Mes lectures

Ryû MURAKAMI, 1969

          1969, Ken passe en terminale dans son petit lycée de province. Il rêve de Révolution, de rock, de filles : de liberté ! Il décide de poser des barricades au lycée et d’organiser le premier festival japonais. Dans ce Japon autoritaire, souffle un vent de liberté au son de la musique pop. 

          On est très loin de l’univers sombre auquel Murakami nous a habitués. Un livre lumineux, frais, optimiste même. La fin des années soixante vue du côté japonais : une bonne surprise, un point de vue inhabituel. L’histoire de cette bande de lycéens est somme toute assez banale. Comme ailleurs, la même révolte contre l’autorité, la même envie de liberté, la même énergie.

          Ce texte est empreint d’humour et de nostalgie, ce qui en fait tout le charme. J’ai beaucoup apprécié de plonger dans le passé de l’auteur. Je ne n’avais jamais lu un livre (ni vu de film d’ailleurs) traitant de cette période au Japon et j’ai trouvé ça à la fois intéressant et amusant de découvrir ce qui avait transpiré du mouvement hippie de l’autre côté du Pacifique. Un livre sans prétention mais très agréable à lire, totalement en opposition avec ce à quoi cet auteur nous a habitués. Un bon moment de lecture.

Nous avions donc l’espoir un peu naïf que quelque chose allait peut-être changer et qu’en tout cas tirer du plaisir d’un joint de marijuana s’accordait beaucoup mieux à l’ère nouvelle que la volonté d’entrer dans quelque université.

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Essayer, par exemple, de parler de La Peste de Camus en patois transformait immédiatement le débat en une farce grotesque. Cela donnait : « La peste, ben, c’est point seulement qu’une maladie des gens. Si que ça se trouve, que ça serait peut-être un symbole métaphorique du fascisme. »

Mes lectures

Hervé GUIBERT, Le mausolée des amants

          Le journal d’Hervé Guibert, qu’il a tenu de 1976 à 1991. Soit durant toute sa vie adulte. On y retrouve tous les thèmes de ses romans, mais aussi ses personnages et leurs histoires. Mais avant tout, comme son titre l’indique, il est un incroyable hommage à l’être aimé. 

          Le dernier livre lu en 2011 et que j’avais oublié de vous présenter (enfin je crois). J’ai déjà beaucoup parlé ici d’Hervé Guibert. Je vais donc être assez brève pour éviter les redites. On retrouve dans ce journal, publié à titre posthume, de la volonté même de son auteur, tout ce qui fait son oeuvre. On se plonge avec délice dans ce texte qui a été le point de départ de tous les autres. Les uns et les autres se complètent. Ce journal vient remplir un vide, achever l’oeuvre.

          Ce journal est pourtant particulier. Destiné dès le départ à être lu par son amant, il l’a lui-même dictalographié en grande partie avant sa mort, y apportant des modifications. Plus qu’un simple journal, il est donc un travail littéraire à part entière. Les romans sont nés d’épisodes trop importants pour contenir simplement dans le journal, des histoires qui méritaient un développement plus long. Ce n’est qu’on qu’en lisant conjointement journal et romans qu’on prend conscience de toute l’ampleur de l’oeuvre d’Hervé Guibert et qu’on peut en envisager la portée. Un très beau texte que les amoureux de l’auteur sauront apprécier.

Et cette banalité ne me déplaît pas (aimer comme tout le monde.

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Tu es mon seul correspondant, c’est à dire : tu me correspond…

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Quand tes fenêtres sont noires je veille sur ton sommeil, et je te protégerai bien de la mort, je tendrai d’invisibles filets sous ton balcon…

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Le pire est vécu dans les rêves pour amoindrir le pire de la vie.

Mes lectures

Vladimir NABOKOV, Lolita

          Humbert Humbert est un homme dans la fleur de l’âge qui n’aurait bien de bien remarquable si ce n’était son amour des nymphettes : petites filles prébubères à la grâce ingénue. S’il n’est jamais passé aux actes, c’est par manque de courage mais quand il rencontre Lolita, toute sa vie bascule.

          En 2011 je n’ai pas lu mon traditionnel classique russe annuel (généralement un Dostoïevski). Je me rattrape donc début 2012 même si cette fois j’ai donné un peu plus dans la modernité. J’ai donc choisi Lolita comme première lecture pour cette nouvelle année. L’épaisseur du morceau explique l’absence de nouveauté sur le blog ces derniers jours. Après deux semaines de lecture intensive, verdict.

          J’ai adoré ce livre dès les premières lignes. L’écriture est tellement brillante ! C’est à la fois frais et érudit. Le style est vraiment magnifique. Et cette histoire de pédophilie tellement novatrice. Je me suis délectée de chaque ligne. Du moins pendant les 200 premières pages : la description du personnage, sa rencontre avec Lolita. La première partie est un chef-d’oeuvre. La deuxième m’a malheureusement bien moins emballée. Le temps de la séduction est passé et nous entrons dans le quotidien du personnage, fait de jalousies et de faits insignifiants.

          Si je comprends qu’on puisse y trouver un certain charme, ça a eu sur moi un effet lénifiant. Cependant, le personnage écrivant de prison, on attend une fin tonitruante, ce qui interdit d’arrêter sa lecture en route. Le roman retrouve de son dynamisme dans les dernières pages sans pour autant retrouver la fougue du début. Malgré ces petits bémols on ne peut que s’incliner devant le génie de Nabokov et son esprit si délicieusement torturé. Un grand roman et plus encore, un mythe.

Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-li-ta.

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J’y découvris, en effet, l’enchantement capiteux et inépuisable que l’on éprouve à mystifier les psychiatres. Le jeu consiste à les mener habilement en bateau, en leur cachant avec soin que l’on connaît toutes les ficelles du métier.

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Je suis assez fier de savoir quelques petites choses pour avoir la modestie d’admettre que je ne sais pas tout.

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Je présume que le lecteur parcourt cet ouvrage, sous sa forme imprimée; dans les premières années du troisième millénaire.

Lolita, c’est aussi 2 adaptations cinématographiques. L’une de Stanley Kubrick en 1962 avec James Mason et Sue Lyon, l’autre d’Adrian Lyne en 1997 avec Jeremy Irons et Melanie Griffith.

Mes lectures

Jean-François DAUVEN, Le manuscrit de Portosera la rouge

          Une ville accablée de chaleur, où l’eau fraîche devient une rareté. Les canalisations sont vétustes et dans les quartiers les plus pauvres l’eau est contaminée par une bactérie. Pendant ce temps, l’élite bien protégée de ce genre de désagrément, continue à couler une vie paisible. 

          Je continue dans la série « livres lus en 2011 que j’ai oublié de vous présenter ». Un petit livre surprenant. Le personnage principal n’est pas un être humain mais bien la ville elle-même, avec tous ses habitants. Leurs histoires s’entrecroisent sans qu’on ne s’arrête jamais sur une seule. On passe de l’un à l’autre sans cesse. Pourtant, contre toute attente, ça semble former un tout : l’identité d’une ville.

          Je me suis assez vite lassée de ce texte, aimant les choses un peu moins décousues. Toutefois j’ai beaucoup aimé l’idée et la mise en oeuvre est magistrale. C’est très bien écrit. On se laisse emporter par se texte et on a l’impression de découvrir cette ville imaginaire aussi surement que s’y on était en train de s’y promener. Un très joli texte.

Mes lectures

Hervé GUIBERT, Fou de Vincent

          Un livre qui se présente comme un journal à rebours de l’histoire d’amour d’Hervé et Vincent. On commence par le mort fictive de l’amant pour revenir peu à peu jusqu’à la rencontre. Troublant. 

          Un de mes textes préférés d’Hervé Guibert que j’avais totalement oublié de vous présenter. Un tort enfin réparé. A part la mort de Vincent, tout dans ce récit est, d’après les dires de son auteur, extrait du journal qu’il tenait. Le texte se présente donc comme un vrai journal. Des paragraphes de longueurs variées, à la 1° personne et qui, toujours, parlent de la même histoire d’amour.

          Le fait de revenir en arrière est particulièrement troublant. C’est ce que j’aime dans ce livre. Les repères sont bouleversés. J’aime également beaucoup la mort fictive de Vincent que je trouve aussi imaginative que poétique. Une histoire particulièrement forte dont je ne me lasse pas.

L’être qui manque à ma vie : celui qui saura me battre ; j’ai cru un temps qu’il sortirait de T., que ce serait un être compris dans lui qui s’en dédoublerait, mais il n’en a rien été ; j’ai cru longtemps que ce serait Vincent, mais il n’en est rien.

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Le (un) travail de la littérature : apprendre à se taire.