Club lecture

En juillet on lit…

         Kyoko de Ryo Murakami. L’histoire d’une jeune japonaise qui part aux États-Unis pour retrouver l’homme qui lui a appris à danser quand elle était enfant. Là-bas, c’est un malade en phase terminale du sida qu’elle va retrouver et elle va l’aider à réaliser on dernier souhait.

          Nous changeons de lieu ce mois-ci et nous retrouverons à « La belle Hortense ». Une cave-librairie qui se situe au 31 rue Vieille du Temple, dans le 4° arrondissement. Le rendez-vous est donné à 20h, ce jeudi 28 juillet. N’hésitez pas à vous joindre à nous.

Mes lectures

Hervé GUIBERT, À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie

          Hervé Guibert se sait atteint du sida quand il écrit ce livre. Il nous y conte sa maladie, son quotidien de malade : la douleur, le désespoir, l’ignorance dans laquelle on se trouve à l’époque. Mais n’oublions pas que c’est un romancier qui nous parle. Tout n’est pas à prendre pour argent comptant dans cet ouvrage, l’auteur se joue des codes de l’autobiographie et travestit les faits à sa guise. Entre témoignage et fiction, un très bel exemple d’autofiction. Et bien qu’on en connaisse l’issue, un suspens nous tient en haleine jusqu’à la dernière page.

Hervé Guibert par son ami Hans Georg Berger

          À l’occasion de sa relecture dans le cadre de mon mémoire, j’en profite pour vous présenter l’ouvrage qui est coeur de mon travail depuis maintenant plusieurs mois. Difficile donc d’être objective. Ce livre m’avait beaucoup étonnée à la première lecture. Je l’avais trouvé émouvant et incroyablement intense, même si le style un peu sec à mon goût, ne m’avait que moyennement emballée. Une lecture toutefois très marquante. La maladie est traitée dans ce livre de façon incroyable. L’auteur la traite avant tout comme un sujet d’écriture passionnant, semblant par moment la regarder d’un oeil extérieur. Une force donnée par le besoin d’écrire que j’ai trouvée terriblement belle.

          Cet ouvrage m’a semblé illustrer parfaitement ce passage des lettres à un jeune poète de Riner Maria Rilke :

Cherchez en vous-mêmes. Explorez la raison qui vous commande d’écrire; examinez si elle plonge ses racines au plus profond de votre cour; faites-vous cet aveu : devriez-vous mourir s’il vous était interdit d’écrire. Ceci surtout : demandez-vous à l’heure la plus silencieuse de votre nuit; me faut-il écrire ? Creusez en vous-mêmes à la recherche d’une réponse profonde. Et si celle-ci devait être affirmative, s’il vous était donné d’aller à la rencontre de cette grave question avec un fort et simple « il le faut », alors bâtissez votre vie selon cette nécessité; votre vie, jusqu’en son heure la plus indifférente et la plus infime, doit être le signe et le témoignage de cette impulsion.

          Hervé Guibert répond parfaitement à cette question et a bâti toute sa vie sur son oeuvre à venir, mêlant inextricablement l’une et l’autre. Écrivant jusqu’à la mort. Un travail monumental et d’une rare unité, où chaque détail vient nourrir ce projet fou de faire de sa vie son oeuvre, et de son oeuvre sa vie. Jusque dans la maladie, c’est avant tout à un écrivain sûr de son talent que nous avons affaire. C’est à la relecture du texte qu’on voit apparaître une structure complexe et une écriture ciselée, véritables travaux d’orfèvres. Un livre qui s’il peut émouvoir à la première lecture, est bien plus profond et habile qu’il n’y paraît et ne dévoile ses indéniables qualités littéraires qu’au lecteur attentif. Un livre qui a fait scandale, notamment parce qu’Hervé Guibert y dévoile que son ami Michel Foucault est mort atteint du sida, ainsi bien sûr que par son sujet même et l’absence de fausse pudeur avec laquelle il le traite. Un livre qui a ému et choqué, déclanchant une vive polémique, faisant oublier un peu vite les qualités littéraires de l’ouvrage et le talent de son auteur. Un très beau texte et un auteur fascinant qui mériterait d’être enfin reconnu comme une des figures majeures de la littérature du XX° siècle.

J’ai eu le sida pendant trois mois. Plus exactement, j’ai cru pendant trois mois que j’étais condamné par cette maladie mortelle qu’on appelle le sida. Or je ne me faisais pas d’idées, j’étais réellement atteint, le test qui s’était avéré positif en témoignait, ainsi que des analyses qui avaient démontré que mon sang amorçait un processus de faillite. Mais, au bout de trois mois, un hasard extraordinaire me fit croire, et me donne quasiment l’assurance que je pourrais échapper à cette maladie que tout le monde donnait encore pour incurable. De même que je n’avais avoué à personne, sauf aux amis qui se comptent sur les doigts d’une main, que j’étais condamné, je n’avouai à personne, sauf à ces quelques amis, que j’allais m’en tirer, que je serais, par ce hasard extraordinaire, un des premiers survivants au monde de cette maladie inexorable.

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Jules, à un moment où il ne croyait pas que nous étions infectés, m’avait dit que le sida est une maladie merveilleuse. Et c’est vrai que je découvrais quelque chose de suave et d’ébloui dans son atrocité, c’était certes une maladie inexorable, mais elle n’était pas foudroyante, c’était une maladie à paliers, un très long escalier qui menait assurément à la mort mais dont chaque marche est un apprentissage sans pareil, c’était une maladie qui donnait le temps de mourir, et qui donnait à la mort le temps de vivre, le temps de découvrir le temps et de découvrir enfin la vie, c’était en quelque sorte une géniale invention moderne que nous avaient transmis ces singes verts d’Afrique. Et le malheur, une fois qu’on était plongé dedans, était beaucoup plus vivable que son pressentiment, beaucoup moins cruel en définitive que ce qu’on aurait cru. Si la vie n’était que le pressentiment de la mort, en nous torturant sans relâche quant à l’incertitude de son échéance, le sida, en fixant un terme certifié à notre vie, six ans de séropositivité, plus deux ans dans le meilleur des cas avec l’AZT ou quelques mois sans, faisait de nous des hommes pleinement conscients de leur vie, nous délivrait de notre ignorance.

Et voici le lien vers la vidéo du passage d’Hervé Guibert dans Apostrophes à l’occasion de la sortie du roman.

http://www.ina.fr/art-et-culture/litterature/video/I07290571/herve-guibert-a-l-ami-qui-ne-m-a-pas-sauve-la-vie.fr.html

Mes lectures

Hervé GUIBERT, L’homme au chapeau rouge

          L’homme au chapeau rouge continue le récit de la maladie d’Hervé Guibert, entamé dans A l’ami que ne m’a pas sauvé la vie et Le protocole compassionnel. Ici, ce n’est plus la maladie qui est au centre de l’histoire mais un trafic de fausses oeuvres d’art.

          Une lecture à laquelle j’ai pris un plaisir mitigé. Moins fort qu’A l’ami, moins novateur. Il est toutefois très intéressant de lire ce roman en complément des précédents pour voir l’évolution du rapport à la maladie. Quelques beaux passages à retenir.

J’ai l’impression que c’est comme si… comme si vous aimiez ce virus qui est en vous… – Certainement, j’ai bien été forcé de l’aimer, sinon ma vie serait devenue invivable, il a été inévitablement une expérience fondamentale, cruciale, mais maintenant j’en ai fait le tour, et je n’en peux plus, après ce chemin vers la sagesse pour la première fois c’est la révolte qui pointe. Je ne peux plus entendre parler de sida. Je hais le sida. je ne veux plus l’avoir, il a fait son temps en moi.