Archives de Tag: policier

Gun machine, un polar efficace signé Warren Ellis

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          John est un flic désabusé. Lors de la mort de son coéquipier, il découvre par hasard un appartement couverts d’armes du sol au plafond. Quand les analyses lui apprennent qui chacune à servi à commettre un meurtre, il va devoir commencer à plancher sur cette affaire qui semble inextricable.

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          Longtemps, j’ai lu beaucoup de polars avant de passer à d’autres lectures et de délaisser franchement le genre même si je l’apprécie toujours beaucoup. J’ai un peu tardé à lire ce roman que des amis m’avaient offert pourtant je leur fais entièrement confiance pour choisir quelque chose qui me plaît. Je n’ai absolument pas été déçue par leur choix. Dès les premières pages, j’ai beaucoup accroché aussi bien avec le style qu’avec l’histoire. J’ai trouvé que cette dernière ne manquait pas d’originalité. Sur le fond, rien de nouveau : un flic un peu paumé court après un tueur en série à Manhattan. Mais le fait que le dit tueur en série soit un dingue qui connaît toutes les huiles de la ville et semble s’inspirer de la culture amérindienne dans ses crimes donne un certain charme à l’ensemble. J’ai beaucoup aimé le fait qu’on alterne les chapitres du point de vue du policier et de celui du meurtrier, ça crée un effet assez déroutant et accentue l’effet d’une course poursuite où on ne sait plus toujours très bien qui est le chasseur et le chassé.

          Le rythme particulier de ce roman m’a vraiment embarquée et plus l’histoire avançait, plus j’avais hâte d’en connaître la suite. Nombreux sont les romans avec alternance de point de vue où un personnage est plus faible que l’autre. Là les deux m’ont bien plu, même si c’est de manière très différente. Le « héros » est un mec complètement largué, avec deux acolytes un peu barrés et on se demande comment il pourrait bien se sortir de ce guêpier. Quant aux meurtrier, il est franchement siphonné et suivre ses pensées est assez fascinant. Le mélange de modernité avec les barres d’immeubles et le joujoux high-tech et de traditions millénaires avec les délires d’un meurtrier qui se prend pour un indien est franchement réussi et donne à ce roman une teinte particulière. L’auteur parvient à créer un univers très fort et attachant. Un livre original qui se lit d’une traite : un vrai régal !

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Parfois, la pluie tombe si dru qu’on lève la tête pour regarder les gouttes alors qu’on devrait s’intéresser à la forme de la flaque qu’elles produisent.

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Forcené à poil se campa au bord du palier, pointa son fusil et tira. Le coup arracha la partie supérieure gauche du crâne de Jim Rosato. Il y eut un ploc quand un bout de sa cervelle s’écrasa contre le mur.

Elle l’adore, entre polar, drame et comédie

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Comédie dramatique, policier de Jeanne Herry avec Sandrine Kiberlain, Laurent Lafitte, Pascal Demolon

          Muriel, esthéticienne, adore raconter des histoires improbables. Elle est aussi la plus grande fan du chanteur Vincent Lacroix depuis plus de 20 ans. Il occupe toute sa vie. Lorsqu’il sonne chez elle au beau milieu de la nuit, elle voit sa vie basculer…

582257.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx          J’aime beaucoup le duo d’acteurs de ce film, j’avais donc hâte de voir de quoi il retournait. La bande-annonce me tentait moyennement mais je me suis dit qu’un peu de légèreté ne me ferait pas de mal. Je dois être de mauvais poil en ce moment parce que comme tous les films vus dernièrement, je n’ai été que moyennement emballée. Je dois avouer que j’ai trouvé déjà l’histoire moyennement crédible, ce qui ne m’a pas aidée à me plonger dans le film. Mais comme il ne se prend pas au sérieux, ça ne m’a pas dérangée outre mesure. Il faut dire aussi que le rythme assez soutenu ne laisse pas vraiment le temps de se poser ce genre de questions.

477070.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx          Je crois que j’ai été un peu gênée par le ton. Il se veut un peu décalé, entre polar et comédie, mais j’ai trouvé que ça manquait un peu de recul pour fonctionner vraiment, le trait aurait mérité d’être encore plus forcé pour mettre en avant le second degré. J’ai bien conscience que les gens normaux ont saisi de suite les intentions ambiguës de la réalisatrice et ont aimé ce jeu entre sérieux et ironie mais je suis parfois longue à la détente… J’ai bien aimé ce film mais comme l’intrigue policière est plutôt légère, voire secondaire, et que le second degré m’a souvent échappé (sauf lors des interrogatoires, franchement drôles), le résultat m’a semblé pour le moins… bizarre. J’ai eu un de mal avec cet entre-deux. Le film reste trop sage, j’aurais ailé quelque chose d’un peu plus déjanté.

472226.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx          Les acteurs sont clairement le gros gros point fort de ce film. Sandrine Kiberlain est parfaite, comme d’habitude. Elle est vraiment très drôle et convaincante en fan qui se retrouve mêlée à une histoire sordide malgré elle. Quant à Laurent Lafitte, ce n’est peut-être pas son meilleur rôle mais le côté un peu dérangé lui va à merveille. C’est un plaisir de les voir se débattre et s’enfoncer dans cette histoire. La fin m’a laissée un peu perplexe. J’aurais sans doute aimé quelque chose de plus tranché. Je crois que c’est d’ailleurs le cas pour tout le film, il n’a pas vraiment de défauts mais qui aurait peut-être pu aller un peu plus loin. Ca reste tout de même un premier long-métrage très réussi. Un film très agréable même si je suis un peu passée à côté. Il est servi par un duo d’acteurs incroyables et séduira sans aucun doute le plus grand nombre.

L’homme de la montagne, Joyce Maynard

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          Rachel et Patty ont grandi près de San Francisco avec une mère quasi absente et un père volage qui a fini par quitter la maison pour une autre femme. Pour tromper leur ennui, elles passent des heures à jouer dans la montagne derrière leur maison. Jusqu’au jour où une affaire de meurtre va bouleverser leur quotidien et celui de leur père, chargé de l’enquête. 

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          Je ne connaissais pas du tout Joyce Maynard mais la quatrième de couverture me tentait beaucoup et j’ai été très contente de recevoir le roman avant sa sortie. Je dois dire que je n’ai pas été déçue ! J’ai été agréablement surprise par la qualité de l’écriture tant que par l’histoire. Le personnage principal, Rachel, est attachant et j’ai aimé la voir évoluer au fil des pages. Elle respire la spontanéité et je pense que ses excursions dans la montagne avec sa sœur comme leurs jeux rappelleront des choses à plus d’un. On s’identifie assez bien à ces deux petites filles un peu à part et pleines de vie.

          J’ai trouvé les rapports entre les personnages très intéressants : deux sœurs inséparables, un père qu’elles adulent et une mère dont elles ne se préoccupent guère. Il y a également quelques réflexions très justes sur l’adolescence qui donnent une touche nostalgique au texte. Je pensais avoir affaire à un roman policier mais il ne l’est pas au sens classique du terme, même si en effet il y a bien des meurtres, une enquête et un certain suspens qui se crée au fil des pages. On oscille entre plusieurs styles : à la fois roman à suspens et récit intime sur une famille qui se brise.

          Ce roman est très bien construit, autour d’une trame policière inspirée d’un fait réel. Mais la série de meurtres est avant tout un catalyseur qui exacerbe les réactions de chacun, dévoile la nature des gens. Les personnages sont variés et bien construits, à la fois marquants et assez éloignés des clichés du genre. Une subtilité dans la description des relations humaines et du ressenti de chacun qui m’a touchée. Pourtant, malgré une certaine nostalgie, l’écriture conserve toujours une part de légèreté des plus agréables. Comme si la jeunesse des personnages l’emportait sur tous les malheurs qu’elles peuvent rencontrer. Un roman sensible et très juste qui m’a embarquée dans son univers et m’a intéressée de bout en bout. Une belle découverte.

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Les filles de treize ans croient aux pères héroïques et aux méchantes belles-mères. Aux paroles des chansons, aux conseils de leurs amies du même âge – et aussi que leur premier amour durera toute la vie […].
La fille de treize ans déteste sa mère. Adore son père. Déteste son père. Adore sa mère. Alors quoi ?
Les filles de treize ans sont grandes et petites, grosses et maigres. Nil’un ni l’autre, ou les deux. Elles ont la peau la plus douce, la plus parfaite, et parfois, en l’espace d’une nuit, leur visage devient une sorte de gâchis. Elles peuvent pleurer à la vue d’un oiseau mort et paraître sans cœur à l’enterrement de leurs grands-parents. Elles sont tendres. Méchantes. Brillantes. Idiotes. Laides. Belles.

La vérité sur l’affaire Harry Quebert, un roman (trop ?) ambitieux de Joël Dicker

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          Après avoir connu un premier succès immense, Marcus Goldman jeune écrivain à succès, connaît les affres de la page blanche. Son éditeur le presse de lui fournir un nouveau roman et il voit arriver l’échéance sans avoir écrit la moindre ligne. Quand son ami Harry – son ancien professeur et écrivain de talent – est accusé du meurtre d’une jeune femme disparue 30 ans auparavant, il est convaincu de son innocence. Il décide alors d’aller sur place découvrir ce qu’il s’est passé et rétablir la vérité.  

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          J’avais énormément entendu parler de ce roman qui a eu le Grand Prix du roman de L’Académie Française et le Goncourt des lycéens en 2012. Deux distinctions qui sont souvent synonyme de qualité. Pourtant, il semblait que si beaucoup avaient adoré et n’avaient plus pu refermer ce livre une fois entamé, une minorité l’avait trouvé mal écrit et au fond assez insipide. Connaissant ma tendance à être à contre-courant du plus grand nombre, je craignais un peu de faire partie de la deuxième catégorie et j’ai repoussé ma lecture un certain avant de finalement me décider à m’y mettre cet été dans une envie à la fois de lecture pas trop difficile et de gros pavés. Je dois bien avouer qu’au début, je n’ai trop su que penser de ce roman – et n’ai d’ailleurs jamais vraiment réussi à me décider…

          L’écriture ne m’a pas parue catastrophique du tout, mais pas bonne non plus. Juste plate. Enfin, dans le meilleur des cas car plus on avance, plus les clichés s’empilent et les dialogues deviennent insipides. Je n’en pouvait plus d’entendre Harry appeler la jeune fille dont il était amoureux « Nola chérie ». J’ai trouvé qu’il y a avait entre eux un manque total de naturel. Mais bon, dans l’ensemble, mis à part certains passages qui m’ont un peu agacée, j’ai trouvé que si le style n’était pas exceptionnel, il n’était pas non plus particulièrement plus mauvais qu’un autre. Facile à lire, il a par moments même un côté assez accrocheur. L’histoire est quant à elle plus prenante, même si elle n’est pas exempte de défauts.

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          J’ai trouvé que l’énorme point faible de ce roman, ce sont ses femmes. En effet, toutes celles qu’on y croise semblent hystériques, idiotes, voire les deux. Pas une ne m’a été franchement sympathique, elles sont plus caricaturales et imbuvables les unes que les autres. Je redoutais chaque apparition de la mère de Marcus dans le roman tellement je la trouvais hérissante. Sinon, dans l’ensemble, l’ouvrage est très influencé par la littérature américaine et ça se sent ! Là aussi, l’hommage manque parfois un peu de finesse et j’ai eu l’impression dans certains passages que l’auteur empilait ses connaissances du pays par besoin de prouver quelque chose plus que par nécessité pour l’histoire. Un défaut que l’on retrouve souvent chez les jeunes auteurs, ce besoin de tout dire, la volonté tout mettre dans un grand roman, qui finalement le dessert par manque de sobriété et de maîtrise.

          Heureusement, malgré des rebondissements parfois un peu improbables, j’ai trouvé l’histoire prenante et j’avais réellement envie de voir comment ça finissait, ce qui fait que j’ai lu ce roman assez vite. Et même si j’ai parfois trouvé l’écriture maladroite et que certains passages m’ont agacée, dans l’ensemble, j’ai trouvé que ça se lisait très bien. D’autant plus que le style colle assez bien au genre choisi par l’auteur. Certains n’ont pas aimé les conseils sur l’écriture intercalés entre chaque chapitres. Pour ma part, j’ai trouvé qu’ils étaient dans l’ensemble assez juste et donnaient une vraie identité à ce roman. Moi qui suis habituellement plutôt tatillonne (enfin, c’est ce qui se dit en tout cas…), je n’ai pas un instant songé à tenir rigueur à l’auteur de ne pas complètement arriver à les appliquer lui-même. Je trouve déjà que l’effort est louable. Un roman très ambitieux dont le résultat n’est pas tout à fait à la hauteur par manque de maturité sans doute. Si le style est parfois un peu bancal, il reste dans l’ensemble agréable et sert une histoire prenante pour un résultat mitigé mais somme toute assez réussi.

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Environ une demi-seconde après avoir terminé votre livre, après en avoir lu le dernier mot, le lecteur doit se sentir envahi d’un sentiment puissant; pendant un instant, il ne doit plus penser qu’à tout ce qu’il vient de lire, regarder la couverture et sourire avec une pointe de tristesse parce que tous les personnages vont lui manquer.

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Deux choses donnent du sens à la vie : les livres et l’amour.

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L’amour, c’est très compliqué. C’est à la fois la plus extraordinaire et la pire chose qui puisse arriver. Vous le découvrirez un jour. L’amour, ça peut faire très mal. Vous ne devez pas pour autant avoir peur de tomber, et surtout pas de tomber amoureux, car l’amour, c’est aussi très beau, mais comme tout ce qui est beau, ça vous éblouit et ça vous fait mal aux yeux. C’est pour ça que souvent, on pleure après.

Black Coal, un polar chinois aussi beau que déroutant

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Drame policier chinois de Yi’nan Diao avec Fan Liao, Lun-mei Gwei, Xue-bing Wang

          En 1999, un corps est retrouvé dispersé dans des tas de charbon. Quand cinq ans plus tard deux hommes liés à la femme de la première victime sont assassinés, l’inspecteur Zhang, qui s’était occupé du premier meurtre avant de quitter la police, décide reprendre du service. 

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          J’avais lu de très bonnes critiques sur ce film. Je dois admettre que je n’étais pas très sure d’avoir envie de le voir, ça me semblait très sombre, mais quand on m’a proposé d’y aller, j’ai accepté. Une décision que je n’ai pas regretté ! Ce film est pour le moins particulier. Il nous sort de nos habitudes et ne ressemble en rien au polar américain auquel on est accoutumé. L’histoire est complexe et peut dérouter. Je dois avouer que pendant un moment, j’ai été un peu larguée dans les méandres de l’enquête mais petit à petit, les choses finissent par se mettre en place et ça fait aussi partie du charme de l’histoire.

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          Mais ce qui est le plus impressionnant dans ce film, c’est son esthétique impeccable. C’est sombre mais incroyablement beau. Il y a des scènes vraiment splendides mais jamais attendues. On ne tombe pas dans la facilité avec les ralentis chers au cinéma asiatique ou les plans serrés interminables, ici la beauté surgit toujours à l’improviste, on est scotchés par la maîtrise de certains plans tout à fait inattendus. J’ai eu l’impression que ce film prenait constamment le spectateur à contre-pied. C’est pour le moins troublant mais également intéressant de se voir ainsi malmené dans ses habitudes.

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          Je ne dirais pas que j’ai adoré ce film, il d’ailleurs fallu un certain temps après l’avoir vu pour me remettre les idées en place et savoir si je l’avais apprécié. La fin, certes impressionnante visuellement, m’a toutefois laissée un peu perplexe, j’ai eu comme l’impression qu’il manquait un petit quelque chose pour clore cette histoire. L’intrigue est originale et bien construite, elle m’a surprise à plus d’une reprise même si je l’ai trouvée assez complexe, au risque de perdre le spectateur (ce qui a bien faille être le cas mais j’ai fini par m’y retrouver). Visuellement, c’est sombre et assez sobre tout en étant étonnamment beau. C’est là sans nul doute le gros point fort de ce film surprenant à plus d’un titre.