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Rentrée littéraire 2016, les premiers romans

Quelques premiers romans sont arrivés jusqu’à moi en cette rentrée littéraire 2016 qui m’aura décidément apporté beaucoup de bonnes surprises (et quelques mauvaises quand même…). En voici donc quelques uns, dans des styles très différents. Deux d’entre eux seront à découvrir dans des articles à venir, d’une part parce que je n’ai pas encore eu le temps de les lire, d’autre part pour équilibrer un peu le contenu de mes articles consacrés à cette rentrée littéraire.

Une nuit, Markovitch, d’Ayelet Gundar-Goshen

 

1939. Zeev et Yacoov quittent leur petit village de Palestine, direction l’Allemagne, où ils ont pour mission d’épouser de jeunes Juives afin de les sauver des griffes des nazis. De retour chez eux, ils leur redonneront leur liberté en divorçant. Mais si Zeev a bien l’intention de retrouver la femme qu’il aime, Yacoov, lui, ne tient pas à laisser partir Bella.

Une nuit, MarkovitchLe résumé de ce livre me semblait assez amusant et m’intriguait beaucoup. Je dois avouer que je suis loin d’avoir été déçue ! J’ai de suite accroché avec le style très particulier de ce roman. C’est enlevé, drôle, et souvent plus profond qu’il n’y paraît ! Les personnages sont assez stéréotypés et c’est étrangement là que réside tout le charme de ce roman assez cocasse. On s’attache à ces personnages qui possèdent tous leur part de démesure et on se délecte de leurs aventures. J’ai dévoré ce livre avec une boulimie que je n’avais plus connue depuis longtemps. Un petit regret sur la toute fin, qui est en trop à mes yeux mais après une lecture si agréable, ce n’est qu’un infime détail. Sous couvert d’humour et d’une histoire quelque peu farfelue, l’auteur nous raconte aussi un peu son pays et sa culture ; un aspect de ce livre que j’ai particulièrement apprécié. Ce roman mêle habilement les genres, grave et léger à la fois, il parle aussi bien de l’intimité de ses personnages que d’un pays en pleine mutation. L’espoir y est omniprésent, et souvent déçu. Une lecture atypique qui, bien que moins légère qu’il n’y paraît, m’a franchement donné le sourire. Une des plus belles découvertes de cette rentrée !

Pourquoi ruminer quand on peut mordre dans les rondeurs pulpeuses de l’avenir ? À trop évoquer ses souvenirs, on les use, exactement comme les lessives répétées finissent par ternir le linge.

The girls, d’Emma Cline

 

Evie Boyd, adolescente rêveuse et solitaire, vit au nord de la Californie à la fin des années 1960. Au début de l’été, elle aperçoit dans un parc un groupe de filles. Interpellée par leur liberté, elle se laisse rapidement hypnotiser par Suzanne et entraîner dans le cercle d’une secte.

The girlsJe ne savais pas trop qu’attendre de ce roman dont je ne savais rien avant d’entamer ma lecture. Je n’avais même pas lu la quatrième de couverture avant de l’ouvrir. Je suis un peu indécise sur ce que je dois en penser même si dans l’ensemble j’ai apprécié cette lecture. L’adolescente au centre du récit n’a pas grand chose de l’héroïne traditionnelle. Introvertie, peu sure d’elle, elle a peu d’amis et serait prête à tout pour se sentir aimée. C’est ce qui va la pousser vers des fréquentations peu recommandables et changer sa vie. On alterne entre son adolescence et sa vie d’adulte. La première tient la plus grande partie du récit, j’ai trouvé la seconde moins intéressante même si elle a le mérite de mettre l’accent sur les conséquences des mauvais choix fait par le personnage. On assiste à la transformation de la petite fille sage et timide en une adolescente rebelle. Les sentiments sont très bien décrits, on ressent sans peine son malaise adolescent, ce qui a un côté assez dérangeant. C’est d’ailleurs inspiré d’une histoire vraie, celle du célèbre criminel américain Charles Manson et de sa « famille ». Un roman perturbant qui met en scène les sentiments ambigus avec un certain brio.

Mais j’aurais dû savoir que quand des hommes vous mettent en garde, ils vous mettent en garde contre le film sombre qui défile dans leur propre cerveau.

Un travail comme un autre, de Virginia Reeves

 

Roscoe est fasciné par l’électricité. Il en fait son métier mais doit y renoncer lorsque Marie, sa femme, hérite de l’exploitation familiale. Année après année, la terre les trahit. Pour éviter la faillite, il a l’idée de détourner une ligne électrique de l’Alabama Power. L’escroquerie fonctionne jusqu’au jour où son branchement sauvage coûte la vie à un employé de la compagnie.

Un travail comme un autreEn débutant ce livre, je m’attendais à un polar pur jus. Surement à cause du titre assez sombre (ça fait un peu tueur en série je trouve, mais j’ai dû trop regarder Dexter) et de la couverture avec son ciel d’orage sur un paysage désolé. J’ai donc été assez surprise de constater que si le style est noir, ce n’est pas à proprement parler une intrigue policière, même si elle emprunte parfois au thriller. Après un petit moment de flottement, cela s’avère toutefois sans importance. Je serais d’ailleurs bien incapable de cataloguer ce roman à la frontière entre plusieurs genres. J’ai bien aimé le personnage principal, qui possède une forme de poésie et il est intéressant de voir son évolution au fil de son séjour en prison. J’ai trouvé que la peinture des caractères était très réussie. Une certaine forme de suspens se met en place sur ce qui attend le personnage mais aussi un questionnement sur ce qui l’a amené là. De ce point de vue la construction, pourtant assez classique, fonctionne à merveille. J’ai beaucoup aimé l’aspect historique du roman, avec notamment la place accordée aux noirs dans la société. On pourrait craindre que le côté technique sur l’électricité ne soit un peu soporifique mais il reste discret et les explications ne manquent pas de clarté. J’ai trouvé ce roman aussi intéressant que bien écrit et j’ai eu le plus grand mal à le lâcher une fois entamé. Une belle découverte.

On naît avec quelque chose dans les veines, pour mon père, c’était le charbon, pour Marie, c’est la ferme, pour moi, un puissant courant électrique.

Voici venir les rêveurs, d’Imbolo Mbue

 

A New-York Jende, un immigrant illégal d’origine camerounaise, est en passe de réaliser son rêve : après avoir été plongeur et chauffeur de taxis, il vient de décrocher un emploi de chauffeur pour un riche banquier. Pour Jende, tout est désormais possible : il va enfin pouvoir offrir à Neni, sa femme, la vie dont elle rêve.

Voici venir les rêveursJe ne sais pas trop que dire sur ce roman qui m’a quelque peu déroutée. Dans l’ensemble, je l’ai aimé. C’est bien écrit, c’est un sujet qui m’intéresse, on se prend d’affection pour les personnages, globalement, c’est donc plutôt bien (voire plutôt très bien même), en tout cas sur toute la première moitié, la suite m’ayant laissée un peu plus perplexe, sans que je sache bien si c’était une bonne chose ou non, malgré à présent un certain recul. La bonne nouvelle, c’est que c’est plutôt bien écrit et que le sujet est solide. Les personnages sont bien construits, en revanche j’ai parfois trouvé ce qui leur arrivait moyennement crédible. Mais bon, rien de trop extravagant non plus, dans l’ensemble, ça se tient. Durant la première moitié du livre, une certaine tension se met en place que j’ai trouvée assez réussie. La deuxième moitié m’a un peu moins convaincue, notamment parce que la relation tendue entre les personnage m’a plus mise mal à l’aise qu’autre chose et m’a même parfois agacée. La fin est assez surprenante (même si on la sent venir) et je ne suis pas sure de bien comprendre le message que l’auteur souhaitait véhiculer. La place donnée au personnage féminin m’a aussi un peu déçue. J’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de bonnes choses dans ce roman même si je suis restée un peu sur ma faim.

Les gens refusent d’ouvrir les yeux et de voir la vérité parce qu’ils préfèrent rester dans l’illusion. Du moment qu’on les abreuve des mensonges qu’ils veulent entendre, ils sont contents.

Muse, de Jonathan Galassi

 

Paul est obsédé par la poète Ida Perkins. Mais si ce jeune éditeur travaille dans une maison indépendante renommée, elle est éditée par une maison concurrente. Il en faudra bien plus pour calmer ses ardeurs et l’empêcher de tenter de s’approcher malgré tout de celle qu’il admire.

MuseEncore un premier roman qui avait tout pour me plaire. Ayant fait des études d’édition, je suis friande d’histoires qui s’y rapportent. Malheureusement la magie n’a cette fois pas opéré. Si je lis un peu de littérature américaine, je suis loin d’être une spécialiste de la question et je connais avant tout les grands classiques, n’en ayant même pas lu tant que ça. J’ai été totalement paumé au milieu de ces constantes références à des auteurs que je ne connaissais pas. Je n’ai pas trouvé les personnages particulièrement attachants et je n’ai pas bien vu où le récit voulait en venir, ne semblant pas avoir d’autre but que la peinture du monde de l’édition new-yorkaise. La trame n’a pas assez de consistance pour donner envie de lire tous ces auteurs de moi inconnus et donne plutôt l’impression d’un catalogue mondain. Je m’y suis sentie aussi déplacée que dans un cocktail de remise de prix littéraire : sur le papier ça a l’air sympa mais ça s’avère mortel… Le style m’a guère plus convaincu, pas franchement mauvais mais guère enthousiasmant. Malgré mon envie de m’intéresser à ce roman, il m’a profondément ennuyée. Extrêmement frustrant !

A mesure qu’il apprenait les ficelles du métier, Paul s’apercevait qu’il perdait peu à peu une partie du respect admiratif qu’il vouait aux auteurs dont il était responsable.

La tentation d’être heureux, de Lorenzo Marone

 

Cesare Annunziata a 77 ans et il a l’impression d’avoir raté sa vie : il n’a pas réussi à aimer sa femme, et les relations avec sa fille Sveva et son fils Dante sont compliquées. Une scène de violence conjugale a lieu dans son immeuble et Cesare secourt la victime, la belle Emma, sa voisine.

La tentation d'être heureuxJe ne sais pas bien pourquoi j’ai demandé à recevoir ce livre. Ca reste pour moi un mystère étant donné que ni sa couverture, ni encore moins son titre ne me tentaient. Ca sentait le roman mièvre ponctué de conseils de développement personnel. Pas du tout ma tasse de thé. Heureusement, le résumé était déjà plus vendeur. Toujours est-il que je ne regrette pas cette étrange décision. J’ai immédiatement été séduite par cet univers. Un petit vieux cynique qui s’évertue à éviter les autres, ça avait tout pour me plaire ! Je m’imagine assez facilement avoir aussi mauvais esprit à son âge. Passé la découverte du personnage, j’ai eu un moment peur que ça tourne un peu en rond. L’arrivée de cette histoire de femme battue permet de relancer le récit, après un petit temps de flottement. Il y a quelques passages qui tombent un peu dans les bons sentiments mais dans l’ensemble c’est beaucoup bien mièvre que ce que le titre laissait craindre. C’est même plutôt drôle dans l’ensemble. Il y a quelques réflexions bien vues sur les relations familiales et la manières d’aborder la vie, même si ça ne verse jamais dans la leçon de morale. Je me suis vraiment prise au jeu et j’ai lu ce roman avec un réel plaisir. Souvent drôle, parfois triste, toujours optimiste et largement cynique, une lecture qui redonne le sourire.

On ne s’habitue à rien,on renonce à changer les choses. Ce n’est pas pareil.

Mes lectures

La fabrique des illusions

          Molly Howe est une jeune fille admirée et gâtée par la vie jusqu’au jour où le secret qu’elle dissimulait est exposé au grand jour. Elle s’enfuit alors à Berkeley où elle trouve réconfort dans les bras d’un jeune étudiant en art, John Wheelwright, qui tombe éperdument amoureux d’elle. Jusqu’à ce qu’elle disparaisse de nouveau.

          Lu il y a longtemps, voici un roman dont je n’ai toujours pas pris le temps de vous parler. Rassurez-vous, si mes souvenirs sont vagues, j’avais pris des notes, me doutant bien que cet article tarderait à paraître. Il vaut bien avouer aussi que je ne sais trop que dire de ce texte qui m’a laissée un peu dubitative. On me l’avait offert il y a quelque chose comme deux ans et – en ayant entendu dire le plus grand bien – j’avais hâte de le lire. Je ne sais pas trop à quoi je m’attendais mais bizarrement pas du tout à ça (je crois que je faisais un amalgame avec le film « L’illusionniste », qui n’a pas le moindre rapport, d’où un certain temps de flottement lorsque j’ai compris mon erreur).

La fabrique des illusions

          Le style est classique mais agréable, quoique peut-être un peu indigeste par moments. Le début s’avère assez prenant, avec deux personnages opposés dont j’ai aimé suivre l’évolution. L’un m’a été plutôt sympathique, l’autre moins, mais j’ai apprécié la découverte de leurs histoires respectives, avec deux univers bien distincts et très riches. La mise en place du récit est très longue et pourtant – fait rare – c’est la partie que j’ai préférée dans ce texte, et de très loin ! J’ai en revanche été plus mitigée sur le dernier tiers. D’une part il y a quelques sérieuses longueurs et le propos manque un peu de clarté. Je n’ai pas bien compris où ça allait et quel était sensé être le message. Ca m’a quelque peu laissée sur ma faim… Il y a beaucoup de bonnes choses dans ce roman qui présente des facettes pas très glorieuses du rêve américain. Le propos se perd un peu en route mais l’ensemble reste plutôt bon.

Notre culture ne propage aucune valeur hormis cet étrange autodénigrement suggéré par ce perpétuel sourire d’ironie : nous nous abstrayons de nous-mêmes pour mieux nous protéger du terrible vide de l’existence que nous menons aujourd’hui.

Mes lectures

Deux textes courts et percutants

Voici deux textes courts dont je n’attendais pas forcément grand chose et qui ont finalement été de bonnes surprises. Deux styles totalement différents mais dans leur genre, deux réussites.

Tu vivras toujours, Arnaud Genon

J’ai depuis longtemps ce livre en moi. Il relate la disparition de ma mère, alors que j’étais encore un enfant. C’est un court roman, plus précisément une autofiction, c’est-à-dire une autobiographie consciente de son impossibilité : je ne suis jamais que la fiction de mes souvenirs, de ma mémoire. C’est un livre sur l’enfance et l’innocence, sur l’aveuglement et la perte. Sur l’écriture, aussi. Un livre du « je » que j’aimerais croire universel : un enfant, sa maman, la mort.

Tu vivras toujours, Arnaud Genon, couvertureCe texte a été écrit par un spécialiste de l’auto-fiction et plus particulièrement d’Hervé Guibert. Je l’avais contacté lorsque je rédigeais mon  mémoire de master sur l’homme au chapeau rouge. Quand il m’a proposé de m’envoyer son premier roman pour que je le lise, j’ai bien accepté. J’étais à la fois flattée et un peu inquiète : et si je n’aimais pas ? Difficile de descendre quelqu’un qu’on apprécie, en même temps, les critiques acerbes sont un peu ma marque de fabrique (moins en ce moment comme me l’ont fait remarquer certains). Je n’étais donc pas particulièrement sereine en entamant ma lecture d’autant plus que l’auto-fiction, bien que j’aie écrit un mémoire sur le sujet, n’est pas particulièrement mon truc. Finalement, ce texte a été une très bonne surprise. L’écriture est très belle, pleine de sensibilité. L’auteur nous y parle de la mort de sa mère lorsqu’il était adolescent, essayant de se remettre dans la peau de l’enfant apeuré qu’il était alors. Je trouve que le deuil en littérature est un sujet difficile tant chacun le ressent différemment. J’ai souvent beaucoup de mal à m’identifier et à partager la douleur de l’autre. Ca n’a pas été le cas ici où les choses sont amenées avec beaucoup de délicatesse. La distance aidant sans doute, le ton est bien nostalgique qu’éploré : une certaine pudeur est à l’oeuvre que j’ai trouvée touchante. Un très beau texte à l’écriture simple et élégante, tout en sensibilité, un très bel hommage que rend l’auteur à sa mère disparue.

La nuit des friches, Franck Pavloff

Une friche donc, au bord d’un canal, quelque part en France. Des murs éventrés dressés comme des souvenirs gigantesques. Autour, des ménagères rêvant à leurs anciennes amours, des retraités se réfugiant dans l’art, des gens isolés et féroces. Dedans, des squatteurs, des paumés, des destins solitaires subitement unis. Et puis un jour, un homme arrive, réveille les souvenirs bons et mauvais. Et tout bascule.

La nuit des friches, Franck Pavloff, couvertureOn change complètement de d’univers avec ce texte-ci. Là encore, j’étais un peu frileuse au moment d’entamer ma lecture : texte court, édition inconnue, la méfiance était au rendez-vous. De prime abord, je ne pensais pas connaître l’auteur, et puis j’ai découvert qu’il avait écrit Matin brun, cette nouvelle particulièrement forte sur le racisme qu’on trouvait pendant longtemps en vente à la caisse de toutes les librairies et qui  fait un vrai carton. J’ai retrouvé dans ce texte la même écriture un peu âpre, qui recèle une part de violence qui la rend particulièrement percutante. On est ici face à une histoire d’amour et de révolte. Une jeune fille paumée, un vagabond, une mère de famille bourgeoise et un retraité dont les routes vont se croiser. Quatre destins liés d’une manière ou d’une autre. Une certaine colère transparaît entre les lignes de ce texte court à l’écriture incisive. Le jeune vagabond semble insuffler un désir de liberté à quiconque croise sa route, semant un vent de contestation dans son entourage. Les personnages sont assez attachants et j’ai trouvé leurs relations intéressantes. Un beau texte sur les marges de la société qui donnerait envie de se rebeller.

Ces deux textes ont également été l’occasion de découvrir deux maisons d’édition : Le Verger et La Rémanence. Deux jolies découvertes, j’essaierai d’aller voir à l’avenir ce qu’elles proposent et peut-être pourrai-je vous en parler plus longuement à l’occasion.

Mes lectures

Rentrée littéraire de janvier : littérature française

          Les rentrées littéraires se suivent et ne se ressemblent pas. Celle de septembre reste la plus courue, avec les prix littéraires à la clef, mais celle de janvier propose aussi de belles choses. On y trouve aussi bien des auteurs confirmés qui ne font pas la course aux prix – pas chaque année du moins – que des débutants qui essaient de ne pas finir engloutis sous la masse des quelques 600 livres qui paraissent chaque automne. Pourtant, avec 476 romans sortis en ce début d’année, difficile de s’y retrouver. Si la rentrée de septembre m’a laissée grandement sur ma faim (la plupart des auteurs que j’aime en étaient absents et j’ai été dans l’ensemble très déçue par mes lectures que vous pouvez retrouver ici), celle-ci me tentait plus avec pas mal de romans qui m’intriguaient. N’ayant pas un rond ces temps-ci, je n’ai acheté qu’un seul roman cette rentrée : les autres m’ont soit été généreusement envoyés en service de presse (oui, ça m’arrive et non, je n’ai pas honte), soit été prêtés par ma maman. Même si pour une fois j’en ai sollicité pas mal, d’autres ont croisé ma route par hasard. Une quinzaine de livres en tout, dans des styles assez différents. Voici pour commencer ce que j’ai pensé de la partie littérature française.

          L’Azirie est tombé sous le joug d’une dictature. Lora Sander décide de fuir le pays. Sa vie de comédienne est devenue impossible. Elle prend le chemin de l’exil et rejoint l’Etat limitrophe de Santarie, munie de son colt 45.

La femme au colt 45, Marie RedonnetJe n’ai pas trop accroché avec l’écriture assez particulière de ce roman. Le mélange entre une narration à la 3° pers et un point de vue interne est assez perturbant. Ca met une distance avec le personnage et donne un côté froid au texte qui m’a beaucoup gênée. Les événements sont décrits de manière succincte et s’enchaînent rapidement. Ils auraient mérité d’être plus développés pour qu’on s’imprègne de l’ambiance et qu’on s’attache un peu plus au personnage. Mais si ce texte ne m’a pas plu, il est loin d’être inintéressant. L’écriture est certes un peu sèche à mon goût mais elle est maîtrisée et la construction originale. L’histoire se passe dans un lieu imaginaire mais qui entre en résonance avec le monde actuel, ses problèmes, ses conflits. On y retrouve d’une certaine manière les problèmes d’immigration et d’intégration qui font l’actualité. Ca donne au texte un aspect universel. Une écriture qui m’a paru trop froide mais un sujet intéressant et un résultat qui, s’il ne m’a pas séduite, sort tout de même du lot.

Il y a des rides sur le front et à la commissure des lèvres. La peau commence à se flétrir. Le teint a perdu son éclat. Le regard est grave et inquiet. Les traits du visage sont harmonieux, des sourcils épais, des lèvres charnues. L’expression est tendue. Cette femme que je ne reconnais pas, sans aucun fard, c’est moi.

          « Je voulais comprendre comment Lorca Horowitz avait mis en place son plan d’anéantissement sans éveiller le moindre soupçon, et avait osé monter une à une, sans jamais reculer ni même hésiter, les marches qui la menaient droit à son crime. Je voulais comprendre pourquoi elle l’avait fait. Mais surtout en quoi cela me concernait, me touchait. Qu’avais-je à voir là-dedans ? »

Appelez-moi Lorca Horowitz, Anne PlantagenetCoup de cœur pour ce roman que j’ai dévoré en à peine 24h (il est court, certes, mais quand même). J’ai été totalement embarquée par cette histoire complètement folle de manipulation et d’usurpation d’identité inspirée d’un fait divers. La tension monte peu à peu et il est fascinant de voir une jeune femme complexée se transformer peu à peu sous nos yeux en femme fatale prête à tout pour réussir. Mais tout autant que cette histoire, j’ai aimé que l’auteur nous parle en parallèle de pourquoi elle a choisi ce sujet, pourquoi il la fascine, et ce que ça dit d’elle – avec parfois une pointe d’humour bienvenue dans cet univers assez sombre. Cette alternance entre le récit lui-même et cette prise de recul de la part de l’auteur est à la fois passionnante et diablement efficace ! Ca nous pousse à nous interroger sur ce que nous-même serions prêts à faire en situation extrême. Un questionnement dérangeant mais qui donne à ce roman toute sa saveur. C’est très bien écrit et l’état d’esprit de la jeune femme est parfaitement bien rendu (bien que totalement supposé). On se prend au jeu de cette histoire malsaine et on en ressort avec une pointe de soulagement mais aussi une certaine frustration de ne pas voir levés tous les doutes sur les motivations du personnage. Un roman un rien malsain et extrêmement prenant.

Je connaissais bien aussi cette douleur de l’exclusion, pire encore, celle du cœur qui se brise et n’en finit pas de se briser, du cœur déjà en miettes et qu’on peut, aussi inconcevable et cruel que cela paraisse, réduire en morceaux toujours plus petits, car il faut de nombreux coups pour arrêter l’amour, il faut le tabasser à plusieurs reprises.

          Étonnant et fulgurant destin que celui de Jeremiah Reynolds : après avoir probablement été le premier homme à poser le pied sur le continent antarctique en 1829, il devint colonel pendant la guerre civile chilienne, chef militaire des armées mapuches, avocat à New York, effectua un demi-tour du monde et écrivit un récit de chasse au cachalot blanc.

Les vies multiples de Jeremiah Reynolds, de Christian GarcinPetite déception pour ce roman dont j’attendais beaucoup. Bien que très travaillé, le style apparaît comme extrêmement brouillon. L’auteur se perd en digressions incessantes (parfois insupportables mais d’autres fois plutôt amusantes, il faut le reconnaître) et semble ne jamais vraiment toucher au cœur du sujet. Cette histoire avait pourtant un potentiel énorme. Je ne connaissais pas Jeremiah Reynolds et j’espérais découvrir les moindres détails de ses pérégrinations, une vie d’explorateur donne toujours une matière particulièrement riche pour un roman. Malheureusement l’auteur survole les choses. On ne rentre absolument pas dans la peau du personnage. Ses sentiments sont totalement laissés de côté et ses exploits sont relatés de la manière la plus brève qu’il soit. Ce roman n’est qu’accumulation de digressions bien souvent sans grand intérêt. J’ai hésité à l’arrêter plusieurs fois mais me suis abstenue, trouvant ça et là des passages un peu plus prenants. Un style à la fois compliqué et très haché qui est loin de m’avoir emballée et une histoire intéressante à peine esquissée qui m’a laissée sur ma faim pour ce roman qui ne tient pas ses promesses.

Il se disait qu’il n’y avait eu que deux périodes de sa vie qui l’avaient vraiment exalté, et elles étaient liées aux deux chimères qu’il avait poursuivies, ou qu’il aurait voulu poursuivre : la Terre creuse de Symmes et le cachalot blanc de Lewis.

          Aux confins du Grand Nord, dans un paysage de glace et de neige, une bourgade survit autour de l’activité du Terminus : hôtel, bar et bordel. Nul ne sait à qui appartiennent les lieux mais ici se réfugie la lie de l’humanité et ici s’épanouissent les plus bas instincts.

Dedans ce sont des loups, de Stéphane JolibertCe roman est mon deuxième gros coup de cœur de cette rentrée de janvier qui s’avère décidément bien surprenante. Le titre me plaisait bien mais je ne m’attendais à rien de particulier en entamant cette lecture. J’ai vraiment été happée par cette univers très fort, pourtant, je ne sais pas trop comment vous en parler. Etrangement, j’ai souvent un peu de mal à parler des choses que j’aime en ce moment. J’ai beaucoup aimé le style de l’auteur qui n’a pas été sans me rappeler par certains aspects la plume de Jack London (un de mes auteurs préférés pour ceux qui l’ignorent). Un style un peu âpre et un monde dur et froid que j’ai beaucoup appréciés. Ce monde sans pitié est peuplé de personnages forts – des hommes violents et des prostituées pour la plupart, pas franchement des enfants de cœur. Avec ça, inutile de vous dire que l’histoire n’est pas exactement drôle. On est dans une sorte de thriller avec un suspens qui se met en place autour de l’identité de celui qui contrôle ce bout du monde sans foi ni loi. On pressent que ça peut difficilement bien finir. La violence est au centre du récit avec pourtant de beaux moments d’humanité. Même si j’ai assez vite deviné qui tirait les ficelles, ça ne m’a pas vraiment gâché le plaisir du dénouement. Un roman qui m’a subjuguée de bout en bout par la force de son style et la noirceur de son univers. Glaçant.

C’était sa fierté, au paternel, que ses gosses sachent que la vie était une chienne dépourvue de tendresse et de compassion.

          Pascal a ouvert un restaurant, Le Bout du Monde, à Kaboul. Hommes, femmes, voyageurs aux grandes causes et aux bagages trop lourds s’y retrouvent pour comploter, rire, boire, aimer, oublier… Mais après l’excitation des premières années, ne faut-il pas s’en aller encore ?

Le bout du monde, de Marc VictorJ’ai suivi la série Kaboul kitchen sur Canal+ et malgré quelques faiblesses je dois dire que j’ai bien aimé son humour décalé. J’étais très curieuse de découvrir la suite dans un roman. L’auteur (et scénariste donc) s’inspire de sa vie pour son livre. Et elle a visiblement été très mouvementée ! J’ai beaucoup aimé le style fluide et l’auto-dérision exacerbée. Le narrateur se décrit de manière peu glorieuse -grosso modo comme un lâche et un glandeur – et étrangement ça ne le rend que plus sympathique. Les nombreuses digressions, même si elles semblent nous éloigner parfois pas mal de l’histoire, sont loin d’être inutiles et donnent toute leur profondeur aux personnages. On revient ainsi sur leur enfance et sur la solidité des liens d’amitié qui unissent le narrateur à Corto, son ami d’enfance, qui vit lui aussi en Afghanistan, et dont  la disparition est au centre du récit. Entre les Pyrénées et Kaboul, le récit d’une amitié solide entre deux caractères bien trempés. Ce roman est souvent drôle, parfois émouvant, et s’il traîne un peu en longueur sur la fin, il est entre humour et aventure une lecture pour le moins rafraîchissante.

La route, elle aussi, finit par user. Nous n’étions pas loin d’une overdose d’asphalte. Et même les paysages les plus grandioses n’échappent finalement pas à la monotonie.

          Gabriel, écrivain quadra précaire épuisé par l’amour et la vie, tombe amoureux de Catherine, institutrice de son fils et membre du Parti National…

Les enfants qui mentent n'iront pas au paradis, de Nicolas ReyJ’avais lu un livre de Nicolas Rey quand j’étais ado, Courir à 30 ans, que j’avais à l’époque bien aimé. Quand j’avais reçu il y a deux ans un roman de l’auteur en service de presse, j’avais donc été très heureuse de le retrouver. Malheureusement, ça ne s’était pas exactement passé comme prévu et j’avais franchement détesté son roman qui n’est pas loin d’être ce que j’ai pu lire de plus plat ces dernières années. Quand j’ai reçu celui-ci, j’étais donc pour le moins circonspecte et j’ai bien dû le laisser traîner un mois sur mes étagères et 3 semaines dans mon sac avant d’oser l’ouvrir. Sans aller jusqu’à dire que j’ai adoré, c’est loin d’avoir été le calvaire que je craignais. Pourtant le sujet – franchement d’actualité – est des plus délicats : le monde qui va mal, la jeunesse (plus si jeune en l’occurrence) désabusée et la montée du FN. Ca fonctionne plutôt bien. Le personnage principal s’avère légèrement agaçant, mais plutôt sympathique dans le fond. La plume est agréable et si j’aurais sans doute aimé un texte avec un peu plus de profondeur, il est loin d’être inintéressant. Avec ses airs de ne pas y toucher, le roman aborde des thèmes forts de manière assez peu conventionnelle. Plutôt réussi.

Je sais que pour l’instant c’est difficile à croire mais ta souffrance va s’atténuer. Au fil du temps, je vais voir ton chagrin disparaître. Voilà peut-être la chose qui nous désole le plus. De voir même le chagrin disparaître.

          Trois frères : des jumeaux, Le Zébré, fou de ses coqs qui risque sa vie en une pirouette au-dessus du vide, Le Rouquin, dans son ombre le suit où qu’il aille et tente de le protéger de lui-même. Et L’Oiseau, le musicien, le poète, le plus jeune aussi, qui oppose à la violence de ses frères le chant d’un oiseau. Peuvent-ils se rejoindre et s’inscrire dans les traces de leurs ancêtres Les Tsiganes-Oiseaux qui, comme le dit la légende, avaient le cœur si limpide qu’ils pouvaient voler ?

Tsigane-oiseau, de Chantal PortilloQuand on m’a proposé de recevoir ce livre, j’avoue avoir pas mal hésité. Lorsque je demande à un éditeur de m’envoyer un ouvrage, je m’engage bien évidemment à en parler mais comme je me fixe également un devoir d’honnêteté, j’essaie autant que possible d’aller vers des choses que je suis à peu près sure d’aimer. Ca m’évite à la fois de me mettre dans la situation embarrassante vis à vis de celui qui me l’a envoyé et d’avoir l’impression de perdre mon temps. Je ne connaissais ni l’auteur ni l’éditeur et c’est vrai que cela me rend généralement assez méfiante. Toutefois, le sujet m’attirait beaucoup et le communiqué de presse était convaincant, j’ai donc décidé de laisser une chance à ce roman. Et j’ai bien fait (comme quoi, les a priori à la con hein…) ! J’ai de suite accroché avec le style tout en simplicité de l’auteur et cette histoire d’une famille de tsigane. On y découvre le quotidien au sein d’un campement, avec ses croyances, ses combats de coqs, ses tensions mais sa solidarité aussi. C’est à la fois simple et universel, la complexité des rapports fraternels, et des rapports humains tout court. J’ai trouvé ce texte très juste et très beau. C’est violent et poétique : c’est vivant. Un très bel hommage à culture gitane.

Et si nous sommes du voyage, nous ne sommes pas des errants, nous sommes les nomades du monde.

          Un cinéaste au mitan de sa vie perd son meilleur ami et réfléchit sur la part que la mort occupe dans notre existence. Entre deux femmes magnifiques, entre le présent et le passé, dans la mémoire des visages aimés et la lumière des rencontres inattendues, L’Arbre du pays Toraja célèbre les promesses de la vie.

L'arbre du pays Toraja, de Philippe ClaudelDe Philippe Claudel je ne connais pas grand chose. J’avais beaucoup aimé son film Tous les soleils, et en roman j’avais été séduite par Le rapport Brodeck que j’avais trouvé très fort. J’avais envie de lire autre chose de lui et son nouveau roman faisait donc partie de ceux qui me tentaient bien  en cette rentrée de janvier. Je l’ai commencé avec un bel enthousiasme sans même avoir lu quatrième de couverture. J’ai vite déchanté. Certes, le style reste agréable, mais impossible de m’intéresser un tant soit peu à ce qui était écrit. Il faut dire que je ne suis pas très sensible au sujet de la maladie et de la mort. Ca ne m’attire pas particulièrement et il faut vraiment un roman d’une grande sensibilité pour que ça me touche. D’autre part, je commence à me lasser de l’autofiction à laquelle j’ai toujours préféré les romans. La frontière entre réalité et fiction peut-être intéressante mais là j’ai plutôt eu l’impression que l’auteur s’épanchait sur la page sans réel travail littéraire derrière. Ce texte est extrêmement décousu. Ca part dans tous les sens aussi bien chronologiquement que concernant les sujets abordés. Ca n’aide pas franchement à rentrer dedans… J’ai trouvé le tout très brouillon et émaillé de réflexions qui ne m’ont pas emballée outre mesure. Je me suis ennuyée devant ce livre qui manque franchement de tenue. 

Il s’est mis à pleuvoir. On voit la pluie rouler sur les jeunes feuilles des arbres. C’est très beau. Comme des larmes de géant qui tomberaient sur le monde.

          La tentative d’assassinat du président Chaouch a plongé le pays dans une hystérie grandissante. Tout le monde est sur les nerfs. Le président Chaouch est sommé de répondre à l’angoisse nationale par des batteries de mesures sécuritaires tandis que sa légitimité est attaquée de toutes parts et que se précise la menace d’un deuxième attentat imminent…

Les sauvages, tome 4, de Sabri LouatahJ’ai adoré cette série dès les premières lignes. Un style nerveux et incisif qui ne laisse pas indifférent et une histoire on ne peut plus d’actualité. J’ai le souvenir d’avoir eu un peu de mal à m’y remettre lors de la sortie du tome 3 : beaucoup de noms différents, une histoire complexe, des ramifications dans tous les sens… pas toujours simple de s’y retrouver quand il s’est passé du temps entre deux tomes. Et justement, le dernier c’était il y a longtemps, très longtemps… Pourtant, cette fois je n’ai eu aucun mal à me replonger dedans, même si je n’avais évidemment plus tous les détails en tête. J’ai une fois de plus beaucoup aimé retrouver cette univers de magouilles et de complots en tous genres, rempli des personnages les plus hétéroclites. Le sujet de cette saga est on ne peut plus d’actualité et je dois avouer qu’après les attentats je trouve cette lecture est assez perturbante. L’histoire est extrêmement bien construite et a réussi à me tenir en haleine jusqu’au bout. J’avais peur que l’auteur peine à trouver une issue à cette série mais il parvient à la finir en beauté. Un quatrième et dernier tome toujours aussi convaincant pour ses Sauvages qui vont assurément me manquer.

Krim ne pouvait compter que sur sa mémoire pour ne pas sombrer ; mais sa mémoire c’était racornie, comme un tube de dentifrice qu’on a trop enroulé, trop plié et pressuré, jusqu’à ce qu’il n’en dégouline plus le moindre souvenir heureux.

          Tous ces romans sont parus en janvier ou février (bon, certains fin décembre peut-être). Il fallait bien placer la frontière quelque part, je vous parlerai donc des sorties de mars ultérieurement. Je vous parle de ces sorties un peu tard mais je ne lis malheureusement pas assez vite pour suivre le rythme frénétique des parutions, surtout que pour une fois j’ai eu la chance d’en avoir beaucoup à lire. Le hasard a voulu qu’il y ait pas mal de récits d’aventure parmi ces nouveautés, ce qui n’était pas pour me déplaire – loin de là ! J’ai été dans l’ensemble très agréablement surprise par la qualité de ces textes avec de vrais coup de cœur et assez peu de grosses déceptions. Ca m’a rappelé pourquoi j’aime autant la littérature contemporaine. Et vous, avez-vous lu de belles choses en ce début d’année ? On se retrouve dans quelques jours pour la partie littérature étrangère.

Mes lectures

Littérature : à la découverte des pays de l’Est

La petite communiste qui ne souriait jamais, de Lola Lafon

Une miraculeuse petite gymnaste roumaine de quatorze ans est apparue aux JO de Montréal en 1976 pour mettre à mal guerres froides, ordinateurs et records au point d’accéder au statut de mythe planétaire. Le récit imaginaire de l’expérience que vécut cette prodigieuse fillette, symbole d’une Europe révolue, venue, par la seule pureté de ses gestes, incarner aux yeux désabusés du monde le rêve d’une enfance éternelle. 

La petite communiste qui ne souriait jamaisUn roman français contrairement à ce que pourrait laisser croire le titre de mon article, mais qui se déroule tout de même en Roumanie. J’avais entendu dire beaucoup de bien de ce livre et le titre me plaisait beaucoup. Pourtant, je dois admettre que je n’avais qu’une très vague idée de ce dont il retournait, ma connaissance de Nadia Comaneci et de la Roumanie des années 70 étant plus que limitée. Au moins, ça ne risquait pas de me gâcher le plaisir de la découverte… J’ai beaucoup aimé le début de ce livre. Je ne saurais pas trop expliquer pourquoi mais bien que le sujet ne me parle a priori pas plus que ça, j’ai trouvé l’écriture très belle et les premières pages ont été un vrai régal. La petite Nadia est assez fascinante et j’ai apprécié la manière dont sa vie est disséquée. En revanche, passé le premier tiers du livre, j’ai trouvé que ça s’essoufflait un peu. Si le personnage principal fascine, il s’avère assez peu sympathique… La jeune fille à l’entraînement quasi-militaire est froide comme la banquise et semble prendre la grosse tête avec ses premiers succès. Même son malheur ne parviendra guère à la rendre plus humaine. Malgré tout, ce roman est bien écrit et permet de se plonger dans une époque que je connaissais mal. Un destin hors du commun, pas toujours très sympathique, mais qui mérite tout de même le détour.

Des mille et une façons de quitter la Moldavie, de Vladimir Lortchenkov

À Larga, tous les habitants ne rêvent que d’une chose: rejoindre l’Italie et connaître enfin la prospérité. Quitte à vendre tous leurs biens pour payer des passeurs malhonnêtes, ou à s’improviser équipe moldave de curling afin de rejoindre les compétitions internationales. Parviendront-ils à atteindre leur Eldorado ?

Des mille et une façons de quitter la MoldavieUn jour que je traînais dans une librairie alors que j’avais 2h à tuer et que mon livre était honteusement resté se la couler douce à la maison, je suis tombée sur ce titre. Il m’a intriguée. Tout autant que le tracteur sur la couverture et plus encore le résumé complètement barré. Il me fallait quelque chose de vite lu : c’était parfait ! J’ai de suite accroché avec ce style déjanté et cette histoire ubuesque. J’ai suivi avec plaisir les aventures de ces villageois moldaves prêts à tout pour quitter le pays et surtout ne jamais y revenir. J’ai trouvé que l’auteur faisait preuve de beaucoup d’auto-dérision. Il parle l’air de rien des problèmes majeurs rencontrés dans le pays, avec un humour qui touche à l’absurde. Si j’ai beaucoup ri au début, je dois toutefois avouer que j’ai fini par me lasser un peu de cette énergie débordant qui part dans tous les sens. Certains passages sont plus drôles que d’autres et ça finit par aller très loin. Peut-être bien trop pour que j’arrive à rester complètement dans cette histoire. Mais malgré tout, j’ai apprécié cette lecture dans son ensemble et j’ai envie de découvrir ce que l’auteur a pu écrire d’autre. Un roman un peu inégal mais très drôle et pas inintéressant pour autant : totalement déjanté.

L’oiseau bariolé, de Jerzy Kosinski

Dans ce paysage désolé de l’Europe de l’Est ravagée par la tourmente de la guerre, un petit garçon de six ans est envoyé à la campagne par ses parents. Campagne hostile dans laquelle les plus extravagantes superstitions survivent. L’enfant a les cheveux noirs, là où tout le monde est blond. Tel l’oiseau bariolé, il tente en vain de convaincre ceux qui l’entourent qu’il fait partie des leurs. Peine perdue. Il reste l’autre, le  » Bohémien « , celui par qui le malheur arrive, condamné à être persécuté…

L'oiseau barioléOn change encore de genre et de pays, avec cette fois une histoire qui se déroule en Pologne (écrite en anglais pas un immigré polonais ayant pris la nationalité américaine). Il traînait depuis un certain temps dans ma bibliothèque et j’aimais beaucoup le titre (eh oui, encore !) sans bien savoir de quoi il s’agissait. Je ne me souviens pas d’avoir relu la quatrième de couverture avant de commencer à le lire et j’avoue avoir été très surprise par la violence de ce texte. Je m’attendais bêtement à quelque chose de beaucoup plus léger… On y suit un petit garçon rejeté de tous à cause de la couleur de ses yeux et pour qui les malheurs vont s’enchaîner à un rythme soutenu. Chaque chapitre est consacré à une nouvelle croyance et un nouvel épisode funeste pour notre jeune héros. A sa sortie, le livre a eu un succès retentissant et a été lu comme une autobiographie, faisant alors grand bruit. Personnellement j’aurais tendance à penser que vu la quantité astronomique de malheurs qui pleut sur la tête de cet enfant, ce texte est plutôt à lire comme un catalogue des croyances profondément ancrée ou autant de paraboles sur la connerie humaine. Une histoire qui sonne étrangement actuelle… Un texte très difficile de par son extrême violence mais également l’un des plus fort qu’il m’ait été donné de lire. Bouleversant.