Mes lectures

Muraqqa’, I : Vêtue par le ciel, d’Ana MIRALLES et Emilio RUIZ

          Priti est une jeune artiste de 20 ans. Ces dessins sont si beaux qu’on en a entendu parler jusque dans l’entourage de l’empereur. Et c’est elle que la reine a choisi pour réaliser le Muraqqa’ de l’empereur, un livre composé de peintures représentant la vie quotidienne des femmes du harem. La jeune fille prend donc le chemin du palais du roi moghol pour y découvrir un univers bien éloigné du sien.

           Cette BD m’a déroutée. Elle se passe en Inde, au coeur d’un harem. Un milieu qu’on connaît relativement peu. Je n’avais je crois jamais entendu parler de cette période en Inde. J’ai donc appris pas mal de choses (en gros, que ça se passait en Inde comme dans le reste de l’Orient, ce qui aurait peut-être pu m’effleurer si je m’étais posé la question). Les illustrations sont plutôt réussies. L’histoire dans l’ensemble est intéressante, mettent en avant la vie des femmes dans ces harems. Beaucoup de mots hindous sont employés et expliqués. En début d’ouvrage, une distinction est aussi faire entre personnages historiques et de fiction, ce que est fort appréciable. Les traditions des différentes communautés sont également évoquées. Côté culturel, c’est donc très positif.

          Ce que j’ai moins aimé, c’est la narration à la première personne, qui m’a un peu agacée et m’a par moment parue artificielle (l’histoire est relatée par le personnage et pourtant on a souvent l’impression d’un point de vue externe, ce qui crée un décalage assez désagréable). Le personnage m’est moyennement sympathique, le côté jeune fille naïve, pure et fière est un peu lisse à mon goût (en plus d’être un peu éculé). Dans l’ensemble, on peut noter un certain manque d’action. On veut de la trahison, du complot ! Là, ça ronronne tranquillement, décevant. On peut espérer que ce ne soit que le temps de planter le décor et que ça s’arrange ensuite, en tout cas, il y a du potentiel. Au final, une lecture en demi-teinte, un sérieux manque de dynamisme mais une base solide et des illustrations réussies qui peuvent donner de beaux résultats. Je pense que je lirai la suite.

Mes lectures

Dai SIGIE, Trois vies chinoises

          Trois histoires qui se déroulent en parallèle, dans un même temps et un même lieu, sans jamais se croiser et qui pourtant, ont bien des similitudes. Trois destins tragiques : celui d’un adolescent atteint d’une maladie rare, d’une jeune fille qui pense que son père a assassiné sa mère et d’une ancienne forgeronne dont le fils perd la raison. Le décor ? l’île de la Noblesse où sont recyclés les déchets électriques de tout le pays.

          Ces trois nouvelles sont fortes et marquantes. Des histoires tragiques, à la fois inattendues et touchantes. Il y a quelque chose de Maupassant dans ces textes (si, si, je vous assure) : la même cruauté et la même justesse. Malheureusement, l’écriture n’est pas aussi incisive que chez l’illustre auteur. Si elle est agréable, elle est un peu lisse à mon goût. Ces histoires ont un incroyable potentiel, pour les rendre géniales, il y manque paradoxalement un soupçon de banalité. Ici l’auteur va droit au but, on aimerait qu’il nous ballade un peu plus, qu’il nous endorme avec une histoire triviale avant de nous asséner la chute brutalement. Ca fonctionne plutôt bien sur la deuxième nouvelle, dont on ne voit pas venir le coup final, très réussi. Toutefois, ce n’est qu’un détail, un léger manque de verve qui n’occulte pas le plaisir de la lecture et de la découverte de ce sombre univers.

Au jour de sa retraite définitive, avant de rendre l’âme, le vieux conteneur rougira encore, avec raison, de l’échange qui eut lieu devant sa porte.

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Ce qu’elle aimait dans le patinage, c’était la danse. Elle préférait me voir tourner, tourner, sur un seul pied, et dessiner, d’un seul trait de lame sur la glace, une colombe d’un mètre cinquante.

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Comme jamais dans sa vie, il ressentit à la poitrine une douleur qui secoua ses flancs maigres à les faire éclater. La clé lui échappa, tomba à terre et rebondit.

Jeunesse·Mes lectures

Tigre le dévoué, de SHEN Qifeng et KAWA Agata

          Quand le père de la belle Xiaoying (Fleur de printemps) est cruellement assassiné, la laissant seule avec sa mère, elle promet d’épouser celui qui vengera sa mort. Mais elle n’avait pas prévu que ce serait un tigre qui relèverait le défi. Tiendra-t-elle sa promesse ? La belle peut-elle vraiment aimer la bête ?

          Ce conte chinois est déroutant. L’histoire est très belle et magnifiquement illustrée. Des caractères chinois constellent le texte et sont traduits, le rattachant fortement à ses origines. Le texte  est extrait d’un recueil d’histoires fantastiques publié par un auteur chinois en 1792. Les illustrations et enluminures mêlent tradition et modernité, à mi-chemin entre les estampes traditionnelles chinoises et l’Art Nouveau occidental. En quelques pages, on s’immerge dans la culture traditionnelle chinoise qu’agrémente la modernité des dessins. Une histoire qui sort de l’ordinaire et des illustrations splendides. Ce texte s’adresse plutôt à des enfants déjà grands (8 ans). Un très beau livre qui j’espère rejoindra bientôt votre bibliothèque.

Pour en savoir plus, c’est ici et pour d’autres titres de cette maison d’édition qui nous fait avec joie découvrir les traditions chinoises, allez faire un tour sur le site d’HongFei.

Mes lectures

Sylvain TESSON, Dans les forêts de Sibérie

          Sylvain Tesson est un aventurier qui a parcouru le monde. Et puis, il a décidé de s’arrêter, de cesser de vadrouiller pendant quelques mois. Une confrontation au vide et au silence, loin de l’humanité. Pour sa retraite solitaire, il a choisi une cabane, sur les rives du lac Baïkal où il a passé six mois avec pour seule compagnie des livres, des cigares et de la vodka. 

          Le Grand Nord m’a toujours fascinée. Une cabane surchauffée, au milieu d’une mer de glace, remplie de livres et où l’on peut boire du thé brûlant à longueur de journée s’approche assez de l’idée que je me fais du paradis. Je n’aime pas le froid mais j’ai toujours rêvé de me confronter à ces températures extrêmes. Parce qu’après avoir souffert dehors, après avoir cru qu’on allait perdre ses orteils en pêchant ou ses doigts en coupant bois, après avoir marché des heures dans la neige et le vent jusqu’à ne plus sentir ses joues, le plaisir de retrouver la chaleur du poêle doit être incomparable. Déjà ici en rentrant d’une bonne marche dans la neige par – 5 ou -10 °C, après avoir souffert et avoir eu l’impression de se congeler les poumons, retrouver un bon feu dans la cheminée et afin retirer ses chaussures gelées avant de se faire un thé à boire brûlant avec un bon livre ne doit pas être loin d’être le summum du bonheur. Par – 30 en pleine taïga ça doit être la même sensation en bien plus intense encore. A défaut de le vivre, Sylvain Tesson nous donne un petit goût de liberté par procuration.

         J’ai beaucoup aimé ce livre. Il m’a semblé avoir à peu près la même vision de la vie et la même conception du bonheur que l’auteur. Sauf que je ne franchirai sans doute jamais ce cap du départ vers l’inconnu, ce qui fait quand même une énorme différence, je vous l’accorde. Toujours est-il que je me suis assez retrouvée dans ce texte qui représente une forme d’idéal. Cette idée d’un bonheur simple est réconfortante. On retrouve dans la plume de Sylvain Tesson quelque chose des grands aventuriers. C’est assez proche de certains textes de London notamment (et on connaît mon amour inconditionnel pour London). J’ai aimé ce mélange d’aventure et de culture. Un équilibre rare, une grande bouffée d’air (très) frais. Un vrai coup de coeur, récompensé par le prix Médicis essai. A lire absolument.

J’y ai emporté des livres, des cigares et de la vodka. Le reste – l’espace, le silence et la solitude – était déjà là.
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Quand on se méfie de sa vie intérieure, il faut emporter de bons livres : on pourra toujours remplir son propre vide. L’erreur serait de choisir exclusivement de la lecture difficile en imaginant que la vie dans les bois vous maintient à un très haut degré de température spirituelle. Le temps est long quand on n’a que Hegel pour les après-midi de neige.
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Entre l’envie et le regret, il y a un point qui s’appelle le présent. Il faudrait s’entraîner à y tenir en équilibre comme ces jongleurs qui font tourner leurs balles, debout sur le goulot d’une bouteille.
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Un bois n’a jamais refusé l’asile. Les princes, eux, envoyaient leurs bûcherons pour abattre les bois. Pour administrer un pays, la règle est de le défricher. Dans un royaume en ordre, la forêt est le dernier bastion de liberté à tomber.
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La contemplation, c’est le mot que les gens malins donnent à la paresse pour la justifier aux yeux des sourcilleux qui veillent à ce que « chacun trouve sa place dans la vie active ».

Mes lectures

Christian PETIT, Bombay Victoria

          A la mort de son père, le petit Raju doit se mettre au service du prêteur pour payer les dettes de sa famille. Pour échapper à cette servitude, il s’enfuit et rejoint Bombay où il veut retrouver son oncle et devenir menuisier. Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu et il devient malgré lui le chef d’une bande d’enfants qui ramassent les ordures dans la gare pour les revendre. Le début d’une grande aventure !

          Ce livre commence bien, avec un petit garçon malicieux à qui il n’arrive que des tuiles. Malheureusement, ça ne dure pas. Ce personnage attachant partage vite le devant de la scène avec d’autres, bien moins intéressants. Nous avons une française qui s’est découvert une passion pour l’Inde lors de vacances dans le Larzac (!), un indien qui a enseigné à la faculté aux Etats-Unis et qui suite à une rencontre fortuite se lance dans l’enseignement pour les enfants défavorisés, une jeune femme riche qui elle aussi se dévoue corps et âme aux enfants des rues, bref, vous l’aurez compris, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. L’Inde c’est joli et puis ça sent bon, c’est un pays merveilleux.

          On sent pourtant que l’auteur ne veut pas nier la réalité du pays, simplement il est tellement enthousiaste qu’il le fait malgré lui. Les doutes des personnages, qui devraient faire tout l’intérêt de ce livre, sont à peine effleurés. Les personnages ne sont pas assez contrastés, en accentuant les aspects positifs pour nous les rendre sympathique, l’auteur leur enlève toute vie. Les bons sentiments s’accumulent jusqu’à l’écoeurement (qui chez moi arrive vite, avouons-le). L’idée de départ était jolie, dommage que les bonnes intentions ne suffisent pas à faire de bons livres.