Théâtre

Paris-Buenos Aires, à la Cigale

          Du 10 au 19 janvier dernier, José Castro et sa troupe (16 danseurs, 6 musiciens et une chanteuse) se sont produits sur la scène de la Cigale à Paris. Un spectacle musical autour du tango, loin de clichés habituels : ici il n’est question ni de bateaux d’immigrants, ni de rixes, mais de l’histoire d’un homme qui a vécu entre Paris et Buenos Aires et partage ses souvenirs.

          L’histoire est très secondaire, c’est la performance qui impressionne. Les danseurs de tango sont éblouissants ! Mais le spectacle ne se cantonne pas à cette image de l’Argentine, on y retrouve aussi de la danse contemporaine, africaine, ou même du cirque. Toujours avec la même réussite. C’est parfois un peu décousu mais on pardonne facilement ce petit défaut devant la richesse de la mise en scène et les prouesses accomplies par les danseurs. Un spectacle enivrant, des rythmes endiablés et des surprises à chaque tableau, on en redemande !!!

Culture en vrac

Les 10 + gros éditeurs de l’année 2009

          Livres Hebdo a présenté récemment les 200 pricipaux éditeurs français pour 2009. Je me contenterai de reprendre ici les 10 premiers. Je voulais vous faire un beau graphique mais ma version de Word ayant expiré et mon cours sur l’histoire de l’esthétique m’attendant en vue des partiels, j’ai dû renoncer à cette idée. Veuillez donc excuser la présentation un peu triste.

          En 2009, 216 sociétés d’édition affichaient un chiffre d’affaire supérieur à un million d’euro, elles représentent 153 groupes ou maisons indépendantes et 7,15 milliards d’euros. Le nombre de ces sociétés a connu une baisse régulière ces dernières années (en 2007, on dénombrait dans le même classement 236 sociétés représentant 172 groupes). Contrairement à ce que cela pourrait laisser supposer, ce n’est pas tellement que l’édition va mal mais plutôt en raison de récentes fusions et reprises qui, contrairement ce qui a été le cas au début des années 2000, ne doit pas grand chose aux stratégies des grands groupes.

Les 10 premiers du classement sont :

Hachette livre : 2273 million de CA (soit 34 % des 7,5 milliards que représentent les sociétés de ce classement)

Editis : 751 millions (10,5 %)

France Loisir : 370 millions (5,2 %)

Media-participations : 319 millions (4,5 %)

Lefebvre Sarrut : 314 millions(4,4 %)

Reed Elvesier : 265 millions (3,7 %)

Groupe Flammarion : 263 millions (3,7 %)

La Martinière groupe : 260 millions (3,6 %)

Groupe Gallimard : 243 millions (3,4 %)

Panini France : 237 millions (3,3 %)

Les autres éditeurs du classement représentent 25 % du chiffre d’affaire réalisé par les sociétés de ce classement.

          La moitié des sociétés ont connu un recul de leur croissance en 2009, y compris parmi les grands groupes habitués à de fortes croissances. cependant quelques belles croissances en littérature ou sports dénote du dynamisme de l’édition française. Parmi les plus belles croissances, Sonatine, Lattès, Métailié ou Verdier.

          Rien de bien nouveau en somme. Si le moral de l’édition française n’est pas au beau fixe, ce n’est pas la déroute non plus. En temps de crise, on aurait pu s’attendre à pire pour la culture. A suivre dans un an pour les résultats 2010.

Culture en vrac·Jeunesse

26° édition du salon du livre jeunesse de Montreuil

          Créé en 1984, le salon du livre jeunesse de Montreuil est devenu en 25 ans un incontournable de la littérature jeunesse. Les éditeurs majeurs du secteur s’y réunissent pour y présenter leurs nouveautés. Des ateliers lecture et autres animations sont organisés pour donner aux plus petits l’amour des livres. Une belle exposition « princes et princesses », qui revisite quelque peu le sujet, leur était également proposée.

          Et les grands, ils en pensent quoi ? Eh bien, comme un peu pour tous les salons du livre. Trop de monde, il est difficile de discuter avec les exposants, les livres sont rarement mis en avant (comme si chaque publication valait les autres) et le plupart du temps les personnes présentes sur les stands sont des intérimaires qui ne connaissent pas les collections et sont infoutus de répondre à des questions un peu précises. Bref, on voit plein de jolies choses, c’est à peu près tout. A chacun de se débrouiller dans cette jungle pour essayer de dégager les nouvelles tendances.

          Pour cette année, mention spéciale tout de même au stand de Rue du monde. De belles publications, les éditeurs présents sur le stand, disponibles et de très bon conseil. Et une belle affiche offerte (parmi une douzaine au choix) à partir de 10€ d’achat.

Théâtre

L’amant VS Un couple (presque) parfait

          Ce week-end, ma maman et moi-même sommes allées voir pas une mais deux pièces de théâtre : L’Amant de Pinter au Marigny et Un couple (presque) parfait au Funambule Montmartre. Deux comédies dans des théâtres que tout oppose. Qui gagnera ce match improbable ?

          L’Amant tout d’abord. Une pièce du grand Harold Pinter, prix Nobel de littérature. Pièce présentée dans un théâtre prestigieux, avec de gros moyens et Léa Drucker en tête d’affiche. C’est l’histoire d’un couple « bien sous tous rapports » qui pour donner du piment au mariage invente des artifices : époux le soir, le jour ils sont amants. C’était sans compter sur la jalousie qui vient mettre en péril ce fragile équilibre. L’idée n’est pas dénuée d’intérêt, cependant, c’est terriblement mal écrit (à vrai dire pas écrit du tout « bonjour, belle journée, n’oublie pas ta mallette, à ce soir »). On peut éventuellement jeter la pierre au traducteur mais il eût fallu bien de la bonne volonté pour faire d’un bon texte un tel navet. La mise en scène n’était pas dénuée d’intérêt, assez dépouillée et bien pensée. Les acteurs en revanche, ne méritent pas tant d’éloges : nuls, tous les deux (mention spéciale à Léa Drucker qui excelle dans l’art d’exaspérer le spectateur). Ils surjouent du début à la fin, ne sont pas crédibles pour deux sous (on dirait presque les déclamations à la mode au XVII°, les textes de Racine en moins…). Nul besoin je suppose de continuer, vous l’aurez compris, j’ai trouvé la pièce totalement insipide (et c’est là encore presque un compliment). La critique en fait l’éloge, on se demande bien pourquoi.

          Rien à voir du côté de Montmartre. On a quitté les quartiers chics. Petit théâtre, acteurs inconnus, aucun moyen, des chaises font office de fauteuils. Ici, pas de chaussures Prada à 500€, les costumes viennent sans doute d’un fond d’armoire. Surprenant quand on s’est habitué aux grandes salles parisiennes. Mais très vite, on oublie tout ça et ne reste que le plaisir du jeu. Jean veut quitter Sophie et ne sait pas comment lui dire, elle ne se doute de rien. Pour tenter de lui faire comprendre ses intentions, il joue avec elle de grandes scènes de rupture (ou d’amour) du XX° siècle. Un voyage à remonter le temps des plus réjouissant. Les acteurs (Camille Bardery et David Bottet) sont plein d’enthousiasme et nous entraînent dans leur univers. Les textes choisis sont drôles, leur bonne humeur est communicative. Un pièce sans chichis, extrêmement réjouissante. On est proche du théâtre de rue et retrouve les plaisirs simples de la scène. Une troupe à encourager jusqu’à fin décembre, du jeudi au samedi, 53 rue des Saules dans le 18°. Fou rire garanti.

          Le résultat est sans équivoque : c’est Un couple (presque) parfait qu’il vous faut aller voir si vous souhaitez passer un bon moment et rigoler un bon coup. Chacun s’y reconnaîtra un peu et prendra plaisir à voir mis en avant avec tant de justesse les petits travers du couple. Courrez-y !

           Et pour les étudiants, c’est seulement 10€ ! Pour réserver, c’est par-. Et pour voir les autres pièces de la compagnie, ici.

Culture en vrac

Prix littéraires 2010

          Le dernier résultat des grands prix de cette rentrée littéraire vient de tomber, l’occasion de faire un petit point. Il y a un nombre incroyable de prix littéraires, la plupart méconnus, mal dotés et sans grand intérêt. Je me contenterai donc de vous donner les résultats des principaux, en essayant de ne pas en oublier. Je vous les donne par ordre chronologique d’attribution.

– Le Grand Prix du Roman de l’Académie française (notez l’emploi abusif des majuscules…)

Depuis 1915, distingue un roman en langue française publié au cours de l’année. Les lauréats sont souvent des auteurs à l’écriture classique mais de qualité, parfois un brin tristounette (l’académie n’est en effet pas reconnue pour sa fantaisie). Le prix est doté de 7500€. L’ont obtenu François Mauriac (1926), Antoine de Saint-Exupéry (1939), Michel Tournier (1967, pour son très beau Vendredi ou Les Limbes du Pacifique), Jean d’Ormesson (1971) ou Pascal Quignard (2000) ; cette année rejoint par Eric Faye pour Nagasaki, paru chez Stock.

 

– Le Prix Femina

Il a été créé en 1904 par la comtesse de Noailles. Le jury est composé uniquement de femmes, en réaction à la mysoginie du Goncourt, mais distingue hommes ou femmes indifféremment. Il n’est pas doté financièrement mais assure des ventes importantes, environ 155 000 exemplaires en moyenne d’après GFK (institut de marketing qui sert de référence pour les chiffres de vente en édition). Depuis quelques années, un Femina étranger et un Femina Essai sont aussi décernés. Parmi les lauréats célèbres, Saint-Exupéry (1931), Marguerite Yourcenar (1968), Sylvie Germain (1989) ou Marie Ndiaye (2001). Il a été remis cette année à Patrick Lapeyre pour La vie est brève et le désir sans fin, chez P.O.L.

– Le Prix Medicis

Créé en 1958, le Medicis se veut un prix « pas comme les autres ». Il récompense (ou est sensé récompenser) un jeune auteur qui semble pouvoir apporter un renouveau à la littérature. Comme pour le Femina, des catégories « Littérature étrangère » et « essais » ont aussi été créées. Ce prix est généralement de très bonne qualité. Philippe Sollers (1961), Georges Perec (1978), Jean Echenoz (1983) ou Hubert Mingarelli (en 2003 pour son très beau Quatre Soldats, que je vous recomande) ont été distingués, cette année suivis par Maylis de Karengal pour Naissance d’un pont chez Verticales. Le Medicis étranger a été décerné à David Vann pour Sukkwan Island par les merveilleuses éditions Gallmeister. Bravo à Olivier Gallmeister et sa très belle maison pour leur travail et cette récompense largement méritée !

– Le Prix Goncourt

Il est le plus célèbre des prix littéraires. Celui qui fait le plus vendre aussi, avec 400 000 volumes en moyenne, toujours selon GFK. Il a été créé en 1896 par Edmond de Goncourt par voie testamentaire (dont l’exécuteur n’était autre qu’Alphonse Daudet !) en hommage à son frère, Jules. Il a été proclamé pour la 1° fois en 1903. Il récompense « le meilleur ouvrage d’imagination en prose paru dans l’année ». Sa dotation avait été fixée à 5 000 F soit aujourd’hui un peu moins de 10€… Mais il assure la renommée de son lauréat. Il ne peut être attribué 2 fois au même auteur, seul Gary a fait exception, l’obtenant sous son vrai nom et sous le pseudonyme d’Emile Ajar. Gallimard et Grasset se partagent plus de 60% des Goncourt décernés. Un Goncourt des lycéens existe depuis 1988 (environ 125 000 ventes). Parmis les plus célèbres des lauréats, Marcel Proust (1919), André Malraux (1933), Julien Gracq (1951), Simone de Beauvoir (1954), Michel Tournier (1970). Cette année, c’est Michel Houellebecq et Flammarion qui l’ont obtenu pour La carte et le territoire. Le Goncourt des lycéens a quant à lui été décerné à Mathias Enard pour Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, un roman Actes Sud.

– Le Prix Renaudot

Il a été créé en 1925 par des journalistes et critiques littéraires attendant les résultats de Goncourt. Les 2 prix sont remis au même endroit, le même jour, à quelques minutes d’intervalle. Au cas où le lauréat obtiendrait le Goncourt juste avant, un « lauréat de remplacement » est toujours choisi. Le même auteur ne peut donc pas obtenir les 2 récompenses, celles-ci se voulant complémentaires. Il ne peut non plus être décerné à un auteur ayant été récompensé par l’un des 5 autres grands prix au cours des dernières années. Sans dotation, il assure les meilleures ventes après le Goncourt, autours de 220 000. Un prix Essai est également décerné. Louis-Ferdinand Céline (1932), Louis Aragon (1936), Jean-Marie Gustave Le Clézio (1963), ou Daniel Pennac (2007) ont été récompensés. En 2010, la lauréate est Virginie Despentes pour Apocalypse bébé chez Grasset.

– Le Prix Interallié

Le prix a été en 1930 par des journalistes attendant l’annonce des résultats du prix Femina (décidemment…). Il a d’abord été conçu comme un jeu, sorte de pastiche des grands prix, visant à mettre en valeur les écrits d’un de leurs confrères (le 1° fut Malraux). Depuis, il récompense chaque année un roman de journaliste. La majorité des jurés publiant chez Grassets et ayant tendance à choisir des romans de la maison, le prix est parfois appelé « InterGrasset »… Le prix n’est pas doté financièrement et les ventes tournent autour de 95 000 exemplaires. Il a récompensé Yvonne Baby (1967, pour qui Guibert travailla au Monde), Sébastien Japrisot (1991), Patrick Poivre d’Arvor (2000), Frédéric Beigbeder (2003). En 2010, il est attribué à Jean-Michel Olivier pour L’amour nègre, chez Grasset.

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          Les informations nécessaires à la rédaction de cet article provienne essentiellement de http://www.prix-litteraires.net/ -où vous trouverez les résultats d’autres prix littéraires moins prestigieux – et de La République des Lettres (blog que je vous conseille fortement par ailleurs) – où sont présentés tous les prix littéraires les plus connus (je me suis contentée de parler des 6 plus célèbres, mais j’aurais pu étendre ma sélection) ainsi que les lauréats depuis leur création.