Mes lectures

Viviane Elisabeth Fauville – Julia Deck

          Viviane Elsabeth Fauville, la quarantaine, un bébé, fraîchement divorcée. Elle est suivi par un psychanalyste et un jour, sans trop savoir pourquoi, elle le tue. Un meurtre qui la surprend elle-même et va quelque peu chambouler son existence jusque-là bien rangée.

         Un roman pour le moins surprenant, tant par l’histoire que par l’écriture. En effet, le point de vue semble interne mais c’est le « vous » qui est utilisé pour désigner notre héroïne, ce qui est extrêmement rare en littérature (à vrai dire de mémoire je serais même bien incapable de vous fournir un seul exemple). Une très belle originalité donc qui crée une ambiance toute particulière. La distance du vouvoiement donne un style assez froid qui retranscrit bien l’état d’esprit du personnage. Je ne m’étendrai pas trop sur ce livre, assez court et dont l’intrigue très particulière est le principal atout. Je n’ai trouvé aucun reproche majeur à lui faire, c’est original, bien écrit, bien construit. Incroyable mais vrai : je n’ai strictement rien à y redire ! L’auteur nous surprend et nous offre même une fin inattendue. La sensibilité et l’humour n’en sont pas pour autant oubliés avec une réflexion douce amère sur la quarantaine, le couple et la maternité. Un excellent premier roman qui ne ressemble à aucun autre et laisse présager du meilleur. A découvrir au plus vite.

Elle y boit des cafés en attendant d’aller chercher sa fille. Il paraît que les autres mères sont débordées, ravies d’échanger leurs enfants contre une ou deux heures de liberté, et Viviane pense pour quoi faire, il n’y a pas assez de démarche administratives pour occuper toute une vie, pas assez de ressources créatives chez aucun coiffeur pour justifier de s’y rendre plus d’une fois par semaine.

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L’argent, l’amour – on prend l’un quand on n’a pas l’autre, vous ne croyez pas ?

Mes lectures

Peste et choléra – Patrick Deville

          Alexandre Yersin était un petit génie de la médecine. Il a travaillé avec Pasteur et participé aux campagnes de vaccination contre la rage, étudié la diphtérie et découvert le bacille de la peste, qui porte d’ailleurs son nom. Mais bien vite la recherche l’ennuie, il veut voir du pays : il devient médecin dans la Marine sur la ligne Saigon-Manille. Mais il se lasse vite de la mer et décide de partir à la découverte des terres, il deviendra explorateur. Il s’intéressera aussi à l’astronomie et l’agriculture. Ce livre nous conte son histoire fabuleuse et atypique.

          J’avais déjà tenté ma chance avec le dernier Patrick Deville, Kampuchea, et je m’étais ennuyée à périr. Le style y était beau mais indigeste et décousu (les deux ensemble, ça tient de l’exploit). Les mots dansaient sous mes yeux sans que j’arrive à leur donner le moindre sens. Une expérience littéraire déroutante dont je me serais fort bien passée. J’avais refermé ce livre en me sentant à la fois inculte et stupide, ce qui est très très mauvais pour l’ego et, par la même occasion, le moral. A la rentrée j’étais donc bien décidé à boycotter son nouveau roman. Cependant devant les critiques unanimes, tant dans la presse que dans mon entourage, dans la vie matérielle comme sur la blogosphère, voyant ce titre sur toutes les listes de prix littéraires et sous l’insistance très marquée de mon nouveau libraire (ils étaient même deux !), j’ai fini par craquer. Il n’y a que les imbéciles qi ne changent pas d’avis, j’ai donc décidé de repartir à zéro avec Patrick Deville. L’histoire m’inspire bien, le titre est alléchant, tout le monde en dit du bien : je fonce ! C’est donc avec un oeil neuf et bienveillant que j’ai ouvert ce livre. Cela aura-t-il suffit à me réconcilier avec son auteur ? Suspens…

          A vrai dire les premières lignes m’ont rappelé de mauvais souvenirs. Certes, le style est plus sobre que dans le précédant roman de l’auteur mais n’en demeure pas moins reconnaissable. Si c’est devenu lisible, je n’y trouve toujours aucun plaisir : non, décidément, ça ne passe pas. Pourquoi ? me direz vous. Eh bien c’est assez simple, l’écriture est à la fois laconique et foisonnante, j’ai l’impression de lire une encyclopédie. Est-ce intéressant ? sans aucun doute ! Est-ce que j’y prends pour autant du plaisir ? absolument pas ! Une lecture que je trouve laborieuse par forces détails dont je n’ai que faire (le nom des villages aperçus du bateau par exemple) d’autant qu’ils ne sont jamais qu’évoqués et que faute de développement, mon pauvre esprit ne parvient à créer la moindre image. J’ai eu l’impression d’un immense étalage de connaissances associé à une écriture complexe. Alors oui, c’est érudit, la langue est belle, le contenu est là mais je avouer préférer une littérature plus sensible.

          Je me suis quand même acharnée malgré un ennui non dissimulé à cette lecture pas franchement désagréable mais quelque peu fastidieuse. L’histoire de ce personnage hors normes me fascinait et je ne voulais pas laisser passer l’occasion d’en savoir plus… La manière dont sa vie est traitée est assez soporifique. Il a un parcours digne d’un Jack London de laboratoire et on a l’impression de lire un article de revue scientifique. On aurait aimé quelques détails un peu croustillants pour nous faire rêver mais ce personnage terre à terre était avare en récit d’aventure, préférant de fastidieux relevés scientifiques. On doit reconnaître ça à l’auteur, son style colle à l’homme qu’il décrit : des faits, rien que des faits, on ne verse pas dans le sentiment. Mais une telle vie ne peut qu’intéresser, la lecture continue donc. Finalement, passé la moitié du livre, j’ai soudainement fini par m’habituer à l’écriture et la lecture a fini par couler toute seule, ouf  ! L’acharnement à parfois du bon. Au final, une lecture plutôt agréable malgré des débuts quelques peu laborieux. L’histoire est passionnante et on ne peut qu’admirer l’érudition de l’auteur et sa maîtrise stylistique. Un livre intéressant donc, et dont on ne peut que reconnaître les indéniables qualités. Pourtant, s’il est sans doute le plus impeccable lu en cette rentrée, le seul peut-être qui fera l’unanimité, je n’ai ressenti aucune émotion à cette lecture qui est un pur plaisir intellectuel. Un très bon livre mais auquel je préfère sans doute une littérature qui questionne.

Pour Yersin, adepte d’une manière de maïeutique, rien de ce qui peut s’enseigner ne mérite d’être appris, même si toute ignorance est coupable.

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Comme nous tous Yersin chercher à faire de sa vie une belle et harmonieuse exposition.

Sauf que lui, il y parvient.

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Yersin ne voyagera plus. Il a fait le tour du monde et de la question. Il sait que la planète rétrécit, et devient en tout lieu la même, et qu’il faut redouter bientôt « la même magie bourgeoise à tous les points où la malle nous déposera. »

Mes lectures

Le sermon sur la chute de Rome – Jérôme Ferrari

          Dans un petit village de montagne corse, il n’est pas facile de trouver un gérant au seul café du coin. Et puis contre toute attente, ce sont deux enfants du pays partis étudier la philosophie à Paris qui le reprennent : l’un est né là et y a grandi, l’autre y vient en vacances depuis son enfance et à toujours rêvé d’y vivre. Ils vont redonner vie non seulement au bar et au village mais à la région toute entière ; on viendra de loin pour aller chercher chez eux un peu de chaleur. Mais le bonheur est éphémère et peu à peu, il vont voir le paradis qu’ils avaient créé s’effondrer. 

          Commençons par quelques mots de l’auteur pour expliquer le choix de ce titre bien mystérieux : « Si Rome n’est que l’un des multiples noms portés par le monde, j’aimerais pouvoir penser que ce roman est exactement ce que son titre indique : un sermon sur la chute de Rome qui fait écho à ceux que prononça Augustin dans la cathédrale disparue d’Hippone pour consoler ses fidèles d’avoir survécu à la fin du monde. » L’auteur nous raconte la fin des rêves de ces deux jeunes gens, la fin du monde qu’ils s’étaient construit, la fin de l’enfance, aussi. Le roman est construit comme un parallèle entre cette histoire somme toute banale et le discours de Saint-Augustin sur la chute de Rome qui lui donne une toute autre dimension. Un texte qui oscille habillement entre réalité quotidienne et philosophie.

          J’ai beaucoup aimé l’histoire de ces deux jeunes qui rentrent au pays et des difficultés qu’ils rencontrent. J’ai par moments eu un peu plus de mal avec les passages sur Saint-Augustin (ah, la philo et moi !) mais ils sont assez peu nombreux et amènent une profondeur très intéressante, donnant tout son relief à ce texte. L’écriture est sans trop de fioritures mais très subtile. L’auteur parvient à créer une tension dans son texte, l’attente de la chute annoncée. J’ai particulièrement apprécié ce texte au petit arrière goût de sombre mélancolie. Une écriture profonde et chargée d’émotion qui possède pourtant le recul nécessaire pour prendre un air d’universel. C’est beau et simple, tendre et solide à la fois. Un texte magnifique, l’un de mes coups de coeur de cette rentrée. Jérôme Ferrari est encore en lice pour le Goncourt, je lui souhaite le meilleur.

Virginie n’avait jamais rien fait dans sa vie qui pût s’apparenter, même de loin, à un travail, elle avait toujours exploré le domaine infini de l’inaction et de la nonchalance et elle semblait bien décidée à aller jusqu’au bout de sa vocation.

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Et c’est ainsi qu’au nom d’un avenir aussi inconsistant que la brume, il se privait de présent, comme il arrive si souvent, il est vrai, avec les hommes.

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Il était comme un homme qui vient juste de faire fortune, après des efforts inouïs, dans une monnaie qui n’a plus cours.

Divers

Concours : Recueil de quelques larmes – Gwenardel

          Recueil de quelques larmes est un recueil de nouvelles et poèmes écrit par une jeune auteur pleine de talent, Gwenardel. Elle nous offre des tranches de vie autour de l’amour, la souffrance ou la solitude. Des textes aux influences diverses, sensibles et poétiques.

          Aujourd’hui, je vous propose pour la première fois sur ce blog de gagner des livres, en partenariat avec l’auteur. Pour cela rien de plus simple, indiquez en commentaire le titre de votre recueil de nouvelles préféré et précisez les raisons de ce choix. Les trois personnes dont les réponses m’auront le plus touchée, amusée ou surprise recevront un exemplaire de Recueil de quelques larmes. En cas de difficulté à me décider, un tirage au sort sera effectué. Voici quelques extraits qui, je l’espère vous donneront envie de participer. Pour lire la suite, à vos claviers ! Vous avez jusqu’au 15 octobre pour participer.

Longtemps j’ai cherché quelque amour splendide,

Une ivresse, un tressaillement candide.

Jusqu’à l’aliénation, exposer coeur et corps,

Soumise ou brûlante, grisée par mon sort.

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La patience du cri est sans limite. Voilà des mois qu’elle aurait dû hurler, quand elle l’a découvert. La trahison vaut bien un hurlement. Mais elle a étouffé son cri pour le recracher au moment propice. Elle ne pouvait pas se rabaisser. Montrer à ce mari infidèle qu’elle avait manqué de confiance en elle, qu’elle était fragile et qu’elle avait fouillé. Alors, elle a conservé soigneusement ce cri déchirant, elle l’a enveloppé d’une cage subtile où elle le nourrit de temps en temps.

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Ecrire.

Silence oppressant de la feuille blanche.

Imposer l’écriture à la virginité de la page. Violence.

Donner vie à un moment, un sentiment, une émotion.

Explorer l’amour et la souffrance qui palpitent en nous.

Etre sensible aux fleurs maladives.

Club lecture

Club lecture, le retour

          Suite à plusieurs demandes, le club-lecture reprend du service. Nous nous retrouverons le jeudi 18 octobre à 20h à l’Imprévu, 9 rue Quincampoix, dans le 4° arrondissement. Puisque nous sommes en pleine saison des prix littéraires, nous nous réunirons autour d’un prix Goncourt, Le soleil des Scorta, de Laurent Gaudé. Un texte pas trop long, une écriture simple et efficace, et surtout au final, un très beau texte. Beaucoup l’auront sans doute déjà lu, ce qui va à l’encontre de notre principe de base mais c’est pour une reprise en douceur.

Petite présentation du livre : La lignée des Scorta est née en 1870 à Montepuccio, un petit village au sud de l’Italie où le soleil rend fou. Descendants d’un brigand sans envergure, ils sont condamnés à l’opprobre et la pauvreté. Mais il existe des richesses plus grandes que l’argent : le dévouement à la famille, l’amour de la terre et la soif de vivre. C’est cela qu’il ont promis de se transmettre, de génération en génération, afin que se perpétue leur héritage.

Une très beau texte qui mérite vraiment le détour.

          Nous manquons de participants, vous êtes donc tous les bienvenus pour cette rentrée du club-lecture. Au programme, le livre du mois ben sûr mais aussi vos autres coup de coeur lecture, du cinéma, des sorties et autres sujets divers et variés. Venez nombreux. C’est le 18 octobre à 20h, et ça se passe à l’Imprévu, rue Quincampoix. Bonne lecture à tous et à  très bientôt pour une nouvelle rencontre littéraire.