Jeunesse·Mes lectures

P. B. CHERCOT, La fille qui chante

          Lorca est une jeune fille qui aime les animaux et possède une voix fabuleuse qui a le don de les calmer. Quand ils vont décider de se rebeller contre les humains qui les maltraitent, elle seule pourra les arrêter.

      Cet ouvrage m’a été gracieusement offert par les éditions Gründ que je remercie pour cet envoi. Le roman de beau format et à la quatrième de couverture intrigante me tentait assez. Les premières pages furent plutôt une bonne surprise. C’est assez bien écrit et on entre directement dans le vif du sujet, ce qui est fort appréciable. Malheureusement, je n’ai pas du tout accroché avec la suite.

           Le côté fantastique du texte m’a gênée et j’ai trouvé le message écologique introduit de manière très maladroite. Un texte qui manque de finesse mais qui malgré tout me semble pouvoir intéresser le public visé. Je l’aurais sans doute moi-même plus aimé lorsque j’étais adolescente et férue de fantastique sur fond moralisateur. Un texte qui m’a déçue mais me paraît toutefois assez adapté à son lectorat.

Il fit claquer sa langue et s’envola sur son perchoir.

Laure prit sa valise et partit sans se retourner. Elle ne voulait pas pleurer. Est-ce qu’on pleurait pour un perroquet ? Non, elle n’avait jamais entendu quelqu’un le faire. Laure renifla et baissa la tête pour rejoindre la sortie.

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Ils ne firent que quelques pas sur le chemin. Des ombres silencieuses se glissèrent hors des bois et se placèrent en travers du sentier. Des ombres à quatre pattes qui formèrent bientôt face à eux un arc de cercle mouvant, menaçant. Des chiens.

Mes lectures

Charles BUKOWSKI, Contes de la folie ordinaire

          Tout le monde connaît les frasques de Bukowski, notamment chez Bernard Pivot. Pourtant, je n’avais jamais ouvert un de ces livres. Une erreur que j’ai souhaité réparer en m’attaquant à ces nouvelles au titre évocateur. 

           Ces nouvelles collent dans l’ensemble très bien à l’image quelque peu stéréotypée que j’avais de l’auteur : un génie alcoolique imbu de lui-même. La plupart de ses personnages sont ses doubles littéraires. Dans l’ensemble, des nouvelles très dures et sans espoir. Sexe, violence et misère, décrits sans compromis avec une grande brutalité.

             Une littérature qui refuse la concession et semble nous mettre sans cesse au pied du mur. Quelques très belles nouvelles mais le tout se répète un peu trop pour ne pas lasser à la longue. A ne pas lire d’une traite donc. Un recueil qui m’a moyennement emballée mais sort largement du lot et mérite le détour, loin de la littérature aseptisée qui nous envahit.

– Ouais ! Tu me frappes mais tu frapperais jamais un mec ! T’as rien dans le ventre !

– Je veux, que je frapperai jamais un mec ! Tu me prends pour un cinglé ? Où est le rapport ?

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Le poésie en dit long et c’est vite fait ; la prose ne va pas loin et prend du temps.

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Il n’y a rien que des mauvais ou des très mauvais gouvernements.

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– Et toi, tu es paranoïaque ?

– Evidemment, comme tous les gens normaux.

Mes lectures

Olivia ELKAIM, Les graffitis de Chambord

         Trois histoires croisées : celle de Trevor, banquier, qui en 2006 reçoit une enveloppe qui va changer sa vie ; celle de Simon, son père, un écrivain juif qui après la guerre cherche ses parents ; et celle d’Isaac, le pre de Simon, résistant appartenant au réseau « Chambord ». Trois hommes unis par une histoire qui ne demande qu’à être racontée. 

          Un roman très bien construit qui alterne entre le vécu de trois hommes, trois générations d’une même famille. L’histoire d’un homme qui a résisté, d’un fils qui cherche à comprendre, à lutter contre l’oubli, et un petit fils qui semble sans histoire, loin des drames du passé. Mais peut-on vraiment échapper aux secrets de famille ?

        Un premier roman admirable. C’est bien écrit et l’histoire est finement menée. L’auteur mêle sans cesse les petites et la grande histoire, entre intime et universel. Un récit sensible et touchant. Une belle réussite.

Un fils doit rendre hommage aux traces qu’a laissées son père.

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Il faudra recenser tous les graffitis sur les murs de Chambord, avec l’aide du vieux Juif. Il faudra recenser les vies perdues. Il faudra raconter leurs vies, une par une, dans le détail, pour qu’elles ne se dissolvent pas dans le chiffre, dans l’Histoire et dans l’oubli.

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Sais-tu qui sont les mauvais pères ? Ce sont ceux qui ont oublié les fautes de leur jeunesse.

Club lecture·Mes lectures

Club-lecture 8°, septembre : Ryû MURAKAMI, Kyoko

         Après quelques mois d’interruptions en saison estivale (parce que tout le monde le sait, les parisiens refusent la moindre activité l’été), nous nous sommes retrouvés il y a quelques jours autour du livre que nous avions lu pour le mois de juillet mais dont nous n’avions toujours pas parlé.

          Kyoko est une jeune japonaise. Elle part à New-York retrouver José, le G.I. qui lui a appris a danser le mambo quand elle était petite. Arrivée là-bas, c’est un homme en phase terminale du sida qu’elle va trouver. Elle décide alors de l’aider à réaliser sa dernière volonté et de traverser le pays avec pour qu’il puisse faire ses adieux à sa mère.

          J’avais lu ce livre il y a quelques années et j’avais A-DO-RÉ. La deuxième lecture m’a beaucoup moins convaincue. Certains diront (à tort ou à raison) que ça devait être du temps où j’avais encore un coeur (pour les non avertis, j’ai un peu de mal avec le sentimentalisme, ce qui laisse penser à certains que je suis dépourvue de la moindre compassion, ce que je démens tout à fait). Cette deuxième lecture a laissé apparaître les faiblesses du style et l’aspect parfois un peu caricatural des personnages. Le livre m’avait essentiellement séduite par son histoire forte, mais forcément, quand on la connaît déjà, ça perd de son intérêt. Une relecture en demi-teinte donc.

          Pour les autres, un peu pareil je crois. Tout le monde a trouvé ce livre facile à lire et plutôt agréable. Par contre, les personnages sont un peu trop stéréotypés et malgré le changement de point de vue, le style diffère peu de l’un à l’autre, ce qui est dommage. Ils mériteraient à être plus marqués. Le personnage principal est trop lisse, trop parfait, il en devient presque irréel. Il semble être essentiellement un symbole, même si le sens nous a quelque peu échappé (à cause de notre méconnaissance de la culture japonaise ?). Kyoko semble représenter l’espoir face à un entourage qui est passé à côté de sa vie, mais cela ne nous est pas apparu de manière très claire.

          Dans l’ensemble, une lecture appréciable. Un style facile, une histoire plutôt accrocheuse mais des personnages auxquels on ne s’identifie pas. C’est sans doute là le roman le plus accessible et le plus optimiste de Ryû Murakami. Une assez bonne lecture qui n’aura peut-être pas marqué tous les esprits. 

Les pressentiments, quand ils sont mauvais ils sont toujours justes.

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Le futur, c’est perdre ce qu’on possède maintenant, et voir naître quelque chose qu’on ne possède pas encore.

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Il n’y a rien de plus lamentable au monde que quelqu’un que tout le monde déteste mais qui ne s’en rend même pas compte.

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Pour vivre, les illusions et les mensonges sont nécessaires, soit, mais pour mourir ?

Personne n’a la solution à cette question. Tous ceux qui connaissent la réponse sont mort.

Mes lectures

Edward ABBEY, Le feu sur la montagne

        Billy passe ses vacances d’été chez son grand-père, comme chaque année, dans un ranch du Nouveau-Mexique entouré par le désert. L’immensité des étendues arides, le marquage des animaux, les longues discussions à l’ombre de la véranda et les promenades à cheval semblent immuables. C’était sans compter sur l’arrivée de l’US Air Force qui décide d’y installer un champ de tir de missiles. Le vieil est prêt à se battre pour défendre sa terre, jusqu’à la mort s’il le faut.

        J’avais déjà lu de cet auteur les excellents Le gang de la clef à molette et sa suite, Le retour du gang de la clef à molette, tous deux publiés aux excellentes éditions Gallmeister (parce qu’on ne répétera jamais assez à quel point cette maison gagne à être connue). Deux livres dont l’action se déroulait dans le Grand Canyon et où l’écologie tenait une place centrale. On retrouve dans cet ouvrage l’attachement la terre d’Edward Abbey, l’amour des grands espaces et le respect de la nature. Et toujours aussi sa critique acerbe des dérives de la société capitaliste et des méfaits de la connerie humaine. Un combat désespéré pour préserver une nature éblouissante.

          J’ai beaucoup aimé les personnages, forts en caractère et très attachants. Le style est également très agréable, sans circonvolutions inutiles et laissant une grande place aux dialogues, rendant le tout très vivant. Une large place est accordée à l’immensité des paysages et à la nature : on peut presque sentir le vent brûlant sur sa peau à la seule lecture de ce livre. Du côté du fond, l’auteur prône des valeurs simples et pointe du doigt les incohérences d’un système à la dérive. Comme souvent dans la littérature américaine (celle que j’aime et que j’admire du moins) une vive critique de la société qui s’accompagne d’une admiration sans borne pour la terre qui l’a vu naître. Un livre qui donne envie de sauter dans le premier avion pour aller découvrir une autre Amérique. Magistral.

– Mais à qui appartient cette lumière ? Cette montagne ? Cette terre ? Qui possède cette terre ? Répond à ça vieux cheval. L’homme qui en a le titre de propriété ? L’homme qui la travaille ? L’homme qui l’a volée en dernier ?

Le soleil brillait dans notre dos tandis que nous chevauchions vers la montagne, la montagne de Grand-père, et devant nous nos ombres s’étiraient de manière grotesque […].

– je suis la terre, dit Grand-père. Ca fait soixante-dix ans que je bouffe cette poussière. Qui possède qui ? Il faudra qu’ils me labourent.

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– Prends ton chapeau, dit-il.

– Je viens aussi dit tant Marian.

– Non, dit Lee, tu restes ici. C’est un boulot d’hommes. Prends ton chapeau, Billy.

Et nous partîmes en la laissant à sa vaisselle.