Mes lectures

Le bleu est une couleur chaude – Julie Maroh

          Le jour où Clémentine rencontre Emma, la fille aux cheveux bleus, sa vie bascule. Elle tombe éperdument amoureuse et découvre avec elle l’amour et le désir. Elle l’aidera aussi à affronter le regard des autres, malgré les difficultés. Un amour que rien ni personne ne semble pouvoir détruire.105635_c

          Il y avait longtemps que je voulais lire cette BD dont j’avais beaucoup entendu parler, toujours dans les termes les plus élogieux. Quand le film qui en est inspiré est sorti, La vie d’Adèle, j’ai donc décidé d’aller le voir avant de lire l’original, l’inverse s’avérant bien souvent décevant. Je n’ai d’ailleurs guère apprécié ce film pourtant encensé par la critique mais on m’avait dit qu’il était fidèle à l’histoire d’origine ce qu’après lecture je trouve contestable, mais j’y reviendrai.

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          Hormis le sujet et l’histoire qui me tentaient bien, le dessin m’attirait beaucoup. Je le trouvais très beau et délicat. Les planches sont des aquarelles. L’ensemble reste essentiellement dans des tons neutres, des gris ou des beiges surtout, avec seulement quelques touches de couleur très lumineuses : le bleu des cheveux et des yeux d’Emma. Ca contribue au charisme du personnage et donne beaucoup de poésie à l’ensemble.

Numériser0002          Et cette histoire dont on parlait tant ? est-elle si belle ? eh bien oui, elle est simplement magnifique. Deux personnes qui s’aiment, c’est simple et c’est beau. La bande dessinée, par la concision du texte, oblige à aller à l’essentiel et j’ai trouvé ce travail très intéressant. On rentre rapidement dans l’univers de Clémentine et on partage son amour, ses doutes, ses peines aussi.

bleu          L’adaptation au cinéma reprenait cela dans une certaine mesure, cependant, maintenant que j’ai lu le texte, je peux dire qu’à mon sens elle en trahit totalement l’esprit. Difficile de dire en quoi sans vous parler de la fin de l’un et l’autre mais disons qu’un amour est absolu et l’autre pas, et c’est là tout la différence. La différence entre l’Amour avec un grand A et une histoire parmi d’autres. En cela, j’ai amplement préféré la BD, qui répond bien plus à ce que j’attendais de cette histoire, à ma soif d’absolu.

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          Je lis peu de BD mais j’ai réellement dévoré celle-ci. Impossible de la lâcher une fois ouverte. Le personnage d’Emma est lumineux et fait partie de ces héroïnes qui marquent. J’ai aimé le dessin comme le texte et tous deux s’équilibrent bien, l’un ne prenant pas trop le pas sur l’autre. Mais c’est l’histoire surtout qui fait toute la différence, absolument magnifique. Un trait délicat, un personnage charismatique et une histoire bouleversante : à lire absolument !

Mes lectures

C’est pour ça que je m’appelle Giovanni – Claudio Stassi

          Giovanni est un petit garçon sicilien qu’un garçon de sa classe embête mais qu’il n’ose pas dénoncer. Son père soupçonne les faits et lui raconte une histoire, celle de son prénom, née de la lutte contre la mafia.

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          Je lis assez peu de BD et romans graphiques mais celui-ci a vraiment été un coup de cœur ! J’y ai appris énormément de choses sur la mafia sicilienne sans pour autant que le tout ne devienne trop obscur ou trop complexe. Il s’agit en réalité plutôt d’une biographie, celle de Giovanni Falcone, qui a beaucoup lutté contre la mafia en Sicile, puis dans l’Italie entière, avant de mourir assassiné par ceux qu’il combattait.

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          L’histoire se lit comme un polar, même si elle est bien plus dense qu’il n’y paraît. Toutefois, les faits qu’elle raconte sont bien réels, même s’ils sont enchâssés dans une histoire de fiction qui les rend sans doute plus facile à intégrer. J’ai également beaucoup aimé les dessins, assez doux, avec des traits au crayon un peu flous et des couleurs à l’aquarelle. Un roman graphique qu’on a du mal à lâcher une fois qu’on l’a ouvert : passionnant !

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Mes lectures

Le Nao de Brown – Glyn DILLON

          Nao, jeune anglo-japonaise, souffre de TOC, des obsessions violentes et morbides qui la forcent à accomplir d’étranges rituels mentaux pour se contrôler. Entre son travail dans un magasin de jouet et sa carrière d’illustratrice qui peine à décoller, elle est aussi à la recherche du grand amour. Quand elle va le rencontrer, celui-ci va s’avérer des plus bizarres.

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          Cette BD a reçu la Prix spécial du jury à Angoulême cette année. Je l’ai reçue dans le cadre de l’opération « Priceminister, la BD fait son festival ». Une chronique qui a pris un peu de retard étant donné l’arrivée tardive du colis mais ça, y est, je l’ai enfin lue ! Je viens de finir ce roman graphique de tout de même 200 pages et je dois admettre avoir bien du mal à voir un avis se dégager… Pour commencer, le dessin est absolument magnifique ! Un univers très particulier, plein de poésie, avec un trait tout en finesse. Des aquarelles qui a elles seules méritent amplement le détour !

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          Quant à l’histoire, c’est un peu plus compliqué. Tout n’étant pas simple dans la tête de cette jeune fille (qui pourtant à première vue à l’air saine d’esprit), les digressions sont nombreuses et parfois troublantes… J’ai par moments eu un peu de mal à me faire à ces changements de cap constants. Heureusement, il y a tout de même une trame assez solide à laquelle se raccrocher, et elle s’avère assez prenante pour ne pas nous perdre en route.

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          Je reprocherais peut-être à cette histoire de se perdre un peu parfois dans des détails sur des choses qui apparaissent comme secondaires, alourdissant un peu la lecture. Toutefois, on ne peut que reconnaître la grande originalité de cet univers si particulier. Les troubles mentaux y sont abordés avec humour et poésie, un traitement intéressant qui parviens à faire entrer le lecteur dans le monde déroutant de Nao. Au final une BD qui malgré quelques longueurs sort très clairement du lot avec un graphisme exceptionnel et une histoire hors-normes. Une lecture agréable et enrichissante.

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Ah la difficulté de noter un texte pareil ! Mais puisque l’opération Priceminister l’exige… Je lui mettrai 18/20 avec mention spéciale pour son originalité : des univers comme celui-là, on n’en croise pas tous les jours !

Mes lectures

Pablo, T2 : Apollinaire – Clément OUBRERIE et Julie BIRMANT

          Dans le 2° tome de cette BD retraçant la vie de Pablo Picasso, le peintre croise la route du poète Guillaume Apollinaire. Avec toujours Max Jacob à ses côté, il continue sa découverte de la vie parisienne auprès de Fernande et fait la rencontre des premiers collectionneurs à s’intéresser à ses toiles.

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          J’ai reçu cette BD dans le cadre de « La BD fait son Festival », partenariat organisé par Price Minister. Le principe est simple, une BD issue de la sélection 2013 du festival d’Angoulême en échange d’une critique. Je me suis bien sûr empressée de postuler et ai jeté mon dévolu sur cette BD qui me semblait passionnante ; avec toutefois le vague regret que ce ne soit là que le tome 2… J’aurais voulu lire le tome 1 avant mais malheureusement, ma librairie ne l’a pas reçu aussi vite que je l’aurais souhaité et je ne voulais pas trop différer cette lecture (d’autant que j’en ai pas mal qui m’attendent…). Une fois n’est pas coutume, vous aurez donc la chronique du tome 2 avant celle du tome 1 !

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          J’avais un a priori très positif sur cette BD. Je ne suis pas une inconditionnelle de Pablo Picasso (loin s’en faut !) mais sa vie fut palpitante et ses rencontres aussi variées qu’enrichissantes. Sans compter que l’époque fait tout de même rêver d’un point de vue artistique ! Si j’ai regretté de ne pouvoir la commencer par le début, cette histoire peut toutefois se prendre en route, chaque tome étant construit autour d’une rencontre particulière. Toutefois, je vous recommande de ne pas suivre mon exemple et de commencer par le commencement ; les titres suivent un ordre chronologique et il est donc beaucoup plus simple de les lire dans l’ordre pour s’y retrouver ! Ce deuxième opus a donc pour sous titre « Apollinaire » mais si le poète fait bien des apparitions fréquentes dans ces pages, le choix du titre m’a paru quelque peu racoleur, en effet, c’est plutôt Fernande qui est au centre de l’histoire. Un titre un peu traître donc mais assez malin : en effet, quoi de plus vendeur que de mettre côté à côte deux noms si prestigieux ?

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          Passons à présent aux choses concrètes. Le type de dessin me touche moyennement, un rien trop « brouillon » à mon goût, j’ai tendance à préférer les traits plus francs (mon amour du classicisme, toujours). Toutefois il s’en dégage une énergie certaine et il traduit bien l’esprit bohème qui règne dans le milieu artistique de l’époque. Sans compter que l’aspect moderne du trait colle bien avec l’univers de Picasso, qui est alors en pleine recherche de son style. Un choix judicieux donc, qui retranscrit bien l’ambiance qui pouvait régner dans l’atelier du peintre. En revanche, le choix des la police texte m’a laissée perplexe. Elle reprend un style manuscrit en mode pattes de mouches qui est parfois à la limite du lisible. Ca a certes son charme, le côté spontané, tout çaaaaa, mais ça a  quand même légèrement gâché mon plaisir. Si les éditeurs pouvaient calmer cette mode du « écrit main » pour quelque de plus sobre, ce serait pas mal. Un texte clair c’est bien aussi !

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          Si cet aspect pas tout à fait assez carré m’a un peu gênée pendant les premières pages, je m’y suis peu à peu habituée (bien obligée si je voulais continuer ma lecture) et surtout, je me suis vite laisser prendre par l’histoire, oubliant un peu les légers désagréments dus à la mise en forme. En effet, l’histoire reste forcément intéressante ! On découvre l’univers de Picasso dans ses jeunes années, alors qu’il était encore inconnu et fraîchement débarqué à Paris. On peut y déceler les prémices de sa personnalité qui se fera de plus en plus excentrique. Un univers vraiment prenant dans lequel on prend plaisir à déambuler. Le troisième et dernier tome sortira le 26 avril. L’histoire reste donc concentrée sur jeunes années du peintre, ce qui permet de se concentrer sur les contradictions de l’homme plus que sur sa vision artistique. C’est ce qui fait d’ailleurs tout le charme de cette série ! Une BD très intéressante qui prend le temps pour poser ses personnages pour nous dévoiler un Picasso méconnu, loin des idées reçues. J’ai hâte de lire la suite !

Un grand merci à Price Minister pour cet envoi. Et puisqu’il fallait noter cette lecture, je lui attribuerait la note de 16/20.

Mes lectures

Où le regard ne porte pas – Georges ABOLIN et Olivier PONT

          Quand William arrive de Londres pour s’installer en Italie avec ses parents, il tombe instantannément amoureux de Lisa. Une jolie fillette brune qui n’a pas froid aux yeux. Avec les amis d’enfance de celle-ci, Nino et Paolo, ils vont former d’inséparables qui vont vivre de grandes aventures. Mais la vie va les séparer et il ne se retrouveront que bien plus tard, dans des circonstances mystérieuses qui vont mettre leur amitié à l’épreuve.un quatuor d’inséparables qui vont vivre de grandes aventures. Mais la vie va les séparer et il ne se retrouveront que bien plus tard, dans des circonstances mystérieuses qui vont mettre leur amitié à l’épreuve.

          Tout d’abord, j’ai beaucoup aimé le dessin de cette BD. Les visages y sont extrêmement expressifs, le trait fin et les paysages joliement esquissés, dans des tons tout en douceur. La première partie de l’histoire m’a également emballée. La rencontre entreles enfants et es difficultés du petit William à s’intégrer dans un monde qui n’est pas le sien sont très bien évoquées. L’histoire est simple et touchante. On s’attache beaucoup à ces enfants.

          La deuxième partie commence 20 ans plus tard et sur un tout autre ton. On assiste aux retrouvailles des quatre amis qui ont bien grandi, dans des circonstances étranges. On plonge peu à peu dans le fantastique. Je ne suis pas une adepte de ce type de glissements. Je pense que l’histoire aurait été tout aussi intéressante en restant terre-à-terre. Toutefois, c’est ici fait avec suffisamment de délicatesse pour ne pas trop gêner. On s’habitue vite à ce nouveau tournant que prend l’aventure et je me suis pour ma part laissée prendre au jeu. Je ne vous raconte pas la fin, mais je l’ai trouvée très réussie. Une BD tout en délicatesse que j’ai beaucoup appréciée.