Mes lectures

Dernier voyage à Buenos Aires – un moment de nostalgie

          Quand le narrateur arrive à Paris depuis son Amérique natale, il est jeune et naïf. Il rêve de devenir un grand écrivain. Des années plus tard, on le retrouve désabusé, dans les mêmes rues. Quand un médecin lui apprend qu’il va perdre la vue, le souvenir de Magdalena, son premier amour, resurgit.

9782369141907

          Je dois avouer que je n’ai pas accroché de suite avec ce roman. J’ai trouvé le début un peu laborieux et sans grand intérêt bien que le style soit agréable. En revanche, dès qu’on retourne dans le passé du personnage et ses jeunes années, même s’il faut un peu de temps pour se plonger dans l’histoire, ça devient autrement plus intéressant. Dommage que le procédé qui l’introduit manque de finesse. On assiste à la fois la première du premier amour du narrateur et sa découverte de Paris. Je dois avouer que j’ai été assez déçue de voir que Buenos Aires n’avait rien à voir là-dedans. Rien de révolutionnaire mais on se laisse prendre au jeu de cette de cette double histoire d’amour naissante pour une femme et pour une ville. On le suit dans ses déambulations, on partage ses états-d’âme. Il est d’une naïveté touchante. Je ne dirais pas que le personnage est particulièrement attachant mais sa jeunesse le rend attendrissant.

          L’histoire d’amour n’en fait pas des masses dans le romantisme, ce qui m’arrange bien et tend à la rendre crédible je trouve. On a malgré nous envie de savoir comment elle va bien pouvoir finir et c’est sans nul doute le fil conducteur de ce récit. Ce qui est intéressant et donne une note mélancolique à ce texte, c’est la confrontation entre le Paris réel et le Paris rêvé. La ville lumière véhicule beaucoup de fantasmes notamment autour de la figure du l’écrivain. Aux yeux du jeune homme, Paris semble se résumer à son arrivée à une chambre de bonne, des soirées à boire du vin et quelques cours à la Sorbonne. Même si la chute n’est pas aussi brutale qu’on pourrait s’y attendre, c’est intéressant de le voir peu à peu changer de regard sur la ville et sur lui-même. Il ne s’agit sans doute pas d’un grand roman mais j’ai aimé l’atmosphère qui s’en dégage et j’ai passé un agréable moment de lecture.

Mes lectures

Gun machine, un polar efficace signé Warren Ellis

          John est un flic désabusé. Lors de la mort de son coéquipier, il découvre par hasard un appartement couverts d’armes du sol au plafond. Quand les analyses lui apprennent qui chacune à servi à commettre un meurtre, il va devoir commencer à plancher sur cette affaire qui semble inextricable.

9782702439258-G

          Longtemps, j’ai lu beaucoup de polars avant de passer à d’autres lectures et de délaisser franchement le genre même si je l’apprécie toujours beaucoup. J’ai un peu tardé à lire ce roman que des amis m’avaient offert pourtant je leur fais entièrement confiance pour choisir quelque chose qui me plaît. Je n’ai absolument pas été déçue par leur choix. Dès les premières pages, j’ai beaucoup accroché aussi bien avec le style qu’avec l’histoire. J’ai trouvé que cette dernière ne manquait pas d’originalité. Sur le fond, rien de nouveau : un flic un peu paumé court après un tueur en série à Manhattan. Mais le fait que le dit tueur en série soit un dingue qui connaît toutes les huiles de la ville et semble s’inspirer de la culture amérindienne dans ses crimes donne un certain charme à l’ensemble. J’ai beaucoup aimé le fait qu’on alterne les chapitres du point de vue du policier et de celui du meurtrier, ça crée un effet assez déroutant et accentue l’effet d’une course poursuite où on ne sait plus toujours très bien qui est le chasseur et le chassé.

          Le rythme particulier de ce roman m’a vraiment embarquée et plus l’histoire avançait, plus j’avais hâte d’en connaître la suite. Nombreux sont les romans avec alternance de point de vue où un personnage est plus faible que l’autre. Là les deux m’ont bien plu, même si c’est de manière très différente. Le « héros » est un mec complètement largué, avec deux acolytes un peu barrés et on se demande comment il pourrait bien se sortir de ce guêpier. Quant aux meurtrier, il est franchement siphonné et suivre ses pensées est assez fascinant. Le mélange de modernité avec les barres d’immeubles et le joujoux high-tech et de traditions millénaires avec les délires d’un meurtrier qui se prend pour un indien est franchement réussi et donne à ce roman une teinte particulière. L’auteur parvient à créer un univers très fort et attachant. Un livre original qui se lit d’une traite : un vrai régal !

18e1a9rgjiaytjpg

Parfois, la pluie tombe si dru qu’on lève la tête pour regarder les gouttes alors qu’on devrait s’intéresser à la forme de la flaque qu’elles produisent.

_______________

Forcené à poil se campa au bord du palier, pointa son fusil et tira. Le coup arracha la partie supérieure gauche du crâne de Jim Rosato. Il y eut un ploc quand un bout de sa cervelle s’écrasa contre le mur.

Mes lectures

Le sentier des nids d’araignées, un récit touchant sur la guerre vue par un enfant

          Pin est un enfant qui voudrait être grand. Il aime faire rire les adultes et se moquer d’eux jusqu’à les mettre en colère. Mais quand ils vont le charger de voler le revolver de l’amant de sa sœur, les choses vont devenir terriblement sérieuses. 

41s5gn8t-ZL._SY344_BO1,204,203,200_

          Adolescente, j’ai dévoré une grande partie de l’oeuvre d’Italo Calvino pour lequel j’avais une admiration sans borne. Avec le temps, je suis passée à d’autres lectures mais j’ai gardé beaucoup de tendresse pour cet auteur dont j’offre régulièrement les romans à des amis et j’avais été sidérée de découvrir qu’il n’était plus en librairie (voir mon article ici). Heureusement, cette disparition n’était que temporaire et ses textes, qui ont trouvé éditeur, sont de retour en rayons. J’ai profité de cette renaissance pour aller voir quels textes pouvaient venir enrichir ma collection. J’ai jeté mon dévolu sur Le sentier des nids d’araignée dont je n’avais jamais entendu parler. Le sujet est intéressant : la Résistance en Italie durant la Seconde Guerre mondiale. J’avoue que si j’ai lu pas mal de textes sur la Résistance en France, je n’étais jusqu’à présent jamais tombée sur son pendant transalpin. J’étais assez curieuse de lire la version qu’en livrerait Italo Calvino. Je connais surtout son humour et son amour pour le jeu sur les structures littéraires et j’étais heureuse de le découvrir dans une veine plus intime et plus sérieuse.

1338376533559calvino

          Je n’ai pas du tout été déçue par ce texte qui est assez touchant. Ce personnage de gamin des rues n’est pas sans rappeler Gavroche et possède un charme fou. J’avais oublié à quel point Calvino était un fabuleux conteur. Voir cette histoire à hauteur d’enfant lui donne des allures de jeux qui désamorce un peu la charge tragique et lui confère en même temps une part de fragilité. On voit mal comment cette histoire pourrait avoir une fin heureuse et on attend avec une certaine appréhension le dénouement. Pourtant, la vie continue, Pin s’émerveille toujours des nids d’araignée qui jonchent le sentier, tente de se faire des amis et d’impressionner les adultes. C’est finalement en essayant de se faire une place quelque part qu’il entrera en Résistance, par hasard. La solitude de ce jeune garçon est désarmante. C’est sur elle que repose la force de ce récit étrangement émouvant. Ses compagnons d’infortune sont souvent guère mieux lotis et cette description profondément humaine de la Résistance, dans tout ce que peuvent avoir de mesquin ou de médiocre ceux qui la composent, est me semble-t-il aussi réaliste qu’inhabituelle, rendant ce texte criant de vérité. Italo Calvino nous livre ici un très beau roman sur l’enfance sur fond de Résistance. Une belle découverte. 

Mes lectures

Le voleur d’ombres : j’ai lu (et aimé !) mon premier Marc Lévy

          Enfant, il vole les ombres des gens qu’il croise… et chacune de ces ombres lui confie un secret. Malgré lui, il entend les rêves, les espoirs et les chagrins de ceux qu’il aime. Que faire de cet étrange pouvoir…? 

           Je dois avouer que je n’avais jamais lu de Marc Lévy avant ça et franchement, ça ne me tentait pas des masses. Les grands succès populaires sont une source quasi-inépuisable de déception pour moi, j’ai donc tendance à les fuir. Pas que je me sente à part ou au dessus du lot mais c’est vrai que j’ai toujours aimé une littérature assez exigeante (je n’ai peut-être pas un Bac +5 en la matière pour rien non plus hein) et qui donc peine souvent à rencontrer son public. Plus un roman a de succès, plus il a de chance d’être moyen. Pas mauvais non. Juste fade. Il y a fort heureusement quelques exceptions mais elle sont rares. Et puis c’est vrai que je prends plus de plaisir à découvrir un auteur qui doit avoir à peine 500 lecteurs qu’à passer après 200 000 autres mais ça c’est juste un petit délire personnel. Bref, Marc Lévy n’était donc pas arrivé dans ma bibliothèque jusque-là. Parce qu’on ne peut pas dire du mal d’un auteur avant de l’avoir lu et que des fois c’est très tentant, une année, j’avais décidé de lire un titre des chaque gros vendeur du moment qui étaient grosso modo Lévy, Pancol, Gallay, Pancol et Musso – et Nothomb mais elle je connais déjà. Je me suis arrêtée après le premier titre. Encore une résolution mise au placard, même si je n’ai pas dit mon dernier mot.

9782266216760FS

           Mon papa qui est un gros lecteur, aime bien Marc Lévy mais je ne lui en avais jamais emprunté. Il y a peu, je me suis rendue chez une amie prof de lettre sans rien à lire, je lui demande de me prêter quelques chose et pof, elle me sort un Marc Lévy, que voulez-vous, je ne pouvez quand même pas refuser. J’ai été très surprise de constater que le style n’était pas si mauvais. Bon, je n’irais pas jusqu’à dire que c’est bien écrit mais franchement, ça passe tout seul : à aucun moment je ne me suis dit que c’était moyen. Ce n’est pas un style recherché mais c’est simple et efficace et c’est déjà pas mal ! L’histoire est assez sympa. Le petit héros est très attachant. Je dois avouer que j’ai un peu eu l’impression d’être face à un roman jeunesse. Ca n’a rien de péjoratif, simplement, la sobriété du style et le côté un peu fantastique de l’histoire m’ont fait penser aux romans que j’adorais quand j’avais 10 ou 12 ans. Etant donné que, si je ne m’abuse, l’auteur a commencé à écrire pour son fils, ça ne paraît pas totalement illogique non plus. Ce n’est pas dénué de quelques niaiseries mais c’est assez bien amené pour être plus mignon qu’agaçant.

           Bien sûr, je comprends les critiques négatives. On ne va pas parler de grande littérature, il n’aura pas le prix de l’Académie française pour la pureté de sa langue (quoi que quand on voit que Joël Dicker l’a eu avec un style franchement pourri en l’occurrence, tout est possible), il n’entrera probablement pas dans la postérité à part comme plus gros vendeur de ce début de XXI° s. mais honnêteté, c’est loin d’être ce qu’on fait de plus mauvais dans le genre. J’en ai lu des torchons mais là, on a juste affaire à un roman gentillet. Pas de quoi en dire ni du bien ni du mal, sauf si on est agacé par son succès. Si on veut du Balzac, c’est raté mais ça se laisse lire avec un certain plaisir, même pas tellement coupable. Je crois que c’est le genre de livre que je recommanderais typiquement à quelqu’un qui m’aime pas lire : c’est assez facile et court pour ne pas décourager mais c’est écrit dans un français tout à fait acceptable et on prend vraiment plaisir à suivre cette histoire. Franchement, je me suis surprise à vouloir connaître et à le finir très rapidement. Un roman sans grande prétention mais qui ne manque pas d’une certaine poésie et s’avère au final assez efficace. Contre toute attente, un bon moment de lecture.

8382

C’est drôlement dangereux de s’attacher à quelqu’un, c’est incroyable ce que ça peut faire mal. Rien que la peur de perdre l’autre est douloureuse. Sans nouvelles d’elle ; tout s’écroulait autour de moi. C’est moche de guetter un signe de quelqu’un pour se sentir heureux .

_______________

Il ne faut jamais comparer les gens, chaque personne est différente. L’important est de trouver la différence qui vous convient le mieux.

Mes lectures

Crime et châtiment, un roman troublant du grand Dostoïevski

           Rodion Romanovitch Raskolnikov est un étudiant sans le sou, âgé de vingt-trois ans. Rongé par la pauvreté, il s’isole du reste du monde. Alors qu’il vend son dernier bien, la montre de son père, à une usurière, une idée lui vient à l’esprit : un meurtre est-il moralement tolérable s’il conduit à une amélioration de la condition humaine ?

â>ionYG?#ç>¾ˆ¿-Âî^ç7Á?„Õ;Œ«é

           J’ai découvert Dostoïevski à la faculté, ç’a été une vraie révélation : les portes de la littérature russe s’ouvraient à moi. Je n’en lis pas autant que je voudrais mais j’essaie de m’en tenir au moins à un classique russe par an (à ce rythme-là, vers 50 ans je commencerai à être relativement calée en la matière). J’ai lu pas mal de romans de Dostoïevski mais je ne m’étais jamais attelée à Crimes et Châtiments, pourtant souvent considéré comme un de ses meilleurs ouvrages. Je suis tombée amoureuse de cet auteur en lisant Les démons. Les frères Karamazov m’avaient un peu moins séduite mais le sujet de ce roman-ci me tentait beaucoup. Et puis un titre pareil avait tout pour me plaire. Mon professeur d’université nous avait prévenus – et j’avais déjà pu constater à quel point son conseil était judicieux : toujours lire Dostoïevski  dans la traduction d’André Markowicz chez Babel.

           Un ami m’a donné ce roman en Folio et je me voyais mal lui dire « non merci, ce n’est pas la bonne traduction ». J’ai hésité à le racheter dans la version adéquate mais je trouvais ça un peu bête, ma bibliothèque croulant déjà sous les livres. J’ai donc tenté le coup. On ne m’y reprendra plus. C’est confirmé, ne jamais lire Dostoïevski dans ailleurs que chez Babel ! Jamais, sous aucun prétexte. Je peux vous expliquer en deux lignes pourquoi (oui, je ne suis pas juste une fétichiste de la traduction, il y a des raisons à cela). Dostoïevski n’est pas connue pour sa prose raffinée. Beaucoup on d’ailleurs dit qu’il avait un style épouvantable. Ca peut paraître étrange mais c’est justement pour cela qu’il faut une traduction fidèle. Longtemps, les traducteurs ont voulu lisser ce style impétueux pour le rendre plus honorable. Le résultat est d’un mortel ennui. La force de l’auteur tient dans la richesse de la langue qu’il emploi et ses dialogues savoureux. André Markowicz a redonné vie à ces romans et a révélé toute leur modernité. Un vrai régal.

1310272-Fedor_Dostoïevski

           Comme on pouvait s’y attendre puisque j’ai voulu tenter le diable en renonçant à mes principes, j’ai trouvé ce roman franchement insipide pour ne pas dire carrément assommant pendant une bonne partie de ma lecture. Pourtant, l’histoire avait tout pour me passionner. Le personnage principal est complètement siphonné, on se demande toujours à quel moment ça va mal finir. L’auteur dépeint la folie mieux que personne et j’étais enchantée de le retrouver sur ce terrain-là (je sais, j’ai des centres d’intérêt particuliers, on me le dit souvent). L’histoire est assez simple mais très intéressante et surtout assez avant-gardiste puisqu’il y est question de psychologie de bout en bout, bien avant les thèses de Freud (oui bon, juste un peu avant,d ‘accord). Dostoïevski n’a pas son pareil pour créer des personnages aussi tordus que réalistes, avec toutes leurs bizarreries qui les rendent si humains.

           Même si on sait dès le départ qui est le coupable, on est très proche d’une trame policière. On se demande de bout en bout à quel moment il va se faire prendre ou craquer et aller se dénoncer. De là naît un certains suspens parfois un rien agaçant (« mais il va se décider à parler ou se taire oui ! ») mais franchement réussi. C’est sans nul doute la raison pour laquelle malgré une traduction d’une platitude sans nom, je suis quand même allée au bout de ce roman avec un certain plaisir. J’ai regretté qu’il y ait un semblant de morale, ce qui ne me semblait pas absolument nécessaire, mais ça reste suffisamment léger pour ne pas déranger outre mesure. La première chose que j’ai pensée en refermant ce livre c’est qu’il ne me restait plus qu’à le lire dans une traduction un peu plus moderne. Je vais quand même attendre un peu pour ça, il ne faut pas abuser des bonnes choses. Un roman d’une grande modernité sur le pouvoir de la psyché.