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La disparition de Joseph Mengele d’Olivier Guez

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          1949 : ancien médecin SS à Auschwitz, coupable d’expérimentations atroces sur les déportés, Josef Mengele s’enfuit en Argentine. 1979 : après trente ans de traque, il meurt mystérieusement au Brésil. Caché derrière divers pseudonymes, protégé par ses réseaux et par l’argent de sa famille, soutenu à Buenos Aires par une communauté qui rêve du Quatrième Reich, Mengele croit d’abord pouvoir s’inventer une nouvelle vie…

          Voici un titre que je n’avais dans un premier temps pas mis dans ma sélection de la rentrée littéraire que j’aie hésité. Quand il s’est retrouvé dans la première liste du Goncourt, j’ai décidé de m’y atteler (liste qui par ailleurs ne m’inspire pas outre mesure, mais c’est un autre problème). J’aime généralement assez les livres sur cette période, même si ce n’est pas nécessairement j’avais envie en ce début d’année. Étant donné le sujet, j’avais peur de quelque chose de très dur. D’un autre côté, la fuite pouvait aussi revêtir un petit côté aventure. Une fois encore, c’est finalement la curiosité qui l’a emporté.

La disparition de Joseph Mengele

          Je dois avouer être restée un peu sur ma faim avec ce texte dont on m’avait dit le plus grand bien. Je n’ai pourtant pas grand chose à lui reprocher à part peut-être ne pas avoir répondu à mes attentes pourtant assez floues. Le style est assez sec, ça ne fait franchement pas dans le sentiment, il y a un côté très journalistique dans la manière de traiter les évènements, ça reste éminemment factuel – même si l’auteur à dû combler quelques trous dans la narration. J’en comprends bien les raisons, ça rend le personnage principal vaguement plus supportable, sans pour autant provoquer la moindre once d’empathie. Vu comme son cas est épineux, ce choix et la distance mise avec le sujet tout à fait compréhensible.

          Ceci dit, cette distance m’a parfois posé problème. Je suis restée à distance de l’histoire. On ne voit que très peu les horreurs qu’à commises Mengele dans les camps – même si elles sont parfois évoquées – et on n’éprouve pas la moindre empathie pour la bête traquée qu’il est devenue. Il est tour à tour insupportable d’arrogance et pathétique ce qui n’aide pas franchement à s’intéresser à son cas. Au final je n’avais qu’une envie, que sa fuite s’arrête pour être débarrassée de ce personnage imbuvable et même plus fascinant. Malheureusement l’histoire ne l’a pas voulu ainsi. L’homme met mal à l’aise même dans une vie où il ne lui arrive plus rien de bien particulier.  Il apparaît comme mesquin et paranoïaque, absolument insupportable. Je crois que finalement j’aurais préféré voir l’histoire du côté de ceux qui ont mené la traque, au moins j’aurais eu envie de les encourager.

          Pourtant ce roman est intéressant. Je savais que beaucoup de nazis avaient fui en Argentine mais je ne savais pas au juste comment et encore moins quelle avait été leur vie sur place. C’est à désespérer de l’humanité mais très instructif. L’écriture quand à elle est efficace et on sent que l’auteur maîtrise son sujet. Pour ce qui est du plaisir de lecture en revanche… bon, ce n’est pas désagréable, loin de là, mais je ne bondis pas non plus d’enthousiasme, l’écriture est un peu trop proche de l’essai à mon goût, sa manque d’émotion. Je ne parle pas d’un truc tire-larme hein, juste de plus de profondeur dans la psychologie du personnage. Mais bon, ce mec étant un grand psychopathe parano par-dessus le marché, l’auteur ne pouvait sans doute pas faire de miracle. Malgré une écriture un peu trop froide à mon goût, un texte intéressant et extrêmement bien documenté sur un homme traqué.

Olivier Guez

Toutes les deux ou trois générations, lorsque la mémoire s’étiole et que les derniers témoins des massacres précédents disparaissent, la raison s’éclipse et des hommes reviennent propager le mal.

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Tout le monde a profité du système, jusqu’aux destructions des dernières années de guerre. Personne ne protestait quand les juifs agenouillés nettoyaient les trottoirs et personne n’a rien dit quand ils ont disparu du jour au lendemain. Si la planète ne s’était pas liguée contre l’Allemagne, le nazisme serait toujours au pouvoir.

Réveiller les lions d’Ayelet Gundar-Goshen

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          Le Dr Ethan Green est un homme bien. Il sauve des vies. Il aime sa femme. Il adore ses deux petits garçons. Le Dr Ethan Green a de la chance : il est né du bon côté. Cette nuit-là, pourtant, le neurochirurgien prend la fuite après avoir percuté un homme sur une route, dans le désert. Le lendemain, la femme de cet homme se présente à la villa du médecin : elle a tout vu. Sirkitt, qui partage une caravane avec d’autres clandestins soudanais ou érythréens, découvre un monde de confort. Cependant, ce qu’elle exige d’Ethan en échange de son silence ne se quantifie pas en argent… Alors que l’enquête sur le chauffard est confiée à son épouse, inspectrice de police, Ethan Green s’engouffre dans la mécanique de la double vie, sur fond de trafics, de violences – et de désirs inavouables.

Réveiller les lions

          Voici un des romans de la rentrée littéraire que j’attendais avec le plus d’impatience (même si je n’arrive décidément pas à retenir le nom de l’auteur). L’année dernière, Une nuit Markovich – son premier roman – avait été mon énorme coup de cœur de la rentrée : drôle, incisif, intelligent, ç’avait été ma lecture la plus enthousiasmante depuis longtemps. J’avais donc hâte de découvrir ce qu’elle avait écrit ensuite et de voir si l’essai allait être transformé. Je n’ai donc même pas pris la peine de lire la quatrième de couverture, j’y allais en toute confiance. Honnêtement les premières pages ont été une surprise. Ce n’est pas du tout le même genre… Rien de drôle ici et le personnage principal est un médecin qui ne m’a au premier abord pas été franchement sympathique. Au second non plus d’ailleurs. Je dois avouer avoir été assez déçue par cet univers beaucoup moins engageant.

          J’ai toutefois continué ma lecture malgré un enthousiasme sérieusement refroidi par ces premières pages certes toujours bien écrites mais autrement moins survoltées que dans le premier roman de l’auteur. Toutefois, peu à peu je suis rentrée dans l’histoire et il y a dans ce texte des choses intéressantes sur des sujets de société avec notamment en toile de fond le racisme envers les migrants. Les rapports de couples également sont abordés sous un angle plutôt inhabituel, même si en l’occurrence j’ai trouvé que ça manquait peut-être un peu de profondeur. L’histoire est sombre et prenante. Malgré quelques doutes parfois quant à sa crédibilité (ce qui au final importe assez peu tant que le récit est bien construit) je me suis vraiment laissée prendre par le récit.

          Si l’enchaînement des évènements peut sembler parfois improbable – même si certaines choses s’expliquent peut-être également par la différence de culture – il pose toujours des questions intéressantes. Dans l’ensemble, c’est assez fin psychologiquement et montre bien entre autres les mécanismes de protection que l’on met en place pour s’arranger avec sa conscience. Sur le rapport aux autres et à soi-même, le livre tombe souvent juste, même si parfois j’aurais aimé sentir une plus forte connivence avec le personnage, me sentir moins spectatrice. Je craignais un peu la fin, ne voyant pas bien comment l’auteur allait tirer son personnage de ce mauvais pas, mais c’est au final une réussite. Si ce roman n’a pas été le coup de cœur escompté et a quelques petits défauts, il n’en demeure pas moins bien écrit et intéressant à bien des égards. Une lecture agréable même si je ne saurais que trop vous recommander de commencer plutôt par le premier roman de l’auteur.

Ayelet Gundar-Goshen

Émigrer, c’est passer d’un endroit à un autre, avec, attaché à ta cheville comme un boulet d’acier, le lieu que tu as quitté. Voilà pourquoi il est si difficile d’émigrer: marcher à travers le monde en ayant les pieds entravés par un pays tout entier, c’est quelque chose qu’il faut être capable de supporter.

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Comme elle est belle, la terre, quand elle tourne rond. Comme c’est agréable de tourner avec elle dans le bon sens et d’oublier qu’un jour il y a eu un écart. D’oublier qu’un écart est toujours de l’ordre du possible.

La maison des Turner d’Angela Fournoy

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          Cela fait plus de cinquante ans que la famille Turner habite Yarrow Street, rue paisible d’un quartier pauvre de Detroit. La maison a vu la naissance des treize enfants et d’une foule de petits-enfants, mais aussi la déchéance de la ville et la mort du père.
Quand Viola, la matriarche, tombe malade, les enfants Turner reviennent pour décider du sort de la maison qui n’a désormais plus aucune valeur, la crise des subprimes étant passée par là.

          Rentrée littéraire encore et toujours. J’avais entendu dire le plus grand bien de La maison des Turner. Émouvant, tout ça tout ça. Le nom me tentait bien (même si ça n’a absolument aucun rapport avec le peintre, impossible de ne pas y penser). J’étais confiante. Vous remarquerez que malgré mes airs bourrus je suis souvent confiante. Et je suis souvent déçue. La vie est cruelle. Admettons-le, je n’ai pas du tout accroché avec le début de ce roman. Les histoire de famille nombreuse de fantôme, franchement, pfff, voilà quoi. Surtout les fantômes. Désolée, je ne suis pas toujours très ouverte, je l’admets, mais là, ça ne passait pas. Impossible de m’y intéresser.

Angela Fournoy roman

          J’ai quand même continué. J’en avais entendu dire du bien, je voulais quand même savoir pourquoi (serais-je finalement sensible à la pression sociale ?!). Et franchement, je me suis ennuyée ferme. Toujours impossible de m’intéresser au fantôme, la famille ne m’a pas passionnée plus que ça, non, vraiment, l’ennui. Le vrai. J’ai hésité à abandonner. Ce n’était même pas mal écrit, même pas mauvais, juste terriblement chiant. Je m’étais fixée d’arriver à la moitié, comme une sorte de défit lancé à moi-même. Et puis, vers la moitié justement, ça a commencé à m’intéresser. Vaguement plus du moins. Suffisamment pour avoir envie de continuer. Il était temps !

          Bon, certes, il faut beaucoup, beaucoup, beeaaaauuuucoup de temps pour rentrer dans cette histoire. Beaucoup trop même. Mais au final, on s’y fait, on rentre dans le rythme, on se familiarise avec ses nombreux personnages, on apprend à les connaître, à les apprivoiser. Et au final, ce n’est pas si mal. C’est même plutôt bien. Mais quelle lenteur ! Franchement je me demande encore par quel miracle j’ai bien pu avoir la patience d’en venir à bout. Pourtant les liens entre les personnages se tissent peu à peu, on finit par reconstituer leur histoire et c’est assez intéressant. Dommage que ça prenne autant de temps mais ce n’est finalement pas illogique avec autant de personnages.

          Au final, j’ai bien aimé ce roman familial mais ce n’aura pas été facile ! Ca met du temps à démarrer et surtout au début (enfin durant la première moitié même) j’ai eu du mal à saisir les différences de caractère entre les personnages, pas assez marquées pour qu’on s’attache à l’un ou l’autre, en dehors de celui qui voit le fantôme mais m’était assez antipathique. Cette histoire est inspirée de celle de la famille de l’auteur et ça se sent au fil des pages dans la tendresse qu’elle éprouve envers ses personnages et qu’on finit par ressentir. J’ai particulièrement apprécié les passages sur l’histoire des parents, qui sont pour moi les plus touchants. Malgré une incroyable lenteur et une histoire pas tellement palpitante, on finit par s’attacher à cette famille hors normes et à prendre un certain plaisir à la lecture de ce roman.

La maison des Turner

Les maisons sont plus hantées par des humains que par des fantômes. Les hommes et les femmes accordent de la valeur à la brique et au mortier, associent leur identité aux remboursements effectués à temps.

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Une ville a sa propre temporalité et sa propre cruauté. Il y avait de la cruauté à la campagne aussi, mais elle était franche. Pas voilée derrière des promesses de progrès, ni subtile dans ses manifestations.

Mon autopsie de Jean-Louis Fournier

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          L’écrivain analyse sa personnalité, ses réflexions et sa vie. Il s’amuse de ses petits travers d’humain et propose de se réconcilier avec ces derniers, en les associant à un trait positif de son caractère, ainsi son orgueil et son humilité, son indifférence et sa sensibilité, sa poésie et sa cruauté.  

        On continue dans la lignée des romans un peu glauques de cette rentrée littéraire, même si celui-ci est humoristique. Livre après livre, Jean-Louis Fournier décortique sa famille. Ses fils, sa femme, sa fille : tout le monde y est passé. C’est cette fois-ci à sa propre personne qu’il s’attaque à travers cette autopsie imaginaire. Je ne sais trop que vous en dire. L’auteur a un style léger et fluide qui est plutôt agréable et il ne manque pas d’autodérision. S’il y a pas mal de choses qui m’ont gênée dans ce roman, sur le moment j’en ai trouvé la lecture plutôt agréable.

Couverture de Mon autopsie de Jean-Louis Fournier

          Pourtant, avec le temps, mon avis s’est très sérieusement dégradé et avec le recul j’en viendrais même à dire que ce roman est particulièrement mauvais. S’il m’arrive de ne déceler les subtilités d’un roman qu’à postériori, l’inverse est franchement rare. Je vais tenter de m’en expliquer. Sur le moment déjà, ça n’a pas été le gros coup de cœur, j’ai même hésité à abandonner ma lecture assez vite, n’y trouvant pas de grand intérêt. Mais ce livre étant facile à lire, j’ai continué et je l’ai même lu très rapidement, ne prenant pas vraiment le temps de me pencher sur ce que j’avais aimé ou pas. Une lecture facile et rapide, sans plus.

          Avec le recul, tout ce qui m’avait gênée à la lecture sans que je mette le doigt dessus est ressorti : un récit totalement nombriliste et sans intérêt, un mec qui sous couvert d’autodérision se prend quand même sacrément au sérieux, un texte qui survole les faits et ne va jamais au fond des choses, n’effleure jamais le moindre sentiment. Bref, c’est totalement creux et insipide. « Moi je, moi je, moi je ». Rien que d’y repenser, je me demande comment j’ai bien pu tenir jusqu’au bout de ce texte terriblement narcissique. Une lecture qui ne m’a pas demandé de gros efforts et s’est avérée avec le recul décevante.

Pour moi l’humour était un dérapage contrôlé, un antalgique, une parade à l’insupportable, une écriture au second degré, une rame à double tranchant, un détergent. Il nettoie, comme la pyrolyse, brûle les saletés, efface les taches, les préjugés, les rancœurs et les rancunes.

La terre dévastée d’Emiliano Monge

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          Au fond de la jungle mexicaine, des projecteurs s’allument en pleine nuit: un groupe de migrants, trahis par leurs passeurs, est pris d’assaut par des trafiquants. Certains sont exécutés; les autres sont stockés dans des camions pour être livrés alentour. Sous la direction des deux chefs de bande, Estela et Epitafio, les convois prennent la route des montagnes. Ces amants contrariés jouissent des souffrances qu’ils infligent. Obsédés l’un par l’autre, ils tentent vainement de communiquer pour se dire leurs espoirs d’une nouvelle vie.

Couverture du roman Les terres dévastées

          Rentrée littéraire encore et toujours avec cette fois un roman dur et dérangeant. On délaisse un peu la littérature française pour le Mexique. Je lis assez peu de littérature Sud-Américaine (je sais, le Mexique est en Amérique centrale, pardon pour le raccourcis). Cette histoire de migrants me tentait beaucoup et me semblait terriblement d’actualité. L’occasion rêvée de sortir un peu de mes habitudes de lecture. J’ai lu quelques textes sur des migrants fuyants divers pays (Syrie et Afghanistan essentiellement). Des romans et témoignages émouvants, qui prennent aux tripes et donnent envie de se rebeller contre l’état des choses. Rien ne m’avait préparée à… ça.

          J’avais visiblement très mal lu la quatrième de couverture ou l’avais simplement oubliée. La terre dévastée n’est en effet pas un roman de plus sur l’immigration clandestine. Non, pas du tout. Si ça en est la toile de fond, les personnages principaux sont « de l’autre côté » des trafiquants d’êtres humains qui interceptent les migrants pour les réduire en esclavage et les vendre au plus offrant. Charmant. Je sais. Mais ce n’est pas là le pire. Non, le pire c’est que nos deux trafiquants sont tout ce qu’il y a de plus banal : un homme et une femme qui s’aiment, intensément, et essaient de trouver une solution pour être enfin réunis.

          Et là, très vite on ne sait plus. Est-ce qu’on doit détester les personnages ? Sans doute. Avoir pitié de leurs amours contrariées ? Peut-être. Angoissé à l’idée de la rébellion qui se prépare contre eux ? Les rebelles sont pires encore. Tout est tellement sombre et dérangeant qu’on en perd toute forme de repères. Les valeurs morales n’ont ici plus lieu. L’écriture, hyper travaillée, hachée, participe pleinement à ce malaise profond. Elle est parfois très belle, parfois presque difficile à suivre, suivant les pensées des protagonistes. Elle emprunte à Dante pour faire parler les hommes et femmes enfermés, mais aussi à des récits de migrants. J’ai rarement vu une écriture coller ainsi au plus près aux émotions qu’elle veut faire passer, ça a un côté épidermique qui tient plutôt de la poésie. Je noterai au passage la grande qualité de la traduction qui a réussi à reproduire ça. Un texte fort et dérangeant, que j’ai parfois hésité à arrêter tant il est éprouvant. Pas franchement un coup de cœur, mais à coup sûr un chef-d’œuvre.

Portrait d'Emiliano Monge

Ils nous ont attachés et jetés là, à l’intérieur…ligotés aux pieds par des lacets de chaussure…par des cordons de chargeurs de portable aux mains…et dans nos bouches nos propres chaussettes.

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Ce jour où ils se sont juré un amour éternel pendant qu’Estela, allongée sur Epitafio, traçait au feutre des lignes entre les points qu’à l’aide du poinçon du père Nicho elle avait imprimés sur la peau de son amant : comme dans un livre d’enfants.