Archives de Tag: théâtre

Humanoptère

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          C’est avec beaucoup de retard que je vous parle de ce spectacle vu le mois dernier. J’avais vu sa présentation sur Arte et trouvé les propos de son créateur très intéressants. J’avais donc hâte de voir ce que ça donnait sur scène. On spectacle de jongle avec un message politique derrière, ça avait de quoi intriguer. C’est parti donc pour une expérience surprenante. Déjà, il faut le savoir, les mecs qui jonglent, ça me fascine sachant que je ne suis moi-même pas foutue de rattraper une balle. Je garde un souvenir ému d’un magnifique numéro du cirque Romanes notamment. L’occasion aussi de vous reparler de Maputo Mozambique que j’avais beaucoup aimé. Bref, j’avais hâte, d’autant plus que je ne connaissais pas Clément Dazin et la compagnie La main de l’homme.

Spectacle de jonglage Humanoptère

          Bon, admettons-le, je trouve qu’Arte s’est un peu emballé sur ce coup en décrivant ça comme étant entre jonglage, théâtre et danse. Certes on s’éloigne beaucoup, beaucoup du cirque traditionnel mais avec leur reportage je m’attendais à quelque chose qui ressemblait à Amargi et sa dénonciation de l’économie de marché. C’est pas tout à fait ça quand même… Du coup j’ai été surprise qu’il n’y ait quasi aucune parole et que le point de départ du spectacle – l’aspect inhumain que peut revêtir le monde du travail avec ses gestes répétitifs – ne soit pas lisible de suite. Un peu déroutant.

          Mais ce premier moment de surprise passé, ce spectacle a dévoilé pas mal de qualités. En effet, il y a dans la mise en scène quelque chose qui se rapproche énormément de la danse, notamment dans l’occupation de l’espace et le jeu d’alternance entre des parties hyper synchronisées et les « solos » des jongleurs. C’est très agréable de voir un spectacle aussi millimétré. Ensuite, au fil de spectacle le thème du travail ressort peu à peu et donne de la profondeur à l’ensemble. Enfin, si à première vue on n’est pas dans la performance technique pure, les nombreux moments où tous jonglent ensemble en parfaite synchro sont assez admirables. Finalement il m’aura fallu du temps pour rentrer dans ce spectacle et réellement l’apprécier. Une belle maîtrise technique, de l’originalité et une mise en scène impeccable pour ce spectacle aussi esthétique qu’intelligent.

Nomades en pays de Langres

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          Il y a quelques temps, j’ai l’occasion de me rendre à Langres pour une journée et y découvrir une pièce de théâtre ainsi qu’une exposition, montées de concert et qui seront présentées dans différents hauts lieux de Haute-Marne durant tout l’été. La pièce de théâtre parle avant tout de la région et son patrimoine à travers l’histoire d’une jeune fille qui cherche sa voie. S’il y a de bonnes idées et une certaine poésie dans ce texte qui semble s’inspirer des contes traditionnels, il mêle parfois trop de thèmes et perd un peu le spectateur. Toutefois, c’est bien joué et il y a un excellent musicien sur scène. La beauté des lieux ajoutait à la magie et j’ai passé un bon moment. Je pense toutefois que ceux qui connaissent la régions apprécieront mieux que la néophyte que je suis.

          L’exposition quant à elle mêle haute-couture et patrimoine. Les créations d’une styliste – Yiqing Yin – ont ainsi été photographiées dans des lieux d’exception. Cela leur redonne vie et permet de découvrir ou redécouvrir le patrimoine architectural ou naturel de Haute-Marne. Les photos sont magnifiques et donnent envie d’aller découvrir la région qui semble très riche. Les robes sont magnifiquement mises en valeur. L’exposition est présentée dans plusieurs lieux, dont certains ont servi de décor. Nathalie Malric a beaucup de talent et j’espère bien avoir l’occasion de suivre ses prochains projets. Une très belle idées et une jolie réussite.

          Nous avons fait un petit tour dans la ville qui est très belle avec ses remparts imposants. Je ne connaissais pas du tout et ça m’a donné envie d’aller marcher sur les traces de Diderot, en visitant notamment le musée une prochaine fois. Mais également peut-être profiter d’une prochaine visite pour aller découvrir un peu ce département tout proche de Paris et qui semble offrir de jolies possibilités de balades. Ce premier aperçu fut en tout cas bien agréable. Vous pouvez encore découvrir l’exposition 1er au 7 septembre au centre Borvo de Bourbonne-le-Bains, la pièce y sera jouée le 1er septembre à 20h30. Tous deux sont gratuits.

Coucher de soleil

Edmond au Palais Royal

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Décembre 1897, Paris.
Edmond Rostand n’a pas encore trente ans mais déjà deux enfants et beaucoup d’angoisses. Il n’a rien écrit depuis deux ans. En désespoir de cause, il propose au grand Constant Coquelin une pièce nouvelle, une comédie héroïque, en vers, pour les fêtes. Seul souci : elle n’est pas encore écrite. Faisant fi de caprices des actrices, des exigences de ses producteurs corses, de la jalousie de sa femme, des histoires de coeur de son meilleur ami et du manque d’enthousiasme de l’ensemble de son entourage, Edmond se met à écrire cette pièce à laquelle personne ne croit. Pour l’instant, il n’a que le titre : Cyrano de Bergerac.

Edmond, théâtre du Palais Royal, affiche

          Depuis quelques mois déjà, tout Paris (ou presque) parle de cette pièce inspiré de la vie d’Edmond Rostand, l’auteur du célèbre Cyrano de Bergerac. J’avais hésité à aller la voir à Noël, puis pour mon anniversaire, mais les tarifs légèrement exorbitants de ce théâtre privé m’avaient un peu découragée (c’est que je n’ai plus les moyens moi ma bonne dame). J’ai donc honteusement profité de la venue de ma maman sur Paris pour me faire inviter. Je sais ce n’est pas bien. Mais voyez-vous, j’adore Cyrano, cette pièce mi comique mi tragique est pour moi un des plus grands chef d’œuvres du répertoire français. Je ris aux premières scènes, j’admire la tirade du nez, je pleure toujours à la fin et la scène du balcon m’émeut à chaque fois. Un miracle sans cesse renouvelé.

Extrait d'Edmond d'Alexis Michalik

Photo : Alejandro Guerrero

          La pièce a déjà été prolongée deux fois et a fait un carton aux Molières. C’est un signe ! Puisque les autres pièces qui nous tentaient étaient complètes ce soir là, nous nous sommes dit que c’était le moment où jamais. Grand bien nous en a pris ! Autant si ç’avait été nul vous m’auriez entendu râler pendant une semaine, mais là, ça valait largement son prix. J’ai tout simplement adoré. De la première scène à la dernière, j’ai été constamment émerveillée. C’est intelligent, vif, drôle, bien construit et même intéressant, c’est dire si ça multiplie les points forts. C’est aussi très bien interprété. Que des qualités en somme. Avec cette mise en scène Alexis Michalik frappe un grand coup. Le seul bémol vient du théâtre. Pour 38€ nous étions tout en haut (au centre certes) sur des sièges pas bien large et la pièce n’étant pas climatisée, c’était une étuve, il devait bien faire 40° à la fin du spectacle.

Extrait d'Edmond d'Alexis Michalik

Photo : Alejandro Guerrero

          La pièce revient sur la création de Cyrano de Bergerac. J’avoue que si j’aime beaucoup la pièce, je ne connaissais rien de sa création, ni même de son auteur. J’avais peur que ce ne soit pas palpitant mais pas du tout, c’est très prenant et surtout intelligemment construit. La création de la pièce semble avoir été épique et on rit beaucoup. On retrouve toutes les scènes les plus célèbres de Cyrano, les fans ne se sentiront pas lésés. Pour ceux qui n’aurait jamais vu la pièce, l’intrigue étant bien résumée. La mise en scène est très inventive, avec un décor en perpétuelle évolution puisque les acteurs vont et viennent constamment avec des pièces de mobilier à la main. Ca donne un dynamisme fou à l’ensemble. J’ai ri, j’ai été émerveillée, émue même parfois : un grand moment moment de théâtre !

Alexis Michalik

Edmond

Théâtre du Palais Royal

38, rue de Montpensier
75001 Paris

Places de 17 à 60€

Ecrit et mis en scène par Alexis Michalik

Distribution, en alternance :

  • Anna Mihalcea ou Fannie Outeiro
  • Christian Mulot ou Éric Mariotto
  • Christine Bonnard ou Fabienne Galula
  • Guillaume Sentou ou Benjamin Wangermee
  • Jean-Michel Martial ou Augustin Ruhabura  ou Ériq Ebouaney
  • Kevin Garnichat ou Adrien Melin ou Éric Pucheu
  • Nicolas Lumbreras ou Benoît Cauden
  • Pierre Bénézit ou Christophe Canard
  • Pierre Forest ou Jacques Bourgaux
  • Régis Vallée ou Clément Naslin
  • Stéphanie Caillol ou Raphaële Volkoff
  • Valérie Vogt ou Valérie Baurens

Amargi, anti-tragédie de la dette

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          Bon soyons honnêtes, le sujet de cette pièce ne me tentait pas du tout. J’y suis allée parce que mon copain avait adoré la précédente pièce de l’auteur – Judith Bernard – et que pour une fois que c’est lui qui voulait me traîner au théâtre je ne pouvais décemment pas refuser. Sans être totalement nulle en économie, on ne peut pas dire que je maîtrise le sujet ou que je m’y intéresse outre mesure. Je m’y intéresse juste assez pour trouver le monde de la finance abject et avoir envie de m’enfouir sous ma couette, mais je ne suis clairement pas assez calée pour envisager une issue optimiste. Le sujet est ardu et franchement obscur pour le néophyte. La seule pièce que j’aie vu qui traitait plus ou moins d’économie, c’était La septième vague que j’avais détesté. Je n’y allais donc pas avec un enthousiasme débordant cette fois. Direction la Manufacture des Abbesses pour la dernière représentation.

Amargi, affiche

          Certes, le sujet n’est très drôle mais il y a finalement pas mal d’humour dans la manière dont c’est traité et c’est fait de manière très pédagogique. C’est clair, complet (enfin, autant que ça peut l’être en 1h30 bien sûr) et bien expliqué. On comprend tout, ce qui est déjà énorme. C’est même intéressant. J’ai eu un peu de mal à rentrer dedans au début. On commence par le fonctionnement des prêts et des banques, ce qui n’est pas la partie la plus palpitante – ni la plus simple ! Ensuite on passe à l’histoire de la dette, et là, ça devient passionnant. J’avoue que je n’y connaissais rien en histoire de la dette, quand c’était né, comment, comment ça avait évolué : autant de questions que je ne m’étais jamais posées ou très vaguement. Le nom de la pièce vient de là. Amargi c’est l’annulation de la dette en Mésopotamie. De toutes les dettes, pour éviter les révoltes. Il semblerait que depuis le système ait été légèrement perverti.

Amargi, photo de Vincent Blanqui

Amargi, photo de Vincent Blanqui

          La mise en scène manque malheureusement de moyens mais est très inventive et permet de visualiser assez bien des problèmes somme toute plutôt abstraits. C’est d’ailleurs ce qui fait que la partie historique fonctionne mieux, il y avait encore un aspect un minimum concret et logique à la chose. Il y a un musicien qui joue essentiellement des percutions (mais pas que), ce qui ajoute de la profondeur au texte en en soulignant le rythme. J’ai également été assez convaincue par la performance des cinq acteurs qui parviennent à nous embarquer dans cet univers difficile. Si j’ai trouvé que la partie historique était la plus intéressante, j’ai également bien aimé qu’une solution pour sortir de l’impasse dans laquelle nous semblons être soit apportée, même si elle semble forcément un peu utopiste. Inutile de dire que cette pièce au sujet ardu est très engagée et je l’ai finalement beaucoup appréciée. On en ressort moins bête et plus optimiste, c’est assez rare pour être souligné.

Une chambre en Inde

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Il y a deux ans, j’avais adoré Macbeth, la dernière création d’Ariane Mnouchkine au théâtre du Soleil. Figure majeure de la scène contemporaine, il y avait longtemps que j’avais envie de découvrir son travail et je n’avais pas été déçue ! Les lieux d’abord m’avaient enchantée : parés de leurs plus beaux atours pour l’occasion. L’ambiance ensuite. Et enfin l’inventivité et l’intelligence de la mise en scène. Tout était parfait et rappelait avec force à quel point le théâtre peut être beau. Je n’avais donc qu’une hâte, voir sa nouvelle création et nous avons choisi le soir de Noël pour cela (enfin la veille, la représentation de Noël ayant été annulée faute d’intéressés). Cette fois il ne s’agit pas d’un classique mais d’une création originale, un texte écrit par la troupe. Ca se passe en Inde, ça laissait espérer un beau décor et des costumes chatoyants, j’étais confiante.

Déjà, la déco des lieux m’a moyennement emballée. Les murs repeints dans des tons de rose et de vert assortis à néons multicolores font un effet assez étrange je trouve et pas franchement heureux. Je m’attendais à quelque chose de moins kitch. Mais bon, c’est un détail, une petite déception sans grande incidence. Malheureusement, j’ai très vite compris que la pièce allait représenter une déception d’une toute autre ampleur… Dès les premières secondes, j’ai su que ça allait être long et difficile. Déjà, l’intrigue est un peu tarabiscotée. Grosso modo, on parle d’une troupe d’acteurs partis monter un spectacle en Inde, la directrice meurt, une femme la remplace, qui semble fort peu inspirée par la tâche qui lui incombe et part à la recherche d’une « vision ». La pièce s’ouvre sur sa chambre donc et elle commence à se lamenter en en faisant des caisses avec une voix assez horripilante…

J’ai espéré que ça allait s’arranger peu à peu, ou que j’allais m’habituer, mais non, pas du tout. L’histoire part dans tous les sens, l’humour est absurde (très pipi/caca, à prendre au sens propre) et on peine à saisir quelle direction ça va prendre. C’est d’ailleurs tout le problème : ça ne mène nulle part. Beaucoup d’idée sont évoquées, sur la création artistique et sa place dans la société – ce qui semble pertinent vu le sujet de la pièce – mais aussi sur la guerre en Syrie ou l’écologie. Le plus souvent les sujets sont à peine effleurés et ne semblent pas toujours trouver leur place dans l’histoire principale. Ajoutez à ça des scènes de chant interminables. Ca donne une résultat pour le moins brouillon. On a l’impression que chacun a voulu caser son sujet de prédilection, sans soucis de cohérence. Si certaines choses sont intéressantes, il aurait fallu encore un gros travail pour canaliser tout ça et arriver à un résultat construit. Je me suis ennuyée ferme face à cette pièce qui n’arrive pas à trouver sa voie. Grosse déception. Espérons que leur prochaine création sera plus réussie.

Une chambre en Inde

Une chambre en Inde

Théâtre du Soleil
La Cartoucherie – Vincennes
01 43 74 24 08

Jusqu’au 10 février puis du 3 mars au 21 mai et du 16 juin au 19 juillet
Du mercredi au vendredi à 19h30, le samedi à 16h, le dimanche à 13h30
Plein tarif, 40 €