Cinéma·Mes lectures

Quelques moments de perplexité…

          Parmi les dernières choses lues/vues, malgré une majorité de bonnes surprises, quelques beaux ratés, parce qu’il en faut bien de temps en temps je suppose…

Bridget Jones : Folle de lui , Helen Fielding

Veuve, 51 ans, mère de deux enfants en bas âge, mais toujours en quête de l’homme idéal: Bridget is back !
Elle n’est plus obsédée par ses kilos, plutôt par les réseaux sociaux, le nombre d’amis qu’elle a sur Facebook (ce qui ne peut que mal se passer, vu son niveau en informatique) et ses enfants qui la font tourner en bourrique.

Bridget Jones, Folle de lui, couvertureJ’avais lu les tomes 1 et 2 à l’adolescence et j’avais beaucoup aimé. Pas forcément de la grande littérature mais ça fonctionne : un style léger et plein d’humour, une anti-héroïne très attachante et une construction assez originale en avaient fait un best-seller. Difficile de ne pas s’y retrouver un peu quelque part. Le film (vu avant de lire le livre d’ailleurs) m’avait aussi bien fait rire. Une sorte d’anti-coup de blues du tonnerre. J’étais donc ravie d’entamer la lecture de ce 3° tome 10 ans après avoir lu les premiers. Malheureusement, dès les premières phrases, ç’a été la douche froide. Le style est d’une pauvreté ! Je me suis dit que je ne devais pas être dans un bon jour, que ce n’était peut-être pas si nul mais vraiment, avec toute la bonne volonté du monde, je n’ai pas pu… Le style est infect et du côté de l’histoire, ça a bien changé aussi. Elle a des gamins et son problème principal est de savoir si elle doit parler des poux de ses mioches à son plan cul plus jeune qu’elle. Palpitant, vraiment. Un vrai calvaire. J’en suis même venue à me demander si ç’avait bien été écrit par la même personne mais oui, elle n’a pas changé. Je ne peux pas m’empêcher maintenant de me dire que s’il le faut je détesterais les 2 premiers tomes si je devais les lire aujourd’hui. Je ne sais pas si j’ai envie d’aller y jeter un oeil pour vérifier, j’ai peur de gâcher de bons souvenirs inutilement. En attendant ce tome 3 restera définitivement une lecture inachevée je pense. Une lecture atterrante sans commune mesure avec ce que l’auteur nous avait jusque-là proposé.

Enfin, c’est normal de chercher une excuse pour annuler le rendez-vous avec votre toy boy parce qu’il y a des poux chez vous, non ? Pourquoi est-ce que je persiste à me mettre dans des situations impossibles ?

Le génie des alpages, t2 : Comme des bêtes, F’Murr

Prenez un berger. Un chien. Des moutons. Un aigle. Des touristes. Un lion.
Secouez le tout et vous obtiendrez un curieux assemblage.

Le génie des alpages, couvertureVoilà une BD humoristique qui m’a laissée… hum… sans voix ! J’avais déjà vu cette série à plusieurs occasions mais je n’avais pas le souvenir de l’avoir déjà ouverte, j’étais donc plutôt contente d’avoir l’occasion d’améliorer ma culture BD. Le 1° tome de cette série de F’murr est sorti en 1973 et le plus récent en 2007. Les personnages de ces albums qui se déroulent dans les alpages sont un berger rêveur, sont chien adepte de calembours et de mécanique de précision et son troupeau de brebis autogéré qui passent leur temps à faire de mauvaises blagues aux touristes et aduler le bélier Romuald qui se la coule douce. Dans l’idée, il y avait de quoi me séduire avec cette BD pleine de références littéraires, philosophiques ou historiques. Malheureusement, non seulement celles-ci m’ont souvent échappé mais surtout je n’ai absolument pas compris ce qu’il pouvait bien y avoir de drôle dans ces saynètes dont l’humour m’a totalement échappé. J’ai eu beau m’acharner, je suis totalement passée à côté, il y avait longtemps que je ne m’étais pas sentie autant en décalage avec un truc sensément drôle. Grand moment de solitude…

Bon ça y est ! Full de brelan à la dame roquée … et mat. Tu perds !! Voilà !

La minute de silence, Francis Masse

La flottille d’entretien, armée d’astiqueurs voguant sur des maisons en pierre, est confrontée à deux dangers : les renégats Crassignols, véritables doubles maléfiques qui menacent de plus en plus la propreté du monde, et les tire-larfeuilles, monstres sous-marins aux allures de Dupon(t)d hergéens. Pour faire face à ces ennemis, la flottille, véritable chantre de l’Art Ménager, n’a d’autre choix que de braver « La minute de silence », zone maritime honnie par les marins, qui étouffe et rature les discours et palabres…

La minute de silence, couvertureAutre grand moment de solitude, dans un genre très différent, La minute de silence. Le moins qu’on puisse dire c’est que cette BD est très très originale. Les dessins sont de qualité, avec un énorme degré de précision, et l’histoire sort franchement de l’ordinaire. Elle sort tellement de l’ordinaire qu’à vrai dire je n’ai à peu près rien compris ! C’est inventif, bourré de références mais ça reste quand même assez obscur (à mes yeux tout du moins). Il y a une histoire de monde de bateaux de pierre qui avancent à la propreté, c’est à peu près tout ce que j’ai saisi… Même le résumé est plus précis, c’est dire ! J’ai apprécié le soin apporté au dessin et le style très soutenu du texte ainsi que son humour mais je n’ai quand même pas réussi à venir à bout de cette BD pour le moins déconcertante. Une explication de texte n’aurait pas été de trop ! Difficile à suivre mais on ne pourra pas lui reprocher son manque d’originalité au moins !

Théo et Hugo dans le même bateau

Drame français de Olivier Ducastel, Jacques Martineau avec Geoffrey Couët, François Nambot, Mario Fanfani
Dans un sex-club, les corps de Théo et de Hugo se rencontrent, se reconnaissent, se mêlent en une étreinte passionnée. Passé l’emportement du désir et l’exaltation de ce premier moment, les deux jeunes hommes, dégrisés, dans les rues vides du Paris nocturne, se confrontent à leur amour naissant.

Théo et Hugo dans le même bateau, afficheJ’avais plutôt entendu dire du bien de ce film et ayant consacré mon mémoire à Hervé Guibert et la littérature sur le sida, le sujet m’intéressait particulièrement. Malheureusement j’ai bien vite déchanté. Le début est interminable. Les mecs à poils qui se draguent m’intéressent assez peu (ou n’importe qui d’autre d’ailleurs, ce n’est pas une question de genre). Les 5 premières minutes ça allait, ensuite je me suis lassée, d’autant plus que la lumière rouge et la musique techno n’avaient rien pour me séduire. La rencontre est filmée de manière totalement ridicule, avec un espèce de halo de lumière autour de la tête des deux hommes. Kitch au possible. Ensuite, c’est encore pire. Les dialogues sont incroyablement creux (mon passage préféré, c’est un grand moment de poésie à bord d’un Vélib’). J’ai trouvé relativement improbable le déroulé des événements, sans compter que c’est extrêmement mal joué. Vers la moitié j’ai lâché l’affaire et, fait rare, j’ai quitté le cinéma pour aller me réconforter avec une crêpe (par ailleurs dégueulasse, mauvais karma). Je n’ai absolument pas compris d’où sortaient les bonnes critiques sur ce film parfaitement insipide. Dommage, l’histoire avait pourtant un certain potentiel.

Cinéma

Dans les forêts de Sibérie, le film

Film d’aventure français de Safy Nebbou avec Raphaël Personnaz et Evgueni Sidikhine

Pour assouvir un besoin de liberté, Teddy décide de partir loin du bruit du monde, et s’installe seul dans une cabane, sur les rives gelées du lac Baïkal.
Une nuit, perdu dans le blizzard, il est secouru par Aleksei, un Russe en cavale qui vit caché dans la forêt sibérienne depuis des années.
Entre ces deux hommes que tout oppose, l’amitié va naître aussi soudaine qu’essentielle.

Dans les forêts de Sibérie, affiche

          Dans les forêts de Sibérie est un livre de Sylvain Tesson que j’avais adoré. Il y raconte les 6 mois qu’il a passé dans une cabane en Sibérie, en plein hiver. Il ne s’y passe pas grand chose mais il parvient à nous faire voyager avec lui, à nous faire imaginer le froid e la solitude et partager ses pensées est loin d’être inintéressant. Pour ceux qui n’auraient pas encore lu mon article sur le sujet, vous pouvez le retrouver ici. Quand j’ai vu que ce livre que j’avais énormément aimé avait été adapté au cinéma, j’ai forcément eu envie d’aller voir de quoi il retournait. Je dois admettre que Raphael Personnaz dans le rôle de Sylvain Tesson me laissait un peu perplexe. Je trouvais qu’il manquait franchement de charisme (et surtout de carrure) pour jouer les baroudeurs. Finalement, il ne s’en sort pas si mal ! D’autant plus que l’histoire a été adaptée et que notre écrivain-voyageur s’est transformé en… impossible de me rappeler – un truc à la mode en lien avec les médias – en besoin de solitude, expliquant ainsi son côté résolument citadin.

Dans les forêts de Sibérie, image du film

          J’avoue que la performance de l’acteur principal est la bonne surprise de ce film. Je n’avais jamais remarqué que Raphaël Personnaz était beau, je l’avais jusque-là toujours trouvé un peu fade. Comme quoi, être seul au bord d’un lac gelé lui réussit plutôt bien. Même si je trouve que son apprentissage de la vie dans la nature est peut-être un peu rapide pour un citadin. Il patine sans peine 5h sur la glace (l’expérience du roller dans les rues parisiennes peut-être ?), fend du bois comme si c’était du beurre, ça aurait mérité un peu plus de sueur pour en arriver là. Mais bon, dans l’ensemble, ça se tient à peu près et le film ne pouvait pas non plus durer 4h. La rencontre avec un braconnier est elle aussi un peu improbable : un repris de justice qui se cache dans la taïga vient tout à coup faire un brin de causette avec un parfait inconnu. Mouais… M’enfin, là aussi, pourquoi pas, il faut bien qu’il y ait une histoire. Leur amitié est plutôt touchante. Je ne me rappelle pas les détails mais je crois que cette histoire vient (en partie du moins) d’un recueil de nouvelles de l’auteur.

Dans les forêts de Sibérie, image du film

          Si le film reste fidèle au livre dans les grandes lignes, avec le même univers et la même lenteur, il prend pas mal de liberté avec l’histoire sans pour autant la trahir. Ce que j’avais beaucoup aimé dans le livre de Sylvain Tesson, c’est avant tout les réflexions qu’il nous livre page après page. Une mine d’aphorismes en tous genres ! Sans compter un certain cynisme que j’apprécie particulièrement. On ne retrouve pas cet aspect-là dans le film qui nous a épargné une voix off incessante, trop indigeste ; si elle est présente, une grande place n’en est pas moins réservée au silence. Ca fonctionne tout à fait mais ça n’a bien sûr pas la même profondeur. Les paysages sont à couper le souffle, pourtant j’ai trouvé que le réalisateur filmait de manière assez brute, sans faire dans le côté carte postale. Côté musique, j’attendais beaucoup d’Ibrahim Malouff et j’ai été cruellement déçue. Une musique trop marquée et stéréotypée qui a mon sens tue un peu le film : vas-y que te mets un escadron de violons quand il faut être ému et tout le tralala. Raté quoi. Ce n’est pas non plus catastrophique mais c’est vrai que plus le film avançait, plus ça m’a dérangée. Dans l’ensemble, avec ses paysages grandioses et son interprétation assez convaincante, cette adaptation s’en tire tout à fait honorablement. Il manque un petit quelque chose pour en faire un grand film mais ce n’est quand même pas mal du tout.

Cinéma·Mes lectures

Honneur aux femmes

          Il y a peu, je consacrais un article à la condition de la femme au cinéma (à retrouver ici). Voici un petit complément avec un film vu depuis (sur les conseils de Bernieshoot suite à mon article justement), un roman et un livre photo où les femmes sont à l’honneur.

Drame indien de Leena Yadav avec Tannishtha Chatterjee, Radhika Apte, Surveen Chawla

Dans l’état du Gujarat, en Inde, les femmes sont de nos jours encore largement sous l’emprise des hommes. Elles sont quatre, une veuve, une femme stérile, une prostituée et une jeune mariée. Le chemin de la liberté est semé d’embûches mais leur amitié va les aider à s’affranchir d’une société qui les étouffe.

La saison des femmes, afficheCe film est mon gros coup de cœur de cette première moitié de l’année. S’il n’est pas exempt de défauts, j’ai trouvé son énergie communicative et j’en suis ressortie euphorique. Dès les premières images, j’ai été totalement happé par l’univers de ce film : les couleurs de l’Inde, ses traditions ancestrales, ses femmes malmenées. Le film retranscrit très bien le poids des traditions dont les personnages essaient tant bien que mal de s’affranchir. Le film s’inspire de récits fait par des femmes de cette région reculée de l’Inde. Les quatre femmes au centre du récit ont des personnalités exceptionnelles et j’ai trouvé les deux qu’on voit dès le début particulièrement attachantes. Les actrices sont assez incroyables. La complexité des personnages se révèle peu à peu, laissant apparaître les failles de chacune. Les hommes sont en retrait dans le film et n’ont pas franchement le beau rôle mais cela ne m’a pas gênée outre mesure et l’histoire ne m’a pas donné l’impression d’être caricaturale. Un film que j’ai vraiment adoré : plein de couleurs, d’énergie et porteur d’un message universel. Un magnifique films de femmes et un énorme coup de cœur.

 

En Iran, de nos jours, l’histoire de deux gamines extraordinairement belles, séparées pour être mariées, avec qui la vie ne va pas être facile. Et celle de prostituées assassinées qui offrent un regard surprenant sur le plus vieux métier du monde.

Les putes voilées n'iront jamais au Paradis ! couvertureAllez savoir pourquoi je m’étais convaincue que ce livre était un essai. J’avais un peu tardé à m’y mettre, le genre n’étant pas particulièrement celui qui m’attire le plus spontanément. J’ai donc été ravie de découvrir qu’il s’agissait en réalité d’un roman : et quel roman ! Je suis de suis tombée sous le charme de ce style riche et enlevé, particulièrement maîtrisé. Un vrai coup de foudre ! L’histoire m’a tout autant absorbée. L’auteur s’inspire d’un fait réel : une série de meurtres de prostituées en Iran. Partant de là, elle imagine l’histoire de chacune et leur donne la parole. L’intention est louable et parfaitement menée à bien. On passe du rire à l’émotion en lisant leur récit, oubliant parfois même qu’il est fictif, tant ces femmes semblent vivantes. Les incursions de l’auteur dans le récit ont un côté ludique qui vient casser un peu l’aspect tragique du texte. Mais sous la légèreté de la plume, c’est un portrait très sombre de la société iranienne que dresse l’auteur, une société qui étouffe la femme et l’exploite à la moindre occasion. Un roman qui se lit d’une traite avec un réel plaisir mais n’en cache pas moins un engagement profond : un énorme coup de cœur.

Vous voulez connaître une société ? faites parler ses prostituées ! Vous découvrez tout sur les gens, sur leur culture, leurs coutumes, leurs préjugés, leurs croyances, sur les violences sociales, sur le commerce, la politique et même sur le système judiciaire…Parmi les clients des putes, il y a des hommes de tout rang et de out milieu.

Pendant plus de trente ans, les plus belles femmes ont été saisies par l’objectif de Jeanloup Sieff. Ses photographies – qu’il s’agisse de portraits, de nus ou de séries de mode – révèlent une femme impertinente, sensuelle, infiniment consciente de son pouvoir de séduction.

Femmes, Jeanloup Sieff, couvertureOn m’a offert ce livre l’année dernière pour mon anniversaire. Je ne connaissais pas du tout ce photographe – il faut dire que ma culture en matière de photo est proche du néant – et j’avais hâte de découvrir son travail. J’ai toujours beaucoup aimé les nus féminins, que ce soit en photo ou en peinture, j’ai donc été ravie de me voir offrir cet ouvrage qui y est en partie consacré – alternant avec des portraits ou des photos de mode. Tous les clichés que contient ce petit livre au format carré sont en noir et blanc et souvent très contrastés. Je me suis d’ailleurs rendu compte que certains étaient célèbres. C’est un peu inégal mais j’ai trouvé qu’il y avait des clichés vraiment magnifiques avec en particulier de très beaux jeux de contre-jour et de clair-obscur ainsi que des jeux d’ombres intéressants. Il y a également quelques belles constructions, assez originales. Il y a des choses plutôt classiques, d’autres drôles ou poétiques. Le femme est le trait d’union entre ces univers assez disparates. Ca m’a donné envie de voir ce qu’il avait fait d’autre même si je n’en ai pas encore eu l’occasion. Il y a une certaine élégance dans ce travail qui n’est jamais vulgaire. Un bel hommage à la femme.

Le violoncelle, Jeanloup Sieff, 1985
Le violoncelle, Jeanloup Sieff, 1985
Cinéma

Roschdy Zem réabilite le clown Chocolat

Drame, biopic français de Roschdy Zem avec Omar Sy, James Thiérrée, Thibault de Montalembert

Le clown Chocolat est devenu le premier artiste noir de la scène française grâce à son duo avec Footit qui le fera passer de l’anonymat à la gloire. Mais l’argent facile ne suffira peut-être pas à lui faire supporter le racisme ambiant.

Chocolat, affiche

          Je ne vous en avais pas parlé au moment de sa sortie (heureusement, j’ai un peu rattrapé depuis le scandaleux retard dans mes articles, il fait partie des derniers retardataires qui traînent encore dans mes brouillons…) et n’ai pas réussi à lui trouver des partenaires pour un article groupé, je profite donc de sa sortie en DVD – le 8 juin – pour vous donner mon avis sur ce film. Je dois avouer que j’étais assez mitigée à l’idée de le voir. J’aime beaucoup le cirque, mais les clowns me font très rarement rire. C’est sans doute une des disciplines circassiennes que j’aime le moins, ma préférence allant très largement aux acrobates. D’autre part, j’avais peur d’un film très grand public qui gommerait un peu trop les coups durs, se concentrant sur le rire. Finalement, j’ai été assez agréablement surprise par ce film plus dense que je ne l’imaginais.

Image extraite de Chocolat

          Le duo d’acteurs est sans doute son point fort : ils sont tous deux très convaincants. Je ne connaissais pas James Thierrée et je l’ai trouvé vraiment excellent. Enfant de la balle, il faut dire aussi que chez lui, le cinéma est un peu une histoire de famille : il n’est rien moins que le petit fils de Charlie Chaplin ! Omar Sy est parfait dans le rôle du clown qui en fait des tonnes même si son personnage ne se résume pas à ça. Véritable bout-en-train sur scène, il est dans la vraie vie joueur et irascible quand j’ai trouvé à son condisciple sensé être raciste plus de qualités humaines au fond. Comme quoi, les gens, c’est vraiment compliqué (au cas où on en aurait douté). L’histoire est très prenante, de la misère à la gloire, avant de retourner à la case départ. Il semblerait que les passages les plus durs de l’histoire du clown Chocolat aient été gommés et que la fin ait été un peu revue version grand public mais que dans l’ensemble on ne s’éloigne pas trop de la vérité, même si l’accent est plus mis sur la réussite que sur la chute.

Image extraite de Chocolat

          Du point de vue la mise en scène, j’ai beaucoup aimé également, avec notamment de très belles images et une musique des plus entraînantes. Si l’ensemble s’avère donc plutôt convaincant, quelques petites réserves tout de même (le contraire vous aurait étonné hein ?). Le racisme est très appuyé dans le film. L’époque l’était fondamentalement et il n’y avait sans doute pas besoin de mettre autant l’accent dessus pour qu’il soit largement perceptible, ça alourdit un peu le film. Dans un même temps, l’aspect politique est quasi-inexistant, ça reste un peu de l’ordre de l’anecdote, ce qui est dommage. Malgré tout, Roschdy Zem a le mérite de remettre sur le devant de la scène ce clown qui après un succès fulgurant était peu à peu tombé dans l’oubli. Les numéros de cirque conçus par James Thierrée sont convaincants et le rire autant que l’émotion sont au rendez-vous. Un film classique mais impeccablement réalisé porté par deux acteurs qui signent une belle performance. L’histoire émeut et si elle aurait mérité d’être traité avec un peu plus de verve, on en ressort tout de même conquis. 

Actualité·Cinéma

Merci Patron !

Film documentaire français de et avec François Ruffin

Pour Jocelyne et Serge Klur, rien ne va plus : leur usine fabriquait des costumes Kenzo (Groupe LVMH), à Poix-du-Nord, près de Valenciennes, mais elle a été délocalisée en Pologne. Voilà le couple au chômage, criblé de dettes, risquant désormais de perdre sa maison. C’est alors que François Ruffin, fondateur du journal Fakir, frappe à leur porte. Il est confiant : il va les sauver.

Merci patron, affiche

          On en a beaucoup parlé, notamment suite à sa projection Place de la République pendant les premières veillées de Nuit Debout. Après quelques ratés côté organisation, ça y est, je l’ai enfin vu, ce documentaire qui a tant fait parler de lui. Si connaissais Fakir de nom – c’est le journal dont le réalisateur est le rédac chef, je ne l’avais jamais lu, ni même tenu entre les mains. Je me doutais bien que c’était très à gauche de la gauche (surtout actuelle) mais mes connaissances en la matière n’allaient pas plus loin. Quant au documentaire, tout ce que je savais c’est que « tout le monde l’aime sauf Bernard Arnaud ». Comment ne pas se laisser appâter par tel slogan ? Cela mis à part, j’avais lu peu de critiques sur le film, pour ne pas dire pas du tout. J’y allais donc un peu à l’aveugle tout de même.

Merci patron, image du film

          Eh bien autant vous dire que je n’ai pas du tout été déçue. Même si je n’en vois plus autant qu’avant par légère flemmardise intellectuelle, je suis assez férue de cinéma engagé. Toutefois, je lui trouve bien souvent un côté austère qui peut rebuter, d’autant plus lorsqu’on est face à un documentaire. Point de cela ici ! On s’amuse avant tout. Au dépends de Bernard Arnaud, ce qui n’est pas sans ajouter du piquant à l’affaire. J’ai beaucoup, beaucoup ri devant ce film. Je suis un pacifiste convaincue (ben oui, ça doit être mon côté peu naïf qui ressort) et il y a peu j’ai eu une discussion sur les moyens d’action pour changer la société, regrettant amèrement qu’on use de la violence plutôt que de chercher des moyens plus subtils. Je rêvais d’une armée de gentlemen-cambrioleurs. Et voilà que je découvre François Ruffin et son ingéniosité au service des plus démunis : j’ai trouvé mon héros !

Merci patron, image du film

          Je ne vais pas vous raconter tout le film parce qu’il y a quand même un petit suspens qui se crée autour de la résolution du conflit et ce serait dommage de vous le gâcher. J’ai en tout cas trouvé que François Ruffin mettait une énergie, une bonne humeur et un certain sens de la ruse au profit de ceux qui en ont besoin assez appréciable. J’aurais aimé avoir quelqu’un comme lui pour régler mes galères administratives ! C’est certes une goutte d’eau dans un océan d’emmerdes et de cas désespérés mais tout de même, ça fait du bien au moral. Il a un petit côté Robin des Bois qui me l’a rendu très sympathique. On sent également qu’il se délecte de la situation : être une épine dans le pied de Bernard Arnaud semble être pour lui une source de jouissance quasi-inépuisable. Le résultat m’a d’ailleurs assez bluffée et donne à réfléchir sur notre capacité à infléchir le système. Bref, vous l’aurez compris j’ai adoré ce documentaire plein d’humour et de second degré qui met en avant ceux qui en ont le plus besoin et redonne un peu d’espoir dans cette sombre période : espérons qu’il donnera des idées à certains. Un documentaire à voir absolument, un peu plus si vous êtes de gauche quand même…