Phèdre est l’épouse de Thésée, mais lutte en vain contre son amour pour le fils de celui-ci, Hippolyte, qui est lui-même amoureux secrètement d’une autre femme, Aricie, qui appartient au clan ennemi. Des passions interdites qui ne peuvent les mener qu’à leur perte.
Phèdre a beau ne pas être ma pièce préférée de Racine, quand j’ai vu qu’elle passait à la Comédie Française, je me suis empressée de prendre des places. Et c’est avec impatience que j’attendais le moment d’aller voir cette pièce dans la salle Richelieu fraîchement rénovée. D’ailleurs, puisqu’on y est, un petit mot au sujet des rénovations : pas de changement majeur. Le velours est neuf et encore bien brillant, cela mis à part, le coup de neuf ne saute pas aux yeux. Je ne m’étendrai donc pas sur la question, ceci dit, la salle est toujours magnifique et vaut à elle seule le déplacement. Revenons-en donc à nos moutons. Sur scène, un lit, des fenêtre, une table. Tout semble assez classique et d’assez bon augure. Hippolyte entre en scène et bien vite, les ennuis commencent…
Une radio vient en bruit de fond parasiter quelque peu le texte. Par moments, une musique (souvent bien trop forte) vient se greffer sur le jeu des acteurs de manière tout à fait inopportune. D’une part elle empêche de les entendre correctement, d’autre part, elle est souvent mal calée sur leurs répliques. Phèdre est déjà un texte à la teneur dramatique très dense, l’ajout de violons pour souligner ses aspects tragique vire simplement au ridicule : on se croirait dans un mauvais téléfilm. Il y a également sur scène un micro, dans lequel les acteurs viennent réciter leur texte à l’occasion, pour d’obscures raisons. Cela leur fait une voix blanche et sans émotion qui a totalement gâché mon plaisir et n’apporte strictement rien à l’histoire.
Les acteurs sont bons mais mal dirigés : ils hurlent dans des moments intimistes, chuchotent en pleine crise d’hystérie, bref, prennent le contre-pied du texte, lui faisant perdre de son intensité. Souvent, ils parlent dos à la scène, et on n’entend alors strictement plus rien. Le point de départ de la mise en scène est assez classique (décor et costumes notamment), mais chaque tentative de moderniser le texte semble se solder par un échec retentissant. C’est dommage, plus de simplicité aurait sans nul doute été préférable. Au final, j’ai trouvé cette version de Phèdre à peu près sans intérêt. Heureusement que le texte est exceptionnels et que les acteurs se démènent pour nous sauver de l’ennui. Sans grand succès, malheureusement. Décidément, Racine ne sourit pas à la Comédie Française, qui signe une fois de plus une mise en scène bien fade de mon dramaturge préféré. Encore raté !
Comédie Française, Salle Richelieu
Place Colette, 75001 Paris
12 à 39€
Mise en scène de Micheal Marmarinos avec :
- Cécile Brune: Panope, femme de la suite de Phèdre
- Éric Génovèse: Théramène, gouverneur d’Hippolyte
- Clotilde de Bayser: Œnone, nourrice et confidente de Phèdre
- Elsa Lepoivre: Phèdre, femme de Thésée, fille de Minos et de Pasiphaé
- Pierre Niney: Hippolyte, fils de Thésée et d’Antiope, reine des Amazones (en alternance)
- Jennifer Decker: Aricie, princesse du sang royal d’Athènes
- Samuel Labarthe: Thésée, fils d’Egée, roi d’Athènes
- Benjamin Lavernhe: Hippolyte, fils de Thésée et d’Antiope, reine des Amazones (en alternance)




Bonjour,
je suis très heureuse de vous lire et d’avoir votre avis sur cette mise en scène. Phèdre est aussi ma pièce préférée, et comme vous je me suis précipitée à la Comédie française. Je me retrouve parfaitement dans votre analyse et irais même plus loin : j’ai trouvé insupportable le fond sonore qui m’empêchait de goûter aux alexandrins, je n’ai aimé ni les décors ni les costumes et j’ai trouvé les acteurs, à l’exception de Pierre Niney, mauvais, ou alors mal dirigés comme vous le dites. Un vrai crève-coeur pour moi ! Revoir plutôt l’exceptionnelle mise en scène de Patrice Chéreau aux Atelier Berthier en 2003 avec Dominique Blanc, Eric Ruf et Michel Duchaussoy….
Le fond sonore est en effet totalement insupportable. C’est bien dommage de gâcher un texte pareil !
Oh, dommage ! Au moins, étais-tu bien installée ? Moi, j’ai le souvenir d’une soirée à la Comédie Française où j’étais vraiment très mal assise (en balcon je crois). Tordue en 4, je n’ai pas pu profiter… Cela a-t-il changé ?
J’étais au 1° rang du balcon, ce qui n’aurait pas été si mal si une partie du décor n’avait pas été dans un coin de la scène, pile au seul endroit que je ne pouvait pas voir à moins de me pencher dangereusement.Cette soirée n’était décidément pas une réussite ! 🙂
Entièrement d’accord. A la représentation d’hier soir (7 mai) des spectateurs sont même partis en cours de second acte… Heureusement qu’il n’y avait pas d’entracte ! Grosse déception…
Je pense qu’avec un entracte tous les spectateurs auraient fui. Quoi que mes voisins ont adoré. Comme quoi…
Je suis bien d’accord, après le massacre récent d’Andromaque, j’ai trouvé cette mise en scène sèche et bien aride… Je crois que je vais désormais me réserver pour la petite salle du Vieux Colombier !
Je n’ai pas vu Andromaque mais les critiques étaient tellement mauvaises je n’ai eu aucun regret. La Comédie Française n’est décidément pas très amie avec Racine… C’est vrai que souvent la programmation du Vieux-Colombier est plus sure même si cette année je l’ai trouvée un peu inégale.