Mes lectures

Mathias MALZIEU, Métamorphose en bord de Ciel

          Tom Cloudman est cascadeur, le plus mauvais cascadeur de tous les temps. Il rêve de voler et s’élance dans les airs à la moindre occasion, mais gare à la chute ! L’atterrissage est chaque fois plus difficile et un jour, alors qu’il est au sommet de sa gloire, il ne peut se relever seul. Un long séjour à l’hôpital commence qui va changer sa vie et peut-être voir se réaliser son rêve de côtoyer les oiseaux.

          J’avais bien aimé les deux premiers romans de Mathias Malzieu, son univers si particulier, un peu morbide mais chargé de poésie. Une écriture qui manque sans doute de maturité mais semble prometteuse. J’espérais donc que ce nouvel ouvrage du chanteur de Dionysos le verrait passer un cap vers une écriture plus maîtrisée, tout en gardant le charme et la fraîcheur de son style.

          J’ai malheureusement été déçue. Si jusque-là j’avais toujours été emportée par ses histoires, si j’étais toujours rentrée sans peine dans son univers, cette fois la magie n’a pas opéré. Je n’ai pas du tout accroché avec ce personnage. L’univers m’a paru plus enfantin que dans les romans précédents, mois tortueux. Ces zones d’ombre m’ont manqué. Les images évoquées m’ont plus agacée qu’émue et le style, pourtant assez vif, m’a vite lassée. Un livre que je n’ai pas réussi à finir, question de disposition aussi sans doute. Espérons que le prochain sera plus convaincant. Cela dit, mon amour pour Mathias Malzieu, reste encore intact…

Si à l’âge de cet enfant j’avais appris que je devais vivre dans un hôpital, je serais mort sur le coup. Électrocuté d’ennui dès la première nuit. J’ai eu le temps des printemps fougueux et des coups de soleil. On m’a laissé cultiver un peu mes rêves à l’air libre. Victor doit faire pousser les siens à la lumière des néons.

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Au menu, piqûres et petit-déjeuner : émincé de pain sec à s’en péter les dents servi avec son coulis de pilules amères.

Mes lectures

Fred VARGAS, L’armée furieuse

          Dans cette nouvelle aventure, le commissaire Ademsberg et son équipe partent sur les traces des légendes normandes et essaient d’arrêter l’Armée furieuse qui terrorise le village depuis des siècles. Il va également devoir prouver l’innocence de Momo-mèche-courte, un petit voyou accusé de meurtre. Mais il trouvera tout de même le temps de sauver un pigeon, avec l’aide de son fils.

          Je n’avais pas spécialement aimé le dernier Vargas, qui sombrait un peu dans la facilité en sombrant dans le fantastique. Les deux d’avant m’avaient plu mais je leur reprochais d’être plutôt destinés au lecteur averti : les intrigues jouaient beaucoup sur l’histoire des personnages, difficile à suivre donc si on n’a pas lu toute la série, alors qu’en théorie, si les personnages évoluent au fil des romans, les enquêtes demeurent tout de même indépendantes. Je craignais donc un peu cette nouvelle histoire, d’autant plus que je n’en avais pas entendu dire que du bien.

          Finalement, j’ai été agréablement surprise. C’est un Vargas bon cru. On y retrouve son univers si particulier et attachant. Elle renoue avec succès avec ses thèmes de prédilections : les croyances populaires. Quand l’historienne ressort, le lecteur est en joie (ben oui, si on peut se cultiver un peu en lisant, c’est quand même mieux, polar ou pas). Les personnages sont toujours décalés et sympathiques. L’histoire (enfin, les histoires entrecroisées) marche bien même si le dénouement est un rien prévisible. Ce roman policier atypique m’a fait passé un très bon moment de lecture.

Il n’arrivait pas à faire coïncider ce nom réputé, en bien ou en mal, avec un homme aussi petit et d’aspect si modeste qui, depuis son visage brun jusqu’à ses vêtements noirs, lui paraissait disloqué, inclassable ou du moins inconforme.

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Ademsberg n’était jamais incommodé par les silences en groupe et il n’éprouvait pas l’instinct compulsif de remplir les blancs coûte que coûte. Les anges, disait-on, pouvaient passer et repasser ses qu’il s’en soucie.

Mes lectures

Jean-Philippe TOUSSAINT, La vérité sur Marie

          Cela fait plusieurs mois déjà que le narrateur ne vit plus avec Marie. Un soir celle-ci l’appelle, suite à un accident. Ces circonstances dramatiques vont le plonger dans ses souvenirs et faire surgir le manque. Aimerait-il toujours Marie ?

          Une histoire assez difficile à résumer. On plonge tour à tour dans les sensations présentes du narrateur et dans ses souvenirs. Son histoire d’amour avec Marie est au centre du récit, et pourtant, ce roman est bien plus que cela : c’est à la fois banal par le sujet choisi et singulier par le traitement. L’écriture est magnifique. Ce n’est jamais larmoyant, jamais mielleux, jamais convenu. Un véritable tour de force. Pourtant ce livre n’impressionne pas, pas de tours de manches ici, on reste dans une relative simplicité.

          Je me méfie assez des histoires d’amour mais celle-ci est magistralement traitée. Je me suis par moments un peu ennuyée dans cette plongée dans les souvenirs qui m’a semblé traîner un peu en longueur. Cependant, la dernière partie fait largement oublier ce petit passage à vide. C’est simple et beau. Ce n’est pas exactement le genre de littérature qui me touche,  pourtant j’ai beaucoup aimé ce livre, qui l’air de rien, sort largement du lot. C’est un très bon roman que signe ici Jean-Philippe Toussaint. L’auteur francophone le plus vendu au Japon mérite qu’on s’y intéresse.

Pourquoi arrivait-il à chaque fois un moment, quand nous étions ensemble, où, tout à coup, toujours, très vite, elle me détestait passionnément.

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Parfois, à partir d’un simple détail que Marie m’avait confié, qui lui avait échappé ou que j’avais surpris, je me laissais aller à échafauder des développements complets, déformant à l’occasion les faits, les transformant ou les exagérant, voire les dramatisant.

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Je connaissais tous les silences de la maison, ses craquements nocturnes, les brusques reprises du réfrigérateur pendant la nuit, que suivait un dégradé de hoquets exténués, qui annonçait le retour apaisé d’un ronronnement plus régulier dans le sombre silence de la maison endormie dans l’obscurité.

Mes lectures

Jean GIONO, Le noyau d’abricot

          Quatre nouvelles inédites de Jean Giono. Des textes de jeunesse qui s’inscrive dans la tradition des contes orientaux et persans : un ancien amant changé en noyaux d’abricot, l’origine des oliviers, comment lutter contre l’ennui avec un brin de raisin ou encore le destin qui se venge d’un prince. Un programme appétissant !

          On sent à la lecture que ces textes ne sont pas aboutis. Ca manque un peu de maturité (ou de maturation ?). On y retrouve un peu l’esprit des premiers textes de Giono, Colline, Regain ou Le serpent d’étoiles. Des grandes envolées lyriques que j’apprécie assez peu. Le meilleur de l’auteur n’est donc pas là, mais c’est quand même toujours le même plaisir de retrouver un peu par hasard un auteur qu’on aime et qu’on avait un peu délaissé. Ces textes ont le charme des retrouvailles qu’ont toujours les inédits.

         Pour ceux qui ne connaîtraient pas Giono et voudraient le découvrir, 3 grands textes : Le hussard sur le toit, évidemment ! on ne le présente plus, Un roi sans divertissement, plus sombre, près du polar, et mon préféré, Deux cavaliers de l’orage, un texte magnifique sur la rivalité entre frères.

La princesse ayant envie…

La Princesse ayant envie de goûter aux bergerades, avait mis une jupe de fausse futaine et chaussé de mignons sabots tournés dans un billot de cèdre saint que ses vaisseaux avaient pris aux lointaines îles.

Elle possédait une ferme dans l’enceinte de son parc, car ce besoin bucolique la poignait assez souvent, et ce jour-là – un jour qui palpitait à la limite de l’automne – elle vint sous la treille déguster les lourdes panses de ses raisins muscat.

Mes lectures

Jean-Claude IZZO, Vivre fatigue

          Un court recueil de nouvelles. Jean-Claude Izzo est marseillais, il croque ici des instants de vie dans les quartiers populaires. Racisme, amour déçu, autant de tragédies pour les héros de ces textes.

          Le style est un peu âpre. Les phrases simples, le verbe cru, comme les scènes qu’ils décrivent. Les histoires sont celles de la vie quotidienne. Jean-Claude Izzo nous décrit avec talent la vie du port et de ses habitants, sans en ajouter des tonnes. Le titre résume très bien l’esprit du texte, emprunt d’une certaine langueur. J’ai apprécié cette simplicité si efficace et ses histoires si proches de nous. Sans être exceptionnel, un livre agréable, indémodable. J’ai particulièrement aimé la nouvelle qui a prêté son nom au recueil.

Ils avaient parlé, et elle avait bu. Les marins parlent facilement. De leurs voyages. De la mer. Théo parla de la vie. De lui. Il naviguait contre la mort. Il avait raconté beaucoup de choses, mais elle avait retenu ça. Elle avait levé les yeux vers Théo. Son regard était posé sur elle. Un regard absent. Elle s’était reconnue dans ce regard.