Mes lectures

La liberté au pied des oliviers, Rosa Ventrella

Teresa et Angelina sont deux sœurs que tout oppose : Teresa est délicate et silencieuse tandis qu’Angelina, sa sœur cadette, est impertinente et curieuse. Toutes deux grandissent dans l’Italie des années 1940, au cœur des Pouilles, entourées de leur père et de leur mère Caterina, à la beauté incomparable. Lorsque leur père part à la guerre, leur mère comprend que cette beauté sera sa principale arme pour subvenir à leurs besoins. Elle cède alors à un terrible compromis, sans savoir que celui-ci viendra réveiller la malalegna : ce bavardage incessant et empoisonné des commères. Le concert de chuchotements qui serpente de porte en porte se propagera alors jusqu’à atteindre ses filles, déterminant à jamais leur destin.

J’avais beaucoup aimé le premier roman de Rosa Ventralla (je vous en parle ici), j’avais donc hâte de découvrir celui-ci, même si j’avais un peu peur d’être déçue, notamment parce que le ton du premier était très intime et que je n’étais pas sure qu’elle continue dans cette veine, ou avec la même réussite. Mais mes craintes étaient infondées, c’est tout à fait dans le même esprit et tout aussi bien que son texte précédent. Une histoire qui nous plonge au cœur d’une famille soudée par les drames et qui traverse la guerre tant bien que mal.

Couverture du roman Au pied des oliviers de Rosa Ventrella

Ce que j’aime particulièrement chez Rosa Ventralla, c’est sa manière de dresser des portraits de personnages forts et fragiles à la fois. Il y a vraiment beaucoup d’humanité dans ces pages, ça sonne « vrai ». Les liens entre les personnages sont également très bien retranscrits dans toute leur complexité. L’amour entre les deux sœurs mais aussi la rivalité, la jalousie, la complicité parfois… Les relations aux parents et aux grands-parents, j’ai trouvé cela très juste et touchant. C’est sans aucun doute la grande force de ce roman qui dresse une très belle fresque familiale.

Par bien des aspects l’histoire rappelle Une famille comme il faut, à tel point que je me suis souvent surprise à chercher les ressemblances et dissemblances entre les deux textes, ce qui a un peu perturbé ma lecture. Si le sujet est différent, les familles des deux romans ont bien des points communs, ce que j’ai trouvé troublant. Mais ce qui m’avait séduite dans le premier fonctionne tout aussi bien ici. On y découvre une Italie pauvre où la vie est dure. La guerre traverse ce récit assez sombre et poignant. J’ai aimé les thèmes abordés, découvrir une autre facette de ce pays et un petit pan de son histoire. Un texte touchant qui revient sur les origines d’un drame familial, une de mes plus belles lectures de cette année.

Portrait de Rosa Ventrella

La médisance était partout et poursuivait ma mère, qui devait l’esquiver à chaque pas : elle se glissait dans les ruelles, dans l’escalier en colimaçon tordu qui menait à la place, elle se cognait contre les bonbonnes d’huile devant « lu trappetu »

______________

Dans la vie, j’ai appris que chaque perte est différente, même si les mots d’adieu se ressemblent tous et qu’aucun cœur n’est assez grand pour contenir tous les adieux.

Mes lectures

La dent du serpent, Craig Johnson

Toute cette affaire n’avait au départ l’air de rien : un gamin fugueur qui se réfugie dans un cabanon et se nourrit en se servant dans les placards d’une vieille dame. Mais quand le shérif Walt Longmire essaie de ramener Cord chez lui, il se retrouve face à une propriété gardée par des miradors qui abrite une communauté polygame. Et tout ce petit monde, orchestré par un patriarche habile et un homme de main au passé trouble, affirme ne rien savoir de l’adolescent. Le shérif s’engage alors avec son équipe dans une enquête très glissante dont ils ne ressortiront pas indemnes.

Lire la suite « La dent du serpent, Craig Johnson »
Mes lectures

Les optimistes, Rebecca Makkai

Chicago, 1985. La carrière de Yale Tishman, jeune galeriste, s’apprête à décoller lorsque l’épidémie de sida frappe Chicago de plein fouet. Très vite, le virus s’immisce dans son entourage, et tout s’effondre autour de Yale. Bientôt, il ne lui reste plus que Fiona, la petite soeur de son meilleur ami Nico.
2015. Fiona se rend à Paris, à la recherche de sa fille devenue membre d’une secte. Logée chez une vieille connaissance, elle s’autorise enfin à revenir sur le traumatisme de sa jeunesse.

Le sujet de ce roman m’intéressait particulièrement. En effet, mes lecteurs les plus anciens et les plus fidèles s’en souviennent peut-être, mais il y a fort longtemps, j’ai consacré mon mémoire de master à la littérature sur le sida. Vous pouvez d’ailleurs retrouver mon article faisant un petit résumé de mes découvertes ici. Si avec le temps j’ai arrêté de me ruer sur chaque livre ou film traitant du sujet, je continue toutefois à m’y intéresser et j’étais ravie de m’y replonger avec ce roman.

Couverture du roman Les optimistes de Rebecca Makkai

Je dois admettre que les premières pages ne m’ont guère convaincue. Le personnage, une sorte d’intello mondain, m’a agacée très fort des le début. Pour tout dire ils m’ont quasiment tous agacée très fort des le début. Aucune identification aux personnages, pas même la moindre petite trace de sympathie. Je me suis dit que ça allait être compliqué. D’autant plus que c’est quand même un sacré pavé…

Par acquis de conscience, j’ai continué ma lecture en me disant que quand même ça m’intéressait de voir comment le sujet était traité. J’ai beaucoup lu sur cette période, mais essentiellement des textes écrits par des malades (ou éventuellement leur conjoint), des récits vus de l’intérieur, j’étais curieuse de voir un regard extérieur, qui aurait du recul sur les évènements. Et j’ai bien fait de persister ! Petit à petit, j’ai commencé à m’intéresser un peu plus à cette bande d’amis que le sort n’a pas épargné et qui s’est pris l’arrivée de la maladie de plein fouet.

Le récit est très différent de ce que j’ai pu lire jusqu’à maintenant et c’est justement ce que j’attendais de ce texte. Beaucoup de récit sur le sida tendent à magnifier la maladie, en faisant une sorte d’allié privilégié de l’artiste, le forçant à plus d’intensité dans le peu de temps qui lui est alloué. Ici c’est la peur qui prédomine. L’incompréhension parfois aussi. Et bien sûr l’infinie tristesse de vois ses proches disparaître les uns après les autres sans savoir qui sera le prochain. Bien que j’aie eu du mal à rentrer dedans et qu’on puisse lui reprocher quelques longueurs, j’ai beaucoup aimé ce texte qui dresse un magnifique portrait de l’époque. Un roman marquant.

Portrait de Rebecca Makkai

Avant j’avais peur que Reagan appuie sur le bouton rouge, tu sais ? Et je craignais les astéroïdes, et tout. Et puis j’ai compris un truc. Si tu devais choisir quand, dans la chronologie de la Terre, tu devais vivre, est-ce que tu ne choisirais pas la fin des temps ? Comme ça, tu n’aurais rien loupé. Si tu meurs en 1920, tu passes à côté du rock’n’roll. En 1600, tu rates Mozart. Pas vrai ? Je veux dire, les horreurs aussi s’accumulent, mais personne ne veut mourir avant la fin de l’histoire.

_______________

Curieusement, à ses yeux, les amis étaient des gens que l’on rencontrait tôt et avec qui on restait à jamais lié. Peut-être était-ce pour cette raison que sa solitude le frappait de plein fouet. Il ne se voyait pas sortir pour sélectionner une toute nouvelle cohorte d’amis.

Mes lectures

Esther, Olivier Bruneau

          Anton et Maxine forment un couple sans histoires, doucement consumé par la routine. Une nuit, en rentrant d’un dîner, ils découvrent par hasard une lovebot, poupée sexuelle animée et douée d’intelligence artificielle, abandonnée aux ordures. L’irruption dans leurs vies de ce corps, programmé pour le plaisir mais martyrisé dans sa chair synthétique, va bien vite bousculer leur intimité.

          J’avais adoré le premier roman de cet auteur, sorti il y a 2 ou 3 ans. Dirty Sexy Valley est un roman délirant, assez trash, digne de la meilleure série Z. On voit le film se dérouler sous nos yeux au fil de la lecture. Absolument jouissif. J’avais donc hâte de découvrir ce second roman, sur un thème bien différent. Ici il est question d’un monde futuriste avec des robots plus vrais que nature. Seul point commun avec le premier roman de l’auteur, l’aspect sexuel et la place des fantasmes mais traités de manières bien différente cette fois.

Couverture du roman Esther, Le tripode

          Je dois avouer avoir eu un peu de mal à rentrer dans ce texte. J’ai trouvé ça assez dense et pas toujours évident à lire. C’est plutôt bien écrit mais pas toujours très fluide. Quant aux personnages, ils ne sont pas particulièrement attachants, ce qui sert très bien l’histoire qui arrive finalement à « monsieur et madame tout le monde ». Toutefois la thématique est intéressante et je souhaitais savoir comment le sujet allait être exploité. Si c’est parfois un peu maladroit dans la démonstration, la réflexion sur l’essence de l’humanité est pertinente. Une question riche et passionnante au centre de cette œuvre qui offre quelques pistes de réflexion.

          Si le côté déjanté du précédent roman de l’auteur m’a manqué, j’ai trouvé audacieux ce total changement de cap, il explore d’autres univers avec un certain succès. Dommage que le texte souffre de quelques longueurs et d’un style qui manque parfois de fluidité. La deuxième partie est mieux rythmée, avec des enjeux plus important qui donnent un second souffle à l’histoire et a su réveiller mon intérêt. Malgré ses défauts, j’ai aimé l’originalité de ce texte. Un roman ambitieux et singulier sur ce qui définit l’humanité.

Portrait d'Olivier Bruneau, auteur

La fille n’était plus un vulgaire robot, elle était devenue… autre chose.

Mes lectures

Nuuk, Mo Malo

Dans les villages du Groenland, une étrange épidémie de suicides touche les jeunes gens. La misère sociale et la rudesse climatique n’expliquent pas tout. Après un long passage à vide, la hiérarchie de Qaanaaq Adriensen l’a autorisé à reprendre son poste de chef de la police de Nuuk. Mais sous deux conditions : être suivi par une thérapeute et renoncer aux expéditions sanglantes qui ont fait sa réputation. Il découvre que les morts sont liées par les traces du passage d’un mystérieux chamane chez plusieurs victimes. Et partout où se rend le policier, lui sont livrées, colis après colis, les pièces d’un puzzle macabre.

J’avais découvert Mo Malø avec son précédent roman, Diskø. J’avais beaucoup aimé cette enquête du grand Nord et la manière dont l’environnement est mis en scène dans ses romans. La culture locale y tient une place centrale, c’est une bonne initiation aux traditions et au mode de vie du Groenland dont je ne savais absolument rien. Si l’histoire est un peu alambiquée, son originalité rattrape amplement les petites faiblesses et j’avais hâte de retrouver notre inspecteur.

Couverture de Nuuk de Mo Malo

Je n’ai pas été déçue par cette suite. L’enquête est tout aussi tordue, si ce n’est plus ! Ce qui n’est pas peu dire. C’est particulièrement alambiqué mais plutôt malin et bien mené, j’ai adoré. Les mythes inuits y ont encore plus de place que dans le roman précédent, ils pourraient presque être considérés comme un personnage à part entière tant ils sont au centre du récit. Je trouve que c’est l’énorme point fort de Mo Malø : nous plonger dans une culture si différente de la notre et nous faire ressentir un peu du froid et de la nuit qui l’habitent.

Mo Malø a beaucoup de talent pour recréer des univers et nous immerger dans ces contrées glacées, ce qui en fait un conteur de polar redoutable. Ses enquêtes sont aussi délicieusement tordues que palpitantes avec une manière intelligente d’exploiter le décor. Ses personnages sont toujours un peu « cassés » ce qui les rend attachants et terriblement humains. J’apprécie beaucoup la singularité de cette série. Si le style est classique, ça n’en reste pas moins terriblement efficace. Du polar comme on les aime : haletant de bout en bout.

Portrait de Mo Malo

Le lieu offrait une vue agréable sur le rivage et sur la mer, où un petit troupeau d’icebergs indolents broutait l’écume.

_______________

Une décharge le traversa. L’excitation. Il se sentait à nouveau si vivant. Être flic : cette névrose dont on ne se débarrassait jamais tout à fait. Ce poison si doux qu’on en oubliait les interdits comme les injonctions.

_______________

Uki est la spécialiste des tatouages cousus à Nuuk. C’est l’une des toutes dernières dans le pays à les exécuter encore.