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Aria, Nazanine Hozar

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« Je vais t’appeler Aria, à cause de toutes les douleurs et de tous les amours du monde. » Téhéran, 1953. Par une nuit enneigée, Behrouz entend des pleurs monter d’une ruelle. Au pied d’un mûrier, il découvre une petite fille aux yeux bleus. Malgré la croyance populaire qui veut que les yeux clairs soient le signe du diable, il décide de la ramener chez lui, modifiant à jamais son destin et celui de l’enfant. Alors que l’Iran, pays puissant et prospère, sombre peu à peu dans les divisions sociales et religieuses, trois figures maternelles vont croiser la route d’Aria et l’accompagner dans les différentes étapes de sa vie.

Première lecture de cette rentrée littéraire, premier coup de cœur. J’ai été totalement transportée par ce roman. Je ne sais en revanche pas trop comment en parler. Il était décrit comme « le docteur Jivago iranien ». Bon je ne l’ai ni lu ni vu mais j’en ai assez entendu parler pour voir un peu le genre. Pas trop ma tasse de thé a priori, trop mélodramatique à mon goût. Mais j’étais curieuse, surtout que généralement j’aime bien la littérature iranienne et j’en lis trop peu (d’ailleurs je me suis aperçue après ma lecture que l’auteur avait en réalité grandi au Canada). Si le mélo est bien dosé ça peut avoir son charme. J’ai trouvé que ça se tentait.

Et j’ai bien fait ! Dès les premières pages j’ai beaucoup aimé. Je suis de suite rentrée dans l’histoire et j’ai décoré ce pavé de plus de 500 pages en à peine 4 jours. J’ai trouvé dans ce roman tout ce que j’espérais en commençant ma lecture : un destin tragique, un fond historique et un récit proche du conte. C’était très exactement ce dont j’avais envie à ce moment-là. Le style est plaisant, j’ai trouvé ça bien écrit et agréable à lire. Quant à l’histoire, elle est particulièrement prenante. Elle ne manque pas de rebondissements et dans la seconde moitié en particulier, l’histoire de l’Iran prend une place importante dans le récit, le rendant plus intéressant encore en lui donnant une certaine profondeur.

Couverture du roman Aria de Nazanine Hozar

Si je devais reprocher quelque chose à ce texte, c’est parfois un léger manque de crédibilité. Pas que ce soit particulièrement flagrant ou gênant pour la lecture mais certaines choses m’ont parfois interpelée. Déjà, l’histoire d’Aria est assez improbable mais bon, c’est un peu la base de l’histoire, on ne s’attend pas à autre chose. Mais surtout, j’ai trouvé curieux la manière dont des personnages qui n’évoluent pas dans les mêmes sphères sont amenés à se croiser sans cesse. Ca semble assez peu crédible étant donnée la superficie de la ville et sa population (1,5 millions d’habitants en 1956, je viens de vérifier). C’est une des raisons pour lesquelles je trouve que ce roman prend parfois des allures de conte, il m’a donné le sentiment d’une forme de destinée présidant au sort des protagonistes.

J’aime beaucoup quand mes lectures m’en apprennent plus sur l’histoire où les traditions d’un pays. Je pensais que ce texte serait essentiellement axé sur le côté très romanesque de l’histoire d’Aria. Pourtant il est bien plus profond que je ne m’y attendais et fait la part belle au contexte politique de l’époque qui pourrait être considéré comme un personnage à part entière. Dans la première moitié, cet aspect est peu présent, Aria étant enfant, le texte est surtout parsemé d’informations sur les coutumes, les croyances ou le mode de vie. Alors qu’elle grandit, puis devient adulte, le contexte politique prend de plus en plus de place, avec l’émergence de la contestation puis la révolution. J’ai trouvé cet aspect très bien exploité, avec des explications claires et assez poussées sur les différents courants qui s’opposent, sans que jamais cela n’alourdisse le texte. C’est extrêmement bien amené et absolument passionnant. Un destin tragique, l’histoire d’un pays en toile de fond, le tout servi par un style maîtrisé : un sans-faute pour ce premier roman magistral.

Portrait de Nazanine Hozar

Partout où la beauté est immense, la peur est immense aussi – peut-être celle de perdre la beauté, justement.

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Ce que Kamran savait avec certitude, c’était qu’une fille, probablement l’une de celles dont il ne voyait pas le visage, le tenait toujours par le cœur, agrippée à son ventricule droit, au centre de sa poitrine. Et cette pression, si chargée de tristesse, se réverbérait au fond de son ventre, elle palpitait, lancinante, et elle pleurait et gémissait dans tous les chambres d’écho de son propre corps.