Musique

Roger Hogdson à l’Olympia

          Roger Hogdson, une légende vivante du rock anglais. Jamais entendu parler ? Et si je vous dit « Supertramp » ? Les années 70, une musique légère et enlevé, une voix unique : celle de Roger Hodgson. 25 après avoir quitté le groupe, il chante toujours les tubes de sa jeunesse, et quelques uns plus récents. Présentations.

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          Quand j’ai vu que l’ancien chanteur de Supertramp passait à Paris, je me suis jetée sur les places tout à fait hors de prix. Après de longs mois d’attente, le grand jour est enfin arrivé. Le concert avait lieu à l’Olympia, salle tout aussi mythique que le chanteur qui s’y produisait, et où je n’avais jamais mis les pieds. Je dois admettre que le lieu est démesuré et assez impressionnant, surtout quand on pense à tous les grands noms qui ont foulé cette scène. En parlant de scène j’ai été un peu surprise du côté très kitch de ce qui se trouvait dessus : tapis, plantes, synthés et le nom de l’artiste écrit en gros dans une police franchement moche. On aurait dit un groupe qui s’apprêtait à chanter pour un mariage.


          Ce côté un peu démodé s’oublie dès que Roger Hugdson rentre sur scène. Cet homme a une prestance incroyable ! Et cette voix ! Certes, il n’a pas un coffre d’enfer, on ne peut pas parler vraiment de voix exceptionnelle, simplement il a un timbre clair et extrêmement agréable qui fait de chaque chanson un vrai régal. Certaines de ses chansons, dont une en particulier, m’ont fait frissonner tant elles étaient émouvantes. Je crois bien que jamais une voix de chanteur de variété ne m’avait à ce point donné la chair de poule. Mais le vrai point fort de ce chanteur, c’est son amour de la scène, du public, de son métier. On sent qu’après 45 ans sur les planches, il y prend toujours autant de plaisir. Il chante ses vieux tubes des étoiles plein les yeux et le sourire jusqu’aux oreilles. Loin d’être blasé, il semble tout étonné et heureux de voir le public hystérique en écoutant ses succès. On dirait qu’il prend plus de plaisir encore que s’il chantait pour la première fois. Ses musiciens paraissent s’amuser tout autant.

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          Roger Hodgson est particulièrement sympathique : il fait l’effort de parler dans un français hésitant, raconte des anecdotes entre ses chansons, fait de l’humour à la moindre occasion, on le sent heureux d’être là, ce qui ne fait que décupler notre propre plaisir. Cet homme a un charme incroyable et une énergie folle ! Il arrive à nous donner l’impression qu’il vit avec nous un moment unique. On l’écoute avec bonheur chanter ses tubes à tue tête, ou nous faire découvrir des compositions plus intimistes. Son programme est très bien construit et alterne intelligemment différents styles. Il nous embarque dans son univers décalé, à la fois léger et poétique. Deux heures de pur bonheur.

Bars, restaurants·Musique

Le lapin agile

          Le Lapin Agile est le plus vieux des cabarets artistiques de Paris encore en activité. Un lieu mythique montmartrois qui découvre de nouveaux talents depuis le milieu du XIX° siècle. Chanteurs, humoristes et auteurs-compositeurs se succèdent  et font chanter le public accompagnés du piano ou d’une guitare. Bonne humeur garantie !

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          Au début du XX° siècle, de nombreux artistes se sont retrouvés au cabaret du Lapin Agile, pour s’y produire où y passer de bons moments. Poètes, peintres, musiciens : Picasso, Braque, Utrillo, Modigliani ou Apollinaire en ont usé les bancs sombres. Aristide Bruant est même allé jusqu’à racheter le cabaret pour éviter qu’il ne disparaisse avant de le revendre en 1922 au fils de son unique élève. Le lieu va alors prendre son essor et de nombreux poètes et musiciens y feront leurs débuts. Parmi eux, Pierre Brasseur, Georges Brassens ou Claude Nougaro.

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          Le cabaret est installé dans une petite maison en face des vignes de Montmartre, un lieu assez magique et hors du temps. Depuis la rue pavée, lorsqu’on s’approche de la façade rose à la tombée de la nuit, des notes de piano nous accueillent accompagnées de sons de voix. On pousse la petite porte et on a l’impression de se retrouver dans une veillée en famille. Le patron nous accueille et vient nous placer entre deux chansons autour d’une des grandes tables avec un verre de cerises à l’eau de vie. L’ambiance et chaleureuse et tout le monde chante de bon coeur des classiques de la chanson française : Brel, Piaf, Brassens, mais aussi des créations plus récentes et les inévitables chansons à boire. On s’égosille pendant des heures et on ne voit pas le temps passer. Ce n’est qu’à regret qu’on quitte ce lieu où on se sent comme chez soi, avec qu’une envie, y retourner au plus vite !

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Le Lapin Agile

22, rue des Saules

75018 Paris

Tous les soirs sauf le lundi de 21h à 1h

24€

Musique·Théâtre

Sunday in the park with George, au Théâtre du Châtelet

          Georges, c’est George Seurat, post-impressionniste français rendu célèbre par ses toiles pointillistes. Cette comédie musicale lui rend hommage en s’inspirant de sa toile la plus connue : « Un dimanche après-midi à l’île de la Grande-Jatte ». Un univers coloré et foisonnant qui en met plein la vue.

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          J’avais ouï dire le plus grand bien de cette comédie musicale aux décors spectaculaires et au sujet si particulier. Je me suis donc précipitée avec enthousiasme pour acheter une place hors de prix et mal placée. L’arrivée au théâtre m’a un rien refroidie : aller s’enfermer dans un théâtre par la seule soirée ensoleillée du mois d’avril, c’est un peu bête, surtout pour être au 6° étage de 3/4… Mais bon, Seurat, c’est beau, ça doit quand même valoir le coup, surtout quand on voit l’orchestre symphonique qui patiente dans la fosse. Ca hume bon le grand spectacle ! Et ça l’est !

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          Le décor est impressionnant ! Le fond du tableau de Seurat est projeté sur une toile blanche en demi-cercle , il y a des arbres au milieu de la scène et les personnages déambulent au milieu de tout ça. La première partie raconte l’histoire de la naissance de ce tableau qui deviendra célèbre. Les personnages se promènent, se rencontrent, discutent : en un mot, ils vivent. Voilà pour les bons côtés. Malheureusement, malgré toute cette énergie déployée et la magnificence du décor, je n’ai pas particulièrement accroché. Le moins qu’on puisse dire c’est que je ne suis pas une inconditionnelle du chant lyrique et, devinez quoi ? on est plus proche ici de l’opérette que du genre de comédie musicale à laquelle je m’attendais. Les parties chantées manquent cruellement de légèreté et alourdissent au contraire sérieusement la pièce.

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          La mise en scène est extrêmement soignée, à plusieurs reprises, les acteurs prennent les pauses des personnages des tableaux et semblent intégrés aux toiles de l’artiste par un habile jeu de transparence. Malheureusement, lorsqu’on est tout en haut et de biais, la perspective change et l’artifice, sans doute génial vu de face, tombe totalement à plat. J’ai trouvé la première partie très belle visuellement mais assez lente et plutôt longue. Heureusement, le début de la seconde partie est plus dynamique et vraiment enthousiasmant. Ca ne dure pas : passé le premier quart d’heure de la seconde partie, ça va de mal en pis jusqu’à devenir n’importe quoi et frôler dangereusement les limites du supportable. Dans l’ensemble, cette comédie musicale reste tout de même magnifique et très impressionnante, seulement, elle ne m’a nullement émue. Un manque de rythme et de légèreté qui m’a beaucoup gênée. Le genre de spectacle qu’on voit très rarement et qu’on regrette amèrement de ne pas apprécier.

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Musique·Théâtre

Cabaret

          Spectacle musical de Joe Masteroff, John Kander et Fred Ebb, adapté du roman de Christopher Isherwood. Mise en scène de Sam Mendes, adapté du roman de Rob Marshall. Artistes principaux : Emmanuel Moire (Emcee), Claire Pérot (Sally Bowles), Geoffroy Guerrier (Cliff Bradshaw), Patrick Mazet (Ernst Ludwig), Catherine Arditi (Fraulein Schneider), Pierre Reggiani (Herr Schultz) et Delphine Grandsart (Fraulein Kost).

           « L’action de Cabaret se déroule au début des années 1930 à Berlin en pleine crise économique. En voyage dans la capitale allemande, le jeune écrivain américain Cliff Bradshaw découvre le Kit Kat Klub, une boîte de nuit sulfureuse et décadente où se produit la chanteuse Sally Bowles dont il tombe amoureux. Fraulein Schneider, leur logeuse, projette de se marier avec l’épicier juif Herr Schultz mais tout se complique dans cette ville où les nazis s’apprêtent à prendre le pouvoir. Dans le même temps, au Kit Kat Klub, Cliff Bradshaw découvre les idées libertaires et les moeurs truculentes de la nuit berlinoise. Sally Bowles et le Maître des Cérémonies y offrent un divertissement extravagant et provocant aux spectateurs venus oublier les tensions du monde réel. »

          L’entrée en matière déroute : des filles aux bas troués fument sur scène dans des postures pour le moins inélégantes. La première partie est un peu mollassonne. L’histoire est longue à démarrer (forcément, le nazisme naît à peine et prendra de l’ampleur peu à peu), la mise en scène – pas toujours de très bon goût – déroute et les acteurs eux-mêmes ne semblent pas vraiment y être. Les chorégraphies sont décousues et sans s’ennuyer vraiment, on n’est pas non plus transportés.

          Dès le début de la seconde partie, tout change. C’est beaucoup plus dynamique et plus carré. On entre dans le vif du sujet et le tout devient passionnant. Si je n’ai pas exactement compris pourquoi il n’en était pas ainsi dès le début, je n’ai pu que me réjouir de cet heureux changement. L’actrice principale a une voix impressionnante. Même Emmanuel Moire finit par convaincre dans son rôle de meneur de revue. Parmi quelques autres trouvailles, l’idée de l’orchestre visible à travers un cadre est particulièrement bonne. La fin est particulièrement réussie, ce qui dans l’ensemble donne un spectacle très réussi.

           A voir au Théâtre Marigny jusqu’à début janvier. http://www.theatremarigny.fr/fr/programmation/bdd/id/98-cabaret

Cinéma·Musique

Killing Bono, de Nick HAMM

           Comédie britannique de Nick Hamm avec Ben Barnes, Robert Sheehan, Pete Postlethwaite.

          Neil a l’étoffe d’une rock star, il le sait. Il ne doute pas de rencontrer le succès avec Shook Up, le groupe qu’il a monté avec son frère, Ivan. Ce n’est qu’une question de temps. D’ailleurs, quand Paul, leur copain de lycée, veut prendre Ivan dans le groupe qu’il a lui-même créé, Neil n’hésite pas à refuser pour lui, certain de leur voler la vedette. Qui pourrait bien prendre au sérieux un groupe nommé U2 et dont le chanteur se fait appeler Bono ?

          Au cas où quelqu’un ici aurait raté l’intégralité des 30 dernières années, U2 est un groupe de rock irlandais, formé à la fin des années 70 par des lycéens absolument pas musiciens – selon la coutume de l’époque – et qui a dès le début des années 80 connu un succès planétaire. Depuis 30 ans, ils vendent des millions d’albums (170 000 en 2009) et réunissent des milliers de fans hystériques à chacune de leurs sorties. Leur chanteur, Bono, est connu (outre ses lunettes) pour son engagement politique et humanitaire. Le groupe est considéré (par le magazine Rolling Stone, véritable parole d’évangile en la matière) comme l’un des plus marquants de tous les temps. Oui oui, rien que ça.

          Juste pour le plaisir, une vidéo d’un de leurs premier gros tubes, Sunday Bloody Sunday, version d’époque (parce que les coiffures des années 80 sont irremplaçables…). Comme vous pourrez le constater, 7 ans après la naissance du groupe, U2 connaît alors un succès retentissant.

         Ce film me tentait énormément, en partie en raison de son sujet, assez loufoque, en partie pour la présence de l’excellent Robert Sheehan découvert dans la non moins génialissime série Misfits. Et puis j’avais encore en tête le fabuleux Good Morning England, film jouissif sur le rock anglais à la fin des années 60. Très vite, les critiques m’ont fait déchanter. Je n’en ai entendu dire que du mal, que ce soit dans la presse ou par des amis : plat, surjoué, manque d’énergie, et dans le meilleur des cas, « bof ». Après une hésitation, j’ai quand même pris mon courage à deux mains et suis allée évaluer l’ampleur des dégâts.

          Je partais donc un peu inquiète. Finalement j’ai plutôt aimé ce film. Après tant de remarques négatives, je m’attendais à un véritable désastre. Certes il y a des faiblesses dans la construction, la musique aurait pu être plus présente, ça manque un brin d’entrain – sauf du côté des acteurs où il y en a trop. Pour résumer, la maturité lui fait quelque peu défaut. Cependant, l’histoire est en or, trop belle pour être vraie ; sauf que justement elle l’est. Un tel personnage de looser, qui pendant 10 ans a raté chaque occasion de connaître son heure de gloire, qui a su à ce point être de tous les mauvais coups et louper tous les coches, ça me laisse admirative. Il y a ceux qui ont du nez, et ceux qui n’en ont pas, ceux à qui la chance sourit et les autres…

          Un personnage comique malgré lui donc, comme je les aime. Un peu de musique en fond sonore quand même. Une histoire de galères pleine de rebondissements. Des acteurs pas parfaits mais enthousiastes. Le tout donne un film assez frais et agréable à regarder. Pas le meilleur du genre, mais on passe un bon moment tout de même.