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Trois chroniques ciné (très) en retard

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          Je n’ai pas l’habitude des articles groupés. J’aime consacrer un article à chaque livre et film que je lis/vois. J’aime développer mes avis et que chacun soit mis en avant de la même manière. Mais dernièrement, j’ai pris énormément de retard dans mes chroniques. Des films vus début février n’ont toujours été critiqués et vu l’accumulation des articles à écrire il fallait réagir. J’écris beaucoup moins en ce moment, une petite baisse de régime qui dure depuis un certain temps et me contraint à revoir un peu ma manière d’envisager les choses pour alléger un peu la longue liste de tout ce dont j’ai envie de vous parler. Comme je ne me sens pas encore prête à faire l’impasse sur certains livres, films ou sorties (on est monomaniaque ou on ne l’est pas), je me lance la mort dans l’âme dans un article regroupant 3 films vus en février. A priori, pas vraiment de rapport entre eux si ce n’est que ce sont des films américains, sérieux, d’assez bonne qualité et qui tournent plus ou moins autour de la violence ou de la guerre. 3 films qui ont marqué ce début d’année. Voici donc un court avis pour chacun d’entre eux.

A most violent year

AMVY_120_WEB.inddEn ce début, le film dont tous les blogueurs vantaient les mérites, c’est The most violent year. J’ai un peu tardé à le voir (et encore plus à vous en parler…) mais ça valait franchement le coup ! Je ne m’attendais pas trop à ça bizarrement. Etant donné le titre – et le sujet, la guerre entre les géants du pétrole à New-York en 1981 – je m’attendais à un film hyper violent. J’ai trouvé qu’il ne l’était pas tant que ça. Certes, il y a quelques scènes de violence mais ce n’est pas aussi sanguinolent qu’on pourrait s’y attendre. La violence présente dans ce film est avant tout psychologique. Il y a un suspens certain et la tension monte de minute en minute. L’histoire est simple et efficace, une guerre de pouvoir dans un milieu proche de la mafia. Ce que j’ai beaucoup aimé, c’est le traitement du personnage principal, qui se veut un modèle de droiture et de réussite et qui va se rendre compte peu à peu qu’il n’est peut-être pas si simple de nager au milieu des requins sans se salir les mains. Magistralement interprété, un film qui nous tient en haleine de bout en bout, l’excellente surprise de ce début d’année.

American sniper

american-sniper-posterEvidemment, je ne pouvais pas rater le dernier Clint Eastwood même si le sujet m’inspirait moyennement. Il y a eu une grosse polémique autour de ce film, certains l’ont accusé de faire l’apologie de la guerre. Honnêtement, on n’a pas tous dû voir le même film ! Certes, c’est l’histoire d’un petit con qui part faire la guerre parce qu’on a attaqué son pays et qui devient un héros parce que c’est celui qui a tué le plus de femmes et d’enfants. Mais bon, l’idée de se battre pour la patrie n’est pas particulièrement rare aux Etats-Unis et les héros de guerre sont rarement ceux qui sont planqués. Mais surtout, on voit cet homme se transformer et se renfermer sur lui-même peu à peu pour devenir une espèce de zombie qui pète les plombs au moindre bruit. Personnellement je ne trouve pas que ce soit très vendeur. Ce que j’ai aimé dans ce film c’est justement l’évolution de son personnage. On suit l’action de son point de vue, ce qui peut parfois mettre franchement mal à l’aise mais s’avère intéressant. Le réalisateur ne semble pas porter de jugement, ce qui laisse une assez large place à l’appréciation de spectateur quant au bien-fondé ou non des actions de son héros. Un parti-pris payant puisqu’il donne au film une certaine profondeur et incite à la réflexion. Un film dérangeant qui manque peut-être un peu de rythme mais certainement pas d’intérêt.

Imitation game

573252Je ne connaissais pas du tout l’histoire d’Alan Turing mais je dois dire que la bande-annonce a grandement piqué ma curiosité. Il faut dire que malgré mon parcours je suis fascinée depuis toujours par les inventeurs et plus généralement les grands esprits. Je ne pouvais donc pas rater ce film sur celui qui peut être considéré comme un des pères de l’ordinateur même s’il n’a pas eu l’occasion de le construire. Cet homme asocial et brillant est assez fascinant. Malheureusement, le film n’est pas tout à fait à la hauteur de l’enjeu. Sans être vraiment mauvais, il reste extrêmement classique dans sa réalisation et l’histoire mise bien trop sur la romance, manquant ainsi un peu de consistance. Ca m’a un peu rappelé Une merveilleuse histoire du temps, qui avait sensiblement les mêmes défauts. La réalisation n’est pas dénuée de maladresse. La trame principale est intéressante bien que j’aurais préféré que l’accent soit un peu plus porté sur le côté technique que sur l’aspect sentimental qui franchement m’intéresse assez peu. On ressent assez peu le fait que le pays est en guerre, à part dans des scènes de bombardement d’une mocheté absolue. Pour le reste, c’est un peu plan plan mais pas si mal. Dommage que la fin ait été un peu bâclée, je trouvais pourtant qu’il y avait là matière à faire quelque chose d’intéressant. L’ensemble se laisse quand même regarder avec un certain plaisir, d’autant que Benedict Cumberbatch vaut quand même le détour. Un film assez moyen qui a tout de même le mérite de mettre en lumière cette histoire incroyable et trop largement méconnue.

Cold in July, un thriller réjouissant

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          En effet, certains diront que le scénario est peut-être un peu faiblard. Le point de départ est intéressant mais plus on avance et plus la crédibilité peut sembler douteuse. Il y a un moment où on bascule clairement dans la vengeance aveugle et improbable et je me suis demandé si ce n’était pas trop. Mais non, parce que quand on aime on ne compte pas. Il est intéressant de voir comment on part d’une situation somme toute assez banale (enfin, aux Etats-Unis, parce qu’ici a priori peu de chances de tuer un cambrioleur sans le vouloir) et les réactions en chaîne que ça déclenche. La violence monte peu à peu pour finir par exploser complètement.

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          Le film fait clairement référence aux séries B des années 80. Évidemment, si vous n’aimez pas ça, ça risque d’être compliqué mais pour ma part je me suis régalée. L’image est très soignée. La construction géométrique de certains plans pourrait presque parfois prêter à sourire mais la précision dont fait preuve le réalisateur lui évite de sombrer dans le ridicule. Je suis habituellement assez sensible à la bande-son (surtout quand elle est mauvaise) mais je n’ai aucun souvenir de celle de ce film-là, j’en déduis qu’elle doit être plutôt réussie si rien n’est venu agresser mes tympans. Entre thriller et film d’action, il naît de cette histoire une certaine tension qui va crescendo et accroche le spectateur. Voir cet homme d’une banalité sans nom se transformer peu à peu est assez fascinant. J’ai passé un excellent moment devant ce film un peu improbable parfois mais terriblement efficace. Une débauche de violence jubilatoire.

Combat, une pièce choc

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          L’histoire d’un homme qui a toujours envié la réussite de sa sœur et, quand l’occasion va se présenter, va tout faire pour la protéger, quitte à endosser une faute qui n’est pas la sienne.

          Puisque je m’étais lamentablement trompée de salle la première fois, je suis retournée voir Combat au Lucernaire et cette fois, je ne me suis pas ratée. Malgré la presse dithyrambique cette pièce, certes m’intriguait, mais ne me tentait pas des masses. Je dois avouer que j’ai été très agréablement surprise. Ce n’est a priori pas trop mon genre, le côté un peu absurde a tendance à me rebuter et l’introspection n’est pas franchement mon fort. Heureusement, l’univers de cette pièce s’étant bien au-delà de ça. C’est aussi une histoire de famille, d’amour, de doutes, d’échecs.

Crédit : Neige Cathelineau

Crédit : Neige Cathelineau

          J’ai trouvé qu’il y avait une violence incroyable dans cette pièce, comme je n’en avais sans doute jamais vu au théâtre. La proximité avec les acteurs ne fait que renforcer le sentiment de malaise pour un effet des plus poignants. C’est extrêmement bien joué. Ces personnages perdus, malheureux, désabusés qui se battent contre eux-même sont criants de réalisme et leur faiblesse est terriblement touchante. Je pense que c’est là la plus rendre réussite de cette pièce : nous faire croire en ses personnages imparfaits qui nous ressemblent un peu.

          Côté mise en scène, quelques bonnes idées également avec notamment un fond sonore très réussi qui crée une ambiance à part et contribue grandement à nous faire rentrer dans cet univers. Moi qui ai du mal avec les engueulades, j’ai été servie ! Mais si j’ai parfois été mal à l’aise, dans l’ensemble ça s’est bien passé. Cette pièce, très violente parfois, bouscule le spectateur dans ses habitudes et le sort clairement de sa zone de confort. C’est ce que j’ai apprécié. Au-delà du fait d’aimer ou non, on est confronté à quelque chose de différent. Une pièce que j’ai aimée pour sa force et son originalité. A voir !

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Combat de Gilles Granouillet

Mise en scène de Jacques Descorde

Avec Anna Andreotti, Astrid Cathala, Erwan Daouphars, Jacques Descorde

Le Lucernaire

53, rue Notre-Dame des Champs

75006 Paris

Jusqu’au 16 novembre

La dévoration – Nicolas d’Estienne d’Orves signe un roman dérangeant

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          L’écrivain Nicolas Sevin s’est spécialisé dans les histoires sanglantes. Son éditrice voudrait le voir changer radicalement de style et aborder des sujets plus intimes. Après une longue réflexion, un sujet s’impose à lui : l’histoire du cannibale japonais Morimoto. Une expérience d’écriture dont il risque de ne pas sortir indemne.

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          J’avais a-do-ré le dernier roman de Nicolas d’Estiennes d’Orve, Les fidélités successives, mon gros coup de cœur de la rentrée littéraire 2012. Je n’avais rien lu d’autre de lui et j’avais donc hâte de m’attaquer à son nouveau roman, bien que le sujet me laisse un peu perplexe. Je dois avouer que dans l’ensemble j’ai été assez déçue. Je m’attendais à retrouver ce style fluide et maîtrisé qui m’avait tant séduite et ça n’a pas tellement été le cas. J’ai trouvé le début certes agréable à lire mais un peu fade. On peine à s’intéresser à l’histoire de cet auteur en manque d’inspiration qui apparaît avant tout comme un sale gosse prétentieux.

           Ces chapitres un peu vides intérêt alternent avec d’autres sur une lignée de bourreaux qu’on suit à travers les âges. Leur histoire m’a un peu rappelée celle de Dieu et nous seuls pouvons de Michel Folco, roman qui me fait mourir de rire bien qu’il retrace l’histoire d’une lignée de bourreaux. Le texte de Nicolas d’Estienne d’Orves est autrement plus sérieux et j’ai fait de mon mieux pour ne pas le comparer à un de mes livres préféré, ce qui n’aurait pas été à son avantage. J’ai honnêtement trouvé que ces chapitres, extrêmement bien documentés, étaient les plus réussis. J’ai pris grand plaisir à les lire et je les attendais avec impatience.

           Quant au arrive aux passages sur Morimoto – dans les 50 ou peut-être 80 dernières pages du roman – un certain suspens se crée. On sait comment ça se termine mais voir la manière dont il en est arrivé là crée une tension indéniable. Je ne vous cache pas qu’il y a un passage franchement dégueulasse. Rarement (jamais ?) un livre m’avait donné envie de vomir, c’est en soi un exploit. Je n’irai pas jusqu’à dire que j’ai apprécié cette partie du texte mais c’est sans nul doute la plus forte. Après tout, la littérature doit avant tout faire réagir et susciter des émotions, on ne peut pas dire que ce n’est pas le cas ! En résumé, un roman qui met du temps à démarrer pour devenir finalement très dérangeant. Une lecture un arrière goût des plus désagréables mais ne laisse en tout cas pas indifférent.

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 On dit qu’une simple image peut changer votre conception du monde. Ainsi se passent les conversions : il suffit d’une épiphanie.

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J’aime les rues vides. Comme j’aime la foule compacte. L’une et l’autre poussent à l’effacement. Vous devenez une ombre ou un quidam, ce qui revient au même.

Coldwater, un premier long métrage assez réussi

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Drame, thriller, américain de Vincent Grashaw avec P.J. Boudousqué, James C. Burns, Chris Petrovski

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          Brad est un adolescent difficile qui deale dans son quartier, entraînant ses amis avec lui. Un jour, sa mère décide de le faire enfermer dans le centre de redressement pour mineur de Coldwater. Les adolescents y sont très isolés et y subissent de nombreuses violences. Ils n’ont aucun moyen de fuir et doivent se battre pour survivre. 

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          Je dois admettre que je ne savais à peu près rien de ce film avant d’aller le voir. Je dois avouer que j’ai été assez surprise par sa violence. Je connais assez mal les centres de redressements pour mineurs aux Etats-Unis et j’ai été assez étonnée par cette découverte. Le film a au moins le mérite de faire la lumière sur ce milieu très obscur, avec une violence qui risque de ne pas plaire à tout le monde. Je dois d’ailleurs dire que je l’ai trouvé assez réussi même si d’un point de vue formel, il a bien quelques défauts. Je crois qu’on peut résumer ça en disant que c’est un bon film américain.

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          Même si l’histoire se tient bien et est très intéressante, le film ne nous épargne quand même pas quelques clichés : le héros est un petit blond tout en muscles et quand il arrive malheur, ça tombe toujours sur les noirs et les hispanos. M’enfin… Cela mis à part, la réalisation est très classique mais efficace. Il n’y a pas un suspens fou mais une certaine tension naît au cours du film avant d’éclater dans un final radical mais assez réussi. Finalement, si ce film ne marque pas par son originalité, il a le mérite de mettre en avant un sujet intéressant avec efficacité.