Mes lectures

Ernest HEMINGWAY, Le vieil homme et la mer

         Encore un classique que je n’avais jamais ouvert. On m’avait dit « Tu vas voir, c’est génial, c’est vraiment très beau, j’ai pleuré à la fin » alors forcément, j’en attendais beaucoup de ce petit livre. C’est l’histoire d’un vieux pécheur qui n’a pas de chance et n’attrape plus rien ; jusqu’au jour où il va avoir affaire à un poisson énorme, le plus gros qu’on ait jamais vu. S’en suivra un combat sans relâche. Mais attraper le plus gros des poissons, est-ce vraiment de la chance ?

          On sent chez Hemingway la passion de la mer, l’amour infini pour les grandes étendues d’eau, il nous la raconte avec autant de simplicité et de ferveur qu’un vieux pécheur cubain (ce qu’il fut d’une certaine manière d’ailleurs). Au premier abord j’ai justement trouvé cette écriture trop simple, trop rêche, pas assez typée. Banale quoi. Mais l’histoire, elle, est belle. Et justement, l’écriture ne la masque pas. Il n’y a qu’elle. Que ce vieil homme et la mer. Une histoire émouvante. Ce livre ne m’a pas bouleversée mais au final, c’est justement cette simplicité et ce refus du pathos que j’ai appréciés.

C’est un gros ! C’est un tout gros, pensait-il. Faut que je l’aie à la persuasion. Faut surtout pas qu’il ait idée de sa force ni de ce qu’il pourrait faire en se mettant à cavaler. Moi, si j’étais que de lui, j’en foutrais un grand coup tout de suite et je tirerais jusqu’à tant que ça pète. Dieu merci, ces bêtes-là, c’est pas aussi intelligent que les humains qui les tuent. Ca les empêche pas d’être meilleures que les humains, et plus malignes, dans un sens.

Mes lectures

Le grand saut…

          Par un reflexe de préservation intellectuelle, j’évite de manière instinctive les best-sellers. Certes, j’ai lu quelques Nothomb dans mon jeune âge, et puis des classiques lus des millions de fois, bien sûr. J’ai même lu Hary Potter, mais javais commencé avant la frénésie qu’on connaît alors ça ne compte pas vraiment. Mais au risque de choquer les âmes sensibles, je n’ai jamais lu Marc Levy (ni Bernard-Henry du même nom d’ailleurs, pendant philosophique du suscité phénomène littéraire), Machine-chose Pancol, Claudie Gallay ou Guillaume Musso. Eh bien c’est décidé, je vais aller faire une razzia à la Fnac (oui parce que si mon libraire me voyait acheter ça, il ne m’adresserait plus jamais la parole) et, moi aussi, je vais lire des « auteurs à succès » pour vous les commenter.

         Bref, je vais faire comme tout le monde. Je vois là des yeux qui s’ouvrent grand et des machoires qui tombent, « Nooon ?! pas possible, elle va enfin arrêter de nous emmerder avec ses trucs que personne ne connaît. Non, non, pas du tout, simplement un peu de légéreté me semble nécessaire pour survivre à une année avec un Guibert agonisant. Et puis au moins, on ne pourra plus me reprocher mon terrible manque de curiosité (oui, parce que c’est bien connu, lire de la poésie chinoise ou des nouvelles russes, ce n’est pas de la curiosité mais pur snobisme). Les mauvaises langues diraient aussi que ça pourrait être considéré comme une tentative d’amener des visiteurs à jeter un oeil à mon pauvre blog. Eh bien, ils n’auraient pas tout à fait tort !

          A bientôt donc pour de nouvelles aventures !

Mes lectures

Andreï MAKINE, La terre et le ciel de Jacques Dorme

          En Russie, un orphelin écoute une vieille dame lui raconter l’histoire d’amour qu’elle a vécue avec un aviateur français pendant la guerre. L’enfant grandit et décide de partir à la recherche de l’avion disparu pour écrire l’histoire de cet homme oublié de tous.

          Une fois de plus, Andreï Makine nous livre un texte poignant. Les mêmes thèmes reviennent toujours : la mémoire, la langue, la patrie, l’amour. L’écriture est belle, l’histoire aussi. Des personnages simples, la vie de tous les jours. Makine ne nous livre pas ici son plus beau roman mais un beau texte empreint de sensibilité.

Je n’avais pas alors (je ne sais si je l’ai aujourd’hui) une meilleure définition de l’amour que cette sorte de prière silencieuse qui relie deux êtres, séparés par l’espace ou la mort, dans une intuition permanente des douleurs et des instants de joie vécus par l’autre.

Mes lectures

David LODGE, L’auteur ! L’auteur !

          Quel écrivain de théâtre n’a pas rêvé d’entendre à la fin de la représentation cet appel du public : L’auteur ! L’auteur. Henry James, le grand Henry James, n’échappe pas à la règle. Lui aussi ne rêve que de succès et de reconnaissance. Car si aujourd’hui tout le monde connaît son nom et salue son oeuvre, il n’en fut pas de même de son vivant.

          Dans ce roman, David Lodge retrace le parcours d’Henry James : ses espoirs, ses désillusions. Un livre d’une extrême richesse, écrit avec brio. Un peu trop peut-être. Je ne connais ni Henry James, ni l’Angleterre dans laquelle il a vécu et je me suis un peu noyée dans le flot des références culturelles. La critique a salué ce roman comme le meilleur signé par cet auteur. Le plus sérieux sans doute, le plus difficile, c’est certain. Pour ma part, ce n’est pas celui qui m’a le plus touchée, qui m’a le plus fait rire, malgré l’humour subtil Je l’ai trouvé un peu trop ardu pour réellement y prendre du plaisir. Au final, je suis quand même heureuse d’en être venue à bout et en suis ressortie avec l’impression d’avoir sérieusement amélioré ma culture générale. Un livre intelligent qui mérite qu’on prenne la peine de s’y arrêter.

Lorsque Henry James se tourna face à l’auditoire, s’apprêtant avec bonne grâce à saluer, un déluge de huées déferla du dernier balcon sur sa tête sans défense. « Hou ! Hou ! Hou ! » Il y avait aussi des lazzis, des sifflements et autres bruits, mais c’était cette longue diptongue, « ououou » qui dominait. « Hou ! Hou ! » James parut abasourdi, terrassé, totalement incapable de comprendre ce qui lui arrivait et de réagir. […] Il ouvrit et ferma la bouche une ou deux fois, lentement, silencieusement, tel un poisson dans un aquarium. « Hou ! Hou ! »

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Pour ceux qui ne liront pas ce livre, ou n’auront pas la patience d’en venir à bout, voilà son magnifique final :

Voilà un agréable fantasme : l’esprit d’Henry James planant quelque part dans le cosmos, sachant tout ce que j’aurais voulu qu’il sût avant de mourir, observant avec une satisfaction légitime la manière dont sa réputation croissait après sa mort, additionnant les chiffres de vente, lisant les critiques, regardant les films et les feuilletons télévisés sur un magnétoscope ou un lecteur DVD célestes, et écoutant notre babillage à son propos et au sujet de ses livres à travers les espaces intersidéraux comme une ovation prolongée

Henry, où que vous soyez, saluez votre public.

Mes lectures

Stefan ZWEIG, Lettre d’une inconnue

          Un homme reçoit un jour une lettre d’une inconnue qui, sur son lit de mort, lui déclare son amour. Elle l’a aimé toute sa vie durant, sans que lui ne la connaisse.

          A la première lecture de ce texte, j’avais été bouleversée. Tant d’amour sans jamais le moindre retour m’avait révoltée. J’étais exaltée par cette jeune fille si entièrement dévouée à une cause perdue. J’en avais eu les larmes aux yeux. On peut raisonnablement supposer que je devais moi-même être empêtrée dans une grande histoire d’amour impossible à ce moment-là (pour ceux qui l’ignorent, c’est un genre de spécialité « maison ») et que ce texte trouvait donc un écho tout particulier en moi. Depuis je me suis visiblement endurcie parce que si j’ai aimé ce texte, qui est évidemment toujours aussi remarquablement écrit, il n’a pas franchement déclenché en moi de bouleversement majeur. Je sais que c’est beau, je sais que je devrais pleurer, être touchée au moins mais non, impossible, mon romantisme semble s’être totalement évaporé. Toutefois, ceux qui ont un coeur en état de fonctionnement ne pourront qu’aimer ce très beau texte.

Extrait à venir