurez-vous, si mes souvenirs sont vagues, j’avais pris des notes, me doutant bien que cet article tarderait à paraître. Il vaut bien avouer aussi que je ne sais trop que dire de ce texte qui m’a laissée un peu dubitative. On me l’avait offert il y a quelque chose comme deux ans et – en ayant entendu dire le plus grand bien – j’avais hâte de le lire. Je ne sais pas trop à quoi je m’attendais mais bizarrement pas du tout à ça (je crois que je faisais un amalgame avec le film « L’illusionniste », qui n’a pas le moindre rapport, d’où un certain temps de flottement lorsque j’ai compris mon erreur).

La fabrique des illusions

          Le style est classique mais agréable, quoique peut-être un peu indigeste par moments. Le début s’avère assez prenant, avec deux personnages opposés dont j’ai aimé suivre l’évolution. L’un m’a été plutôt sympathique, l’autre moins, mais j’ai apprécié la découverte de leurs histoires respectives, avec deux univers bien distincts et très riches. La mise en place du récit est très longue et pourtant – fait rare – c’est la partie que j’ai préférée dans ce texte, et de très loin ! J’ai en revanche été plus mitigée sur le dernier tiers. D’une part il y a quelques sérieuses longueurs et le propos manque un peu de clarté. Je n’ai pas bien compris où ça allait et quel était sensé être le message. Ca m’a quelque peu laissée sur ma faim… Il y a beaucoup de bonnes choses dans ce roman qui présente des facettes pas très glorieuses du rêve américain. Le propos se perd un peu en route mais l’ensemble reste plutôt bon.

Notre culture ne propage aucune valeur hormis cet étrange autodénigrement suggéré par ce perpétuel sourire d’ironie : nous nous abstrayons de nous-mêmes pour mieux nous protéger du terrible vide de l’existence que nous menons aujourd’hui.

Genius, à la rencontre de Thomas Wolfe

Par défaut

Biopic, drame britannico-américain de Michael Grandage avec Colin Firth, Jude Law, Nicole Kidman
Écrivain à la personnalité hors du commun, Thomas Wolfe est révélé par le grand éditeur Maxwell Perkins, qui a découvert F. Scott Fitzgerald et Ernest Hemingway. Wolfe ne tarde pas à connaître la célébrité, séduisant les critiques grâce à son talent littéraire fulgurant.
Malgré leurs différences, l’auteur et son éditeur nouent une amitié profonde, complexe et tendre, qui marquera leur vie à jamais.

368568.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

Vous l’aurez remarqué, je vais très peu au cinéma depuis le début de l’année. Trop peu. Bien trop peu. Je comptais y remédier mais ça n’en prend pour le moment pas du tout le chemin. Bref, je manque à tous mes devoirs. J’ai quand même réussi à trouver la motivation pour aller voir Genius, qui n’était pourtant pas spécialement prioritaire sur ma liste de films à voir (loin s’en faut). Mais bon, vous savez ce que c’est, j’ai fait des études d’édition, dès que le sujet vient sur le tapis, la curiosité l’emporte ! Je ne savais pas grand chose de ce film avant d’aller le voir, si ce n’est qu’il concernait Thomas Wolfe et son éditeur, écrivain de je n’ai par ailleurs rien lu et qui me semblait assez obscur (sur ce point, je n’avais peut-être pas tort). Autant dire que c’était bien maigre comme informations.

Genius, Jude Law

J’ai été assez surprise de constater que le casting était aux petits oignons : Colin Firth, Jude Law, Nicole Kidman… Quitte à paraître ridicule, je me suis même dit que c’était un peu trop impeccable comme casting, ça sentait presque l’embrouille cette histoire. Kidman est un peu jeune pour le rôle (l’amante de Wolfe est censée être bien plus âgée que lui, ce qui en l’occurrence ne saute pas du tout aux yeux), pour le reste je dois admettre avoir été agréablement surprise. J’avais peur que Jude Law soit un peu fade pour incarner un tel personnage mais j’ai été étonnée de constater qu’il faisait un génie au bord de la folie diablement convaincant ! Quant à Colin Firth, le rôle de cet éditeur paternaliste lui va à merveille. Beau casting donc. C’est d’ailleurs un des points forts de ce film dont je n’attendais pas grand chose.

Genius, Colin Firth

Pour le reste, ça demeure classique. Un biopic assez sage et sans grande surprise. La photo est très soignée avec quelque plans magnifiques, pour qui aime les ambiances très marquées tout du moins (le côté sépia virerait presque ridicule tant il est forcé). L’esthétique, même si elle reste convenue, n’en est pas moins le deuxième gros point fort du film. Malheureusement, ce que certains plans apportent en esthétique, ils l’ôtent en fluidité, la mise en scène aurait mérité d’être un peu plus inspirée, à la hauteur de la folie de son personnage. La musique est quant à elle un peu pesante par moments mais s’avère assez variée pour éviter de trop long moments de malaise. Malgré tout, l’histoire est intéressante – quand on s’intéresse à l’édition du moins – et j’ai trouvé les textes de Wolfe admirablement mis en valeur. Ca m’a donné envie de les lire en version bilingue, moi qui suis nulle en anglais ! La question de la place de l’éditeur dans le processus créatif est évoquée mais aurait sans doute mérité d’être plus centrale. Finalement, malgré un joli casting et quelques très beaux plans, un film un trop convenu pour convaincre vraiment. 

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur

Par défaut

Dans une petite ville d’Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Homme intègre et rigoureux, cet avocat est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une Blanche. Celui-ci risque la peine de mort.

ne tirez pas sur l'oiseau moqueur

Il y avait très longtemps que je voulais lire ce roman. Dans l’ensemble, j’avais entendu dire le plus grand bien de ce classique de la littérature américaine. J’avais quand même entendu quelques personnes dire qu’elles avaient eu du mal à rentrer dedans et qu’elles avaient trouvé le style un peu vieillot, j’étais donc assez pressée de voir par moi-même ce qu’il en était. Eh bien franchement, je n’ai pas du tout été déçue. J’ai de suite accroché avec le style et je me suis très vite attachée au personnage principal qui ne manque pas de caractère. Cette petite fille vive et intelligente ne peux que nous faire fondre. Le début lui est essentiellement consacré et paraîtra peut-être un peu long à certains, avec beaucoup de jeux d’enfants qui pourraient sembler futiles quand on sait que le roman traite avant tout de racisme. Pourtant j’ai trouvé que ça permettait de se familiariser avec les personnages, leur caractère et leur univers, ce qui aide également à comprendre le contexte, les remarques de notre petite héroïne n’étant pas toujours aussi anodines qu’il y paraît.

Vers la moitié du roman, l’ambiance change peu à peu. Atticus, le papa de Scoutt, est avocat et accepte de défendre un homme noir accusé du viol d’une jeune fille blanche, tout en sachant que c’est perdu d’avance. Les tensions montent dans leur petite communauté et la famille se retrouve au centre des quolibets. Il est intéressant de voir la situation à travers les yeux d’une petite fille qui n’a pas du tout les mêmes a priori ni la même vision des choses que les adultes. Son innocence fait paraître la situation plus cruelle encore et fait ressortir la bêtise des gens qui l’entourent. Le procédé est pour le moins habile est très efficace, d’autant plus qu’il offre une certaine légèreté à l’ensemble tout à fait bienvenue. Si ce roman dénonce avant tout la ségrégation, il n’est pas tendre non plus quant à la place laissée aux femmes. Aujourd’hui cela peut sembler anodin mais à l’époque de la publication de ce texte, il fallait un certain courage pour s’attaquer au sujet et ce livre a fait grand bruit. Il a obtenu le prix Pulitzer en 1961. Dans ce roman (son premier et longtemps unique), Harper Lee dénonce le racisme avec humour et sensibilité. J’ai reposé ce livre bouleversée. Une réputation de chef-d’oeuvre qui est loin d’être usurpée. 

Harper Lee

Je voudrais que tu comprennes ce qu’est le vrai courage. C’est savoir que tu pars battu d’avance, et malgrè cela, agir quand même et tenir jusqu’au bout.

_______________

Avant de vivre en paix avec les autres, je dois vivre en paix avec moi-même. La seule chose qui ne doive pas céder à la loi de la majorité est la conscience de l’individu.

______________

Il y a des gens qui … qui sont si préoccupés par l’autre monde qu’ils n’ont jamais appris à vivre dans celui-ci et tu n’as qu’à descendre la rue pour en voir les résultats.

Mille femmes blanches – Jim Fergus

Par défaut

          En 1875, le grand chef indien Little Wolf et le Président des Etats-Unis signent un accord : pour resserrer les relations entre leurs peuples, ils s’engagent à échanger 1000 chevaux contre 1000 femmes blanches. La plupart des volontaires ont été recrutées dans les pénitenciers et les asiles. Parmi elles, May Dodd, qui se donnera pour mission de consigner leur histoire.

80657611_o

          Ce premier roman de Jim Fergus est inspiré d’une histoire vraie. J’avais découvert cet auteur il y a quelques années avec « La fille sauvage », récit qui m’avait fascinée. Pourtant, malgré mon envie pressante, j’ai attendu très longtemps avant de lire un autre de ses romans. Peut-être parce que je les sais rares et que je voulais faire durer le plaisir. Je dois dire que je n’ai pas été déçue. Ce texte est extrêmement fort ! Cette histoire est incroyable. Certes les personnages sont inventés mais les bases historiques sont solides et on peut imaginer sans peine que ce qu’ont vécu ses femmes doit ressembler de très près à ce que nous dépeint l’auteur. Un réalisme qui m’a particulièrement séduite.

          L’écriture de Jim Fergus est très classique et sans grandes fioritures. Elle me fait un peu penser à des récits de la fin du XIX° ou du début du XX° par sa rigueur. Elle demeure toutefois très agréable et je trouve que sa précision donne des airs de documentaires à l’histoire qui la mettent particulièrement en valeur et lui donnent une force surprenante. L’auteur est passionné par l’histoire cheyenne et ça se sent ! Il nous livre un récit loin des clichés sur les indiens. J’ai trouvé absolument passionnant de découvrir le mode de vie des Cheyennes. J’ai souvent la sensation quand il s’agit des indiens que les choses sont présentées de manière très partiale (et partielle), ici il y un réel effort pour présenter les faits de la manière la plus juste possible que certains ne trouveront peut-être pas très romanesque mais qui est très enrichissante.

          Jim Fergus écrit peu mais a un réel talent pour déceler les bonnes histoires et leur donner vie. En effet, ce contrat stipulant que des femmes seraient échangées contre des chevaux pour renforcer les relations entre blancs et indiens et tout simplement incroyable. Et pourtant ! J’ai toujours aimé voir ce genre de faits historiques méconnus ressortis des placards, le moins qu’on puisse dire, c’est que j’ai été servie ! Ce roman aide à prendre la mesure de l’incompréhension qui a pu régner entre blancs et indiens et de l’incompatibilité de leur culture et de leurs modes de vie. Un roman absolument passionnant que j’ai dévoré d’une traite. A lire absolument !

Jim-Fergus

Franchement, vu la façon dont j’ai été traitée par les gens dits « civilisés », il me tarde finalement d’aller vivre chez les sauvages.

______________

Si les Indiens ont peu contribué à la littérature et aux arts de ce monde, c’est sans doute qu’ils sont trop occupés à vivre.

_______________

Les Cheyennes croient que toute chose ayant eu lieu quelque part – chaque naissance, chaque vie, chaque mort – s’y trouve toujours, de sorte que le passé, le présent et l’avenir cohabitent éternellement sur terre.

Esprit d’hiver – Laura Kasischke

Par défaut

          Le matin de Noël, Holly se réveille tard, assaillie par une angoisse inexplicable. Son mari part chercher ses beaux-parents à l’aéroport et un fort blizzard se lève. Elle se retrouve seule avec Tatiana, sa fille adoptive, pour préparer le repas avant l’arriver des invités. Mais l’adolescente d’habitude si serviable a ce jour-là un comportement bien étrange.

esprit-hiver-1400743-616x0

          Alors que je cherchais l’inspiration pour une ou deux lectures intéressantes dans cette rentrée littéraire qui ne m’inspirait guère, un libraire m’a (entre autres) conseillé ce roman qu’il m’a présenté comme un de ses coups de cœurs de ce cru 2013 par ailleurs un peu fade. Il semblait par ailleurs avoir un goût assez sûr, une longue discussion sur nos lectures respectives ayant montré qu’il avait beaucoup de culture, était heureux de la partager et que nos affinités littéraires semblaient assez proches. Je lui ai donc fait confiance et suis repartie avec, sur les 4 romans qu’il m’a conseillés, les 2 deux je n’avais jamais entendu parler, dont celui-ci. Je dois admettre que les premières pages m’ont un peu déçue : je m’attendais à quelque chose de beaucoup mieux écrit ! Le style n’est pas exceptionnel, il est assez plat. On ne peut pas dire que le vocabulaire soit très riche, les tournures de phrases ne sont pas franchement recherchées, bref, c’est un peu pauvre. Ca m’a même parfois un peu gênée dans ma lecture, à un moment je suis même allée jusqu’à me demander si ça valait vraiment le coup de continuer. Il faut dire aussi qu’après Flaubert, difficile de tenir la comparaison, tout paraît désespérément fade !

          J’ai pourtant continué ma lecture. Quelque chose dans l’histoire m’intriguait. La construction peut paraître un peu brouillon. En effet, on alterne entre la journée de Noël et des souvenirs d’Holly avec sa fille, notamment au moment de l’adoption. Toutefois, ça colle très bien avec ce jeu de mémoire qui revient par bribes, en fonction des différents événements de la journée. On sent là comme un secret et peu à peu une angoisse naît puis grandit de page en page, nous accrochant chaque ligne un peu plus à ce roman qui pourtant ne semblait pas si prenant. On semble sombrer dans le fantastique, on se demande où l’auteur veut en venir, si c’est un fantôme ou la folie qui hante ces lieux. Et puis tout s’explique dans un final époustouflant qui m’a laissée K.O. Plusieurs heures durant j’ai repensé à cette fin, à ce livre, sa construction, ce qu’il évoque… J’aurais préféré une écriture à la première personne, moins froide et impersonnelle, qui m’aide à mieux rentrer dans ce texte qui manque un peu d’émotion. Mais malgré un début sans grande saveur, ce roman construit comme un thriller mérite le détour et vous mènera aux lisières de fantastique pour mieux vous égarer et vous préparer à l’apothéose. Une fin comme un coup de poing qui frappe en plein cœur et laisse le lecteur le souffle court et un peu désemparé. 

laurakasischke

Et même si les infirmières des orphelinats faisaient mine de rester froides, elles étaient souvent très attachées aux enfants et à leurs propres fantasmes de vies américaines qui les attendaient. Elles pouvaient refuser de reconnaître ces anomalies, ou bien essayer de les dissimuler. Parfois elles rougissaient les joues des enfants malades ou bien couvraient leur crâne aux plaques chauves avec des bonnets de tricot.

_______________

Bien sûr elle n’avait pas non plus écrit de poèmes depuis d’Annette Sanders l’avait guérie de…

De quoi ?

De son chagrin ? De sa peur ? De la condition humaine ?

Pourtant ça en valait le coup non ? Rilke n’aurait peut-être pas pensé ainsi (Si mes démons devaient me quitter, je crains que mes anges ne prennent à leur tour leur envol – une citation qu’un de ses mentors de l’université avait ressortie toutes les deux semaines environ afin de mettre en garde – de manière extravagante ? – contre la psychothérapie et les antidépresseurs dont certains avaient clairement besoin).