Mes lectures

Kararina MAZETTI, Le caveau de famille

          La suite du Mec de la tombe d’à côté. Elle c’est Désirée, elle est bibliothécaire et vit dans un appartement tout blanc en ville ; lui, c’est Benny, agriculteur, il vit dans une ferme aux papiers peints à fleurs et aux rideaux en dentelle. On les a laissés dans le précédent volume en bien mauvaise posture : pas facile de s’aimer quand on est si différents. Vont-ils finalement réussir à se retrouver ?

Attention, que ceux qui ne veulent pas connaître la suite de l’histoire arrêtent là leur lecture !

           J’avais aimé la fraîcheur du premier volume de cette histoire. Certes l’écriture n’était pas exceptionnelle, les personnages un brin caricaturaux, l’histoire assez convenue mais pourtant, on ne sait par quel miracle, l’ensemble fonctionnait plutôt bien. C’était énergique, c’était attachant, on s’y laissait prendre. J’avais particulièrement aimé la fin ouverte qui me faisait craindre la suite (eh oui, il faut savoir s’arrêter parfois).

           Mes craintes étaient fondées. Si ce livre n’est pas totalement nul, il est d’un intérêt très limité. On ne retrouve pas le dynamisme du premier ni son humour. Un critique littéraire suédois a dit « Le quotidien tue l’amour, la vie de famille l’enterre. » Très bon résumé. L’auteur en rajoute des tonnes. La petite Désirée, si indépendante, devient une espèce de vache à lait pendant que le gentil Benny retrouve ses instincts de mâle dominant. On sombre dans le cliché. Si ça se lit toujours bien, les évènement s’enchaînent au détriment de la crédibilité de l’histoire et de la profondeur psychologique des personnages (qui rejoint à peu près celle d’une huître). On s’ennuie un peu et la tournure que prend les choses laisse franchement perplexe. A éviter, mieux vaut rester sur la bonne impression laissée par le premier.

Mon père disait toujours que personne ne peut rester amoureux plus de trois mois, après il devient fou. Maman le regardait un peu de travers quand il parlait comme ça et alors il se dépêchait d’ajouter : « Et ensuite, eh bien ensuite on s’aime pour de vrai, si on a de la chance ! »

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Combien sont-elles, les femmes qui rêvent de vivre à la campagne parmi les vaches et les fleurs, avec un gentil mari et un petit bébé tout mignon, pensais-je parfois. J’avais une vie de rêve ! Seulement ce n’était pas mon rêve, c’était celui de quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui ne savait pas grand chose à la vie de la ferme.

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Il ne comprenait pas. Il ne voyait pas combien je travaillais dur, car « le boulot des femmes » au foyer devient visible uniquement quand il n’est pas fait.

Mes lectures

Mathias MALZIEU, Métamorphose en bord de Ciel

          Tom Cloudman est cascadeur, le plus mauvais cascadeur de tous les temps. Il rêve de voler et s’élance dans les airs à la moindre occasion, mais gare à la chute ! L’atterrissage est chaque fois plus difficile et un jour, alors qu’il est au sommet de sa gloire, il ne peut se relever seul. Un long séjour à l’hôpital commence qui va changer sa vie et peut-être voir se réaliser son rêve de côtoyer les oiseaux.

          J’avais bien aimé les deux premiers romans de Mathias Malzieu, son univers si particulier, un peu morbide mais chargé de poésie. Une écriture qui manque sans doute de maturité mais semble prometteuse. J’espérais donc que ce nouvel ouvrage du chanteur de Dionysos le verrait passer un cap vers une écriture plus maîtrisée, tout en gardant le charme et la fraîcheur de son style.

          J’ai malheureusement été déçue. Si jusque-là j’avais toujours été emportée par ses histoires, si j’étais toujours rentrée sans peine dans son univers, cette fois la magie n’a pas opéré. Je n’ai pas du tout accroché avec ce personnage. L’univers m’a paru plus enfantin que dans les romans précédents, mois tortueux. Ces zones d’ombre m’ont manqué. Les images évoquées m’ont plus agacée qu’émue et le style, pourtant assez vif, m’a vite lassée. Un livre que je n’ai pas réussi à finir, question de disposition aussi sans doute. Espérons que le prochain sera plus convaincant. Cela dit, mon amour pour Mathias Malzieu, reste encore intact…

Si à l’âge de cet enfant j’avais appris que je devais vivre dans un hôpital, je serais mort sur le coup. Électrocuté d’ennui dès la première nuit. J’ai eu le temps des printemps fougueux et des coups de soleil. On m’a laissé cultiver un peu mes rêves à l’air libre. Victor doit faire pousser les siens à la lumière des néons.

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Au menu, piqûres et petit-déjeuner : émincé de pain sec à s’en péter les dents servi avec son coulis de pilules amères.

Mes lectures

Boutiques insolites à Paris

          Une fois n’est pas coutume, je vais aujourd’hui vous présenter un guide de voyage (comment ça je me laisse parasiter par le travail ?!). Ce petit guide tout beau et tout mignon est paru aux éditions Jonglez. Comme son titre l’indique, il vous propose 150 idées de boutiques insolites à Paris. Elles sont classées par arrondissement, ce qui facilite grandement les recherches. Elles sont également classées par thèmes à la fin de l’ouvrage. Chaque boutique est présentée sur une double page assortie d’une ou deux illustrations.

          Designers, alimentation, coiffeurs, vous n’aurez que l’embarras du choix ! Savez-vous qu’il existe encore à Paris des maîtres barbiers ? qu’on peut se faire faire des chaussures sur mesure pour un prix (presque) abordable ? que dans le V° une boutique ne propose que des objets à l’effigie des chats ? Vous pourrez également dénicher des robes de mariées en papier ou, dans un tout autre genre, acheter des volailles vivantes. Un bon moyen de découvrir Paris autrement.

Mes lectures

Fred VARGAS, L’armée furieuse

          Dans cette nouvelle aventure, le commissaire Ademsberg et son équipe partent sur les traces des légendes normandes et essaient d’arrêter l’Armée furieuse qui terrorise le village depuis des siècles. Il va également devoir prouver l’innocence de Momo-mèche-courte, un petit voyou accusé de meurtre. Mais il trouvera tout de même le temps de sauver un pigeon, avec l’aide de son fils.

          Je n’avais pas spécialement aimé le dernier Vargas, qui sombrait un peu dans la facilité en sombrant dans le fantastique. Les deux d’avant m’avaient plu mais je leur reprochais d’être plutôt destinés au lecteur averti : les intrigues jouaient beaucoup sur l’histoire des personnages, difficile à suivre donc si on n’a pas lu toute la série, alors qu’en théorie, si les personnages évoluent au fil des romans, les enquêtes demeurent tout de même indépendantes. Je craignais donc un peu cette nouvelle histoire, d’autant plus que je n’en avais pas entendu dire que du bien.

          Finalement, j’ai été agréablement surprise. C’est un Vargas bon cru. On y retrouve son univers si particulier et attachant. Elle renoue avec succès avec ses thèmes de prédilections : les croyances populaires. Quand l’historienne ressort, le lecteur est en joie (ben oui, si on peut se cultiver un peu en lisant, c’est quand même mieux, polar ou pas). Les personnages sont toujours décalés et sympathiques. L’histoire (enfin, les histoires entrecroisées) marche bien même si le dénouement est un rien prévisible. Ce roman policier atypique m’a fait passé un très bon moment de lecture.

Il n’arrivait pas à faire coïncider ce nom réputé, en bien ou en mal, avec un homme aussi petit et d’aspect si modeste qui, depuis son visage brun jusqu’à ses vêtements noirs, lui paraissait disloqué, inclassable ou du moins inconforme.

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Ademsberg n’était jamais incommodé par les silences en groupe et il n’éprouvait pas l’instinct compulsif de remplir les blancs coûte que coûte. Les anges, disait-on, pouvaient passer et repasser ses qu’il s’en soucie.

Jeunesse·Mes lectures

Christine FÉRET-FLEURY, La tour du silence

          Au milieu du XVIII° siècle, Madeleine, une jeune fille de quinze ans, est emprisonnée dans une tour sombre pour pratiquer un culte qui n’est pas celui du roi. En effet, elle et ses codétenues sont protestantes. Il va falloir qu’elle choisisse  entre sa religion et la liberté.

          J’avais lu un excellent livre jeunesse sur le sujet (dont j’ai bien sûr totalement oublié le nom) il y a quelques temps. J’avais donc des attentes assez importantes en ouvrant ce livre. Dans l’ensemble, je n’ai pas été déçue. C’est bien écrit, l’histoire est plutôt intéressante, le personnage est attachant. Un livre assez réussi donc. On est dans un roman épistolaire. On ne connaît l’histoire que par les lettres écrites par Madeleine à sa soeur de lait. L’Histoire (avec un grand H) se mêle habilement au questionnement intérieur de la jeune fille.

          Le personnage ne tombe pas dans la caricature. Ses doutes, ses peurs, rendent la lecture intéressante. Le style est soutenu, ce qui est appréciable, bien qu’on puisse se demander si ça colle vraiment avec le langage d’une jeune fille certes instruite mais de milieu très modeste… Passons sur ce détail qui après tout ne dérange nullement la lecture. Un petit livre agréable et intelligent.

 

Sarah, je sais que tu me pardonneras mon silence : il ne m’a pas fallu moins de trois semaines pour sortir de la prostration où j’étais tombée depuis mon incarcération, rassembler mon courage et t’écrire à nouveau.

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Chaque fois que l’une d’entre nous reçoit une lettre, nous la lisons à haute voix, pour que chacune ait sa part de nouvelles du pays. Celles-ci sont meilleures qu’elles ne l’ont été de longtemps. Il semble que la surveillance étroite où l’on tenait les protestants se soit un peu relâchée. Des assemblées ont eu lieu en plein jour, ce qui était inconcevable il y a seulement un an. Est-ce le cas chez nous ?