Archives de Tag: Livre

Et la vie reprit son cours, Catherine Bardon

Par défaut

          Jour après jour, Ruth se félicite d’avoir écouté sa petite voix intérieure : c’est en effet en République dominicaine, chez elle, qu’il lui fallait poser ses valises. En retrouvant la terre de son enfance, elle retrouve aussi Almah, son énergie et ses projets. Petit à petit, la vie reprend son cours et Ruth sème les graines de sa nouvelle vie. Jusqu’au jour où Lizzie, malade, réapparaît. Dès lors, Ruth n’a de cesse de remettre son amie sur pied et s’y emploie avec tout l’optimisme qui la caractérise.

Couverture du roman Et la vie reprit son cours

          Voici le troisième tome de la saga Les déracinés de Catherine Bardon. J’avais beaucoup aimé l’histoire du premier tome, sur la création d’une colonie juive en République Dominicaine pendant la Première Guerre mondiale. Malgré un style parfois un peu hésitant, j’avais beaucoup apprécié découvrir ce pan d’histoire méconnu. J’avais pris plaisir à retrouver les personnages dans le second tome, malgré une histoire moins forte qui traînait parfois un peu en longueur. J’étais donc curieuse de savoir quelle tournure allait prendre l’histoire avec ce troisième tome.

          J’ai apprécié cette lecture, tout à fait dans la lignée du reste de la série. On retrouve bien sûr les mêmes personnages, de retour en République Dominicaine. Si l’histoire est moins passionnante que dans le premier tome, j’ai trouvé que l’intimité des personnages était intelligemment mêlée aux évènements majeurs de l’époque. C’est fait avec subtilité et ça fonctionne très bien, même si finalement l’aspect politique et historique ne tient pas une place majeure dans l’histoire. Quant au style, j’ai trouvé qu’il s’était affirmé et était plus fluide, plus maîtrisé.

          Si ce troisième tome n’a pas l’originalité et la profondeur de premier, il reste tout à fait dans la même lignée. On voit les personnages évoluer peu à peu et le contexte historique est toujours bien présent en toile de fond. Le texte se fait plus intime, très centré sur la famille et l’évolution des personnages. Il aborde ainsi des thèmes différents, avec beaucoup de réussite. Une série qui s’affirme au fur et à mesure et parvient à nous garder en haleine, avec un style fort agréable. Une jolie suite.

Portrait de Catherine Bardon

©Philippe Matsas

Je retrouvais mon âme d’enfant. Le carnaval était fait pour ça. Une véritable ode païenne sans aucune retenue, où tout un peuple communiait sans considérations de classe, d’origine ou de couleur de peau.

Petit pays, Gaël Faye

Par défaut

          En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. 

          J’avais beaucoup entendu parler du roman de Gaël Faye au moment de sa sortie. On en disait de toutes parts le plus grand bien. Après hésitation, je ne l’avais pas acheté sur le moment, attendant sa sortie en poche. Ce n’est sans doute pas plus mal, ça m’a permis d’oublier un peu entre-temps ce que j’avais pu entendre à son sujet. Je vais mettre les pieds dans le plat (pour changer) mais j’ai été un peu déçue par ce roman. Ou en tout cas pas tout à fait aussi enthousiasmée que je l’espérais.

Couverture du livre Petit Pays

          L’écriture est agréable ne m’a pas non plus emballée outre mesure. C’est simple et ça fait le boulot à défaut d’être un style particulièrement marquant, ça se laisse lire (c’est déjà pas si mal me direz-vous). Du côté de l’histoire en revanche, j’ai trouvé que ça coinçait un peu. Au début du moins Toute la première moitié est d’un intérêt très mitigé. L’auteur y raconte une enfance finalement très privilégiée et extrêmement protégée où il ne se passe pas grand-chose. Il a en plus un petit côté sale gosse assez exaspérant. Je me suis longtemps demandé pourquoi on avait autant parlé de ce texte.

          Toutefois, la seconde moitié marque une réelle rupture et on rentre dans le vif du sujet avec l’arrivée de la guerre et ses scènes d’horreur. Si dans un premier temps la famille du personnage est assez épargnée vivant dans un quartier résidentiel tranquille, peu à peu l’atrocité de la situation les rattrape et les dernières scènes sont particulièrement marquantes. Le basculement dans les horreurs de la guerre semble inexorable, malgré toutes les précautions. Les faits sont décrits avec simplicité mais avec beaucoup de justesse et on se représente sans mal les scènes de violence et de mort décrites par l’auteur.

          Si l’enfance protégée de la première partie permet surement de trancher plus surement encore avec le déferlement de violence qui va suivre et de montrer à quel point personne n’y échappe, j’ai toutefois trouvé que ça prenait beaucoup de place dans le récit. Cela crée un déséquilibre qui rend l’ensemble un peu bancal. C’est d’autant plus dommage, qu’en effet l’auteur signe dans la deuxième moitié de ce court roman un grand texte, particulièrement poignant. Un récit en demi-teinte mais qui après un début laborieux finit avec brio pour un résultat intéressant et marquant qui malgré tout mérite d’être lu.

Portrait de Gaël Faye, auteur de Petit pays

Photo : Jérôme Fouquet

Bien sûr, un livre peut te changer ! Et même changer ta vie. Comme un coup de foudre. Et on ne peut pas savoir quand la rencontre aura lieu. Il faut se méfier des livres, ce sont des génies endormis.

_______________

Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je l’étais de mon enfance. Ce qui me paraît bien plus cruel encore.

Les épidémies en quelques romans

Par défaut

Puisque c’est de saison, j’ai concocté une petite liste de lecture autour des épidémies.  Je n’ai lu quasi aucun de ces livres mais je vais essayer de m’en procurer quelques-uns (en version numérique, histoire de ne pas mettre mon postier en danger) pour m’y atteler avant la fin du confinement. Des classiques, du contemporain, du suspense : il y en a un peu pour tous les goûts. Peu de femmes se sont attaquées au sujet en revanche.

La peste écarlate, Jack London

Sur le sujet, vous pouvez également retrouver ma sélection de livres et de films sur le sida dans cet article.

D’une manière générale, les scénarios d’épidémie ne m’attirent pas trop, je n’ai donc que peu de références en la matière. Côté film, j’ai récemment vu Contagion et Perfect sense sur le sujet (j’ai d’ailleurs particulièrement apprécié ce dernier). Je sais qu’il y en a bien d’autres mais ce sont les seuls auxquels je pense spontanément.

Enfin, on sort de l’épidémie mais deux jeux me viennent à l’esprit en ce moment autour de la survie (il y en a bien d’autres, évidemment !) : Dead of winter, un jeu de plateau dans lequel on tente d’échapper à une invasion de zombies et The long dark, un jeu vidéo dans lequel un pilote dont l’avion s’est écrasé quelque part au Canada doit survivre seul après une catastrophe planétaire. Plus « mignon », vous pouvez aussi apprendre à survivre avec Don’t starve, un jeu addictif qui vous occupera de longues heures. Enfin, dernier jeu de saison : Era. Je n’ai pas encore eu l’occasion d’y jouer mais il me fait de l’œil depuis quelques temps. Le but du jeu ? Construire une ville de sorte à éviter la propagation des maladies. Quand je l’ai repéré, je ne pensais pas qu’il serait aussi vite d’actualité !

J’espère que vous trouverez dans cet article un peu d’inspiration pour occuper les prochaines semaines. N’hésitez pas à ajouter vos suggestions en commentaire. Bon confinement à tous !

D’origine italienne

Par défaut

          « Je n’ai jamais entendu parler italien dans ma famille, pas même un mot, une expression, et pendant toutes les années où nous sommes allés déjeuner chaque dimanche chez mes grands-parents maternels, j’ai invariablement mangé du poulet rôti avec des pommes de terre. Jamais de pâtes. Pas une fois.
Ces racines-là semblent avoir été arrachées. Tranchées net. Pourquoi ? Je l’ignore. M’ont-elles manqué ? Je n’ai pas cherché à le savoir, n’ai pas posé de questions. »

           Je connais mal Anne Plantagenet mais j’ai vraiment beaucoup aimé les deux livres que j’ai lus d’elle : Pour les siècles des siècles, mais aussi et surtout Appelez-moi Lorca Horowitz. J’avais donc hâte d’ouvrir un autre de ses romans et à vrai dire, je n’ai même pas regardé de quoi ça causait avant de l’ouvrir. Il s’agit finalement d’une sorte d’autobiographie. Ou devrais-je appeler ça une autofiction plutôt ? Je ne saurais trop dire, la frontière est assez floue, en tout cas, l’autrice nous parle de sa vie. Et surtout de ses rapports à sa mère.

Couverture du livre "D'origine italienne" d'Anne Plantagenet

           Anne Plantagenet a écrit il y a quelques années un texte intitulé Trois jours à Oran, le récit du voyage qu’elle a accompli avec son père sur les lieux où il a passé son enfance. Avec ce nouveau texte, elle semble vouloir rendre la pareille à sa mère, d’origine italienne donc, non pas en l’accompagnant dans ce pays qu’elle-même n’a jamais connu mais en se posant avec elle cette question des origines.

           Ce n’est pas inintéressant mais je dois avouer que ça ne m’a pas touchée outre mesure. Notamment parce qu’on en est plus au stade du questionnement dans ce livre qu’à celui d’un voyage sur les traces de ses ancêtres. Moi qui suis assez peu portée sur l’introspection, ça ne me parle pas vraiment. L’autrice fait très souvent référence à Trois jours à Oran dans ce texte, ce que j’ai parfois trouvé dérangeant et m’a donné l’impression que ce livre-ci ne pouvait se lire qu’à l’aune du précédent.

           Si le style d’Anne Plantagenet est agréable et qu’elle amorce des réflexions plutôt intéressantes sur la famille et la quête de ses racines. J’avoue que je ne connais pas assez l’autrice pour vouloir spécialement me pencher sur sa vie et sa famille, ce texte ne m’a donc pas passionnée. J’ai l’ai trouvé dans l’ensemble assez fade et sans grand intérêt, à moins d’être un grand fan de l’auteur et de vouloir en apprendre plus sur elle et ses relations à sa famille.

Portrait d'Anne Plantagenet

Dans ma famille, les couples s’aiment pour la vie. Ils forment un territoire autarcique, se suffisent à eux-mêmes, sont soudés et fidèles. Ils se criblent d’habitudes, de manies, de mimétismes, s’agacent et se chamaillent, se disputent parfois durement, mais lorsque l’un de deux commence à faiblir, l’autre ploie aussitôt. Ils meurent vieux et restent unis dans la mort, sont enterrés côte à côte, tombe contre tombe, ou ensemble, dans le même caveau. Dans ma famille, les couples ne se séparent pas.

A son image, Jérôme Ferrari

Par défaut

          Antonia, après un samedi passé à immortaliser un ma­riage sous l’objectif de son appareil photo, croise un groupe de légionnaires parmi lesquels elle reconnaît Dragan, jadis rencontré pendant la guerre en ex-Yougoslavie. Après des heures de conversation, la jeune femme décide de rejoindre le sud de l’île, où elle réside. Une embardée précipite sa voiture dans un ravin : elle est tuée sur le coup. L’office funèbre sera célébré par un prêtre qui n’est autre que son oncle et parrain. Dans la four­naise de la petite église, les images déferlent de toutes les mémoires.

Couverture de A son image de Jérôme Ferrari

          De Jérôme Ferrari, je n’avais lu que Le sermon sur la chute de Rome, que j’avais adoré. Ce roman lui avait d’ailleurs valu le prix Goncourt. Je gardais un très bon souvenir de cette lecture et du style de l’auteur. C’est donc un des rares romans de la rentrée littéraire 2018 que j’avais eu envie de découvrir. Car si j’en ai lu beaucoup, il y en a finalement bien peu que j’attendais. Et bizarrement, ce sont ceux-là que j’ai lus en dernier, attendant quasiment l’été suivant pour m’y atteler. Si certains ont tenu leurs promesses, celui-ci ne m’a en revanche pas particulièrement emballée.

          J’ai pris plaisir à retrouver la plume subtile de Jérôme Ferrari, son érudition qui ne vire jamais à la pédanterie, la douceur de ses tournures et la mélodie de ses mots. Il nous amène encore une fois en Corse, cette terre dont il parle si bien ; c’est un vrai régal de l’y suivre. D’un point de vue stylistique, il faut bien le dire, je n’ai pas été déçue. Concernant l’histoire en revanche, je reste un peu plus sur ma faim… Un livre qui tournait autour de la photo, voilà qui aurait dû me plaire ! Pourtant, j’ai trouvé qu’il y avait dans la manière dont le thème est traité quelque chose d’artificiel.

          On alterne entre passé et présent, autour de la figure d’Antonia. Si certains passages sont très beaux, d’autres m’ont paru quelque peu surfaits. J’ai parfois eu du mal à voir comment les choses s’articulaient entre elles. J’ai peiné à voir dans la succession des chapitres un tout cohérent. Difficile de totalement adhérer quand on a l’impression que le texte ne sait pas trop où il va. Cette impression de morcellement m’a gênée dans la lecture et si j’ai aimé le style et le décor, je n’ai pas trouvé l’histoire totalement aboutie. Elle m’a laissé un sentiment d’inachevé, comme s’il manquait le ciment pour lui donner sa stabilité.

Portrait de Jérome Ferrari, écrivain

Oui, les images sont une porte ouverte sur l’éternité. Mais la photographie ne dit rien de l’éternité, elle se complaît dans l’éphémère, atteste de l’irréversible et renvoie tout au néant.

_______________

Mais vient le moment redoutable où il est impossible de se tenir plus longtemps à l’abri du rituel, il faut prononcer devant l’assemblée et devant le défunt les mots maladroits qu’on a choisis dans la solitude , dont on ne sait jamais s’ils seront trop mélodramatiques ou, au contraire trop désinvoltes.