Mes lectures

José Carlos SOMOZA, L’appât

        Et si le monde n’était qu’un grand théâtre ? Si nos désirs les plus profonds pouvaient être comblés par un masque, une parure, une posture ? Si des acteurs de génie pouvaient les déceler et nous mettre à nu par leur jeu, faisant de nous des pantins ? Et si les pièces de Shakespeare détenaient les clefs de notre subconscient ?

          Diana est un de ces acteurs qui peuvent accéder à nos désirs les plus refoulés. On les appelle les appâts. La police de Madrid les utilise pour arrêter les criminels les plus dangereux. Quand un psychopathe enlève sa soeur, elle se lance dans une course effrénée pour tenter de la sauver.

          Il y a quelques mois, j’avais découvert Somoza avec Clara ou la pénombre. Ce fut une révélation. Un choc comme on en connaît trop peu dans sa vie de lecteur. Un livre qui vous retourne, vous engloutis, vous transforme et vous laisse à la fois surpris et émerveillé. J’attendais donc avec impatience d’en lire un autre, même si je savais que ce genre de miracle ne pouvait décemment pas se produire deux fois. Quand L’appât est sorti en décembre, je me suis donc empressée de l’ajouter à ma liste au Père Noël et l’ai commencé à peine le papier déchiré.

          La trame est extrêmement complexe. On est entre le polar, l’anticipation et l’essai sur le théâtre, le tout servi avec un brin de psychanalyse. C’est très déroutant et sans la 4° de couverture je pense que j’aurais mis très très longtemps à comprendre cette histoire d’appâts qui utilisent Shakespeare comme arme. Dans Clara, on avait sensiblement la même chose avec la peinture mais c’était bien plus visuel et donc un peu moins difficile à appréhender. J’ai donc décidé de laisser tant bien que mal de côté ce que je ne comprenais pas, me disant que ça finirait bien par s’expliquer, pour me concentrer sur l’histoire de meurtres.

          Il n’y a pas de doute, Somoza est bien le roi du suspens. L’histoire est bien ficelée, très vite on se laisse prendre au jeu, on dévore chaque page avec anxiété, attendant la suite comme si notre propre vie en dépendait. On tombe dans tous les pièges qu’ils nous tend. Il y avait longtemps qu’un livre ne m’avait pas autant « accrochée » et que je n’avais pas regardé autour de moi avec autant d’anxiété dans mon appartement vide à cause d’un livre.

          L’auteur demande à son lecteur un effort quasi insurmontable pour rentrer dans son univers (un immense merci au professeur aussi cruel qu’avisé qui a eu l’idée de nous mettre cet auteur au programme, nous forçant à passer le cap difficile des premiers chapitres auxquels on ne comprend pas grand chose). Toutefois, la sueur et les larmes (comment ça j’exagère ?) sont largement récompensés. Le monde que nous propose Somoza est d’une incroyable richesse. Il nous pousse à nous poser des questions qui jamais ne nous seraient venues à l’esprit, à envisager les choses sous des angles improbables. Il bouscule les conventions avec brio dans un style incomparable. Un texte exigeant mais aussi brillant, intelligent, complexe, troublant. Un peu en de ça de Clara à mes yeux mais un texte de haute volée qui se mérite.

Citations à venir

Cinéma

Polisse, de MAIWENN

         Drame français de et avec Maïwenn, avec Joey Starr, Karin Viard, Marina Foïs, Nicolas Duvauchelle.

        Une jeune photographe missionnée par le ministère suit pendant plusieurs mois une équipe de la BPM (Brigade de Protection des Mineurs).  Elle va intégrer leur quotidien et découvrir un univers très différents du sien, avec ses drames mais aussi ses moments de joie.

          On a beaucoup parlé de ce film avec le plus grand bien et étant assez adepte des thématiques policières, j’y allais avec un a priori plutôt positif. Une fois de plus, une désillusion m’attendait. Alors oui, je sais, c’est un film qui traite d’un sujet difficile, inspiré de faits réels et réalisé par une femme en plus, alors ça ne peut être que bien, interdiction d’en dire le moindre mal. Mais je vais cette fois encore mettre les pieds dans le plat et oser ne pas suivre la foule bien pensante.

         Bon, pour commencer, première chose qui m’a agacée dans ce film dès les premières minutes, la présence de Jérémie Elkaim, une fois de plus dans un rôle de petit con pédant qui me sort par les yeux. Bon, certes, c’est un détail mais ça devient physique comme répulsion, à sa vue (et plus encore au son de sa voix), mes muscles se tendent, mes poils se hérissent, mes nerfs sont à vif, autant dire que ça ne me met pas dans de très bonnes conditions pour apprécier un film.

          Ensuite, j’ai trouvé dommage l’absence de trame. Une histoire suivie d’un peu plus près que les autres (celle de la photographe, à tout hasard) aurait donné de la profondeur au film. Il y a beaucoup de choses intéressantes dans ce film, tant dans la vie des policiers que dans les drames qu’ils côtoient, malheureusement, le film s’éparpillent entre beaucoup de faits qui ne seront jamais développés, laissant un petit goût d’inachevé.

          En ce qui concerne les personnages dont on entrevoit les histoires individuelle, mis à part le même problème de développement, j’ai trouvé ça très convenu. On voit tout arriver des lustres à l’avance, la seule vue de la bande-annonce suffit à deviner tout le reste du film. Ce n’est pas très grave en soi étant donné que c’est plutôt bien fait, mais déjà que c’est décousu, ça n’aide pas à capter l’attention. Quant à la scène finale, la seule susceptible de troubler le doux ronronnement du spectateur, elle est filmée de manière tellement ridicule qu’elle en perd toute sa force tragique.

          Alors forcément, dis comme ça, on dirait que j’ai trouvé ce film totalement sans intérêt. Mais pas du tout ! Certes, je n’ai pas adoré, mais j’ai trouvé ça pas mal. Certains acteurs sont plutôt bon, dont Joey Star qui nous livre une interprétation saisissante. L’univers policier semble également assez bien décrit, dans toute sa complexité, en évitant la plupart des clichés habituels. Simplement en voulant trop montrer, la réalisatrice en oublie l’aspect cinématographique, sans pour autant rester dans le documentaire. Un entre deux qui, malgré quelque belles scènes, dessert un film qui avait pourtant un fort potentiel.

Mes lectures

Fred VARGAS, L’armée furieuse

          Dans cette nouvelle aventure, le commissaire Ademsberg et son équipe partent sur les traces des légendes normandes et essaient d’arrêter l’Armée furieuse qui terrorise le village depuis des siècles. Il va également devoir prouver l’innocence de Momo-mèche-courte, un petit voyou accusé de meurtre. Mais il trouvera tout de même le temps de sauver un pigeon, avec l’aide de son fils.

          Je n’avais pas spécialement aimé le dernier Vargas, qui sombrait un peu dans la facilité en sombrant dans le fantastique. Les deux d’avant m’avaient plu mais je leur reprochais d’être plutôt destinés au lecteur averti : les intrigues jouaient beaucoup sur l’histoire des personnages, difficile à suivre donc si on n’a pas lu toute la série, alors qu’en théorie, si les personnages évoluent au fil des romans, les enquêtes demeurent tout de même indépendantes. Je craignais donc un peu cette nouvelle histoire, d’autant plus que je n’en avais pas entendu dire que du bien.

          Finalement, j’ai été agréablement surprise. C’est un Vargas bon cru. On y retrouve son univers si particulier et attachant. Elle renoue avec succès avec ses thèmes de prédilections : les croyances populaires. Quand l’historienne ressort, le lecteur est en joie (ben oui, si on peut se cultiver un peu en lisant, c’est quand même mieux, polar ou pas). Les personnages sont toujours décalés et sympathiques. L’histoire (enfin, les histoires entrecroisées) marche bien même si le dénouement est un rien prévisible. Ce roman policier atypique m’a fait passé un très bon moment de lecture.

Il n’arrivait pas à faire coïncider ce nom réputé, en bien ou en mal, avec un homme aussi petit et d’aspect si modeste qui, depuis son visage brun jusqu’à ses vêtements noirs, lui paraissait disloqué, inclassable ou du moins inconforme.

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Ademsberg n’était jamais incommodé par les silences en groupe et il n’éprouvait pas l’instinct compulsif de remplir les blancs coûte que coûte. Les anges, disait-on, pouvaient passer et repasser ses qu’il s’en soucie.

Cinéma

La défense Lincoln, de Brad FURMAN

          Thriller américain de Brad Furman avec Matthew McConaughey, Marisa Tomei, Ryan Philippe.

          Michael Haller est un brillant avocat aux dents longues, prêt à tout pour gagner les procès des petits criminels qu’il défend. Il semble passer son temps à l’arrière de sa Lincoln avec chauffeur, son téléphone rivé à l’oreille. Un jour, une grosse affaire se présente à lui : un riche play-boy est accusé de tentative de meurtre sur une prostituée. Une affaire en apparence facile qui va se révéler dangereuse.

 

          Ce film est l’adaptation d’un célèbre roman de Micheal Connely que je n’ai pas lu mais qu’il faudra quand même que j’ouvre un jour. Les acteurs ne sont pas très connus. L’acteur principal a joué dans un certain nombre de comédies romantiques pour adolescents et était jusque-là apprécié essentiellement pour la perfection de ses abdominaux. Un choix en apparence risqué donc. C’est pourtant un pari réussi. Il est absolument parfait. Le chauffeur est également très bon et on retrouve avec joie Katherine Moening dans un second rôle. Pas de grosse tête d’affiche donc mais un casting qui s’avère d’une rare efficacité.

 

          L’histoire est extrêmement bien ficelée (il faut dire qu’elle n’a pas été écrite par n’importe qui non plus). On se laisse totalement embarquer par cette affaire pour le moins tordue. Un vrai régal. Les images sont belles, c’est dans l’ensemble très bien filmé. Un résultat très propre, un film bien mené, on aimerait avoir affaire à une telle qualité technique plus souvent. Il n’y a rien à redire à ce très bon thriller. Les amateurs du genre apprécieront un film « à l’ancienne », plus basé sur la psychologie des personnages que sur l’action. Le personnage principal est très intéressant, plus méchant que gentil, pas clair du tout comme garçon, plutôt un vrai connard prétentieux qui va se découvrir une conscience un peu malgré lui. J’aime beaucoup ses personnages obscurs, loin de l’image de héros à laquelle nous habituent les films américains. Une belle réussite donc, un film que je vous recommande chaudement.

 

Club lecture

Club lecture avril

          Au mois d’avril nous lirons un roman policier : Les chiens de Riga, d’Henning MANKELL. L’inspecteur Wallander est amené à enquêter sur le meurtre d’un de ses amis en Lettonie. Il semblerait que l’exécution ait étée avant tout politique et l’inspecteur va se retrouver piégé dans une situation qui le dépasse, où chacun essaiera de le manipuler.

          Ce roman est un des moins connus de Mankell, cependant, il a le bon goût d’être le plus court, ce qui convient parfaitement aux exigences de notre club-lecture. Nous nous réunirons pour en parler le 19 avril à 20h, toujours au Café livres. Bonne lecture à tous.