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Les invisibles

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          Comédie française de Louis-Julien Petit avec Audrey Lamy, Corinne Masiero, Noémie Lvovsky
          Suite à une décision municipale, l’Envol, centre d’accueil pour femmes SDF, va fermer. Il ne reste plus que trois mois aux travailleuses sociales pour réinsérer coûte que coûte les femmes dont elles s’occupent : falsifications, pistons, mensonges… Désormais, tout est permis !

Affiche du film les Invisibles

          Attention : gros coup de cœur de ce début d’année. Clairement, rien qu’à voir le sujet, je savais qu’on était pile dans le genre de film que j’apprécie. En général le social, ça me parle. Surtout si ça parle de ceux qu’on oublie trop souvent. On ne peut pas dire que les films sur les SDF soient légion (un article sur le sujet est à retrouver ici) alors je n’allais clairement pas laisser passer celui-là. Seule crainte avant de voir le film : que ce soit trop condescendant, tire-larme ou misérabiliste. C’est le risque avec ce genre de sujet. Mais j’y allais plutôt confiante, ayant entendu une super interview de Corinne Masiero qui me l’a rendue encore plus sympathique.

Images extraite du film Les invisibles

          Eh bien j’ai adoré. Je n’ai rien à reprocher à ce film. C’est bien joué, c’est émouvant, c’est drôle aussi (surtout même). Ca fait réfléchir, ça met le doigt là où ça fait mal et ça donne un peu d’espoir aussi. La galerie de personnages est très réussie avec des personnalités attachantes et des parcours variés. On rit beaucoup dans ce film qui pourtant ne se moque jamais, c’est toujours bienveillant et plein de dérision. Ca ne vire jamais non plus au misérabilisme, on n’est pas là pour pleurnicher. Au contraire, le film redonne la parole à ces femmes délaissées et raconte comment elles reprennent peu à peu confiance en elles, comment elles retrouvent une dignité trop souvent bafouée.

Image extraite du film Les Invisibles

          J’ai beaucoup aimé le ton employé. Chaque portrait de femme est une réussite et donne envie de mieux les connaître. Le film est adapté du livre de Claire Lajeunie Sur la route des invisibles. La plupart des actrices sont non professionnelles et ont elles-mêmes connu la rue. Elles ont été amenées à livrer leur histoire. Quant aux actrices professionnelles, elles se sont rendues dans des centres d’accueil afin de mieux découvrir ce milieu et l’improvisation a été privilégiée pour plus de sincérité. L’humour a été mis en avant, le réalisateur souhaitait avant tout un film porteur d’espoir et c’est un pari réussi. D’un point de vue cinématographique, on est proche du documentaire et ça fonctionne étant donné le sujet. Le film met autant l’accent sur le travail des travailleurs sociaux que sur le parcours et les personnalités attachantes des femmes qu’ils tentent d’aider avec de trop faibles moyens. Plein d’humour et de tendresse, mon coup de cœur de ce début d’année.

Un livre et un film pour parler de l’exclusion

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          Dernièrement, j’ai gagné sur le blog de Filou un livre que je me suis empressée de commencer sur une immigrée qui arrive à Santorin et connaît l’exclusion, la faim et l’insécurité. La mesure de la dérive d’Alexander Maksik est un livre magnifique qui m’a bouleversée. Par le plus grand des hasards, alors que je lisais ce roman, je suis allée un soir au cinéma et les films qui m’intéressaient étant complets, je suis allée voir Au bord du monde, un titre aussi joli qu’énigmatique. Je n’avais pas la moindre idée de ce que c’était. C’est ma méthode « à la Breton », je rentre dans une salle au hasard (enfin, je choisis surtout le film qui passe à l’heure qui m’arrange), une méthode choix surréaliste qui offre parfois de belles surprises. Je dois avouer que pour la peine j’ai été franchement étonnée de tomber sur un documentaire consacré aux SDF parisiens. Moi qui allait au cinéma pour me remonter le moral ce soir-là, ç’a été un ratage complet. Mais je dois admette que j’ai quand même trouvé que la hasard faisait bien les choses puisque je restais totalement dans le thème de ma lecture du moment. Je vais donc en profiter pour vous parler des deux en même temps.

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           A la mesure de la dérive d’Alexander Maksik a été un énorme coup de cœur. On suit l’errance d’une jeune femme seule et sans le sous à Santorin. Elle doit lutter pour manger ou trouver un coin où dormir. On vit son histoire de l’intérieur et on apprend peu à peu à la connaître, par bribes. Ainsi, on découvre comment elle en est arrivée là. Des révélations qui s’avèrent souvent surprenantes. Je ne vais pas vous dévoiler ses origines et de son parcours étant donné que ses souvenirs qui reviennent peu à peu sont un fil conducteur du récit. L’écriture est fluide et très agréable. Ca m’a un peu rappelé une écriture de roman noir, efficace et qui met en place un certain suspens, ici autour du passé de son héroïne. Le récit est très émouvant. Le fait de se mettre à la place de cette jeune femme débarquée dans un pays inconnu sans la moindre ressource est troublant. Je crois qu’on peut dire que c’est la honte qui ressort le plus de ces pages, une volonté farouche de préserver un semblant de fierté malgré tout. La psychologie du personnage est très intéressante et on s’attache réellement à cette jeune femme qu’on regrette de quitter en refermant ce livre qui ne saurait laisser indifférent. Un roman fort et émouvant, manifique.

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          Dans un style très différent le documentaire Au bord du monde de Claus Drexel traite en grande partie du même sujet. Une autre forme d’exclusion mais les mêmes difficultés pour trouver où dormir et comment manger. Ce documentaire suit plusieurs SDF parisiens dans leur quotidien. Des profils très différents, des gens de tous les âges et visiblement de tous les milieux. Certains sont fous, d’autres étonnement cultivés. On ne sait pas comment ils sont arrivés là, quelle a été leur vie. On aimerait les connaître un peu mieux, c’est un peu dommage que cet aspect n’ait pas été évoqué avec eux. Malgré tout ce documentaire a le mérite de mettre en lumière des gens à qui la plupart du temps on jette à peine un regard. Il n’y a pas de jugement dans ce film, il se contente de donner la parole à ceux qui l’ont trop rarement et de montrer leur quotidien tel qu’il est, avec ses difficultés et ses moments de bonheur. On en ressort en regardant d’un peu plus près ceux qui nous entourent. Malgré ses défauts, un documentaire édifiant qui aurait mérité une diffusion bien plus large.